Politique hospitalière neuchâteloise : le projet du Conseil d’État nous mène à une catastrophe financière

En lisant le titre de mon post, une idée s’est déjà imposée à vous : ça y est, Laurent-David nous attire dans le conflit haut-bas. Alors de toute urgence avant que vous ne stoppiez votre lecture, je vous le dis tout net, non, pas du tout et même bien au contraire, c’est la santé économique de l’ensemble du Canton qui m’inquiète grandement.

Si vous vous intéressez à la question hospitalière neuchâteloise, vous aurez certainement lu une ribambelle d’expertises (ou leurs résumés dans les médias) se contredisant toutes les unes les autres. Chaque camp choisit celles qui lui conviennent et la possibilité d’une union sacrée a été enterrée, il y a fort longtemps déjà.

Nous ne parlerons pas ici de l’initiative lancée par les deux villes du haut du canton, car en réalité cela n’a aucune, ou plus précisément n’a plus aucune, incidence sur le point essentiel qui déterminera les conséquences découlant de l’éventuelle acceptation par la population neuchâteloise du projet du Conseil d’État, à savoir le facteur humain.

Le dit projet présente une immense faiblesse, car il se trouve déjà à l’extrême limite inférieure du volume minimal nécessaire pour garantir la viabilité d’un centre hospitalier sensé pouvoir régater avec ceux de Genève, Lausanne, ou encore Berne ! Or, le refus de la population du haut conduit à ce qu’aujourd’hui déjà une part toujours plus importante des patients du haut du canton privilégient l’hôpital de Saint-Imier. Sans hôpital sur le haut, vous pouvez sans risque parier pour au minimum un doublement de cette part et certainement bien davantage en réalité.

 S’il n’y avait que les (mauvaises) raisons de la frustration voir colère, on pourrait jouer le pari risqué d’un apaisement au fil du temps, mais ici l’objectivité force à constater les, cette fois très bonnes, raisons comme la proximité (10 min contre 30), facilité d’accès (parcage aisé notamment), qualité d’accueil et d’autres, qui garantissent l’échec d’une volonté centralisatrice sur le site de Pourtalès (déjà saturé soit rappelé en passant, voir image d’actualité).

grippe pourtalès

 Les défendeurs de la vision centralisatrice inhérente au projet du Conseil d’État seraient bien avisés d’écouter le très haut taux de satisfaction des patients qui ont tenté l’expérience de “s’expatrier” chez nos voisins bernois.

 Si le projet porté à bras le corps par le Conseiller d’État Laurent Kurth et son égérie en la personne de la présidente de HNE Pauline de Vos Bolay, vient à être accepté par la population neuchâteloise, le canton se chargera d’un énorme fardeau financier supplémentaire, alors même que nos finances flirtent déjà avec la double ligne rouge.

 Le phantasme proposé aux citoyens de notre canton ne pourra jamais être rentabilisé. Les quelques 170’000 neuchâtelois ne suffisent déjà pas. Il faudrait plutôt taper dans les 250’000 pour atteindre le seuil inférieur de rentabilité. Si nous devons encore soustraire ne serait-ce que 30 % des habitants du haut, nous pouvons certifier à la fois une augmentation massive des primes d’assurance maladie et de la fiscalité à moyen terme.

 Laurent Kurth a prouvé à de multiples occasions son habileté manipulatrice (j’en connais des camarades du haut qui regrettent de l’avoir soutenu en son temps!!!). Je n’arrive pas à croire qu’il ne soit pas conscient de ce qui précède. En vérité, il flatte l’électorat du bas du canton pour réunir une majorité maintenant, obtenir la médaille qu’il se souhaite pour garnir son blason, et au final sait très bien qu’au moment où la vraie addition de ces errements sera présentée à la population, soit dans 15 ans environ, il coulera une heureuse retraite d’ex-conseiller d’état, payée par les citoyens de ce canton.

 Peu importe que l’initiative pour 2 hôpitaux soit acceptée ou non, l’urgence consiste à refuser ce projet dont la réelle motivation se cache dans l’ego de deux personnes voulant favoriser leurs carrières respectives et se moquant éperdument des difficultés des petites gens à boucler leurs budgets familiaux, tout particulièrement la classe moyenne inférieure trop riche pour être aidée mais quand même pas assez pour ne pas être à la peine mois après mois.

 Laurent-David JOSPIN

4 thoughts on “Politique hospitalière neuchâteloise : le projet du Conseil d’État nous mène à une catastrophe financière

  1. Alex

    Quelle démonstration avez-vous illustré dans cet article par rapport aux votations à venir ? Vous appelez à voter “non” sans réelles raisons ? La seule chose que je remarque, c’est votre désaccord avec un politicien. Vos précisions m’intéressent grandement.

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    1. admin Post author

      Bonjour,
      Il était inutile de vouloir faire une démonstration complète. On sait très bien qu’un hôpital de soin aigu nécessite un bassin de population de 300’000 personnes (dans l’article j’ai écrit 250’000 pour être le plus favorable possible aux hauteurs du projet) pour être juste “rentable”. Certains affirment qu’avec l’hyper-spécialisation en marche dans le monde médical, à l’horizon 2030 il faudrait plutôt 400’000. En réalité, même sans réaction de rejet de la partie “montagnes” du canton, ce projet est largement démesuré pour notre canton. Le seul calcul possible pour aller dans une telle direction aurait été de s’assurer la captation d’une partie importante de la population jurassienne et bernoise proche. Or les faits avérés qui sont le rejet par le haut du canton d’une telle politique complété par la stratégie antagoniste du canton de Berne conduit à la certitude d’un échec.
      Le constat que la population du haut a manifestement déjà fait son choix et privilégie maintenant Saint-Imier chaque fois qu’elle le peut ne change pas fondamentalement la question, mais cela reste un effet turbo qui va accélérer les conséquences.
      Si nous avions voulu un centre de soin aigu dans le canton, il aurait fallut le développer avant que Saint-Imier ne se renforce à ce point, et également s’assurer que nous étions plus attractif en terme d’accessibilité pour au minimum la moitié du vallon. Bref, le train a passé et s’obstiner dans une voie sans issue coûtera très cher aux habitants du canton.

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      1. Alex

        D’accord sur certains points et certains aspects. Mais que doit-on désormais faire au juste ? Cesser les soins aigus à Neuchâtel et à la Chaux-de-Fonds et s’approcher d’un vrai hôpital universitaire, comme l’Inselspital ou le CHUV ? Que le résultat du vote soit un oui ou un non, il faudra bien une vraie politique cohérente pour le futur. Je remarque que personne dans le milieu politique, de droite ou de gauche, ne semble en avoir et que personne ne semble réfléchir à 10, 20 ou 30 ans. Entre les deux principales villes du canton et les deux bords politiques on dirait un couple qui se déchire et que chacun cherche à avoir le maximum de la couverture.

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        1. admin Post author

          Un fait semble admis par tous : le fait que nous avons perdu beaucoup de temps en projets avortés. Par contre, étrangement, personne ne semble vouloir en tirer les conséquences. Nous avions des options qui ont été effacées par certains choix (toujours en voulant rester à un niveau de coût raisonnable) et certains voudraient coûte que coûte malgré tout essayer de remonter le temps et réaliser ce que nous avons manqué.
          La piste la plus sensée aujourd’hui, au vu de notre masse critique, reste d’exploiter au mieux ce que nous avons et créer des partenariats avec des centres plus importants. L’évolution de la médecine conduira rapidement à ce qu’eux aussi devront lutter pour garder une masse suffisante. C’est au niveau de ces partenariats que nous devons être créatifs et obtenir une compensation équitable pour l’apport que nous ferons.
          Votre dernière phrase résume toute la problèmatique en peu de mots, hélas.

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