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Loi sur le CO2 : turbulences en vue !

Depuis quelques temps, je participe un peu moins aux débats sur les grandes questions politiques liées à l’énergie et/ou l’environnement et/ou …, car j’ai un besoin vital pour le dire pudiquement de faire avancer notre grand projet d’autoroute solaire.

Néanmoins, suite au contexte très particulier de la votation de la loi CO2, et très effrayé par une éventuelle issue négative, je m’en voudrais vraiment de ne pas avoir apporté ma modeste contribution à une issue dont il est également crucial qu’elle tourne du côté positif.

Nous votons sur l’objet car il y a eu référendum. Or justement, la double origine du dit référendum laisse entrevoir des débats publics chaotiques et incertains.

Nous voyons d’un côté en apparence l’UDC renforcée par certains milieux économiques, mais en réalité c’est bien de SwissOil, la faîtière des importateurs de produits pétroliers, qu’il s’agit. Les autres acteurs relèvent plus de la cosmétique voir carrément de l’alibi qu’autre chose.

Or je connais cet adversaire pour y avoir été confronté par le passé, également de manière partiellement occulte.

Tout se résume en un calcul primaire :

9’475’000 tonnes pétrole ⇒ (*1’100) environ 10’422’500’000 litres ⇒ (10 cts/lt) CHF 1’042’250’000.– bénéfice annuel

soit l’importation totale de produits pétroliers par année, transformée en litres (formule arrondie) et dont on évalue le bénéfice de la branche entière de manière très conservatrice. Pour que chacun comprenne bien, chaque tonne de pétrole importée passe au travers d’un importateur, une bonne part d’un raffineur, de même pour un stockage, d’un transporteur, et enfin d’un détaillant, ce bénéfice supputé de 10 cts par litre est donc bien le bénéfice net cumulé de chacun de ces acteurs, en clair de l’ensemble de la branche.

On peut aussi évaluer ce bénéfice par un regard sur un acteur également très représentatif de la branche fossile, à savoir Avenergy l’ex-Union Pétrolière Suisse, qui, dans son rapport annuel 2019 (page 21), se targue d’avoir apporté 996.5 M CHF de taxe sur la valeur ajoutée au budget de la Confédération. Or, pour pouvoir générer un tel montant de TVA, il faut avoir réalisé 12’941.5 M CHF de bénéfice brut au taux de 7.7 % en vigueur. Dès lors, les 1’042’250’000.– ci-dessus représentent un rapport bénéfice net sur bénéfice brut de 8.05 %, ce qui semble effectivement raisonnablement conservateur au niveau estimation.

Notre premier adversaire est donc assurément puissant. Et malin de surcroît, car il s’abstient d’apparaître de manière trop évidente pour éviter de se faire attaquer par “vous défendez vos intérêts privés de court terme au détriment du bien commun de long terme“.

“Balrog SwissOil contre Gandalf loi CO2”

Mais, il s’agit précisément de cela !!! Lorsque vous gagnez 1 milliard de CHF par année (oui, bien 1 milliard soit 1’000 millions), vous ne laissez pas votre “beefsteak” s’envoler sans essayer de le retenir. Et lorsque vous gagnez toujours ce même milliard, vous pouvez mettre beaucoup de moyens à disposition pour vous battre.

Face à un tel adversaire, il eut été avisé de présenter un front commun. Mais voilà, une partie du mouvement de la grève pour le climat a choisi de combattre elle aussi la loi. La motivation est bien sûr exactement l’opposé du premier adversaire, mais il n’en reste que cette voix discordante pourrait coûter très cher lors du décompte final.

En politique dit-on “l’argent ne compte pas“. Mais on précise aussi tout de suite “sauf si la différence est plus grande que le simple au double“, car là vous avez un vrai problème.

En général, une campagne de votation au niveau national coûte en Suisse quelque chose compris entre 2 et 5 M CHF. Lors du cas qui m’avait occupé fin 2014 début 2015 notre adversaire avait mis sur la table largement plus de 10 M CHF alors que nous allions seuls au combat avec un budget de l”ordre de 1 M CHF. Autant dire, que malgré la solidité de nos arguments, nous avons été proprement balayés.

L’affichage ou les campagnes de pub médias sont par essence même visibles et peuvent être estimées. Par contre, les salaires versés à des trolls restent la plupart du temps indémontrables. Conséquemment, personne ne pourra jamais savoir combien la branche pétrolière mettra dans la campagne en réalité, mais un raisonnement reste vrai : mettraient-ils jusqu’à un montant exorbitant de 100 M CHF pour obtenir ne serait-ce que 5 années de répit, qu’ils retrouveraient 50 fois leur mise !!!

Je n’ai évidemment pas dit qu’ils mettraient une telle somme, mais il faut comprendre que leur intérêt est tel, qu’ils mettront forcément des moyens à la hauteur de l’enjeu.

En cas de résultat négatif, les lobbyistes, toujours financés par la même corporation, organiseront une authentique guerre des tranchées à Berne pour gagner mois après mois avant qu’une nouvelle loi ne soit reproposée en votation.

Je peins le diable sur la muraille dites-vous ? Lors de la fameuse campagne perdue de 2014/2015, on nous argumentait justement qu’une loi plus efficace allait arriver immédiatement et qu’en fin de compte les objectifs de notre initiative seraient atteints plus rapidement si on laissait la nouvelle loi arriver. Les faits sont têtus comme le répétait Lénine : nous sommes aujourd’hui 6 ans plus tard, et que cela plaise ou non, 6 années se sont écoulées, et ce alors que nous vivons une urgence climatique absolue !!!

Même si la nouvelle loi se révélait beaucoup plus ambitieuse, ce dont il faut douter compte tenu des équilibres politique de notre pays, les nombreuses années perdues ne se rattraperont pas !

Cette loi, même résultat de douloureux compromis et donc forcément imparfaite, reste infiniment nécessaire.

J’ai de la sympathie bien réelle pour une part importante des idées de la grève pour le climat, mais manifestement une frange du mouvement fait preuve de naïveté politique qui pourrait au final nous coûter très cher.

Je vais donc vous proposer dans les prochaines semaines une série de réflexions, qui, je l’espère, contribueront un peu à faire pencher la balance du bon côté.

Pour le prochain article, nous discuterons les enjeux géostratégiques liés à cette loi sur le CO2.

Laurent-David Jospin