la non-culture pour mieux nourrir le monde

Voici une approche intéressante et innovatrice de par sa simplicité : oser l’idée qu’en agriculture nous nous épuisons à résoudre des problèmes créés par nous-mêmes.

Monsieur Masanobu Fukuoka, micro-biologiste et spécialiste en phytopathologie, japonais de son état et partant très intéressé à la culture du riz,  a passé toute sa vie à diminuer puis supprimer les quantités d’engrais, de pesticides, d’irrigation, etc. etc. pour finalement arriver au même rendement qu’avec une agriculture classique.

Le résultat final mérite le détour.

On inonde, pendant de long mois, habituellement les cultures de riz principalement pour empêcher la pousse des mauvaises herbes. Ici, on choisit volontairement de faire proliférer du trèfle blanc dans une rizière à sec. De cette façon la seule “mauvaise” herbe reste donc ce trèfle, qui comme tout les trèfles possède la propriété de fixer l’azote et donc d’enrichir le sol en profondeur. Au moment voulu, on inonde, permettant au riz de germer, tout en mettant le trèfle en mode “veilleuse”. Une dizaine de jours suffisent et l’on peut arrêter de remettre de l’eau. Le trèfle a été suffisamment ralenti, respectivement l’avance du riz permet à ce dernier de prospérer sans plus être gêné par le trèfle, qui en occupant l’espace résiduel, empêche l’arrivée d’autres mauvaises herbes. Avant la récolte du riz, on sème les céréales d’hiver à la volée. Lors de la récolte du riz, on rend à la terre toute la paille non comestible de la plante. On protège ainsi le sol contre l’assèchement, limite à nouveau l’arrivée de mauvaises herbes, et la décomposition du trèfle permet d’éviter de devoir utiliser des engrais chimiques. Lors de la récolte, on piétine quelque peu les céréales, mais compte tenu du “très jeune âge” des dites céréales, celles-ci s’en remettent sans difficulté. Dans une variante idéale, on laisse courir poulets et canards directement dans le champ. Ces précieux auxiliaires réalisent une chasse aux nuisibles et surtout grâce à leurs déjections, accélèrent la décomposition de la paille qui va contribuer à enrichir le sol également. Le trèfle a été semé après les céréales de façon, à nouveau, garantir l’avantage de ces dernières. On sème le riz avant la récolte des céréales, et le cercle est bouclé lorsqu’on inonde à nouveau le champ pour faire démarrer le riz

Sur cette image, on voit le semis à la volée du riz dans une culture d’orge

Nous obtenons comme résultat final, infiniment  moins d’eau consommée respectivement gaspillée incluant aussi un travail moindre pour l’arrosage, une consommation d’engrais et herbicide nulle, … La terre est d’une vitalité incomparable avec de l’azote fixé jusqu’en profondeur, et également une forte présence de micro-organisme ainsi que de vers de terre garantissant la fertilité des sols pour les années à venir. Il n’y a que des gagnants ici! Euh non, j’ai oublié Monsanto &co, mais comme de toute façon je préférerais les voir disparaître, on ne va pas se plaindre, non?

Et encore une fois, le rendement final est égal ou supérieur à une agriculture classique.

Pour résumer la philosophie de cette “non-agriculture” faire avec la nature plutôt que contre elle.

La non-agriculture a été mise en route dès les années 50 par un Monsieur Japonais, entretemps décoré pour service rendu à l’humanité, nous voulons espérer que personne ne cherchera à l’arrêter.

Laurent-David JOSPIN

PS : l’expression non-culture est une non-traduction d’une expression japonaise non-traduisible, mais je ne pense pas que vous aurez non-compris, et de toute façon la bonne humeur est elle bien comprise.

Source : FUKUOKA Masanobu, La révolution d’un seul brin de paille, Guy Trédaniel Editeurs, Paris, 2010

One thought on “la non-culture pour mieux nourrir le monde

  1. Giovanni Tarantino

    C’est un excellent exemple. On peut faire le parallèle avec nos viticulteurs, qui pendant des siècles ont enlevé chaque brin d’herbe entre les ceps. Maintenant ils laissent l’herbe pousser, ce qui garde mieux l’humidité et éviter à la terre de raviner au moindre orage.

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