Le coût de la perte de bio-diversité

Pour beaucoup d’entre nous, lorsqu’on nous annonce une perte de bio-diversité, cela reste très virtuel et les conséquences néfastes nous semblent bien lointaines voir carrément incertaines.

Vous commencez à me connaître, et vous devez déjà vous demander quelle construction intellectuelle je vais soumettre à votre sagacité qui va chercher à démontrer le contraire.

J’espère ne pas trop vous décevoir, mais on va vraiment rester très terre à terre au sens propre.

Les moins jeunes de mes lecteurs doivent certainement se rappeler les magnifiques prés de notre enfance parsemés de fleurs de toutes les couleurs. Aujourd’hui, tout cela appartient au passé (à moins d’aller en montagne, là où la civilisation n’a pas encore trop sévi). Les champs engraissés à l’excès par une sur-pâture (et donc aussi une sur-production de déjections bovines plus communément appelées bouses ou beuses en neuchâtelois courant!) favorisent de manière quasiment unique les ombellifères (en forme de groupe de parasols blancs : les coutches toujours en neuchâtelois) ou autres pissenlits donnant des champs uniformes et assez tristounets. Un peu d’attention supplémentaire et vous constaterez une autre grande absence : tout ces papillons colorés qui virevoltaient et émerveillaient nos yeux d’enfants.

Et au fond mis à part l’esthétique, c’est grave ça, docteur?

Si vous avez regardé le Téléjournal sur la Suisse romande du 9.8.2013 soir, vous aurez appris que de nombreux paysans de l’arc jurassien ont de gros soucis à devoir importer du fourrage en quantités exceptionnelles, au point que cela risque de mettre une série d’exploitation en danger de mort économique.

Ce printemps, lorsque nous avons vécu une période grise et pluvieuse, les espèces privilégiées par le problème expliqué ci-dessus n’ont pas pu se développer suffisamment. Cet été, lors d’une période de sécheresse modérée, elles ont souffert de même. Il se rajoute à ce premier problème climatique un deuxième, lui aussi lié à la perte de bio-diversité, la surpopulation de campagnol. Cette dernière puise ses racines, sans jeu de mots involontaire, dans la disparition des haies qui offraient des corridors écologiques aux prédateurs des campagnols, et pour une part également dans la sur-présence de pissenlits notamment contribuant à la croissance des populations.

Un champ moins “gras” mais plus riche d’espèces variées aurait bien mieux traversé les turbulences, et aujourd’hui les exploitations agricoles concernées seraient infiniment mieux positionnées pour faire face à la difficulté.

Le cas du fourrage à acheter en sus relève du bénin, certes pas pour l’exploitant agricole concerné, mais il faut conserver à l’esprit que le monde nous entourant est complexe et nous sommes très loin d’avoir compris toutes les interactions entre les divers écosystèmes, partant de là les conséquences peuvent se révéler infiniment plus graves. A nouveau, l’humanité, en tolérant implicitement des pertes de bio-diversités, prend des risques sans savoir exactement lesquels.

La bio-diversité c’est pas juste un truc d’intellectuel, elle est nécessaire à l’équilibre du monde vivant dont nous sommes un maillon!

Laurent-David JOSPIN

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