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Comment démolir tout en faisant semblant de soutenir (ou presque)

Pour ceux qui me suivent sur ces pages depuis le début, le titre de ce post doit vous rappeler quelque chose. Effectivement, en juin 2013, je vous avais proposé une réflexion intitulée “Comment tuer … tout en faisant semblant de soutenir les énergies renouvelables“. On parlait à l’époque de considérations architecturales et de règles dramatiquement contre-productives imposées par diverses “hautes” autorités (si hautes qu’elles en viennent à être déconnectées de la réalité du terrain d’ailleurs).

On aimerait croire que le type de problème mentionnés ci-dessus ne concerne que le monde parfaitement subjectif de l’esthétique, mais voilà tel n’est malheureusement pas le cas, car du côté, en principe parfaitement objectif et rationnel de la physique et des mathématiques, on peut aussi trouver des faux amis particulièrement dangereux. Aujourd’hui, j’aimerais vous proposer de décortiquer le message d’une personne réellement très influente dans les milieux de l’énergie francophone, à savoir Monsieur Jean-Marc Jancovici (abrégé dans le texte en JMJ ) .

OK, vu le coté assez aride de ce texte, exceptionnellement je m’autorise à vous expliquer, ou plutôt proposer, comment lire ce présent post et aussi pourquoi je me suis attelé à une tâche aussi peu gratifiante pour le citoyen lambda. Il se trouve que le discours de JMJ possède un coté très péremptoire voir même paternaliste. Je soupçonne de nombreux élus s’étant référés à celui-ci de ne pas l’avoir compris réellement, mais du moment que la conclusion les arrangeait à court terme pourquoi se priver d’en faire usage.  En conséquence, idéalement vous devriez lire l’article de JMJ dont on parle plus loin, ensuite seulement lire ce post, et enfin comparer point par point voir m’envoyer vos meilleures questions. Comme tout le monde n’est pas ingénieur, je vais également vous proposer une lecture simplifiée qui court-circuite l’ensemble des calculs techniques et autres “détails” abstraits : si vous vous contentez de lire les passages en gras+vert, vous obtiendrez l’information essentielle en un rien de temps, libre à vous d’approfondir tout point qui vous intéresserait plus particulièrement. En fait, c’est comme dans un bon restaurant soit à la carte, et donc libre à vous de prendre entrée et dessert seulement, ou d’avaler tout le plat de résistance. Et pour être concret, on commence tout de suite : Ce post a été écrit et existe pour corriger des affirmations soit déformées soit franchement mensongères n’ayant que pour seul but de ralentir le déploiement des énergies renouvelables respectivement de favoriser artificiellement des énergies fossiles diverses. Il faut encore préciser que la présente réflexion pourrait être menée de manière tout à fait parallèle sur d’autres auteurs et d’autres types d’énergie. JMJ ne doit donc pas se sentir visé personnellement, car mon viseur affiche bien le mode de pensée qui se cache dans l’arrière-plan et non pas une personne plutôt qu’une autre.

Donc JMJ présente incontestablement tous les signes d’une intelligence supérieure à la moyenne. Ses analyses, avec lesquelles je suis souvent d’accord, sur de nombreux aspects des difficultés environnementales, auxquelles l’humanité doit faire face, prouvent une capacité analytique élevée et ce tout spécialement relativement à la problématique CO2 versus climat. Mais voilà, JMJ est de toutes évidences un pur produit de la filière nucléaire française et à un moment ou l’autre de ses réflexions, il ne peut s’empêcher de basculer du côté obscur de la force (électrique bien sûr).

Sur son blog Manicore, JMJ développe un point de vue sur l’impossibilité d’obtenir une contribution réellement significative à notre consommation énergétique avec le solaire et notamment le photovoltaïque. Cette réflexion, suivant un fil cohérent, semble imparable. Et pourtant, truffée de petites imprécisions, oublis,  et autres erreurs de principe, elle conduit à une conclusion totalement erronée. Le diable se cache dans les détails, et donc on ne peut pas faire confiance à une explication aussi si bien construite soit-elle, si elle provient d’une source non parfaitement neutre (rare!).  J’ai enregistré la version actuelle du document qui date de 2012 (disponible ici et sinon vous trouverez la version en cours sur le site Manicore), et quoique très adoucie par rapport à la première version que j’avais découvert il y a quelques années,  nous allons nous évertuer à remettre l’église au milieu du village.

Alors voilà, on attaque et commence directement par la plus grande erreur de principe de la réflexion de JMJ, extrait  :

En effet, poser la question ainsi semble parfaitement innocent voir même naturel, mais il s’agit bel et bien d’une erreur fondamentale. Dans le monde moderne, hyper connecté, ne s’arrêtant jamais et excessivement peu tolérant à la panne, surtout électrique, aucune source d’énergie, quelle qu’elle soit ne peut prétendre à couvrir le 100% des besoins de l’économie et des ménages. Même le nucléaire présente des faiblesses importantes, qui rendraient impossible la mise en place d’une hégémonie au bénéfice de cette filière, si l’on était tout de même tentés par un tel chemin. Il suffit par exemple de se souvenir de la canicule de 2003 durant laquelle de très nombreuses centrales nucléaires européennes ont dû être ralenties voir arrêtées faute de pouvoir les refroidir avec suffisamment de sécurité ou sans impacter gravement les cours d’eau réceptionnant les rejets d’eau chaude (soit-dit en passant ce genre d’épisodes est amené à se multiplier dans les années à venir compte tenu du réchauffement climatique).  On pourrait débattre éternellement de la part optimale du marché électrique qui devrait être couverte par le photovoltaïque, mais la réalité la plus simple et incontestable reste que cette part idéale évolue à la hausse en fonction des progrès technologiques. Aujourd’hui, sur la base de mes expériences de terrain concrètes, il me semble qu’une part de l’ordre de 20-25% ne devrait poser aucun problème majeur. Nous allons passer en revue une série d’aspects liés aux affirmations de JMJ dans ce post et nous verrons bien ce sur quoi nous arrivons. En bref, toute politique saine dans le domaine de l’énergie doit obligatoirement reposer sur des sources variées.

Passons à la suite de la réflexion, le point suivant m’avait fait très fortement réagir lorsque j’avais lu pour la première fois le document de JMJ, car en tant qu’ingénieur je savais pertinemment qu’il s’agissait d’une grave déformation de la réalité. Dans la première version, lue en 2008 je pense, les chiffres étaient encore plus outranciers, mais dans la version actuelle, ils ont été légèrement corrigés et  JMJ part grosso modo de l’idée qu’il sera possible de produire 100-110kWh/an par m² de panneau solaire installé et ce pour autant que le panneau solaire ne souffre pas d’un handicap limitant comme un ombrage ou une orientation défavorable. Graphe à l’appui de l’explication de JMJ :

Ici, je pourrais vous expliquer qu’en réalité les taux d’efficience ne sont pas de 5 à 10% comme mentionnés par JMJ, que les difficultés qu’il mentionne n’ont pas forcément un impact aussi grave que …, que les exemples de calculs dans des scénarios moyens …. ,  que … Mais je choisirai une voie bien plus simple, la preuve par l’acte! La centrale solaire que nous nous sommes installés comme démonstrateur pour les clients de notre entreprise à Onex (Genève) fin 2010 (donc sensiblement avant la version discutée ici du site Manicore puisque datant de 2012), et alors bien qu’elle souffre de plusieurs handicaps dont orientation non plein sud (-20° au lieu de 0°), inclinaison non idéale (24° au lieu de 35°), masque d’horizon par les immeubles au sud très défavorable en hiver, suies urbaines que nous avions sous-estimées, et enfin zone quasi non ventilée en été de par les barres d’immeubles latérales conduisant à des pertes importantes par effet Joule, produit bon an mal an 165kWh / m² installé (relevé de production ici). Aujourd’hui dans le même site grâce aux quelques progrès constatés dans la filière PV, je serais prêt à signer pour 190 kWh/m² et notre usine de référence m’indique que d’ici 2-3 ans, ils pourront nous fournir en gamme standard des produits avec une efficacité augmentée des 17-18% actuels d’efficience à environ 21-22% soit une augmentation relative de +20%, ce qui pousserait les 190 ci-dessus à un 220+. Les adversaires des ENR, et en particulier du solaire, sous-estiment systématiquement, et le plus souvent très largement, la capacité contributive de ce type d’énergie à la mise en place d’un approvisionnement fiable et conforme à nos attentes.

Vue depuis le nord de notre fameuse centrale sur google avec l’immeuble au sud lui limitant l’horizon :

On peut donc bien constater qu’elle présente plusieurs des inconvénients mentionnés dans la réflexion de JMJ et pourtant nous dépassons malgré tout d’un facteur d’au moins 1.6 les chiffres avancés sur Manicore.

JMJ nous parle ensuite de la faible amplitude de la consommation électrique jour nuit (selon le graphe)

Soyons clair, ici je n’arrive tout simplement pas à croire que l’oubli, qui se cache ici, puisse être involontaire. En effet, l’invention des tarifs différenciés HP-HC (soit heures pleines versus heures creuses) provient justement de la filière nucléaire qui avait désespérément besoin d’un débouché pour écouler l’énergie de son ruban constant y compris la nuit. Même le nucléaire présente des faiblesses pour lesquelles des adaptations du réseau respectivement de la consommation ont été, ou sont encore, nécessaires.

Or c’est bien évident, plus l’amplitude jour-nuit tend vers une valeur faible, plus vous aurez besoin de stocker l’énergie électrique générée en journée par le photovoltaïque pour en disposer la nuit. Comme le stockage de l’électricité présente une foule d’inconvénients importants (ici nous sommes assez d’accord avec JMJ, avec le bémol que si vous considérez la variante pompage-turbinage les taux d’efficiences sont tout de même un peu meilleur), vous pouvez assez aisément tuer la filière photovoltaïque en argumentant sur ce seul aspect. Mais voilà, si l’on se donne  la peine d’imaginer que les tarifs HP-HC soient supprimés ou encore mieux réaménagés pour coller à la courbe en cloche du PV, on comprend bien qu’il n’y a aucune fatalité à ce que le paysage énergétique ne présente pas un visage bien plus adapté à l’énergie solaire. Le paysage énergétique actuel n’est pas une fatalité mais relève d’un choix essentiellement politique. Il n’y a aucune impossibilité prendre un chemin différent.  JMJ nous parle d’une amplitude de 15 à 20 GW, or sur la base de l’exemple vécu en Allemagne, on peut envisager un triplement de cette amplitude (à noter : l’exemple allemand est pollué aussi bien au sens propre que figuré par la faiblesse des prix du charbon en date de la rédaction de ce post, mais contrairement à ce que certains cherchent à faire croire, ceci n’a rien à voir avec le déploiement des ENR en Allemagne et pourrait faire l’objet d’un post à lui seul). Dès lors, si on retient une amplitude conservatrice de 50 GW et modelée par des tarifs variables collant à la production solaire, on arrive à une production solaire absorbable directement par le réseau se situant entre 50 et 80 TWh (selon si la majorité des dits panneaux solaires étaient installés en PACA ou au contraire vers Lille), soit entre 10 et 15% dans le cas de la consommation électrique française. Le mode de fonctionnement et gestion du réseau électrique a été pensé pour les énergies fossiles actuellement utilisées. Il est faux de vouloir adapter les ENR au système présent, car il est infiniment plus aisé de modifier la stratégie du réseau en fonction des ENR que l’inverse.

Juste pour se donner une idée : la quasi totalité des cumulus (ou ballons d’eau chaude, ou boiler en Suisse romande) démarrent la nuit leur cycle de chauffe au moment du passage en mode HC. L’INSEE nous dit qu’il y 25.5 M de ménage en France multipliés par une puissance de 2000W (postulat 1 cumulus par ménage en moyenne), nous donne une puissance totale consommée la nuit de 50 GW (nous avons simplifié le calcul, en oubliant les résidences secondaires qui chauffent souvent quand même leur eau pour des questions sanitaires, et bien sûr toute l’industrie), qui pourrait dont être décalée à n’importe quel autre moment du cycle de 24h. Le calcul que nous proposons ci-dessus, conduisant à cette valeur de  80 TWh sans aucune nécessité de stockage, est donc très conservateur et la réalité pourrait certainement être bien plus favorable encore et correspondrait le plus vraisemblablement à mon estimation intuitive au début de ce post (grosso modo le double soit 150 TWh).

Il se rajoute à ce qui précède que si l’électricité se stocke mal, plusieurs de ses effets peuvent eux être très bien stockés notamment le froid et le chaud sur des périodes allant de quelques heures à quelques jours. L’exemple de couplage d’une grosse centrale PV avec un entrepôt frigorifique à Neuendorf proche de Soleure en Suisse (à trouver ici, désolé c’est en allemand) montre les immenses possibilités qu’une simple organisation différente de son mode de consommation permet.

Une autre réflexion possible tourne autour de la question des futures voitures électriques. Par politesse autant que cohérence, nous continuerons celle-ci sur le cas français. Au 1er janvier 2015, le parc automobile français était constitué de 38’408’000 véhicules. Si on se réfère au discours de Carlos Ghosn  lorsqu’il a défini la mobilité électrique comme axe stratégique pour le groupe Renault-Nissan ou à l’exemple  de Tesla qui a  enregistré 400’000 commandes pour son futur modèle livrable au mieux en 2017, il ne semble pas déraisonnable d’estimer que d’ici quelques années la part de véhicules électriques puisse atteindre 10% de ce parc. (note : selon l’INSEE la moyenne d’âge des véhicules est de 8.7 ans, compte tenu de la croissance du parc, il en découle que le taux de renouvellement est égal ou supérieur à 11.5%. Dès lors, dès l’instant où le pourcentage des ventes de nouveau véhicule en mode électrique dépassera légèrement le 1% du parc existant (soit schématiquement le 10% des ventes de véhicules neufs), cet objectif sera rapidement atteint. On roule en moyenne 25’000 km /an à une moyenne de peut-être 60 km/h (évaluation entre autoroute à 130 et bouchon en ville à 0), et donc 416 heures par an. Une année civile contient (plus ou moins selon qu’elle est bissextile ou non) 365 * 24 H soit 8760 heures. En admettant que les véhicules électriques ne roulant pas pourraient être connectés à une station de recharge environ 50% du temps non roulant, nous obtiendrons ici une capacité modulable de consommation de 10% * 38.4 M * 50% ((8760-416)/8760)*2000W soit 3.6 GW en arrondi. Et si nous faisons le postulat, qui semble relativement raisonnable, que plus l’usage de l’énergie photovoltaïque sera répandu plus notre mobilité tendra vers l’option électrique, les figures deviennent tout simplement spectaculaires. En imaginant que 100% ou approchant du parc des véhicules soit converti à l’électrique et que par obligation légale ou incitation tarifaire forte, il soit attendu des usagers qu’ils se connectent soit sur une borne de recharge individuelle en privatif, soit sur des bornes collectives dans les parkings publics de manière systématique, nous obtiendrions alors un volant supplémentaire de flexibilité de la puissance consommée instantanée de 0 à 72GW.

On pourrait même pousser le raisonnement encore un stade plus loin en permettant aux véhicules de refluer temporairement dans le réseau si certaines conditions critiques venaient à se matérialiser. Ceci permettrait théoriquement d’atteindre un volant de flexibilité supérieure à la consommation maximale démontrée, car passant de -72GW à +72GW soit 144GW. Bien évidemment, ce qui est imaginé ici ne devrait rester qu’une solution de dernier recours, car autrement nous devrions prendre en compte les pertes pour charger les batteries des véhicules et repuiser dedans. La marge de progression de la capacité à intégrer des ENR dans le réseau est en réalité presque illimitée, car elle suit le déploiement d’autres technologies indispensables à la décarbonation de nos économies. 

Quoiqu’il en soit, en restant à la version 0-72, tout ceci ne coûte, en simplifié, qu’une puce électronique à 50 centimes par borne de recharge et quelques lignes de code informatique pour adapter la charge en fonction de la sollicitation instantanée du réseau électrique!

N’oublions pas enfin que le réseau électrique européen est interconnecté. La France malgré son “invincible armada nucléaire” se doit fréquemment d’importer du courant, historiquement plutôt dans les gros froids de l’hiver, mais le risque s’approche de voir cela également en été avec les besoins croissants des climatisations. Déterminer de quelle manière, l’interconnexion des diverses sources d’énergie renouvelable permet de se passer de stockage complémentaire nécessite une étude statistique comparative incluant tous les acteurs significatifs et potentiellement significatifs (solaire, éoliens des divers gisements de vent européens, bio-masse, hydro-électricité, …). En effet, savoir quand il fait suffisamment mauvais temps pour que la production du PV tombe à zéro, mais en l’absence de vents forts aussi bien dans le sud (Espagne) que le nord (Allemagne, Danemark) empêchant de se rabattre sur l’énergie éolienne ne se déduit pas d’un simple raisonnement logique et dépasse le cadre de ce post. Il n’empêche que le fait, de combiner les diverses sources d’énergies renouvelables entre elles les rendent plus compétitives respectivement tolérantes à la défaillance, ne peut pas être contesté sur le principe, même si nous le chiffrons pas ici. Mais, juste pour vous donner une idée, le Fraunhofer Institut confirme dans son rapport sur le photovoltaïque allemand qu’il existe une corrélation fortement négative entre l’ensoleillement et le vent, c’est à dire que dans ce pays les deux sources d’énergie présentent un profil de complémentarité très favorable, car s’il y a beaucoup de soleil, le vent ne souffle pas (ou pas fort), alors que l’inverse est aussi généralement vrai. Voir graphe :

Concrètement, on peut le résumer ainsi : en 2014 alors que la puissance installée PV allemande se situait à 38GW et que celle de l’éolien allemand à 36GW, la puissance totale injectée dans le réseau par la somme de ces deux type d’énergie n’a qu’exceptionnellement dépassé les 30GW, et on voit bien que la production cumulée mois après mois, même si pas parfaitement stable, reste le plus souvent dans des plages de valeurs proches. En refaisant la même analyse, non plus au niveau “régional” allemand, mais sur l’ensemble du continent européen, puis en incluant également d’autres sources d’ENR comme l’hydro-électricité en version “simple” ou avec pompage-turbinage, la bio-masse, la géothermie, …. , imparablement nous obtiendrons des figures encore plus favorables. La combinaison de plusieurs type d’ENR rend celles-ci plus performantes et également plus simple à intégrer dans le réseau.

Le fait de savoir si oui ou non du stockage coûteux, aussi bien en terme énergétique qu’économique, devra être mis en œuvre, est fondamental, car le dit stockage coûte en pertes de rendement, qui peuvent être très importantes selon les scénarios, ainsi qu’en énergie grise supplémentaire à amortir. Au vu des explications qui précèdent, il semble réellement non contestable qu’une puissance crête livrée maximale de photovoltaïque de 50GWp peut être absorbée par le réseau électrique français sans mise en place de solution de stockage autre qu’une gestion différente de la consommation qu’actuellement. Passer au solaire ne signifie nullement que nous devrons remplir nos caves de batteries.

Je relève enfin que les indications sur l’énergie grise à compenser des modules solaires ne correspondent simplement pas à la réalité technique. Le Fraunhofer Institut a calculé qu’en Allemagne, disposant donc d’une insolation incomparablement plus faible qu’en France, un module solaire de SiC (Silicium cristallin) regagnait l’énergie grise nécessaire à le fabriquer en 2 ans maximum. En France, et notamment sur la moitié sud, on doit donc se situer assez proche d’une année. Toujours selon le Fraunhofer Institut, la majorité des panneaux solaires produits depuis 2010 ont une espérance de vie de l’ordre de 40 ans (note : pour les premiers panneaux solaires construits dans les années 60, on estimait qu’ils auraient une durée de vie 10 ans et regagneraient seulement 1/3 de l’énergie nécessaire à leur fabrication. La réalité est que la majorité de ces panneaux historiques ont de tout même fonctionné une trentaine d’année et ainsi ont malgré tout réussi à atteindre l’équilibre. Dès lors l’affirmation du Fraunhofer Institut semble parfaitement cohérente avec l’évolution attendue de la technologie respectivement l’amélioration des méthodes de construction). Depuis les premières installations de panneaux photovoltaïques dans les années 60, les pronostics ont toujours été dépassés!

Ceci étant, si nous retenons les valeurs suivantes sans excès d’optimisme bien au contraire :
50GW absorbables par le réseau sans stockage supplémentaire,
durée de vie de 30 ans,
compensation de l’énergie grise en 2 ans (histoire d’inclure tout les à-cotés),
nous trouvons que
50GW absorbables ==> 55 à 56 GWp installables (différence perdues dans les onduleurs + câbles)
56GWp ==> 70 TWh produits (nous obtenons ce ratio de productivité avec notre centrale d’Onex ci-dessus datant de 2010!) dont nous retranchons 2/30 pour la compensation de l’énergie grise soit un résultat net disponible de 65TWh
65TWh net ==>  65/520 soit 12.5% (approchant, à voir la consommation actuelle)
55GWp ==> 55’000’000’000 Wp/170Wp/m² ==> 324 km² soit 0.06% du pays seulement soit moins que 6% des toits des bâtiments construits!

En conclusion, en dédiant 6% des toitures de France au photovoltaïque, on recevra en retour 12.5% de l’énergie électrique consommée, en réitérant que cette proportion pourra à futur être sensiblement augmentée.

A titre personnel et pour faire écho à mon affirmation intuitive initiale de 20-25%, je reste persuadé qu’elle est bien réelle. Toutefois, peu importe car dans tous les cas de figure, ces 12.5% ne resteront qu’une étape provisoire pour aller plus loin.

En résumé, le texte de JMJ conduit à penser qu’avec une couverture solaire de 4% du territoire national français, il serait possible  d’obtenir une production nette d’énergie électrique disponible du même ordre de grandeur que la consommation actuelle alors qu’il faudrait retenir qu’avec quelque chose de l’ordre de 0.06%, on peut obtenir une production nette disponible de l’ordre de 12% de la consommation actuelle. La différence entre les deux scénarios ne relève pas du détail anecdotique, car la variante JMJ implique un coût du kWh livré à l’usager environ 10 fois plus élevé et une consommation de surface simplement impossible (4* la surface de tous les bâtiments de France!). En réalité, JMJ nous dit à peu de chose près que le photovoltaïque est condamné à rester confiné dans un rôle quasiment décoratif ou en tout cas très secondaire, alors que la réalité est toute différente. 12% du mix énergétique électrique d’un pays est tout sauf négligeable, sans même rappeler qu’il s’agit d’une énergie 100% indigène et qui ne finance donc pas des régimes politiques tout sauf recommandables (pour rappel le nucléaire demande de l’uranium qu’il faut bien aller chercher quelque part, et les journaux nous relatent jour après jour les conséquences de cette dépendance!!).

J’ai personnellement assisté à l’une des conférences de JMJ (au Club 44 de La Chaux-de-Fonds, si cela lui rappelle quelque chose), et il me semble bien me souvenir qu’il a utilisé l’expression que “tant que la part de l’énergie photovoltaïque ne dépassait pas l’épaisseur du trait de la courbe” (en langage clair qu’elle était complètement négligeable) “elle ne poserait pas problème et qu’elle était destinée à rester à ce niveau.”

Monsieur Jancovici, vous êtes un homme écouté. Une classe de personnes que l’on appelle les politiciens et qui ne dispose manifestement pas du bagage de l’ingénieur (en général vrai, mais c’est quand même mieux en Suisse sur ce plan aussi) tire des conclusions et prends des décisions sur la base de vos réflexions. Soyons honnête, votre message ne vise qu’à une chose : démolir proprement, et surtout sans en avoir l’air, les énergies renouvelables pour préserver la part du nucléaire. Le but de ma réflexion n’est pas de faire ici le débat du nucléaire, mais la lucidité doit nous forcer à conclure qu’en agissant ainsi on ralentit bel et bien les ENR, mais comme cela n’accélère pas le nucléaire de l’autre côté, la population ayant clairement exprimé son refus, cela nous confine dans une impasse qui fait le beau jeu des énergies les plus sales à court terme comme le lignite par exemple et crée un front de blocage sur la nécessaire taxation du CO2 pour permettre enfin de donner une chance à l’humanité d’éviter les conséquences les plus graves du réchauffement climatique (pour les “seulement” graves, c’est malheureusement vraisemblablement déjà trop tard). Il y a une urgence réelle à agir mille fois prouvée maintenant. Faire des calculs fallacieux pour tenter de conserver des parts de marché en faveur des énergies sales envers et contre toute logique ne fait qu’augmenter les conséquences que l’humanité subira. 

Dans notre civilisation judéo-chrétienne, cher Monsieur Jancovici, le péché est synonyme de mort. Ici, votre péché à vous ne signifie pas votre prochaine combustion à vous dans les flammes de l’enfer des pollueurs (tiens au fait, flammes alimentées par quelle source d’énergie primaire?), mais celle de nos descendants, bref nos enfants et donc aussi vos enfants. Par contre, bonne nouvelle, la rédemption reste possible en tout temps. Quittez les forces sombres des énergies fossiles arrachées à la terre, et utilisez votre grande intelligence pour la lumière (du solaire par ex. ), votre rédemption sauvera beaucoup de vies à moyen et long termes, et j’en suis persuadé vous le savez!

Laurent-David JOSPIN

PS : bien évidemment, Monsieur Jancovici a été informé de l’existence de cette publication.

Remerciements à Giovanni, Florence, Joanne, Laurent-Valentin, Amanda, Pascal et tout les autres pour les précieux conseils, commentaires, et bien sûr encouragements.

Sources :
Fraunhofer ISE, Dr. Harry Wirth, “Aktuelle Fakten zur Photovoltaik in Deutschland“, Fassung 22.4.2016
Ainsi que celles mentionnées dans le texte

Un premier pas lucide et courageux qui en appelle d’autres

Ce dimanche, le peuple neuchâtelois a renvoyé les autoproclamés éolo-sceptiques à leurs études. Le score ne souffre aucune discussion et il me plaît de rappeler qu’en 2010 déjà des états généraux de l’énergie avaient été initiés par le Conseiller d’Etat alors en fonction.

En page 28 du document intitulé “opinion des Neuchâtelois sur les questions énergétiques“, on découvrait que 64% des sondés souhaitaient que l’on développe “beaucoup”, selon les termes du sondage, l’énergie éolienne.

 

Ne trouvez-vous pas cela vraiment étonnamment proche des 65% d’acceptation du contre-projet du Grand Conseil atteints ce dimanche?

Il n’y a pas de hasard ici la population neuchâteloise appelle de ses vœux une sortie ordonnée des énergies fossiles, nucléaires compris, et est prête, de manière tout à fait consciente, à mettre en œuvre une politique permettant la concrétisation de ce but. Si on devait exprimer un regret aujourd’hui, c’est bien pour ces 4 années perdues (2014-2010) à confirmer quelque chose que l’on savait donc déjà politiquement parlant, et que, sur le plan scientifique, on sait être dramatiquement urgent.

Aujourd’hui ce premier pas se mesure à l’étalon d’un pourcentage un peu abstrait soit les 20% de production indigène potentiellement atteignables grâce aux parcs prévus.

Ne réfléchissez pas plus longtemps pour le second pas, vous le lisez dans la même page 28 du sondage ci-dessus. En premier choix, les neuchâtelois à 79% plébiscitaient l’énergie solaire comme source prioritaire d’énergie renouvelable.

Nous devons maintenant cesser de tergiverser et le plus vite possible lever une bonne fois pour toutes les obstacles artificiels mis en travers de l’énergie solaire par des défenseurs auto-proclamés du patrimoine qui sont en réalité surtout des fossoyeurs de notre environnement et de celui de nos descendants.

Avec le solaire libéré, nous pouvons avancer de 30% supplémentaires. Les deux pas mis bout à bout, nous aurons donc déjà fait la moitié du chemin. Pour ma part je préférerai voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide, en conservant bien sûr la ferme volonté de finir de le remplir avec les très nombreuses sources d’énergies vertes à notre disposition.

Laurent-David JOSPIN

Sources :
Rapport M.I.S. Trend, novembre 2010, “opinion des Neuchâtelois sur les questions énergétiques
©AFP / 13 avril 2014, “Climat: urgence à agir pour tenir le cap des 2°C, l’énergie au coeur du défi

Pourquoi il ne faut pas intégrer le photovoltaïque, mais alors définitivement pas!

Non, non je n’ai pas mis de côté la conclusion finale sur l’équation de Kaya, il se trouve juste que j’aimerais bien donner un peu de punch à la fin de série et qu’en conséquence, je prends mon temps.

Par ailleurs, l’actualité me pousse à m’intéresser à un sujet sensible sans aucun délai.

Comme beaucoup le savent, les services d’urbanisme exigent souvent que les installations solaires photovoltaïques soient intégrées dans la toiture même, et j’avais déjà mentionné par le passé qu’il s’agit d’une hérésie (voir post du 8 juin 2013 Comment tuer …). Note : les réflexions qui suivent concernent spécifiquement le solaire photovoltaïque et non pas le solaire thermique pour lequel la réflexion se révèle plus complexe, car il y a des plus et des moins.

Aujourd’hui, la question revient sur le devant de la scène, car les motions solaires préparées avec mon collègue vert’libéral Giovanni Tarantino vont être discutées au Grand Conseil Neuchâtelois.

Notre motion, sans aucun doute la plus importante, visant à limiter les possibilités de nuisance arbitraire des monuments hystériques et associés sur des bâtiments de moindre importance doit être défendue avec énergie (si j’ose le dire ainsi) et une des questions liées, mis à la part la taille de l’installation admissible, sera justement celle du besoin d’intégrer les panneaux dans la toiture ou non.

En six points, j’aimerais vous démontrer une fois pour toute qu’il ne faut définitivement pas intégrer les centrales solaires photovoltaïques sur des toits pentus. Il me semble utile ici de rappeler que la transition énergétique portée par notre Conseillère Fédérale Doris Leuthard ne se limite pas à une réaction émotionnelle dictée par un événement extraordinaire (Fukushima), mais au contraire correspond à une nécessité extrêmement urgente de décarboner notre consommation énergétique. Le réchauffement climatique tue déjà aujourd’hui, et il tuera encore bien plus demain. Opposer des critères parfaitement subjectifs, beau contre pas beau, et dans tout les cas de faible importance, à une réalité objective scientifiquement prouvée et d’une gravité extrême relève, à mon sens, effectivement de l’hystérie. On peut même parler ici de crime contre l’humanité. A ce sujet, on peut citer le rapport des services secrets américains sur les risques environnementaux prédisant à peu de chose près l’enfer sur terre d’ici quelques dizaines d’années au plus. Il est donc essentiel que les installations solaires réalisées offrent la vraie performance attendue de manière à obtenir la contribution maximum possible pour lutter contre ce défi sans commune mesure menaçant l’humanité tout entière.

Pour rendre palpable, ce dont nous allons parler dans ce post, à ceux de mes lecteurs qui ne sont pas trop versés dans les détails techniques de l’énergie solaire, il existe deux méthodes principales pour installer des panneaux solaires sur une toiture pentue couverte de tuiles.  La solution la plus simple consiste à glisser sous certaines tuiles des crochets venant se fixer dans la poutraison, serpentant dans l’épaisseur entre deux tuiles et dépassant à l’air libre de quelques centimètres pour permettre d’accrocher soit directement des modules solaires soit un lattage en aluminium pour plusieurs modules solaires. Ainsi la toiture préexistante est toujours présente sous les modules solaires. Concrètement, cela donne quelque chose comme ceci :ou encore Dans l’autre méthode, on déconstruit complètement la toiture sur une surface légèrement plus grande que celle des panneaux photovoltaïques prévus, on ré-installe une nouvelle étanchéité devant venir se joindre par un jeu de garnitures du genre bitume dessous et métallique dessus sur la partie de toiture conservée, et on fixe les panneaux solaires dans l’espace ainsi créé avec une finition voulant donner l’impression d’une continuité de la toiture. Il est à noter qu’ainsi l’espace sous les modules solaires est clos. Deux images pour vous rendre l’ensemble plus palpable, la première en phase de préparation, la deuxième pour un exemple de résultat final :

Aspect premier le coût

Intégrer dans la toiture coûte plus cher c’est évident, mais combien au juste? La bonne réponse est trop aujourd’hui et encore nettement plus demain.

A l’instant où j’écris ces lignes, 1 kWp sur une installation moyenne dans une configuration normale coûte environ CHF 2’500.–, l’intégration en sus coûte environ 150.–/m2 soit globalement CHF 1’000.–, puisque 1kWp nécessite entre 6 et 7 m2, pour donc un surcoût de 40% calculé depuis le prix de départ normal sans intégration.

A futur, nous (à comprendre la branche photovoltaïque) espérons pouvoir diminuer le coût du kWp à environ CHF 1’500.– (horizon 2020). Le coût de l’intégration aura pendant ce temps augmenté, car on ne parle pas ici d’une technologie qui s’améliore encore mais simplement du renchérissement des coûts liés aux matériaux de construction ainsi que de la main d’œuvre associée. Considérer une augmentation de 20% sur cette position semble plutôt conservateur qu’autre chose, dès lors ces CHF 1’200.– (les 1000.– actuels + 20%) représenteront un surcoût de 80% de ces CHF 1’500.–, ce qui est complètement insupportable au sens premier du terme.

Aspect second la production énergétique

Non seulement, une installation intégrée coûte nettement plus cher, mais en plus elle produit moins ! Comment est-ce possible ?

Pour le comprendre, il suffit de se remémorer ses cours d’électricité et de la notion de résistance variable à la température. Le photovoltaïque extrait l’énergie des photons et non de la chaleur, d’où son nom d’ailleurs. Une hausse de la température induit une baisse de l’efficience de la conversion (en général -0.5% par °C supplémentaire). On parle ici d’effet Joule. Un module solaire à une température 20°C plus élevée va donc produire 10% d’énergie en moins que le même module toutes autres conditions restant identiques.

Or voilà, une installation intégrée souffre d’une ventilation totalement insuffisante. Une étude conduite en 2001 par le National Institute of Standards and Technology sur la question de température de modules intégrés ou non intégrés montrait montrait une perte de 10% de production. Plus récemment, l’EU a géré un projet de recherche sur cette question précise en 2007 et est arrivée à la conclusion que l’intégration conduisait à une perte de production moyenne de 15%.

Pour ma part, je retiens ce chiffre en attirant l’attention sur ceci : plus les modules photovoltaïques deviennent performants plus ils sont sensibles à cet effet. L’étude de 2007 a été réalisée sur des produits de 2005-2006 donc avec une efficience d’environ 12 à 14%. Aujourd’hui nous exploitons usuellement des modules à 16-18%, et en 2020 nous devrions être dans la plage 22-25% . Je ne serais pas étonné si cette perte de production venait à atteindre une valeur proportionnelle à l’accroissement d’efficience soit grosso modo 25% ! L’évaluation sommaire proposée  ici apparaît en tout cas cohérente avec l’évolution constatée entre les deux études mentionnées ci-dessus.

Aspect N°3 La durée de vie

Récemment le Fraunhofer Institut a publié une étude dans laquelle il est affirmé que les installations solaires déployées actuellement peuvent espérer avoir une durée de vie d’environ 40 ans. Cette augmentation de la longévité a été gagnée essentiellement par une amélioration de la qualité des soudures et également celle du laminage.

Parallèlement à la question de la perte de rendement ci-dessus, la question thermique va aussi nous embêter ici. En effet, si le module atteint régulièrement des températures 30, 40 voir 50°C plus élevées, l’effort mécanique dû à la dilatation augmentera également en proportion. Il s’agit d’une question d’usure par fatigue des matériaux, une fois ça va, deux fois ça va, mais 365 fois par an *quelques dizaines d’années bonjour les ruptures internes.

Les ingénieurs de l’usine livrant les panneaux solaires de notre entreprise nous ont indiqué avoir estimé une réduction de vie pouvant effectivement atteindre les 50% d’une durée normale pour les modules intégrés par opposition aux modules en pose classique. En clair, cela signifie qu’une installation intégrée risque fort de pouvoir être exploitée de manière satisfaisante sur seulement 20 ans au lieu des 40 ans qui auraient été possibles normalement.

Aspect N°4 L’énergie grise

Intégrer une installation photovoltaïque nécessite une énergie grise supplémentaire considérable. On pense ici aux matériaux de construction nécessaires ainsi qu’aux travaux supplémentaires commençant par la déconstruction de la toiture existante, la création d’une nouvelle étanchéité, la jonction entre le nouvel ensemble et la partie de toiture conservée, et enfin à la fin de vie de l’installation s’il faut replanifier un ensemble complet.

Il me semble franchement absurde de vouloir parler de soutien aux énergies renouvelables, si on commence par imposer des dépenses conséquentes d’énergie justement sans que cela n’apporte aucun avantage bien au contraire.

On peut aussi l’exprimer autrement. Sous nos latitudes, une installation photovoltaïque usuelle et normalement optimisée compense l’énergie grise nécessaire à sa production, au transport, à la pose, et enfin au recyclage en fin de vie en 4 ans en moyenne. J’estime que l’intégration double ce besoin en énergie grise. Dès lors, une installation normale produira durant 40-4 ans = 36 environ 9* (9*4=36) l’investissement d’énergie initial en énergie utile et réellement disponible pour nos besoins et non pas seulement ce qui est nécessaire pour refaire des modules solaires. Le même calcul pour la variante intégrée est nettement moins flatteur, car 20-8 ans = 12 conduit à seulement 1.5* (8*1.5=12) l’énergie investie, cela se passe de commentaire!!

Aspect N°5 Maintenance et évolutivité

La maintenance d’une installation photovoltaïque est en général faible. Toutefois, après quelques années, et surtout dans le cadre d’une installation intégrée, on ne peut exclure la nécessité de devoir changer un module ou l’autre, ne serait-ce que suite à un dommage dû aux forces de la nature (genre grêle ou un coup de foudre). La branche photovoltaïque est plutôt conservatrice, mais des évolutions apparaissent tout de même au fil des années. S’arranger sur une installation en pose décollée est chose aisée, mais sur une installation intégrée avec des dimensions fixées une fois pour toute (aussi bien sur largeur et longueur qu’épaisseur), sans même parler de la fonction étanchéité, n’est tout simplement pas possible.

La même question se posera de manière encore plus criante lorsqu’il faudra faire évoluer toute l’installation. 20 ans après, on peut garantir que les nouveaux modules ne s’adapteront plus et il faudra faire une reprise complète avec une répétition de coûts absurdes.

Ou alors, de nombreux propriétaires laisseront tout simplement “tomber” et l’installation sera laissée en place même si devenue presque totalement inefficace et ils referont une autre installation. De toute évidence, on nous annonce un magnifique patchwork!

Aspect N°6 La réversibilité

Pour moi, l’absurdité totale se constate ici. Les services d’urbanisme insistant pour des installations intégrées n’ont tout simplement rien compris ! Une installation classique en fin de vie peut être démontée de manière aisée (sous-entendu avec des coûts modestes) et on retrouve la toiture d’origine intacte!

Si vous relisez le paragraphe ci-dessus, je n’ai pas besoin de vous expliquer encore une fois que la même constatation ne s’applique mais alors pas du tout au cas des installations intégrées. Une seule chose mérite d’être encore dite ici, en imaginant une installation intégrée démontée dans 20 ans, mon expérience de professionnel de l’immobilier me fait douter sincèrement qu’il sera possible alors de retrouver les mêmes tuiles pour reconstituer une toiture uniforme.

Factuellement, une installation décollée garantit infiniment mieux la protection du patrimoine, si réellement celle-ci est souhaitable!!!

Au final, le vrai problème tourne autour de la faisabilité de la transition énergétique. Je ne voudrais pas rentrer dans une démonstration trop complexe ici, mais en résumé succinct les grandes choses n’étant que la somme des petites, si chaque immeuble voit sa production d’énergie renouvelable amputée d’un quasi 50% en additionnant les facteurs qui précèdent, et beaucoup plus encore si nous prenons en considération le souhait des mêmes services d’urbanisme de limiter drastiquement la taille des installations permises, il est manifeste que la transition, souhaitée par la population et indispensable pour donner une chance à notre planète, ne sera tout simplement pas possible.

Il semble utile d’ici de rappeler les grandes lignes de notre objectif. Nous devons en premier lieu compenser les 45% d’énergie électrique apportées dans le réseau par les sources non-renouvelables, mais également transférer la consommation de fuel domestique ou gaz pour le chauffage de nos habitations, passer à l’électro-mobilité, et enfin assurer à nos industries l’énergie dont notre économie a besoin.

Idéalement chaque immeuble devrait couvrir au minimum ses besoins soit en consommation électrique de ses habitants, ou alternativement couvrir totalement ses besoins énergétiques en terme de chauffage partant de l’idée que les autres besoins seraient couverts par des sources centralisées (barrages, éoliennes, …). Si ce minimum n’est pas atteint, il n’y a même pas besoin de faire des calculs, nous sommes dans une impasse.

Mon collègue Giovanni aura la lourde tâche de défendre les motions que nous avons préparés ensemble, du fond du cœur mes vœux l’accompagnent! Pour le bien des générations futures, forza Giovanni!!

Laurent-david JOSPIN

Sources:
National Institute of Standards and Technology, Mark W. Davis, A. Hunter Fanney and Brian P. Dougherty, “Prediction of Building Integrated Photovoltaic Cell Temperatures
Projet EU IP Performance SP6, Berrie van Kampen et auteurs associés, “Actual temperature of Building Integrated PV Modules
National Intelligence Council, “Global Trends 2030

Tout ça pour ça

Le 5 juin je vous ai fait part de mes importants doutes sur le bien-fondé d’une taxation des modules solaires “made in China”, notamment compte tenu des effets sur toute la filière photovoltaïque en aval de la production des panneaux.

Le résultat final est connu depuis cet après-midi, soit un tarif minimum et un volume total maximum par année. Pour un coup d’épée dans l’eau, c’est un très joli coup, ceci mis à part, dans le genre autogoal on aura difficilement fait mieux.

En quelques points clefs :

  • Le tarif minimum imposé est insuffisant pour réellement permettre aux fabricants de modules solaires européen de s’en sortir financièrement
  • Il est par contre déjà suffisamment élevé pour générer des difficultés supplémentaires aux intégrateurs et autres développeurs de projets
  • Cerise sur le gâteau, l’accord conclu entre la Communauté Européenne et la Chine rend illusoire, au minimum dans le court terme, de pouvoir espérer imposer des standards environnementaux minimum pour la production des dits panneaux

La motivation originelle de cette tentative puisait sa source dans une volonté de protectionnisme mal avisé. Il devait également trainer en arrière-plan un espoir pour certains politiciens européen de se profiler sur leurs “marchés” intérieurs comme des sauveurs. Résultat des courses, une fois que le train était lancé, plus personne ne savait ou ne voulait l’arrêter, histoire ne pas perdre la face voir de sauver ses fesses.

Dans l’optique de réaliser une transition énergétique réelle, et non pas alibi, et ce, si possible dans un horizon de temps acceptable pour donner une chance à notre planète, le but ultime du photovoltaïque reste de produire des kWh compétitifs en terme de coûts directs avec le fossile. Pour ce faire, le prix des modules solaires doit diminuer encore un peu. J’estime que le but à atteindre dans un horizon le plus bref possible devrait être fixé à quelque chose comme (en prix ex-factory) 0.4 CHF /Wp soit environ 0.3 EUR/Wp permettant schématiquement d’obtenir des kWh à 0.08 CHF. On va bien rigoler quand ils devront se dépatouiller avec cette loi imposant un tarif d’importation minimum!!

Laurent-David Jospin

Mouvement

En anglais motion signifie le mouvement. En français, et plus précisément dans la pratique parlementaire suisse, une motion décrit l’acte d’un député qui propose une loi ou la modification d’une loi existante.

Giovanni T. m’a transmis le texte de pas moins de 3 motions destinées à faciliter la pose de panneaux solaires pour relecture. Et bien en voilà du mouvement!

On va garder la primeur des interventions de mon collègue pour les députés, mais tout de même une indication : on vise large pour obtenir un effet positif en faveur du plus grand nombre.

On va faire changer les choses, je vous dis!

Laurent-David Jospin

 

La pesée des intérêts

Une bien jolie formule pour avoir l’air de dire des choses très intelligentes. Dans les faits, nous faisons tous des pesées des intérêts au jour le jour comme par ex. “vais-je perdre 30 minutes pour aller dans ce magasin à l’autre bout de la ville et payer mes achats un peu moins cher“. Si c’est 30 minute que l’on économise CHF 100.– la réponse sera très vraisemblablement oui, si c’est 2 h pour CHF 10.– probablement non. Rien de très sorcier ni très surprenant non?

Étrangement, lorsque cela concerne la destinée de l’humanité, tout semble devenir artificiellement compliqué.

ils sont pas beaux vos panneaux solaires” me disait lors d’une rencontre le responsable d’un service d’urbanisme malheureusement trop bien connu. Je suppose que la désertification qui galope dans le monde, les déplacements de populations générés par les perturbations climatiques avec à la clef des guerres et des souffrances humaines abominables, la mise en danger des générations futures, etc etc sont tous superbes????

Un peu de bon sens s’il vous plaît! Comment peut-on opposer quelque chose de totalement subjectif, très limité et la plupart du temps entièrement réversible contre une menace objective, d’une ampleur gigantesque, imminente, et dont les conséquences sont  annoncées comme irréversibles? La malhonnêteté intellectuelle de certaines personnes défendant leur pré carré au détriment du plus grand nombre me sidère.

Et puis finalement à bien y réfléchir je ne suis pas d’accord avec l’affirmation même qu’ils ne sont pas beaux mes panneaux solaires. Pour ma part je décide de les trouver superbes et qui pourra me prouver le contraire? L’image ci-dessous me donne raison, n’est-ce pas?

Et vous savez quoi? L’installation, que nous avons réalisée à Onex dans un quartier à forte densité d’habitant, visible depuis une grosse centaine d’appartements, nous a généré des commentaires élogieux sur l’esthétique elle même! Cela mérite d’être souligné.

Certaines personnes comparaient notre projet à un spoiler de voiture. J’aime bien cette idée, un peu comme si le bâtiment se mettait à avancer pour se projeter dans le futur. Certains soi-disant experts de l’urbanisme devraient faire preuve d’un plus d’humilité et apprendre à écouter la vox populi. En descendant de leur tour d’ivoire, ils gagneraient en crédibilité!

Cette centrale solaire est posée sur un immeuble de 2 étages entouré d’immeubles de 10 à 12 étages en partie est-ouest-sud, un peu comme si l’on se retrouvait dans un théâtre antique avec le solaire en vedette sur la scène. Merci à tous ceux qui ont eu le courage de penser par eux-même et d’oser le dire : non seulement l’énergie solaire est porteuse d’espoir, mais en plus, oui, elle est belle!

Laurent Jospin

Comment tuer …

Comment tuer les énergies renouvelables tout en prétendant les soutenir bien sûr! Si je voulais être méchant, je vous dirais qu’il suffit d’en déléguer la gestion au service d’urbanisme de La Chaux-de-Fonds et que cela va aller tout seul….. Il faut dire qu’ils accumulent entre une stratégie d’opposition sournoise contre les éoliennes, des contraintes urbanistiques réduisant de plus de 50% la capacité totale d’énergie verte sur notre ville, et jusqu’à une demande de mettre les panneaux solaires en toiture nord pour qu’on les voie moins!!! Ben voyons, pourquoi pas directement à la cave, comme cela c’est sûr plus personne ne les verra. Le soleil non plus, mais pourquoi s’arrêter à des détails anecdotiques….

Le but de ce post est de vous rendre attentif aux petits détails derrière lesquels se cache le diable en personne, comme chacun le sait.

Premier exemple intégrer le photovoltaïque dans la toiture :

Pas tout le monde le sait, mais cela induit une perte de production d’au minimum 15% annuellement sous nos climats, perte provoquée par l’échauffement plus élevé des cellules solaires et l’effet joule lié.

Il y a aussi bien sûr les coûts supplémentaires générés par l’intégration, supplément de coût qui devient toujours plus élevé proportionnellement au fur et à mesure de la baisse des coûts du photovoltaïque. Les coûts ne sont pas tout, il faut aussi penser à l’énergie grise supplémentaire injectée dans le projet péjorant l’ensemble du bilan environnemental du projet.

Il y a quelques mois un des ingénieurs de l’usine avec laquelle nous collaborons dans mon entreprise pour la fourniture de panneaux solaires m’indiquait ceci ” tout laisse à penser que les installations intégrées auront une durée de vie beaucoup plus faible que les installations simplement ajoutées“. L’explication de ceci serait à trouver du coté des deltas thermiques plus conséquents pour une installation intégrée conduisant à des efforts de dilatation-contraction plus forts sur l’ensemble des composants mis en œuvre (vous ouvrez votre tiroir une fois rien ne se passe, vous l’ouvrez 10’000 fois la poignée casse, et si vous le faites violemment la poignée cassera plus vite).

En conclusion, lorsque les autorités cherchent à obliger l’intégration cela conduit à plus d’énergie grise sollicitée, plus d’argent investi, une moins bonne performance du système, le tout couronné par une durée de vie plus courte.

Autre variante mettre le solaire à plat :

Au propre comme au figuré bien sûr! C’est assez tordu comme combine je dois l’avouer! Le gentil architecte communal / responsable de l’urbanisme / expert de la commission des monuments hystériques ou qui vous voulez vous dira “en les mettant à  plat sur votre terrasse/garage/autre ils ne gênent plus personne et vous n’avez qu’une perte minime de rendement“.

La réalité est tout autre. Les pertes sont très conséquentes. Pour ceux qui n’habitent pas au sud la France, il y a en premier lieu la neige qui stagnera sur les panneaux et vous fera perdre quasiment toute la production des mois d’hiver. Il y aussi la question de l’autonettoyage des panneaux par la pluie. Pour que celle-ci soit assurée, l’angle d’inclinaison doit se situer à 20° si possible un peu plus. Les espaces urbains sont particulièrement concernés par cette problématique avec les suies du trafic automobile et des chauffages. Si la crasse ne part pas complétement lors des pluies, elle aura tendance à s’incruster toujours d’avantage et au fil des années vous verrez le rendement de vos panneaux solaires diminuer compte tenu de l’effet opacifiant. On peut rappeler ici que le nettoyage “forcé” est un non-sens écologique et économique.

En conclusion, j’encourage chacun à se poser les bonnes questions et à approfondir les réflexions avant d’accepter des conditions indiquées sur des permis de construire ayant potentiellement plus de conséquences induites que l’intuition ne le laisserait penser.

Laurent-David JOSPIN