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No-Billag ? Attention ! On se trompe de cible !

En tant que bon libéral, je suis bien forcé d’avouer être mal à l’aise avec le système Billag tel qu’actuellement en vigueur. Du coup, même si No-Billag présente manifestement toutes les caractéristiques d’une initiative extrémiste, je n’avais pas imaginé m’investir dans cette campagne.

Mon revirement, tout à fait déterminé n’en doutez pas, trouve son origine dans un récent sondage montrant que, contrairement à toutes attentes, cette initiative représentait un vrai danger.

La question naturelle est bien celle-là : comment peut-on avoir une pareille dichotomie entre une population qui exprime une très grande satisfaction, à juste titre d’ailleurs, sur la qualité des programmes offerts par nos chaînes de radio et télévision nationales, et une même population ne souhaitant manifestement ne plus payer ?

L’explication puise sa source ici :

portemonnaie videLes statistiques du renchérissement représentent une réalité, et le disponible des ménages une autre manifestement bien différente !

Regardez les médias récents : plus d’un suisse sur 5 est incapable de faire face à une dépense imprévue de CHF 2’500.– ! Récemment, nous avons eu droit à un Temps Présent sur le thème « Épargner ? On n’y arrive plus ! ».

Il ne faut pas chercher plus loin le problème. Une frange importante de notre population ne supporte plus l’idée de recevoir encore et encore des factures non sollicitées mais à caractère obligatoire. Rajoutez à ce qui précède une dose substantielle de personnes manipulées et ainsi que quelques libertariens non raisonnés et vous obtenez les sondages que nous avons vus.

Il faut le dire haut et fort : malgré ses imperfections, condamner à une mort certaine notre meilleure source d’informations pour un débat démocratique réellement ouvert et sain conduira inéluctablement à une aggravation de la situation !

Imaginons donc, juste pour se faire un peu peur, un monde sans Billag, ni autre système de subventionnement à des médias neutres et indépendants comme le veut cette initiative, dans le cadre d’une votation visant à accroître encore et de manière outrancière le pouvoir des caisses d’assurance maladie. La campagne de votation seraient inévitablement complètement biaisées vu que la seule voix qui disposerait des moyens de se faire entendre via des médias privés, vendant au plus offrant sa visibilité, serait celle des compagnies d’assurance. Or on le sait, face à un matraquage trop lourd, les meilleurs arguments ne peuvent plus rien. Les campagnes électorales aux USA le démontrent de manière très claire : l’argent ne fait pas tout en politique ; mais lorsque la différence devient trop importante, les arguments même les plus pertinents se révèlent inopérants.

Dès lors, dans le scénario imaginé ci-dessus les caisses maladies renforceraient très certainement aisément leur position au détriment du plus grand nombre. En fait, à chaque fois qu’une votation concernerait un sujet impliquant un acteur disposant d’une force de frappe économique en dessus de la moyenne, il faudrait légitimement craindre que la décision populaire soit manipulée par des campagnes de désinformation. Avec comme résultat final que l’argent économisé sur la facture Billag se retrouverait perdu un multiple de fois pour les citoyens concernés. En cascade, nous verrions au fil des années une perte de confiance dans notre système politique et nous subirions les dysfonctionnements que l’on peut observer dans de nombreux pays comme la France ou les USA pour ne citer que quelques exemples.

Définitivement No-Billag est une initiative trompeuse, et il faut la refuser sèchement.

Laurent-David Jospin

Prochainement : No-Billag à qui profite le crime

Big pharma : pour clarifier quelques malentendus

Le présent post est une extension non initialement prévue à la série santé (ici) et complète l’article sur la relation malsaine au profit des grandes pharmas (ici).

Notre article commun avec Blaise Courvoisier qui questionnait sur la légitimité des méthodes employées pour la recherche de profit par les grandes pharmas semble avoir été mal compris par une partie de nos lecteurs.

Deux principales incompréhensions semblent avoir accaparé la majorité des discussions ayant suivi, soit a. le fait que nous aurions préconisé de renoncer à tout médicament, et b. que nous nous opposions aux vaccins.

Il s’agit dans les deux cas d’une lecture superficielle manifestement influencée par une forte émotionnalité avec une tendance du style « si vous n’êtes pas à 100 % avec nous , alors vous êtes contre nous ».

Cette compréhension erronée nous attriste beaucoup, car justement, notre message se voulait dans la nuance. Affirmer qu’il y a sur-consommation ne veut surtout pas dire qu’il ne faut plus rien accepter du tout.

Laurent-David aimerait rappeler ici cette maxime pleine de sagesse et pourtant si souvent oubliée : « Quand tous pensent la même chose, alors plus personne ne pense ».

Sur le thème de la surconsommation générale de médicaments

Nous pourrions bien sûr nous répéter tout en essayant de détailler plus notre propos, mais au final il y a plus simple et surtout plus tranchant. Il se trouve que des médecins de référence ont défendu des points de vue extrêmement proches du notre et nous allons donc rapidement en passer en revue quelqu’uns parmi les plus significatifs :

Dr. Richard J. Roberts, Prix Nobel de médecine 1993 : « Les médicaments qui guérissent complètement ne sont pas rentables » [1].

Et bien voilà une affirmation encore bien plus violente que ce que nous nous sommes permis d’avancer, provenant d’un prix Nobel en médecine, permettez-nous de dire que c’est de la dynamite à l’état pur (sans jeu de mot avec le prix Nobel!).

Prenez donc le temps de lire l’interview, cela en vaut vraiment la peine. L’accusation dépasse largement en intensité tout ce que l’on imaginerait d’une telle personne, citation : « Because drug companies often are not as interested in healing you as in getting your money, so that investigation, suddenly, is diverted to the discovery of drugs that do not heal completely, but chronify the disease and make you experience an improvement that disappears when you stop taking the drug. ». Soit en traduction libre : « Les entreprises pharmaceutiques sont fréquemment plus intéressées à prendre votre argent plutôt que vous guérir. Ainsi, la recherche est subitement détournée vers des médicaments qui ne vous guérissent pas complètement mais font évoluer la pathologie vers un mal chronique, conduisant à ce que vous ressentiez une amélioration lorsque vous prenez le médicament, et qui disparaît lorsque vous cessez de le prendre. »

9097506.imageC’est manifestement à juste titre qu’une partie grandissante de la population se sent dans la peau d’une vache à traire, source : RTS, “Des centaines de Genevois dans la rue contre la hausse des primes maladies”

Dr. Aseem Malhotra cardiologue NHS (National Health Service) , Sir Richard Thompson ancien Président du Royal College of Physicians et médecin traitant personnel de la Reine d’Angleterre pendant 21 années, ainsi que 4 autres : « La rapacité des grandes pharmas tue des dizaines de milliers de personnes à travers le monde : Les patients sont sur-médicamentés et fréquemment traités avec des médicaments très rentables mais offrant peu de bénéfice thérapeutique prouvé »[2a et 2b].

export mail onlineSir Richard Thompson et le Dr. Aseem Malhotra, source Mail Online

Sur ce 2ème exemple, encore plus dur, nous vous proposons deux liens mais une recherche avec les mots clefs du titre vous permettront d’approfondir encore cet aspect.

Si vous ne deviez retenir qu’une information, nous vous proposerions la conclusion du Dr. Malhotra à la fin de l’article du Dailymail : “For the sake of our future health and the sustainability of the NHS it’s time for real collective action against ‘too much medicine’.“, soit en traduction libre « Pour la sauvegarde de notre santé future et la durabilité de notre système de santé, il est grand temps d’agir de manière groupée contre les excès médicaux ».

Et si vous doutez encore de l’utilité de lire ces deux articles, voici ce que nous dit The Independent : “Pharmaceutical companies cause doctors to receive biased information about drugs ‘costing hundreds of thousands of lives’”, soit en traduction libre « Les entreprises pharmaceutiques se sont organisées pour que les médecins reçoivent des informations biaisées sur les médicaments conduisant à des centaines de milliers de morts ».

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Ces deux articles méritent définitivement d’être lus de bout en bout. À se demander même si une traduction en français ne s’imposerait pas.

Sur le thème des vaccins

Bon là, il faut avouer que notre choix d’exemple aurait pû être plus simple. Manifestement, le simple fait de prononcer le mot “vaccins” génèrent une avalanche de réactions hyper-émotionnelles et un sain débat devient tout simplement impossible.

Laurent :

J’ai cité dans une de mes réponses sur Facebook, un autre exemple qui eut été infiniment moins sujet à controverse, à savoir le mauvaise usage des antibiotiques. Aujourd’hui cela semble trivial tellement la presse, même grand public, s’en fait l’écho [exemple : 3]. Toutefois, si l’on se donne la peine de regarder dans le rétroviseur, ne serait-ce que 20 ans en arrière : un médecin de famille qui ne prescrivait pas systématiquement des antibiotiques était considéré comme un mauvais médecin. Or cette pratique, que nous savons aujourd’hui être gravement dommageable, n’est pas apparue spontanément dans la tête de nos médecins. Dans les nombreux facteurs de pression responsables de ce comportement, on trouve justement ces fameux visiteurs médicaux n’ayant qu’un seul but pousser à la consommation et donc pousser à la prescription.

Cette parenthèse faite, nous n’avons pas dit qu’il fallait renoncer aux vaccins, mais que la politique de “big pharma” cherchant à imposer une obligation vaccinale maximale par la force n’était simplement pas admissible. Les droits de l’Homme étendus dans leur variante des droits des patients stipulent de manière très claire qu’au grand jamais qu’un traitement thérapeutique quel qu’il soit ne peut être imposé contre la volonté du patient, et que par ailleurs, le dit patient possède le droit inaliénable d’être informé sans aucune réticence des risques et bénéfices d’un traitement donné afin qu’il puisse prendre sa décision en pleine connaissance / conscience.

La nouvelle loi française sur la politique vaccinale des jeunes enfants ne remplit pas ces critères. Elle a été imposée par la force du lobby pharmaceutique pour des questions bassement financières, ce qui ne veut toujours pas dire qu’il faille dire systématiquement non aux vaccins. Simplement le choix doit rester un choix.

Certains des commentaires laissés sur la page Facebook soutenaient une position extrêmement dogmatique pro-vaccin et sans aucune nuance. Pour la bonne forme et redonner un peu d’équilibre au débat, j’aimerais attirer l’attention de nos lecteurs sur les publications suivantes :

 A. La compilation faite par Lorenzo Accera en 2001/2002 sur un gros millier de publications sur des complications ou échecs vaccinaux, ici. À noter qu’en 2011, des américains ont voulu contredire cette compilation en réalisant une autre compilation d’études prouvant elles que les accidents sont rares, puis en 2016 un certain Jeff Prager a réalisé une nouvelle compilation doublée d’une étude statistique sur la période 1915 à 2015 qui elle tendrait à prouver que les accidents sont beaucoup plus fréquents qu’admis par l’industrie. Cette dernière synthèse fait plus de 1000 pages et se réfère aux données statistiques des USA.

B. Beaucoup plus lisible (seulement l’équivalent d’une trentaine de page, y compris le débat ayant suivi dans la partie commentaire!), le site ChildHealthSafety a publié une étude comparative fouillée sur l’évolution des taux de mortalité liés à toute une série de pathologies diverses avant et après introduction des vaccins relatifs, voir pas de vaccins du tout pour certaines. Je n’ai pas vérifié personnellement la/les source(s) des données, mais elle semble difficilement contestable. Cette étude a manifestement énervé l’industrie aux USA qui s’est évertuée à la décrédibiliser et même de manière assez maladroite. Les premières contestations publiées sur le site même dans la partie commentaire sont toutes répondues de manière très claire. Au final, il semblerait qu’il existerait aux USA/Canada de nombreux témoignages de médecins ayant révisé leurs positions sur la politique vaccinale nord-américaine suite à cette étude.
PDF (résumé sans la partie commentaires) ici, lien original ici.

C. Nous avons aussi eu des commentaires sur la relation vaccin sur l’hépatite et la sclérose en plaque, alors là c’est tout simple et désolé pour ceux à qui cela ne plairait pas, les tribunaux ont admis maintenant à plusieurs reprises la très haute vraisemblance de la cause à l’effet (deux exemples) :

Arrêt de la cour Européenne de Justice du 21 juin 2017 dans l’affaire C-621-15, communiqué de presse ici https://curia.europa.eu/jcms/upload/docs/application/pdf/2017-06/cp170066fr.pdf ,

Cour Administrative d’Appel de Nancy: 2,4 millions d’euros d’indemnisation pour une sclérose en plaques post-vaccinale, texte du jugement ici :https://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriAdmin.do?idTexte=CETATEXT000029040513

D. Et enfin pour faire plus court et plus proche de chez nous, un article intéressant paru dans Migros Magazine, dans lequel le Dr. Jean-Paul Ecklin défend un point de vue assez critique sur la vaccination systématique contre la rougeole. Je citerai une seule phrase de l’article (en espérant que vous preniez quand même le temps de le lire) : « Nous ne sommes pas des anti-vaccinalistes, mais des médecins favorables à la réflexion critique, nuancée et indépendante sur la question des vaccins. Encore un tabou en médecine. »[4]

En espérant avoir permis une ouverture d’esprit d’un public le plus large possible et contribué ainsi à un débat sans tabou et surtout sans à priori.

Rédigé par Laurent-David Jospin, relecture par Blaise Courvoisier

[1] : “The Drugs that completely cure are not profitable”, Interview with Dr. Richard J. Roberts, Nobel Prize in Medicine 1993, lien en anglais ici, original en espagnol ici

[2a] : DailyMail MailOnline, “EXCLUSIVE: How Big Pharma greed is killing tens of thousands around the world: Patients are over-medicated and often given profitable drugs with ‘little proven benefits,’ leading doctors warn”, Anna Hodgekiss et Ben Spencer, 23 février 2016, lien ici

[2b] : The Independent, “Pharmaceutical companies cause doctors to receive biased information about drugs ‘costing hundreds of thousands of lives”, Loulla-Mae Eleftheriou-Smith, 24 février 2016, lien ici

[3] : RTS, “Le phénomène de résistance aux antibiotiques inquiète en Suisse”, Emission On en parle ,10 novembre 2017, lien ici

[4] : Migros Magazine online : https://www.migrosmagazine.ch/cette-semaine-la-rougeole-divise-le-corps-medical

Comment imaginer un système de santé durable ?

Dixième article de la série estivale “politique de santé”

N’espérez pas un coup de baguette magique, car aucune mesure ne pourra seule rétablir une solidité durable d’un système qui emporte avec lui des tares originelles aussi fortement ancrées dans son ADN. La lucidité l’impose : il faut un ensemble de mesures cohérentes adressant l’ensemble des faiblesses reconnues pour offrir la possibilité de reconstruire un système pérenne.

Désespoir factureSi vous ne supportez plus vos factures médicales ….

Le plus libéral des deux auteurs envisage en toute logique que le patient puisse reprendre le contrôle de sa santé selon ce qu’il jugera bon pour lui, mais également que la deuxième face de la médaille de la liberté soit la responsabilité reprenne la juste place qu’il lui revient pour l’ensemble des acteurs impliqués que cela soit le patient, le politicien, la grande industrie pharmas comprises !, ou même le corps médical.

Symétriquement le médecin voit en premier lieu les difficultés concrètes dans sa pratique de tout les jours ou encore les incohérences du système tiraillé entre les contraintes financières, politiques, et ha oui aussi médicales respectivement scientifiques !

Blaise & Laurent :
Historiquement, le médecin représentait l’autorité dont les avis ne se discutent pas de la même façon que Monsieur le Maire ou le Notaire du village. Malheureusement, ce principe initial conduit une grande part de la population à ne s’intéresser à sa santé que lorsqu’elle est déjà tombée malade. Le patient doit reprendre le contrôle de son propre corps et donc sa propre vie autant que possible. Il faut imaginer former dès le plus jeune âge, via des programmes scolaires adaptés et ouverts, à savoir lire et comprendre une notice de médicament, à ce que veut dire concrètement “des effets secondaires”, à la prévention, à comprendre ce que la surmédication apporte comme conséquences négatives jusqu’à de la létalité supplémentaire … bref à regagner une liberté de choix effective car en pleine connaissance des bénéfices et coûts. Pour beaucoup de patients, découvrir que l’opération ou le traitement projeté pour telle pathologie ne signifie pas réellement guérison mais juste vivre avec un problème moins grave représente un choc douloureux.

Laurent :
Une meilleure compréhension des enjeux médicaux permet aussi aux patients une collaboration active au niveau thérapeutique. Sur internet se côtoient le pire et le meilleur. Il faut néanmoins reconnaître que pour certaines pathologies rares, la recherche de cas similaires au plan mondial a permis à des malades ayant pratiquement perdu tout espoir de retrouver le chemin soit d’une guérison ou tout au moins d’une vie meilleure. Donner à notre population les clefs pour trier les charlatanismes des thérapies novatrices et porteuses d’espoirs réels contribuera utilement à une relation apaisée entre patient et médecin. La pression liée aux intérêts économiques des industries, pharmas comprises, s’oppose frontalement à une telle évolution. Toutefois, j’en suis persuadé, il n’y a pas de perspectives durables dans le tout artificiel ou tout chimique.

Blaise & Laurent :
La population a souhaité que le système d’assurance maladie soit obligatoire. Il est dès lors inacceptable de ne pas disposer d’une transparence totale sur les coûts pour les acteurs au bénéfice d’un monopole étatique. On pense bien sûr aux assurances, mais également aux grandes pharmas qui imposent des coûts exorbitants sur certaines nouvelles molécules sans que le bénéfice en terme de santé soit du même ordre de grandeur pour le patient.

Blaise & Laurent :
L’indépendance des organes sensés contrôler les acteurs doit être complètement repensée et renforcée. De fait, aujourd’hui très fréquemment les personnes en charge de ces contrôles proviennent des mêmes cercles que ceux qu’ils sont sensés contrôler ou pire encore dépendent d’eux pour des budgets de recherche.

Blaise & Laurent :
La justification des soins de haut niveau dans les deux extrémités de la vie doit pouvoir être débattue sereinement politiquement. Est-il réellement nécessaire de chercher à faire survivre des « enfants » de moins de 26 semaines de gestation en mettant en jeu des moyens excessivement sophistiqués, et donc excessivement onéreux, tout en sachant que le taux de séquelles est très élevé et que ce risque va devoir être supporté par la société dans son ensemble ? Tandis qu’à l’autre extrême de la vie, on doit s’interroger sur le bien fondé d’engager des traitements lourds, invalidants et onéreux pour des malades dont on sait très bien que l’espérance de vie n’est que de quelques semaines.

Ces questions de société sont douloureuses et ne peuvent être seulement décidées par le corps médical ou l’entourage du patient. Car, rappelons-le dans notre modèle mutualiste des soins, c’est toute la population qui participe aux frais engendrés. Nos élus devraient avoir le courage de trancher ces questions et imposer des limites raisonnables ou autrement dit durables au système.

Blaise :
Le ministre de la santé doit continuer à influencer et au besoin décider unilatéralement de la valeur du point Tarmed ou de la dévalorisation de points techniques lorsque l’on se trouve face à des abus manifestes, en particulier pour des actes très courants et devenus beaucoup plus simples du point de vue technique comme l’opération de la cataracte, ou certains examens radiologiques ou encore le recours systématique à l’endoscopie pour de petites interventions de chirurgie de la main, par exemple, entraînant des frais techniques aberrants.

Blaise :
Le Conseil Fédéral devrait aussi décider unilatéralement, – car un consensus sera impossible!- de l’importance du catalogue des prestations à charge de l’assurance maladie mutuelle, car actuellement on assiste à une dérive de prestations qui relèvent plus du bien-être que de la médecine, et devraient donc être exclus du dit catalogue, par exemple certaines interventions phlébologiques, certaines consultations psychologiques et divers traitements dermatologiques, pour n’en citer que quelques uns.

Blaise & Laurent :
Il faut aussi légiférer sur l’opportunité de valoriser le recours à des infirmiers/ères de premier recours, spécifiquement formés/ées pour prendre en charge les suivis d’affections fréquentes, en particulier le suivi de l’hypertension, du diabète, des troubles nutritionnels, les soins de base traumatiques, etc. , ce qui déchargerait d’autant les consultations des médecins généralistes qui sont surchargées de petits contrôles sans réelle nécessité de la présence d’un médecin.

Blaise :
Il faut chercher par tous les moyens à inverser la tendance au recours systématique à une médecine défensive, qui entraîne une avalanche d’examens et de consiliums, cause en partie du renchérissement des coûts et en particulier des coûts ambulatoires et source de bénéfices importants pour certains laboratoires et prestataires de soins hyperspécialisés. Pour ce faire, la FMH doit avoir une attitude défensive à l’égard de ses membres et systématiquement attaquer le recours trop fréquent à la judiciarisation des actes médicaux que ce soit au niveau des assureurs, des avocats et autres tribunaux. A mon sens, les médecins ne se sentent pas suffisamment soutenus par leur instance faîtière et cherchent donc à se protéger dans toutes leurs décisions.

Blaise :
La FMH et les sociétés de discipline médicale doivent généraliser l’usage des guidelines pour toutes les affections courantes, avec la possibilité de recourir à des sanctions vis à vis de ceux qui s’y opposeraient sans justification, allant de l’avertissement aux amendes et jusqu’à l’exclusion de la société médicale.

Laurent :
Je comprend la logique d’une telle pratique, toutefois, il faut à mon sens la tempérer, car certains consensus médicaux sont sujets à débats. Ex. Pour de nombreux patients le protocole de traitement “helvétique” de la maladie de Lyme se révèle totalement inopérant, alors que la variante préconisée par les médecins américains offre un réel bénéfice thérapeutique.

Blaise :
Le dossier médical du patient, informatisé, doit être généralisé et devenir une obligation tant pour le patient lui-même que pour le prestataire de soins, de façon à éviter les doublons dans les examens et là aussi des sanctions devraient être mises en place à l’égard de ceux qui n’en tiendraient pas compte.

Laurent :
On comprend aisément l’avantage d’une telle mesure, toutefois elle pose aussi un problème potentiel grave d’atteinte aux libertés individuelles. Le corollaire d’une mesure aussi stricte risque bien d’être le droit de s’affranchir complètement du système. Ce point doit également être mis en perspective avec les limites de la mutualité, à partir d’un certain point, il peut devenir parfaitement légitime de vouloir renoncer à l’ensemble et se prendre en charge soit-même. On rappellera en passant qu’environ 50 % des coûts de la santé sont assumés par les impôts ordinaires. Dès lors, même en refusant de cotiser et profiter du système, on reste solidaire via sa fiscalité. Je suis parfaitement conscient que préconiser l’abrogation de l’obligation de s’assurer ne trouvera pas une majorité aujourd’hui devant la population. Toutefois, au début de la LAMAL une infime minorité, de l’ordre de 5 %, de la population adhérait à une telle vision. A l’heure actuelle, nous avons passé les 30 %. Encore 20 à 30 % de hausse (soit ± 6 années au rythme actuel) et nous pouvons être quasiment sûr que cette option ne pourra plus être balayé d’un revers de la main.

Blaise & Laurent :
Une réflexion doit débuter pour envisager les limites du mutualisme avec la possibilité d’introduire, pour les assureurs, des bonus/malus dans les attitudes de vie : tabagisme, inactivité,par exemple. Ce d’autant plus que, comme expliqué ci-dessus, même ainsi le citoyen restera partiellement solidaire via non plus sa prime mais son bordereau d’impôt.

Blaise & Laurent :
Les assureurs doivent favoriser et promouvoir la prévention au niveau du mode de vie, avec là aussi des incitations financières fortes.

Blaise & Laurent :
Chaque patient devrait recevoir en fin d’année, systématiquement, un décompte global des frais qu’il a engendrés de façon à le rendre conscient de l’importance de ceux-ci.( la réaction humaine veut que ce soit toujours le voisin qui coûte le plus cher…)

Blaise & Laurent :
Et bien sûr, puisqu’il y a manifestement un incendie, il faut arrêter d’arroser avec de l’huile. L’OFEV (Office Fédéral de l’Environnement a évalué que la pollution de l’air induisaient des coûts de sur la santé se situant à environ 6 milliards par an, soit 10 % des coûts totaux. Pour la première fois en Suisse, une autorité a officiellement reconnu que nos choix sociétaux, ou plus précisément l’absence d’une politique environnementale suffisante, induisait un coût concret. Si on extrapole ce résultat à la pollution des sols, en rappelant par exemple que même les consommateurs bio présentent des taux de glyphosate, cancérogène supputé, dans leurs urines, ainsi que à la pollution des eaux chargées en résidu de médicaments les plus divers , il ne semble pas complétement absurde d’affirmer que peut-être jusqu’à un tiers de nos problèmes médicaux puisse provenir en fait de la pollution sous toute ses formes.

En agissant sur ces causes externes, on obtiendra un résultat bien plus durable qu’avec milles mesures de gesticulation sur les tarifs de ceci ou cela ou encore de répartition des coûts.

La vie, la vraie pas celles idéalisées des idéologies des uns ou des autres, nous montre son infinie complexité jour après jour. On comprend dès lors aisément que si nous voulons aller en direction d’un système de santé durable nous n’échapperons pas à une réflexion en profondeur incluant tout les facteurs internes et externes, et ceci de préférence très rapidement vu l’urgence manifeste.

Blaise Courvoisier et Laurent-David Jospin

Table des matières de la série : ici

L’industrie lancée dans une fuite en avant sans fin ?

Huitième article de la série estivale “politique de santé”

La société capitaliste dans laquelle nous vivons contraint les entreprises à croître indéfiniment pour survivre en offrant à leurs actionnaires un dividende et/ou une plus-value sur actions en fin d’année.

Ainsi en est-il aussi bien entendu pour les entreprises en relation avec le monde médical qui, parfois, aimeraient bien pourtant se faire passer pour des bienfaiteurs de l’humanité souffrante !

Ce monde de la Santé est, il faut le dire, un merveilleux terrain de jeux pour ces industriels qui y trouvent la possibilité d’innovations, – et donc de gains – innombrables, tant la demande des milieux universitaires médicaux et celle de la population générale est illimitée dans ce domaine porteurs d’espoirs infinis.

Chaque siècle a vu un certain nombres d’innovations réellement révolutionnaires, pensons au développement de l’ostéosynthèse, l’usage de l’endoscopie opératoire, l’avènement des greffes d’organes ou encore les méthodes de radiologie interventionnelle qui sont des phares de notre vingtième siècle.

Mais à proprement parler, ces révolutions de l’industrie médicale se comptent sur les doigts de la main et sont bien souvent le fait de chercheurs passionnés qui ne sont relayés par l’industrie que lorsque leurs innovations deviennent commercialement source de gains potentiels.

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Il faut aussi avouer que les coûts de recherche et développement sont de plus en plus exorbitants, ce qui pousse l’industrie à rechercher un gain facile en sortant, année après année,- comme pour les défilés de haute couture -, des produits « relookés » ou améliorés du point de vue ergonomique, mais sans réelle innovation dans le résultat. Ces produits sont alors démarchés, parfois presque agressivement, auprès des opérateurs par des représentants payés à la commission ou lors d’invitations à des soirées de congrès qui parfois prennent un peu des airs de corruption larvée.

Dans le domaine des pharmas où là le développement d’une molécule totalement nouvelle s’apparente réellement à un marathon de plusieurs années et coûte des centaines de millions, la tendance est alors de rentabiliser au maximum l’investissement. Pour ce faire, on produit, peu avant la fin de la protection du brevet, une discrète modification galénique qui permet de gagner de nouvelles années d’exclusivité, sans pour autant avoir mis sur le marché un produit réellement nouveau.

Bien plus perturbant encore, on découvre depuis quelques années une autre source de revenu phénoménale, via la production d’études, dites révolutionnaires, qui ont pour but de démontrer la nécessité d’abaisser les taux sanguins de tel ou tel index, ce qui permet ainsi de toucher mécaniquement une part beaucoup plus importante de population.

On observe ce phénomène entre autre dans le cas des lipides sanguins, ou celui des dosages de PSA qui ont mené à des opérations souvent invalidantes des milliers de sexagénaires « victimes » de l’engouement pour la chirurgie prostatique robotique. à l’heure actuelle heureusement de nombreux urologues font marche arrière.

Laurent :
Nous sommes manifestement d’accord Blaise et moi sur les conséquences néfastes du sur-diagnostique dans les pathologies évoquées, mais j’aimerais à titre personnel encore évoquer le problème du sur-traitement du cholestérol, dont plusieurs études viennent maintenant démontrer qu’un abaissement du taux sanguin conduit à une baisse discutable de la mortalité par accident cardio-vasculaire, mais simultanément une hausse indiscutable de la mortalité générale par d’autres pathologies [1].

Profit et Humanité font, à notre sens, manifestement mauvais ménage et il y a lieu d’exercer dans ce couple antinomique une surveillance citoyenne infiniment plus étroite qu’à l’heure actuelle.

Blaise Courvoisier et Laurent-David Jospin

Table des matières de la série : ici

Prochain article : Les pharmas nous veulent-elles vraiment du bien ?

[1] : Michel de Lorgeril, L’arnaque du cholestérol et des statines, y inclus les sources citées dans le documentaire
ainsi que Arte 2016, Anne Georget, Cholestérol Le grand bluff, dito pour les sources citées

Les caisses d’assurance prises dans un conflit d’intérêt patent ?

Septième article de la série estivale “politique de santé”

Dans une enquête policière, on cherche souvent à élucider le crime de manière indirecte en se posant la question de savoir à qui il profite. Depuis la création de la LAMAL, qui, rappelons le, avait pour objectif affirmé de diminuer les coûts de la santé, le montant des primes grimpe année après année et selon les cantons considérés, il a déjà plus que triplé.

Lorsqu’on explique à une personne étrangère le fonctionnement de la LAMAL, elle montre souvent beaucoup de difficulté à concevoir qu’une assurance privée ayant mobilisé des fonds privés puisse accepter de prendre des risques entrepreneuriaux dans un modèle lui rendant impossible, tout au moins théoriquement, sa libre capacité à générer des bénéfices.

De fait, si nous voulons réellement comprendre le fonctionnement économique du modèle d’assurance santé mis en place en Suisse, nous ne pouvons faire l’impasse de déterminer les intérêts avoués ou inavouables des caisses d’assurances.

Un premier constat s’impose d’emblée, si réellement les assurances actives sur le créneau LAMAL ne voyait aucun intérêt à fonctionner dans un tel contexte, elles ne le feraient tout simplement pas. Or manifestement les caisses se battent littéralement pour attirer le plus grand nombre d’assuré possible à grand renfort de publicité payée par les assurés.

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Jusqu’à un fameux arrêt du Tribunal Fédéral, on pouvait, doit-on dire naïvement, croire que le seul intérêt des assureurs résidait dans l’opportunité de vendre des assurances complémentaires, domaine dans lequel le bénéfice est permis rappelons-le. Or le dit arrêt interdisant à une caisse de résilier les complémentaires de l’assuré résiliant la base n’a rien changé ni aux pratiques ni aux motivations d’ailleurs.

Par ailleurs, si l’esprit de la loi, soit pas de bénéfice dans l’assurance de base, motivait réellement les politiques des entreprises concernées, elles n’hésiteraient pas une seconde à publier leurs comptes dans une transparence totale, puisque celle-ci serait tout à leur avantage. Or, une partie significative du public et de la classe politique réclame depuis des années un meilleur accès à la réalité des comptes sans succès. Les assurances usent et abusent de prétextes multiples comme le secret des affaires pour restreindre l’accès aux informations ou alternativement rendre ces dernières quasiment inexploitables. Le grand scandale vécu récemment en Suisse romande au travers des primes excessives payées par les assurés genevois, vaudois et neuchâtelois, démontre sans discussion possible que les chiffres communiqués par les assurances s’apparentent plus à un brouillard tactique qu’à une vraie information. L’OFSP lui-même, et malgré son armée de spécialiste, s’y est égaré suffisamment longtemps pour que les assurés lésés ne puissent plus être remboursés ou alors de manière réellement lacunaire.

A défaut d’avoir un plein accès aux comptes, on en reste contraint à émettre des hypothèses. Sur la base de son expérience dans les transactions d’EMS à remettre, un des deux co-auteurs se permettra de penser qu’une tactique très similaire à celle déployée par les exploitations d’EMS de Suisse romande doit avoir lieu.

En peu de mots, un EMS genevois conventionné type (donc reconnu par la Santé Publique du canton) doit présenter un plan financier total, les pertes éventuelles incombent à l’exploitant, tandis que le bénéfice ne peut dépasser un plafond défini et bien plus bas que les attentes des investisseurs privés. Pourtant très surprenamment, les acteurs de ce domaine très particuliers n’hésitent pas à parler de “pompe à fric”, comment est-ce possible ? Par un mécanisme simple et au final relativement peu contraignant, soit l’externalisation orientée des postes de charge ! Un EMS peut par exemple engager une brigade de cuisine pour la préparation des repas aux résidents. Il prendra dans ce cas l’entier des risques liés à la gestion d’un véritable restaurant, mais ne pourra en tirer un seul franc de profit supplémentaire. Alternativement, il peut déléguer la fourniture des repas à un prestataire externe (société de catering selon la terminologie en vigueur), qui elle, non soumise aux contraintes financières légales peut parfaitement réaliser tout le bénéfice qu’elle souhaite. Si le prestataire externe appartient en finalité aux mêmes ayants-droits économiques que ceux du donneur d’ordre, les bénéfices non autorisés légalement au niveau de l’EMS se rapatrient malgré tout dans les poches des propriétaires de l’EMS.

Si on pense aux assurances, un tel mécanisme peut (pourrait?) s’appliquer sur pratiquement toutes les positions du compte de pertes et profits, autres que les coûts de la santé proprement dit, comme la location des locaux y inclus la maintenance, le mobilier, la bureautique au sens large, voir certaines prestations liées aux collaborateurs dès l’instant où ceux-ci travaillent non seulement pour la base mais également pour le domaine complémentaire.

L’attitude des assurances génère un puissant malaise. Si elles étaient autant irréprochables qu’elles veulent bien le prétendre, elles se dépêcheraient de le prouver à l’ensemble de la population.

On ne peut s’empêcher de penser, que quoi qu’il en soit, un mécanisme doit forcément exister qui rend attractif le fait d’être positionné sur ce créneau soit-disant non bénéficiaire. Dès lors, plus le volume financier traité monte, plus il est possible de dissimuler du bénéfice via des activités annexes ou connexes.

Au final, et vu la contrainte de s’assurer pour tout un chacun, les caisses d’assurances n’ont aucun intérêt à voir les primes baisser, et c’est même sans doute le contraire qui est vrai.

Blaise Courvoisier et Laurent-David Jospin

Table des matières de la série : ici

Prochain article : L’industrie lancée dans une fuite en avant sans fin ?

Le personnel soignant peut-il encore jouer son vrai rôle?

Sixième article de la série estivale “politique de santé”

La vie du médecin et du personnel soignant des hôpitaux ou des homes évolue rapidement dans le sens d’une déshumanisation progressive du contact relationnel avec leurs patients. C’est devenu une plainte récurrente des deux parties et l’on peut évoquer plusieurs causes à ce détestable constat.

1/ une main-mise administrative de plus en plus chronophage pour tous les prestataires de soins : demandes incessantes de justification de la part des assurances et de leurs médecins conseils en particulier. Dossiers informatisés de plus en plus complexes à remplir pour chaque patient arrivant dans une unité de soins ; il vient ainsi d’être démontré qu’un médecin assistant passe désormais plus de temps à accomplir diverses tâches administratives qu’à être auprès de ses patients…Évoquons aussi ces interminables évaluations à l’entrée dans un home qui permettront d’obtenir une subvention supplémentaire pour les soins fournis…

pas de problème le temps deMerci à Amanda pour sa participation

2/ une pression financière détestable avec un prix du point en baisse depuis l’introduction de Tarmed en 2002 ( alors que l’IPC augmente lui régulièrement…) et une rémunération des prestations basées sur un minutage, ce qui rend, avouons-le, le rapport avec le patient très inhumain et désagréable ! Impossible dès lors d’envisager une consultation de longue durée, immédiatement sanctionnée par une demande de justification de l’assurance pour dépassement du temps moyen de consultation ! Pour certains médecins qui ne font pas d’actes techniques ( en principe mieux rémunérés), cette façon de tarifier à la minute les pousse parfois à multiplier les consultations brèves, peu satisfaisantes, pour tenter de conserver le même niveau salarial, ceci bien évidemment au détriment de la qualité relationnelle des consultations.

3/ le médecin est de plus en plus la cible d’actions judiciaires et extrajudiciaires, car les assurances proposent régulièrement des protections juridiques associées aux contrats de base. Voici la porte ouverte à des plaintes plus ou moins justifiées ( surtout moins au vu des résultats de ces actions) . Cela permet aussi l’émergence de ce que l’on appelle la médecine défensive : le praticien fait de plus en plus d’examens complémentaires pour pouvoir éventuellement se justifier devant des juges qui ne comprennent rien au processus diagnostic mais qui tiennent comptent de ces listes d’examens. Ceux-ci apparaissent par contre à certains professionnels comme totalement inutiles, voire parfois dangereux, sans compter que c’est là aussi une des causes du renchérissement de la médecine actuelle.

4/ l’hyperinformation des patients, tant dans les médias qu’avec Internet, a permis de briser le mythe du mandarin qui savait tout et n’avait à se justifier de rien. Néanmoins cela aboutit à présent à remettre fréquemment en question le processus diagnostique et thérapeutique. Le patient doute de son médecin et celui-ci a la désagréable impression de se sentir continuellement jugé par des personnes qui n’ont pas le niveau de connaissance et d’expérience qu’il a lui-même acquis.

Laurent :
Une partie de l’enjeu essentiel se situe justement ici. Pour ma part, je reste persuadé que le citoyen doit en premier lieu se prendre en charge autant que faire se peut et réserver la voie “médicale lourde” à ce qui le dépasse vraiment. Il faut donc dépasser ce stade dans lequel l’information du patient devient un problème pour le médecin, mais à l’inverse permettre d’établir une collaboration où le patient et son médecin travaille ensemble à la résolution d’un problème.

Tous ces constats expliquent un tant soit peu la réelle difficulté actuelle à trouver une saine relation thérapeutique entre prestataire de soins et patients.

Blaise Courvoisier et Laurent-David Jospin

Table des matières de la série : ici

Prochain article : Les caisses d’assurance prises dans un conflit d’intérêt patent ?

(1) www.letemps.ch…chuv-medecins-passent-trois-plus-devant-ecran
(2) www.fmh.ch/files/pdf16/SAEZ18 Jahresbericht Gutachterstelle 2014 F.pdf
(3) “smarter medecine : la liste Top 9 de la SSMI” in Bull.méd Suisses 2017;98(24)763-764

Des politiques otages de leur propre créature ?

Cinquième article de la série estivale “politique de santé”

Pendant des décennies, la santé a été un problème individuel, bien souvent pris en charge par des herboristes ou des barbiers, puis, avec l’avènement d’une médecine plus scientifique et donc plus onéreuse, les communautés ont compris l’intérêt de se regrouper pour partager les frais de soins et ont créé des assurances collectives de santé. Le monde politique d’alors n’avait qu’à approuver les remboursements de déficit des hôpitaux publics, peu nombreux, de cette époque.

Dès l’instant où le peuple suisse a accepté le principe de l’assurance obligatoire de soins pour tous et l’a ancré dans un article constitutionnel, cette santé mutualiste est de fait devenue un des objets du travail politique qui, rappelons-le, est au service de la communauté pour en gérer les revenus de l’impôt au profit du plus grand nombre.

Or, gérer la santé, c’est s’exposer à la population toute entière. En effet nous sommes ou serons tous confrontés à un problème de santé à un moment de notre existence, et à ce moment là nous oublierons immédiatement les principes que nous voulions inculquer aux autres : économicité, rationalisation des filières de soins, réflexion commune avant d’engager des traitements lourds.

politique otage phase 1Merci à Maika pour sa participation

Pour le monde politique il en va de même : lorsqu’il faut prendre une décision lourde de conséquences émotionnelles pour la population, mais justifiée par ces principes d’économicité et de rationalisation, le politicien qui souhaite se faire réélire va chercher à procrastiner et à remettre la responsabilité sur d’autres. Les seuls qui ont décidé, en leur âme et conscience, de prendre des décisions difficiles : fermeture de sites, regroupements de maternités par exemple, ont été sanctionnés dans les urnes et disparu du paysage politique. Les exemples dans le canton de Neuchâtel nous le rappellent avec des conseillers d’État tels que M. von Wyss ou Mme G. Ory.

Dans un monde idéal, le porteur d’un mandat électif devrait prendre ses décisions sans aucune arrière pensée ni électoraliste ni de retour d’ascenseur dû à tel lobby ou tel autre. Pour s’en approcher un tant soit peu, il conviendrait de commencer par changer des éléments clefs de notre système démocratique.

Blaise :
Une révolution devrait avoir lieu au niveau de la durée des mandats politiques : ceux-ci devraient être plus longs mais ne plus être renouvelables pour une fonction définie, cela permettrait enfin à nos politiciens de prendre des décisions justes, inévitables, mais totalement impopulaires sans aucune arrière pensée électoraliste.

Laurent :
Pour la part majoritaire de nos erreurs ou atermoiements politiques ne puisent sa source qu’à une seule réalité : la totale irresponsabilité pour ne pas dire impunité de nos élus. La non ré-élection représente la seule sanction à laquelle un élu s’expose. Des erreurs de gestion gravissimes, qui conduirait un chef d’entreprise devant un juge, ne portent nullement à conséquence pour leurs auteurs, dès lors qu’ils sont démocratiquement élus. Un changement, même modéré et avec toutes les cautèles appropriées, sur cet aspect précis transformerait le mode de travail de nos élus pour le bien de tous et pas seulement dans le domaine de la santé.

Malheureusement, force est de constater que nous ne vivons pas dans un monde idéal et que visiblement aucun signe n’apparaît à l’horizon qui irait dans un tel sens.

Dès lors, qui paye commande dit-on. Le politicien de milice, pris entre le marteau des donateurs de sa dernière campagne, et l’enclume de sa ré-élection espérée doit persuader les électeurs du bien-fondé de ses décisions tout en évitant l’irritation de ses mécènes. On sait par expérience que la difficulté de cet exercice grimpe avec l’importance des enjeux et non pas tellement avec la solidité du raisonnement à l’inverse de ce que nous devrions voir dans un monde idéal.

politique otage phase 2

Lorsqu’il se rajoute à tout ceci une émotionnalité exacerbée combinée à une matière hautement complexe jetant dans des controverses multiples les meilleurs spécialistes eux-mêmes, on comprend aisément que les politiciens sensés réguler le système se trouvent en réalité presque complètement désarmés.

Aujourd’hui le lobby de la santé en général, voir plus précisément encore celui des assurances-maladies, démontre à chaque décision du parlement sa puissance presque sans limite. Citons par exemple la décadence du droit manifeste lorsqu’on accorde aux assurances-maladies le pouvoir de lever les oppositions aux commandements de payer qu’elles ont émis devenant de facto juge et partie en contradiction d’un principe fondateur du droit tel que nous le connaissons dans nos démocraties.

Nous nous éloignons de plus en plus du but idéalisé initial, à savoir de garantir des soins de qualité à tous. Aujourd’hui, cette fameuse Lamal réussit même à pousser dans la précarité la frange la plus modeste de la population mais juste en dessus des minimas sociaux et donc n’ayant pas droit aux prestations complémentaires et autres aides comparables et comble du paradoxe celle-ci se voit dès lors contrainte de renoncer à des soins ou une meilleure qualité de vie garante aussi d’une meilleure santé. [1]

Face à une telle réalité, si la classe politique disposait d’une réelle liberté d’action, cela fait longtemps qu’une réaction forte se serait imposée d’elle-même. La glissade continue du système vers le toujours moins acceptable le prouve sans ambages : la classe politique est devenue l’otage de sa créature.

Blaise Courvoisier et Laurent-David Jospin

Table des matières de la série : ici

Prochain article : Le personnel soignant peut-il encore jouer son vrai rôle ?

[1] émission RTS Temps Présent du 2 mars 2017 « Assurance maladie, ceux qui ne peuvent plus payer »

Des “patients” impatients aux attentes irréalistes ?

Quatrième article de la série estivale “politique de santé”

Durant des décennies, le monde médical a bénéficié d’une aura certaine lui offrant un statut de quasi infaillibilité, tant dans ses diagnostics que dans ses prises de décisions thérapeutiques. C’était l’époque des mandarins universitaires qui géraient leurs services comme des détachements militaires, avec, à leur disposition, du personnel corvéable à merci, aux ordres, n’ayant aucune possibilité d’intervenir dans les décisions du « Patron ». A un niveau moindre, mais avec néanmoins tout autant de pouvoirs, la plupart des médecins de famille régnaient sur la population de ceux appelés à juste titre des « patients ». Cette époque, pas si lointaine puisqu’on peut l’estimer aller jusqu’à la fin des années cinquante, était aussi celle où naissance et mort étaient encore considérées comme des phénomènes naturels; la mort en particulier, se déroulait le plus souvent à domicile, en compagnie des diverses générations familiales, et ne représentait pas un échec thérapeutique de son médecin de famille.

Depuis les années soixante, la médecine a fait de considérables progrès scientifiques qui ont pu donner l’impression que les limites de la vie allaient pouvoir être dépassées quasi indéfiniment, certains philosophes actuels allant même jusqu’à prédire une future éternité. De plus, durant la dernière décade, le monde de l’information a fait, lui aussi, un bond considérable avec l’Internet à portée de tous, permettant ainsi à chacun de grappiller des renseignements médicaux plus ou moins pointus, mais donnant aussi lieu parfois à des interprétations fantaisistes par manque de connaissances de base physiopathologiques.

La société, elle aussi, a beaucoup changé, voyant l’émergence d’une volonté de satisfaction immédiate de ses besoins, une aspiration, dans le domaine médical, à une prise en charge sophistiquée, le désir de ne plus « souffrir » dans son corps et son âme, et la crainte absolue de la sénescence, et a fortiori de la mort.

Ces évolutions inéluctables ont ainsi transformé le « patient » du début du siècle, à la merci du diktat médical, en un consommateur « impatient », avide de nouveautés biotechnologiques et effrayé au plus haut point par sa finitude. Ceci a aussi permis, entre autre, l’émergence d’une « médecine » terriblement lucrative : les soins « anti-âge » et ceux plus généraux de « bien-être ». Dès lors il devient difficile de distinguer les prestations prises en charge par nos mutuelles, nécessitées par des affections allopathiques classiques, de celles issues de cette médecine du bien-être qui, typiquement, devraient être à charge du consommateur.

Par ailleurs, l’angoisse de la sénescence et de la mort entraîne des exigences de soins excessifs dans diverses situations où ne persiste plus aucun espoir d’amélioration et de conservation d’une certaine dignité de vivre et où seule l’acceptation de l’issue fatale serait un choix judicieux et empreint d’humanité. Tous ces exemples de dérive de consommation médicale entraînent bien entendu in fine une croissance des coûts de la santé, imputables, ceux-ci, aux seuls consommateurs de prestations médicales financées par nos assurances maladie mutuelles.

docteur V2
Merci à Amanda pour sa participation

Cette évidence nous amène à une seconde question encore plus incorrecte politiquement : les limites de notre système mutualiste.

Il est actuellement parfaitement établi qu’une bonne part des affections touchant notre population occidentale sont la conséquence directe d’un mode de vie inadéquat. Néanmoins, et ceci pour des raisons purement économiques, nos gouvernements répugnent à légiférer sur certaines toxicités sous le seul prétexte que les industries qui les produisent créent des emplois et génèrent des produits fiscaux. Prenons l’excellent exemple du tabagisme. Une récente étude de l’OMS [1] a montré que cette industrie du tabac coûtait plus de 1000 milliards ( vous avez bien lu mille milliards!!!) de dollars par an ( oui, par année!!!)) à nos économies car l’on s’est enfin décidé à tenir compte non seulement des dépenses de santé mais aussi des coûts engendrés par la perte de productivité due aux malades et aux morts précoces engendrées par le tabagisme. Dans le même temps cette étude démontre que les taxes sur le tabac rapportent environ 270 milliards de dollars par an. Ainsi le tabac coûte aux états quatre fois plus qu’il ne lui rapporte de taxes ! Un jour viendra peut-être où l’on imposera aux tabatiers de payer l’intégralité de ce qu’ils nous coûtent. Le même constat pourrait, de toute évidence,être établi avec l’industrie agroalimentaire qui est le vecteur principal de l’épidémie de maladies métaboliques qui frappe de plein fouet nos économies, avec son cortège d’obèses, d’hypertendus, de diabétiques et d’artériopathes. Or il n’y a que peu de restrictions publicitaires pour la junk food, des distributeurs de sucreries hypercaloriques se trouvent dans toutes les gares et d’autres lieux publics, l’alcool reste une valeur sûre de nos pays, tout cela au nom de cette sacro-sainte liberté du commerce. Or ce mode de vie n’est pas une fatalité et ceux qui cherchent à s’en détourner, qui se forcent à faire du sport et à trouver un équilibre alimentaire vont probablement un jour se révolter contre une mutualité qui n’incite personne à éviter ces maladies de notre société consumériste, et réclamer des primes maladies modulées en fonction des efforts personnels fournis….

Cet état de fait nous amène encore plus loin dans cette réflexion hautement incorrecte politiquement parlant : le rationnement des soins dans certaines situations des extrêmes de la vie. Est-il réellement judicieux de développer des infrastructures hautement dispendieuses pour tenter de réanimer des « enfants » de 26 semaines de gestation, voire moins ? Particulièrement lorsque l’on sait que ceux qui survivront le feront au détriment de nombreuses séquelles [2] qu’ils auront à subir leur vie durant et dont les coûts générés seront, accessoirement, pris en charge par la collectivité mutualiste… Est-il raisonnable de s’acharner auprès de très grands vieillards que l’on décide d’opérer à cœur ouvert pour une qualité de survie détestable. Il est temps de ne raisonner plus qu’en terme de qualité de vie et de dignité humaine et non plus en terme de temps de survie. Gagner trois mois de survie dans de terribles conditions suite à un traitement lourd chimio-thérapeutique pour un cancer terminal est-il préférable à une fin de vie « écourtée » auprès des siens ? Là aussi, on trouve manifestement des possibilités d’économies certaines dans le domaine de la santé.

Les patients ne portent pas seuls la responsabilité de la dérive du système, loin s’en faut, mais s’ils veulent éviter de se retrouver victimes d’une situation ayant atteint un point de non-retour notamment en termes économiques, ils ne pourront faire l’impasse d’une reprise en main de leur propre santé. Pour rappeler une formule connue parfaitement d’actualité ici : quitter le stade de consommateurs pour devenir des consom-acteurs responsables.

Blaise Courvoisier et Laurent-David Jospin

Table des matières de la série : ici
Prochain article : Des politiques otages de leur propre créature ?

[1] www.who.int/mediacentre/news/releases/2017/no-tobacco-day

[2] www.liberation.fr/france-archive/2008/03/07/grands-prematures-une-vie-au-prix-de-sequelles66741

Il a bon dos le vieillissement !

Troisième article de la série estivale “politique de santé”

On nous répète à longueur de débat que la hausse des coûts de la santé proviendrait essentiellement voire presque exclusivement du vieillissement de la population, car les 2 dernières années seraient celles de tous les coûts à défaut d’être celles de tous les dangers.

Appliquant un peu de logique à cette affirmation, nous restons alors bien songeurs. En effet, si ce sont bien les deux dernières années qui coûtent si chères, en quoi la prolongation de l’espérance de vie peut-elle changer quelque chose ici ? Les deux dernières années restent bien les deux dernières, que l’on vive 70, 80 ou 100 ans. Comme de surcroît, on nous bassine que nous vivons mieux plus longtemps pour rendre les hausses de prime moins insupportables, on voit mal comment on pourrait encore réconcilier l’incohérence entre ces deux affirmations et la froide réalité des hausses massives de prime au fil du temps.

vieille et prince LamalMerci à Amanda pour sa participation

Il suffit d’ouvrir un peu les yeux pour voir que cette posture tient plus du mantra martelé pour cacher ce qui gêne que de quoi que ce soit d’autre.

En discutant avec des oncologues en fin de carrière, ils nous avouent leur désarroi de voir des patients de plus en plus jeunes dans leur salle d’attente. Les jeunes femmes payent un tribu très lourd au cancer du sein alors qu’auparavant cette pathologie, si cruelle, se concentrait sur la classe d’âge au-delà de 50 ans. Chaque grand hôpital universitaire possède maintenant une section d’oncologie pédiatrique, ce qui aurait paru inconcevable il y a seulement 30 ans. Une étude publiée sur The Lancet en 2004 déjà montrait que l’on trouve la plus forte progression des cancer auprès des enfants et adolescents [1]. Une autre étude plus récente encore démontre une accélération de cette tendance [2].

On commence maintenant de trouver dans les EMS des patients n’ayant même pas encore atteint l’age de la retraite. Une exploitante d’EMS ayant chargé un des deux présents co-auteurs de lui organiser la remise de son commerce lui expliquait qu’il s’agissait d’une nouvelle réalité encore jamais expérimentée et que les structures devaient être repensées pour la prise en charge de ces nouveaux cas.

Pour paraphraser Lénine « les faits sont têtus », manifestement quelque chose ne fonctionne plus correctement au niveau de notre société, et notre santé générale s’en ressent.

On suspecte la pollution sous toutes ses formes d’avoir une part de responsabilité importante ici. l’OFSP estime que le coût induit de la seule pollution de l’air sur la santé pourrait atteindre 6 milliards de CHF soit quasiment 10% du coût total de la santé. On peut également imaginer que la masse de molécules chimiques variées que l’on retrouve dans l’eau ne doit pas être innocente non plus.

Citons comme exemple un tabou pour lequel maintenir un débat serein et non partisan s’avère vite très difficile : les hormones dérivées des pilules consommées par nos compagnes impactent gravement la vie aquatique. Or cette eau, nous la consommons jour après jour. Imaginer qu’elles puissent avoir des effets aussi visibles sur la santé de la faune aquatique et que, sans jeu de mot, nous passerions entre les gouttes ne peut être considéré comme crédible.

Définitivement non ! Ceux qui se cachent derrière le vieillissement de la population pour tenter de justifier la frénésie haussière des primes LAMAL, refusent juste de voir la réalité en face. Le problème se révèle beaucoup plus global et de nombreux tabous, comme la pollution sous toute ses formes, les industries irresponsables (malbouffe, tabac, …), la surconsommation médicale, et tant d’autres devront impérativement tomber, faute de quoi, et quelque soit les mesures cosmétiques prises, le système ira vers une implosion à brève échéance.

 Blaise Courvoisier et Laurent-David Jospin

Table des matières de la série : ici
Prochain article : Des “patients” impatients aux attentes irréalistes ?

[1] Geographical patterns and time trends of cancer incidence and survival among children and adolescents in Europe since the 1970s (the ACCIS project): an epidemiological study, Dr. Eva Steliarova-Foucher et all, The Lancet, décembre 2004

[2] Cancer cases in children leap by 40% in 16 years, K. Spencer, Sky News, septembre 2016

Santé : une catastrophe programmée?

Deuxième article de la série estivale “politique de santé”

La dernière augmentation des primes d’assurance maladie en 2016, doublée d’une annonce de hausses potentielles encore plus lourdes en 2017, nous oblige à certaines réflexions. En effet, depuis l’introduction de la LAMAL en 1992, les primes ont été multipliées par un facteur de l’ordre de 4 à 5 alors que le renchérissement selon l’OFS (Office Fédéral de la Statistique) durant la même période n’indique qu’une hausse de 1.17. Ce dernier facteur, presque insignifiant par rapport celui de la LAMAL seule, intègre paradoxalement également celui-ci pour une part. On en conclut facilement que la hausse LAMAL est réellement en train de capter une part toujours plus importante du revenu des ménages.

Au niveau global, les coûts totaux ont récemment dépassé les 70 milliards par année dont schématiquement 50% sont couverts par les primes et le solde par l’État au travers de l’impôt, et par les patients eux-mêmes avec leurs payements de franchise et de quote-part.

Il semble que pour la première fois nous sommes entrés dans une zone douloureuse car des sondages ont montré que jusqu’à 30% des citoyens exprimaient à présent le désir que la LAMAL cesse d’être obligatoire, alors que jusqu’à récemment encore cette fraction de la population restait parfaitement négligeable.

prob croiss primesSource : OFSP + OFS + Bon à Savoir

Cette nouveauté ne puise sans doute pas seulement son explication dans le montant des primes, mais également dans le fait qu’un nouveau discours s’est fait jour. En effet, depuis l’introduction de la LAMAL, ses promoteurs ont toujours affirmé haut et fort que celle-ci allait permettre de juguler “bientôt” la hausse des coûts de la santé. Or, de promesses non tenues en dépassements massifs répétitifs, il a bien fallu l’admettre : l’évolution des coûts ne va pas vers une stabilisation, mais au contraire vers une aggravation des hausses annuelles. Entre le moment où nous avons commencé la rédaction de ce texte et celui de sa parution, soit quelques petites semaines, de nombreux événements publiques sont survenus et montrent que l’enjeu principal se situe maintenant à ce niveau du coût supportable par les ménages. On citera l’annonce de la prochaine hausse des primes prévisible pour 2018 par SantéSuisse de vendredi dernier, ou encore celle de la prochaine initiative du PDC pour tenter de juguler quelque peu la dite hausse.

Le monde politique se borne le plus souvent à expliquer cet état de fait par le vieillissement inexorable de la population ainsi que par les excessives prétentions salariales des prestataires de soins. Ainsi, les principales mesures politiques ont-elles tout simplement cherché à baisser le revenu des médecins : depuis son introduction, en 2002, la valeur du point Tarmed n’a pas augmenté, au contraire, elle a baissé dans plusieurs cantons alors que dans le même temps l’IPC croissait, lui, de 4,7%. Cela ne suffisant bien entendu pas, l’attaque suivante a ciblé le laboratoire de ce même praticien dont le prix du point a été laminé, puis ce fut la marge bénéficiaire des pharmaciens, la valeur à la baisse du point des physiothérapeutes, sans oublier l’introduction des forfaits hospitaliers par cas qui n’ont abouti qu’à une augmentation considérable de la part des soins effectuée en ambulatoire, soins qui sont payés eux, faut-il le rappeler, uniquement par les assurances maladie et les patients eux-mêmes… Ces mesures de « rationalisation » n’ont eu jusqu’à présent aucune efficacité sur la spirale inflationniste des coûts helvétiques de la santé. Il convient donc de chercher d’autres causes, dans des domaines beaucoup plus incorrects politiquement parlant : tant sociologiques que philosophiques.

Dans cette réflexion, nous voulons parcourir dès lors des thèmes aussi sensibles que la peur de la mort, les raisons profondes des scandales médicaux à répétition, les conflits d’intérêts existant entre l’industrie et ceux sensés la contrôler, les motivations à court terme des carriéristes politiques les conduisant à privilégier des mesures cosmétiques, et enfin le rôle trouble des caisses maladie.

A l’heure actuelle, notre pays mobilise plus de 11% de son PIB annuel pour la santé. Au vu de son caractère obligatoire, on peut comparer ce coût à un supplément de fiscalité, or on sait par l’expérience qu’à partir d’un certain seuil de prélèvement, les rouages de l’économie se grippent. Nous ne pourrons dès lors pas faire l’impasse d’une remise en cause de certains aspects qui nous semblent pourtant aujourd’hui non négociables. Ce sujet appartenant simultanément aux plus clivants du paysage politique ainsi qu’à la sphère intime de chacun, le débat est régulièrement pollué par des positions dogmatiques, sans même parler de l’influence toujours grandissante des acteurs économiques de la santé.

Par ailleurs, la question ne se limite pas aux seuls aspects économiques. En effet, on l’oublie trop souvent mais quand on parle du rapport coût – bénéfice d’une thérapie, on ne pense pas prioritairement argent dépensé et/ou investi, mais bien effets secondaires et qualité de vie versus amélioration recherchée de l’état du patient.

Les réactions épidermiques à certaines études récentes (comme par ex. l’évaluation critique du rapport coût-bénéfice du dosage PSA systématique – cancer de la prostate – ou en parallèle chez la femme celui d’une politique de mammographie intensive dès un certain âge – cancer du sein -) prouvent que certains thèmes relèvent du tabou absolu, alors qu’une analyse non partisane des éléments démontrés par ces études permettrait de corriger le tir maintenant plutôt que devoir « jeter le bébé avec l’eau du bain » plus tard.

Aujourd’hui, nous aimerions établir que seule une analyse en profondeur des responsabilités propres à chacun des divers acteurs impliqués peut permettre une avancée réelle à même d’éviter une arrivée dans une impasse économique, médicale, politique, ainsi que philosophique.

Blaise Courvoisier et Laurent-David Jospin

Table des matières de la série : ici
Prochain article : Il a bon dos le vieillissement de la population!

En préambule un petit mot d’explication

Premier article de la série estivale “politique de santé”

On attaque en douceur en vous présentant nos motivations profondes et leurs justifications ou tout au moins origines.

Blaise :

Médecin confronté depuis de nombreuses années à la difficile politique de santé de notre pays,- avec toute la charge émotionnelle et les implications éthiques que cela représente-, j’ai eu grand plaisir à échanger des points de vue à ce propos avec Laurent ; au début lors de débats contradictoires de nos campagnes politiques respectives, puis lors de réunions informelles et amicales. Qu’il soit ici remercié de son ouverture d’esprit et félicité de sa curiosité scientifique insatiable.

Certes nous ne sommes pas toujours sur le même diapason dans divers domaines, mais nous avons en commun une forte volonté de rechercher, sans aucun tabou et avec même une réelle jubilation iconoclaste, des pistes pour tenter d’affronter les « tempêtes sanitaires » qui sont très prochainement programmées dans notre pays.

Laurent :

Si mes lecteurs habituels pourront être un peu surpris de me découvrir en train de m’aventurer dans le domaine de la santé, ceux qui me connaissent plus personnellement savent que cette thématique m’intéresse fortement. Elle touche en effet des questions éthiques, morales, scientifiques, ou encore économiques, toutes essentielles pour elles-mêmes, mais qui, plus encore, réunies conduisent à une réflexion sur la durabilité de nos sociétés.

Cela fait longtemps que j’échange avec des médecins qui me présentent un tableau bien différent de l’image bisounours présentée par les médias, mais qui refusent de s’investir dans une vraie remise en question du système préférant privilégier leurs carrières personnelles. Lorsque j’ai rencontré l’invité de ce thème, Blaise Courvoisier, nous étions adversaires dans une campagne pour les élections fédérales. Blaise, et même si nous assumons nos différences voire peut-être divergences, m’a montré son ouverture d’esprit, sa capacité de dialogue et sa volonté de réfléchir à un problème qui peut paraître encore un peu lointain, mais qui va s’approcher rapidement. Dans tout les cas, je le remercie ici chaleureusement pour sa participation.

On ne peut exclure que sur certaines questions nous ne puissions trouver un consensus mais devions proposer des points-de-vues alternatifs. Cela ne doit pas être considéré comme un échec, car dans un domaine habité par d’aussi forts champs de tension que la médecine ou santé, seul celui qui reste au niveau des banalités les plus grisâtres ne choquera jamais personne.

thermometre malade

Ensemble :

Notre but n’est pas de choquer pour choquer. Ne pensez pas que nous sommes sans cœur lorsque par ex. nous posons la question de savoir si certains soins ne vont pas trop loin. Un traitement médical apporte des bénéfices, mais il induit souvent aussi des souffrances post-opératoires ou des effets secondaires à long terme. Oser questionner le résultat global au lieu de pratiquer une politique interventionniste sans discernement montre certainement plus de compassion humaine que le contraire.

L’ensemble des articles à paraître forme un tout cohérent. Nous ne pensons pas qu’un acteur plutôt qu’un autre porte l’entier de la responsabilité de la dérive du système. Actuellement, les assureurs rendent les patients consommateurs responsables, les médecins le politique, les politiques le vieillissement, les patients les assureurs, et ainsi de suite. Et si une fois, on se décidait à observer l’ensemble du tableau plutôt que juste le dernier coup de pinceau ?

Bio express

Blaise Courvoisier est né le 13 juin 1955. Après une formation en chirurgie générale, il a travaillé en cabit de groupe chirurgical et est aussi devenu le Président du Conseil d’Administration de la Clinique de la Tour à La Chaux-de-Fonds durant de nombreuses années. Cette activité ayant pris fin en 2013, il apporte ses compétences de soignant à temps partiel au bénéfice de la KFOR (OTAN).

Laurent-David Jospin, né le 25 février 1967, a participé à la création du parti Vert’Libéral Neuchâtelois en 2012 en tant que membre-fondateur. Il défend sa vision d’un monde plus durable et plus libre au travers de son blog www.ouvrirlesyeux.ch depuis 2013.

Blaise Courvoisier et Laurent-David Jospin

Table des matières : ici
Prochain article : Santé : une catastrophe programmée ?

Et quand c’est la politique de santé qui est malade, on fait quoi au juste ???

Pour accompagner mes lecteurs durant leurs vacances estivales, nous vous avons concocté non pas un article ni même deux ou encore trois, mais bien toute une série sur le thème de la santé à comprendre comme la politique de santé au sens le plus large possible.

Un invité m’accompagne durant ces quelques semaines, à savoir Blaise Courvoisier chirurgien très apprécié à La Chaux-de-Fonds notamment. Sa présence permettra d’élargir le débat en incluant une vision complémentaire à la mienne.

Et pour rentrer dans le vif du sujet, voici à quoi vous attendre sous la forme d’une mini-table des matières :

En préambule un petit mot d’explication

Publication réalisée  le 10.7.2017

Santé : une catastrophe programmée ?

Publication réalisée le 21.7.2017

Il a bon dos le vieillissement de la population !

Publication réalisée le 30.7.2017

Des “patients” impatients aux attentes irréalistes ?

Publication réalisée le 10.8.2017

Des politiques otages de leur propre créature ?

Publication réalisée le 21.8.2017

Le personnel soignant peut-il encore jouer son vrai rôle ?

Publication réalisée le 1.9.2017

Les caisses d’assurance prises dans un conflit d’intérêt patent ?

Publication réalisée le 10.9.2017

L’industrie lancée dans une fuite en avant sans fin ?

Publication réalisée le 20.9.2017

Les pharmas nous veulent-elles vraiment du bien ?

Publication réalisée le 30.9.2017

Comment imaginer un système de santé durable ?

Publication réalisée 10.10.2017

Cette table des matières sera mise à jour à chaque publication d’un post  avec le lien direct et vous permettra donc de tout retrouver rapidement.

En espérant avoir éveillé votre intérêt …

Blaise Courvoisier et Laurent-David Jospin

Stratégie énergétique 2050? Nous avons déjà perdu trop de temps!

La stratégie énergétique 2050 soumise au vote à la population helvétique représente le minimum absolu du point de vue protection de l’environnement pour nous-mêmes et nos descendants. Les expériences des campagnes récentes ont montré que certaines forces s’opposent par principe à tout ce qui pourrait rendre nos sociétés un peu plus durables. D’une certaine manière, nous ne serons dès lors pas tellement surpris des mensonges proférés par les adversaires du changement. On doit toutefois malgré tout s’étonner de la courte vue de certains qui prônent l’indépendance de notre pays ou la santé de son économie, et qui foulent ici joyeusement leurs propres principes.

Il semble bon de remettre en pleine lumière quelques vérités essentielles.

En premier lieu, nous savons aujourd’hui que les modifications nécessaires pour maintenir le réchauffement de la planète sous les 2°C devront aller sensiblement plus loin que ce qui nous est proposé aujourd’hui. Une palette de chercheurs internationaux vient de publier une étude démontrant que, non seulement il conviendra de décarboner nos économies, mais également de créer des puits de carbone colossaux, pour réussir à tenir les engagements pris lors de la COP21 à Paris. La Suisse faisant définitivement partie des pays les plus riches de la planète, elle ne saurait se soustraire à sa juste part du problème. Dans le cas contraire, nous verrons d’ici quelques années une répétition du scénario du secret bancaire, où faute d’avoir agi à temps, la douloureuse grimpera à bien plus qu’il n’eut été nécessaire.

str 2050 étapes

Les énergies renouvelables se produisent en premier lieu localement. Elles représentent une richesse indigène et garantissent notre autonomie et partant contribuent à notre indépendance. Chacun comprendra aisément que si les négociateurs des relations avec nos voisins les plus directs doivent en plus intégrer dans leur cahier des charges que notre approvisionnement énergétique doit être assuré par ou à travers nos voisins, leur tâche, déjà fort complexe, le deviendra encore plus. Ceci conduira donc inévitablement à devoir lâcher du lest là où on ne l’aurait pas voulu. Préserver notre capacité à nous auto-satisfaire sur le plan énergétique équivaut à défendre aussi notre liberté.

On ne délocalise pas une centrale solaire, une éolienne ou une centrale à biomasse ! Le travail induit par ces diverses activités reste donc chez nous. On parle ici de proportions réellement significatives dans la chaîne de valeur. On pense bien sûr à l’installation, mais il ne faut pas oublier la conception, la maintenance, ainsi qu’une part importante des composants comme les câbles, les transformateurs, et autres équipements certes périphériques mais néanmoins indispensables.

En outre, les marchés liés aux énergies vertes ou encore l’efficience énergétique explosent littéralement sur le plan mondial. Nos universités et écoles d’ingénieur ont longtemps monopolisé la pointe de la recherche dans ces domaines. Mais voilà, faute d’avoir un marché domestique suffisamment dynamique, nous prenons actuellement du retard notamment sur nos concurrents les plus directs comme l’Allemagne ou encore l’Autriche.

L’Allemagne profite d’ailleurs immensément de son fameux EEG – Erneuerbare Ernergie Gesetz. C’est totalement à tort que les détracteurs de tout progrès environnemental vilipendent, sous prétexte de coûts trop élevés, la politique menée en Allemagne, car non seulement l’effet stimulus a permis à ce pays de présenter d’excellents chiffres sur sa croissance depuis son introduction, mais de surcroît les industries vertes allemandes trustent actuellement, et sans doute pour longtemps encore, les marchés d’exportation du domaine. En réalité, notre grand voisin s’offre une transition énergétique largement payée par sa clientèle internationale.

Opposer le fossile comme soi-disant source de prospérité aux énergies renouvelables prétendument synonyme de privation et autre douche froide prouve juste le peu de sérieux de l’argumentaire. Dans le pays de Donald Trump, grand apôtre de la relance économique par les subventions au charbon, on constate simplement que le nombre d’emploi dans le solaire représente déjà le double de ceux du charbon justement !

Autant pour le bien de l’environnement, de notre économie, et de notre indépendance, il faut espérer que la population enverra un signal clair en votant oui le 21 mai à la stratégie énergétique.

Laurent-David JOSPIN

Source(s) :
SCIENCE AAAS, A roadmap for rapid decarbonization, Johan Rockström, Owen Gaffney, Joeri Rogelj, Malte Meinshausen, Nebojsa Nakicenovic, Hans Joachim Schellnhuber, Stockholm University, The Royal Swedish Academy of Sciences, International Institute for Applied Systems Analysis, ETH Zurich, Potsdam Institute for Climate Impact Research, Australian-German Climate and Energy College, School of Earth Sciences, University of Melbourne
WWW.FORTUNE.COM, In U.S., there are twice as many solar workers as coal miners, Kirsten Korosec

La raison des lobbies est-elle toujours la meilleure ? Petit discours sur l’intérêt général

Préambule :

Courant septembre 2016, la plupart de mes lecteurs s’en souviennent certainement encore, nous nous étions associés avec René Longet pour dénoncer les mécanismes utilisés par une minorité agissante pour bloquer toute avancée réelle dans l’ensemble des domaines concernés pour la mise en place d’une économie durable. Trois articles avaient été rédigés et aimablement publiés par Le Temps les 16, 20 et 21 septembre 2016 (vous trouvez les liens sur les publications originales à la fin de l’article). Nous avions prévu de regrouper ces 3 parties pour en faire une publication web propre. La votation sur la stratégie énergétique 2050 s’approche et le moment semblait donc opportun de concrétiser ce projet. La version que vous trouverez ici a été légèrement remaniée notamment pour mieux coller à l’actualité du jour.

Les deux auteurs de la présente réflexion, tout deux fortement engagés sur les questions environnementales mais appartenant à des familles politiques différentes, souhaitent apporter un regard nouveau sur la problématique liée à la constitution d’une majorité stable permettant de transcender les clivages et les manipulations contraires à l’intérêt général provenant d’une minorité très agissante.

Cette collaboration avec une personnalité d’une autre famille politique représente à la fois un challenge autant qu’un exercice salutaire, mais elle force à approfondir sa pensée, ce qui en cascade permet de mieux défendre les vrais points fondamentaux. Avec mon co-rédacteur, nous gardons nos convictions personnelles, un peu plus de régulation pour mon alter ego, un peu moins pour moi, mais au final notre légitime inquiétude commune nous réunit pour essayer d’aller plus loin. Vous pouvez certainement vous attendre à ce que nous récidivions . peut-être même pour la campagne qui s’annonce tout soudain .

Lutter contre la manipulation !

Aujourd’hui sur la plupart des thèmes liés à l’environnement incluant par exemple la bio-diversité, le réchauffement climatique, ou l’épuisement des ressources naturelles, il devient de plus en plus clair qu’une réelle majorité existe souhaitant une action efficace des décideurs économiques et politiques. Or manifestement, les propositions concrètes subissent trop fréquemment des échecs en votation populaire ou passent la rampe avec d’énormes difficultés et compromis les vidant souvent d’une part importante de leurs substances. Comprendre le mécanisme sous-jacent est essentiel, si l’on veut arriver à un résultat suffisant dans des délais permettant à l’humanité d’éviter les conséquences les plus graves.

Health_effects_of_pollutionEt si population prenait conscience qu’elle joue sa propre vie?

 Diviser pour régner ?

Une observation attentive de cette majorité montre qu’elle transcende les clivages partisans. Schématiquement, on pourrait répartir la population en trois tiers, dont un premier tiers s’oppose à toute idée de changement, et deux tiers souhaitent le changement mais sont répartis en deux moitiés dont une à sensibilité de droite voudrait faire peser, tout au moins majoritairement, l’effort sur l’engagement volontaire tant des producteurs que des consommateurs, et l’autre au contraire dite plutôt de gauche, préconisant de passer par la législation et la prescription étatique.

La minorité niant la nécessité de l’action a dès lors une autoroute devant elle en opposant les deux composantes de la majorité. L’effort risque d’impacter les ménages les plus faibles ? Les opposants au changement en prennent prétexte pour saper la proposition. Dans le scénario inverse, on brandit la menace d’un affaiblissement de l’économie et d’une montée du chômage. Quelle que soit la variante, nous nous retrouvons au final avec une majorité négative obtenue par une véritable manipulation de l’opinion.

Cette construction à la fois artificielle et de circonstance bloque ou ralentit gravement tout progrès significatif. Lors de deux votations récentes, sur l’économie verte et la sortie du nucléaire, les adversaires ont joué la double partition en affirmant simultanément que les ménages et les entreprises allaient être lourdement impactés alors que cette affirmation, matraquée à coup de millions dépensés en affichage mensonger, occultait la nécessité urgente de changer de modèle de développement et oubliait que le bilan en termes d’emplois non délocalisables se révèle nettement meilleur dans une économie dite verte ou à travers les économies d’énergie, la réparabilité et les énergies renouvelables et décentralisées. Ainsi les changements indispensables et bénéfiques à tous points de vue, mais qui ne trouvent pas grâce devant les lobbies du court terme et à courte vue, sont systématiquement bloqués.

continent plastique 1Le fameux continent de plastique, bien connu, désastreux pour les chaînes alimentaires, et pourtant négligé au détriment de la nature jusqu’à et y compris notre propre santé

En arrière-plan : les intérêts économiques particuliers et le pouvoir

Malheureusement, les acteurs économiques dont le rôle et l’importance pourraient le plus être remis en question sont aussi ceux qui détiennent la plus grande capacité financière pour s’opposer à tout changement. On sait depuis plusieurs années que les énergies fossiles bénéficient en réalité de subventions et d’investissements plus élevés que ceux accordés aux renouvelables notamment compte tenu des conséquences dommageables non assumées. Un tel constat aurait dû conduire à une action immédiate. Allant exactement dans le sens contraire de ce qui semblerait être de la simple logique, on a même entendu récemment un ex-conseiller fédéral, prétendument partisan d’une autonomie accrue du pays face à l’étranger, réclamer que l’énergie nucléaire, énergie non suisse par excellence, soit subventionnée puisque pas rentable… Le meilleur commentaire que nous puissions proposer repose sur le diagramme ci-dessous : ceux qui affirment que les énergies renouvelables coûtent trop chères mentent éhontément, car c’est bien le contraire qui est vrai.

transparencyL’exemple américain est éloquent : si on exclut les bio-carburants tirés du maïs car très problématiques, on constate que les allégements ou aides directes privilégient les énergies sales d’un facteur supérieur à 4 et ceci toujours sans prendre en compte les dommages générés!

En outre, la question ne se résume pas à ses aspects économiques. Celui qui livre l’énergie détient un pouvoir évident. Or voilà, une partie de la solution passe également par plus de production et consommation autonome. Cette auto-responsabilisation n’arrange pas certains bénéficiaires des monopoles actuels qui dès lors profitant de leurs positions présentes  influencent les lois et les règlements pour freiner ce mouvement. On peut certes citer des exemples qui contredisent ce qui précède, mais il n’en reste pas moins que ceux des acteurs majeurs de l’énergie s’engageant dans une telle voie portent une immense responsabilité dans les retards pris sur la nécessaire transition énergétique. Dans certains cas, les collectivités publiques deviennent elles-mêmes complices, plus ou moins malgré elles, de ce phénomène, car elles sont souvent des actionnaires majoritaires de ces entités (ex. EDF en France).

Prendre conscience des manipulations

Ceux qui entendent défendre l’environnement au sens large, peu importe que la motivation soit de laisser une terre viable à nos descendants ou une préoccupation plus locale et individuelle, doivent prendre conscience de cette manipulation répétée à de multiples fois, qui dénature profondément notre démocratie directe dont nous sommes à juste titre fiers.

Un coup d’œil dans le rétroviseur nous montre que ces mécanismes de manipulation ont fonctionné à plein régime lors de deux dernières votations liées à cette thématique. Les débats ont été pollués par force contre-vérités et on a instillé la peur auprès des citoyens. Ceci doit nous inquiéter tous. En effet, le référendum sur la stratégie énergétique 2050 a abouti et on peut s’attendre à nouveau à un déferlement de moyens pour influencer citoyennes et citoyens à voter contre leur propre intérêt, notamment par un authentique matraquage au niveau publicité payante. Les défendeurs d’une évolution, encore insuffisante pour éviter la dérive du climat selon la majorité des scientifiques, seraient bien avisés de se préparer à une bataille peut-être plus rude que celle attendue.

a vous de choisirC’est à vous de choisir

Si nous voulons, ne serait-ce que tenir nos engagements minimaux comme celui de l’Accord de Paris récemment entré en vigueur (4 novembre 2016) et plus récemment encore ratifié par le Conseil national, nous devons dénoncer avec force l’achat massif des voix du peuple et à défaut de pouvoir exiger un contrôle voir un plafonnement du financement des campagnes politiques, une vraie transparence sur qui finance quoi doit devenir la règle. Il n’est pas acceptable que des lobbies puissent par des artifices créer des majorités de circonstance pour rejeter une transition énergétique si urgemment nécessaire. La réunion de toutes les composantes de la majorité plurielle appelant à la vraie prise en compte du problème climatique sera la clef des votations à venir.

Sans éthique l’action collective ne mène à rien

L’éthique dans l’exercice du pouvoir politique ou économique a préoccupé les penseurs et philosophes dès l’Antiquité, et la notion de justice, de juste part des ressources a été formulée au Moyen Age. Peu à peu, l’idée d’égalité de droits et de chances s’est imposée, à travers la philosophie dite des Lumières.

Une compréhension déficiente de l’économie pervertit l’action publique

D’autres courants de pensée ont popularisé le libéralisme sous ses multiples variantes y compris le concept de la main invisible du marché. Selon ce dernier, l’intérêt général résulterait quasi automatiquement de l’addition des intérêts individuels, et au bout du compte, aucune régulation collective ne serait nécessaire, voire deviendrait illégitime. Malheureusement, l’expérience vécue montre que cet idéal ne fonctionne guère mieux que les illusions étatistes qui se sont effondrées en même temps que le Mur. Le nœud du problème tient à un élément fondamental : la réalité des coûts doit inclure toutes les externalités soit les dommages infligés à autrui, y compris les générations futures, faute de quoi les prix sont dramatiquement faussés et donc l’ensemble du marché ; des subventions ou autres taxes incitatives ne sont que des contributions à une compensation de ce calcul tronqué de rentabilité.

Il est patent que certains trouvent confortable de privatiser les gains mais étatiser les pertes, et ce tout particulièrement en relation avec les questions environnementales relevant fréquemment du moyen et long terme. On voit justement que cette fameuse minorité régnant en divisant, s’agite précisément le plus fortement face à toute initiative cherchant à rétablir cette fameuse vérité des coûts.

Cette illusion s’est trouvée renforcée par un Occident ayant profité d’une période appelée les 30 Glorieuses, où pour la première fois l’on a connu la consommation de masse, dont nous commençons seulement à payer vraiment les conséquences environnementales. Ce modèle présentait le grand avantage de substituer à la lutte pour la répartition l’augmentation quasi automatique du gâteau, suggérant une possibilité de paix sociale par la croissance quasi infinie des biens matériels. Que cette croissance n’est pas de nature à satisfaire, une fois les besoins de base assurés, les humains (qui ne vivent pas que de pain…) et présente de graves risques environnementaux est connu au moins depuis le Rapport du Club de Rome de 1972 ! (voir image ci-dessous)

prévi club de Rome

Alors même que la compréhension du réchauffement climatique n’en était qu’à ses tout premiers balbutiements, que la diffusion à large échelle des polluants dans la chaîne alimentaire relevait encore de la science fiction, ou encore que la fuite du phosphore épandu massivement en agriculture restait superbement ignorée – mécanismes qui peuvent tout trois conduire à l’extinction de l’humanité telle que nous la connaissons –, malgré cette ignorance, ainsi que les limitations de la science de l’époque, le Club de Rome en 1972 a établi des prédictions qui se confirment décennie après décennie. Nous suivons actuellement la courbe baptisée “standard run” ou autrement dit “business as usual” avec une précision étonnante et elle nous laisse entrevoir un futur peu enviable si nous ne modifions pas radicalement notre façon de gérer les ressources planétaires.

Une nécessité reconnue : changer de cap

Depuis, les conférences internationales n’ont pas cessé, insistant à la fois sur le droit au développement (mais pas n’importe quel développement), l’universalité des droits économiques, culturels et sociaux des hommes et des peuples, et sur une autre orientation de la consommation et de la production. La notion de développement durable consignée en 1992 au Sommet de la Terre vise à inscrire les activités humaines dans les capacités de charge de la nature, reconnues comme limitées. Des analyses approfondies nous donnent indiscutabement un état de situation non réjouissant, comme le rapport bisannuel Planète vivante, édité par le WWF, la Société zoologique de Londres, le Réseau empreinte écologique globale et le Centre de résilience de Stockholm1. Et depuis deux mois maintenant un pays parmi les plus grands pollueurs de la planète a un président qui interdit à son administration d’évoquer le changement climatique (décret de Trump du 23 janvier 2017). Nous ne sommes plus dans le domaine du souhaitable mais dans un véritable combat entre irresponsabilité et fuite en avant, contre gestion des intérêts communs de l’humanité.

Les engagements des États demeureront-ils lettre morte ?

Un nouveau paradigme, un changement de cap est largement réclamé, et en principe acquis à travers diverses déclarations internationales et de nombreux textes de droit, sur les mers, la biodiversité, le climat, la désertification, l’atmosphère, etc.. Mais quelle difficulté pour passer à l’acte !

Pour quasiment chaque substance polluante, comme le mercure qui s’accumule dans la chaîne du vivant, les pesticides, dont les plus toxiques ont fini par être interdits, les PCB, ou le plomb dans l’essence, ce fut un combat homérique, du même genre que celui qui a fini par faire reconnaître le droit des non fumeurs à ne pas être intoxiqués par les fumeurs dans les lieux fermés.

A chaque fois, les lobbies économiques achetaient des experts, faisaient peur aux décideurs politiques, invoquaient la défense d’emplois qu’ils étaient les premiers à détruire quand cela les arrangeait financièrement. Peu à peu, la pollution de l’air et des eaux a pu, du moins dans les pays industrialisés, être réduite. La couche d’ozone se régénère, un des plus importants succès de la coopération environnementale internationale.

Mais sur le plan quantitatif, l’essentiel reste à faire. Des études comme celles déterminant l’indice planète vivante nous démontrent que nous surexploitons la biodiversité (forêts tropicales, océans, espèces) au point qu’on évoque une 6e grande extinction, due, pour la première fois, à une seule espèce. Le climat dérape, mettant en péril des régions entières, et causant des dommages économiques croissants. Les sols sont en danger et les ressources non renouvelables s’épuisent inéluctablement. Si bien que la question est: voulons-nous vraiment détruire les bases de notre vie, ce qui ne pourrait qu’aboutir à la lutte de tous contre tous ? A travers l’écologie, ce sont bien les valeurs humaines qui sont en jeu.

Les solutions sont connues, mais on ne les applique pas

Collectivement, les agendas sont clairement définis. Les 17 Objectifs de développement durable retenus en septembre 2015 par l’assemblée générale des Nations unies donnent une cible aux efforts et actions des humains, et en particulier au secteur privé. Y affecter 5% du PIB mondial suffirait pour relever les principaux défis de l’humanité.

Les techniques existent

Les techniques pour mieux gérer les ressources planétaires sont connues. De l’agro-écologie à la maison positive, une multitude de solutions s’offrent à nous. Tirer sa plus-value de l’entretien et non de l’obsolescence : des objets réparables, réutilisables (soit l’économie de la fonctionnalité) est aujourd’hui un modèle éprouvé. Le commerce équitable existe et montre comment concilier économie et développement social. Mais les bonnes pratiques ne se généralisent pas. Alors qu’elles créent infiniment plus d’emplois que le modèle obsolète des 30 Glorieuses qui laisse de plus en plus de monde au bord du chemin.

Les comportements ne changent pas suffisamment

In fine, la solution se retrouve dans les mains de l’individu, en tant que citoyen-ne ou consommateur/trice. Mais en même temps, cet individu hésite à changer. Il recycle, mais cela n’empêche pas le volume des déchets de croître. Il prend plus le train, mais achète des véhicules toujours plus puissants. Il fait quelques économies d’énergie, mais se réjouit de partir en week-end en vol low cost. Il parle d’environnement, mais ne veut pas redéfinir son rapport aux ressources naturelles. Les produits bio plafonnent à 8% du marché agro-alimentaire, le commerce équitable à moins encore, les énergies vertes sont à la peine, personne ou presque ne veut d’éoliennes.

Bref, sans la pression d’un fort mouvement de base, pas grand chose ne se passe. Et tant que le citoyen n’est pas informé ou vraiment contraint par la loi, un peu comme c’est le cas avec les règles de la circulation routière, rien de substantiel ne change. Pour sortir de ce cercle vicieux, nous avons en Suisse les droits populaires. Régulièrement des propositions de régulation intelligente sont soumises au peuple. Mais chacun sait qu’une votation s’achète. Et c’est là que les lobbies étouffent l’innovation dont ils ne cessent de se réclamer.

Les fausses oppositions

On oppose progrès et conservation de la nature. Or il faut les deux : le vrai progrès respecte ce qui nous fait vivre. On oppose marché et régulation. Or il faut à la fois un marché pour que consommateurs et producteurs s’ajustent à travers la rencontre de l’offre et la demande, et une régulation quand les conditions cadres sont faussées. Encore une fois, le marché ne peut fonctionner que s’il est sincère, c’est à dire qu’il intègre toutes les conséquences d’une action ou transaction. Or, comme pour les questions environnementales certains effets soit se reportent dans le temps, ou se diffusent auprès d’un grand nombre de personne le marché ne peut fonctionner à satisfaction, car le bénéfice immédiat de l’un devient des pertes multiples auprès des autres.

L’intégration des externalités doit représenter le cœur des mécanismes de régulation. Prenons comme exemple le prix de l’essence, car il semblerait bien que la population suisse soit très sensible sur cette question. Les lobbies de l’industrie pétrolière se gardent bien d’expliquer qu’en réalité le consommateur paye au minimum 2 fois son essence, une première fois à la pompe, mais ensuite une deuxième via les coûts induits sur la santé (donc des primes maladie plus élevées), ainsi que via les frais d’entretien des bâtiments qui se dégradent plus rapidement dans une atmosphère polluée (donc ici les loyers).

Au final le vrai prix complet du litre d’essence doit se situer pas si loin du double du prix apparent payé par les automobilistes. Il faut comprendre qu’une augmentation du prix de l’essence représente rapidement des économies substantielles sur les conséquences externes (santé, entretien du bâti), et le surcoût se compense également par la baisse de la consommation. Au final, le citoyen – consommateur – payeur retrouve plus que sa mise avec une qualité de vie améliorée en prime.

Occulter les externalités correspond clairement à un report de charge sur autrui et/ou sur les générations à venir. Profiter de manière abusive du libre marché pour réaliser du dumping écologique ou social relève de la même logique “que les autres payent à ma place !”. A partir de ces comportements biaisés, on oppose croissance et décroissance, alors que la part des énergies renouvelables doit massivement croître, de même celle de l’agriculture biologique, des coopératives de logement, des transports publics, ou encore de l’autoconsommation, pour que puisse décroître la part de l’économie non durable.

Pour le meilleur ou le pire ?

Une votation se gagne sur la peur, sur la diabolisation de l’adversaire, sur le refus du changement. Ce sont des victoires à la Pyrrhus, car fondées sur la philosophie de l’Autruche : nier les problèmes, mettre la tête dans le sable, n’a jamais fait avancer une société. Les périls sont connus et tout retard à les empoigner ne fera qu’augmenter les coûts financiers, énergétiques, humains et pour la biosphère. On sait maintenant de manière certaine que les climato-sceptiques ont, durant bien plus de 20 ans, empêché toute action efficace en matière climatique. La société pétrolière Exxon notamment avait été informée par ses propres scientifiques en 1977 sur la mécanique du réchauffement climatique. Shell dénonçait publiquement en 1991 via un film éducatif mis à disposition des écoles les risques et conséquences liés au réchauffement climatique. Ces deux sociétés se sont d’une part abstenues d’entreprendre quoique ce soit contre la menace qu’elles avaient identifiée, mais, bien plus grave encore, ont délibérément choisi d’utiliser leurs connaissances pour induire le public en erreur afin de préserver leur modèle d’affaire à court terme. On peut déjà prédire que les générations futures accuseront les climato-sceptiques de crime contre l’humanité.

exxonshell responsables

Alors sommes-nous capables de changer un peu notre perception du confort, notre mode de vie ultra-matérialiste pour gagner un avenir serein et vivable, ou faisons-nous comme le président Bush père, qui, en 1992, déclarait au Sommet de Rio le mode de vie américain non négociable ? Si chaque humain voulait vivre comme l’Américain moyen, il nous faudrait 5 planètes, ou alors accepter l’inégalité comme règle fondamentale du genre humain. Ce serait définitivement prendre congé de ce qui a fondé la notion de progrès : l’égalité de chances et de droits et la capacité d’innover de l’être humain.

Les scientifiques le clament de manière unanime : nous devons prendre maintenant un virage résolu pour éviter des conséquences insupportables. Alors refusons de nous laisser diviser par une minorité manipulatrice et prenons maintenant les décisions nécessaires pour assurer un avenir sur cette planète à nos enfants. Alors cessons de nous laisser berner par les lobbies du court terme et de la vue étroite qui nous mènent droit dans le mur.

René LONGET  & Laurent-David JOSPIN

Post-Scriptum : certains d’entre vous l’ont remarqué, nous avons eu un problème avec la promotion sur Facebook. Le problème résidait dans le message tagué sur l’image utilisée pour rendre le teaser attractif. Facebook se considère autorisée à définir ce qui est bien et ce qui ne l’est pas. Nous contournons le problème avec une variante alternative de l’image que vous pouvez trouver ci-dessous, si elle vous plaisait (cliquer sur la miniature pour obtenir la pleine résolution).

pollueur menteur tueur

Endgültig weg mit den obsoleten AKW! Sus aux centrales nucléaires obsolètes!

Version allemande du texte paru sur Le Temps le samedi 22 octobrefile6s004b7u2bswsdob0z

Kaum haben die Grünen die Initiative „Für einen geordneten Ausstieg aus der Atomenergie“ lanciert, strotzt es in der medialen Diskussion bereits wieder vor Unwahrheiten! Hervorgehoben wird, dass bei einem angeblich „überhasteten Ausstieg“ die Bevölkerung „kolossale Schadenersatzkosten“ im Umfang von mehreren Millionen an die Kraftwerkbetreiber zahlen müssten. Dabei wird verschwiegen, dass diese gleiche Bevölkerung aktuell alle Risiken trägt und die weit höheren Aufwände für den Rückbau vollumfänglich wird berappen müssen – ganz zu schweigen von den äusserst langfristig anfallenden Entsorgungskosten.

Wie hoch sind die Rückbaukosten?

Die europäische Kommission nannte Anfangs 2016 Kosten von 250 Milliarden Euro, um die aktuell betriebenen 123 Reaktoren abzuschalten. Der Finanzhof unseres, notabene notorisch pro-nuklearen Nachbarstaates Frankreich hat den Rückbau für die eigenen Anlagen soeben auf 100 Milliarden beziffert. Soweit die aktuellsten Zahlen. Die das ungute Gefühl hinterlassen, dass da noch mehr nachkommt – mussten die Zahlen doch nach jeder Analyse massiv nach oben korrigiert werden. Das Bundesamt hat bis Ende Jahr Zeit, vergleichbare Zahlen für die Schweiz zu errechnen. Neutrale Experten befürchten das Schlimmste – dies obwohl die Finanzaufsicht bereits bei der letzten Revision im 2011 eine Erhöhung von 30% einfordern musste.

Die Branche tanzt(e) uns auf der Nase herum!

Diese harte Realität müssen auch die AKW Befürworter anerkennen. Deshalb versuchen sie – ganz nach altem Muster – den Betrieb zu verlängern, indem sie anführen, man müsse die Reaktoren noch einige Jahre länger laufen lassen, um die bisher ungenügenden Reserven aufzustocken.

Die Bürgerinnen und Bürger werden die reell anfallenden Kosten übernehmen müssen. Dabei ist ganz egal wie man sie nennt, ob „Schadenersatz für die vorzeitige Schliessung“ oder „Ausgleich der ungenügenden Deckung der Rückbau und Entsorgungskosten“. Über Jahre wurde Strom viel zu billig verkauft, indem keine Gebühr für die Entsorgung erhoben wurde. Das Prinzip „je grösser die Anlage, desto besser“ war also nichts als eine sehr erfolgreiche Lüge. Und vielleicht klappt es ja ein weiteres Mal, voller Überzeugung wider besseres Wissen zu argumentieren.

Bis repetita!

Diesmal hat man sich für die Strategie entschieden, die Diskussion möglichst so zu steuern, dass in Vergessenheit gerät, dass die AKW aktuell mit Verlust produzieren – egal ob man den billigen Preis ohne Entsorgungsgebühr annimmt oder eine Vollkostenrechnung anstellt. Je länger die AKW produzieren, desto höher wird das Loch, das sie in unser Budget reissen!

Ein Reaktorunfall? Eine Million Personen wären umzusiedeln

Bei einem Reaktorunfall im Schweizer Mittelland müsste 1 Mio Menschen umgesiedelt werden. Die Schadenhöhe wird auf zehn Jahre BIP beziffert. Dies käme für die Schweiz einem Konkurs gleich. Im Bestreben, Atomstrom trotzdem weiterhin als „sicher“ zu verkaufen, wird ab sofort mehr für die Wartung der AKW investiert, was dessen Wettbewerbsfähigkeit zusätzlich schwächt. Während die Kurve des Ökostroms genau umgekehrt verläuft.

Warum die Vehemenz?

Um zu verstehen, warum man sich so vehement für diesen Kadaver wehrt, muss man sich die Bilanzen der Betreiber genauer anschauen. Viele von ihnen führen noch immer hohe Beträge unter den Aktiven, obwohl sie Reserven hätten anlegen sollen, um den äusserst langfristigen Forderungen nachkommen zu können. Fazit: Ein Atomkraftwerk ist kein Vermögenswert, sondern in Tat und Wahrheit auf sehr, sehr lange Zeit eine Belastung. Die frühzeitige Unterbindung des AKW Mühleberg im Anschluss an eine Kostenexplosion der Wartungskosten zeigt dies auf eklatante Weise.

Sogar wer die Risiken aus den Augen lässt, die die nächste und viele weitere Generationen werden tragen müssen, muss einsehen, dass mit jedem zusätzlichen Betriebsjahr die Rechnung höher ausfällt, die die Einwohner dieses Landes tragen müssen. Diesem Spuk jetzt in geordneter Art und Weise ein Ende zu setzen, hat nichts mit Träumen von Wollsocken-Idealisten zu tun, sondern einzig mit gesundem Finanzmanagement.

Laurent-David JOSPIN

Ursprungliche Artikel auf französisch : https://www.letemps.ch/opinions/2016/10/21/sus-aux-centrales-nucleaires-obsoletes

Herzlichen Dank an Fabienne E. für die Übersetzung

Sortie du nucléaire ? Oubliez la photo-finish !

Mes chers lecteurs devaient bien s’en douter : il semblait inimaginable que je ne prépare pas un petit “quelque chose” pour la campagne sur l’initiative des Verts pour une sortie programmée de l’énergie nucléaire. Tel était bien le cas et nous nous approchions de la publication quand Le Temps m’a sollicité pour leur proposer un texte pour lancer la campagne. Étant dans l’impossibilité temporelle de recréer quelque chose de complètement différent, j’ai choisi d’extraire le chapitre économique/financier que vous pouvez donc trouver soit dans la parution papier du Temps du samedi 22 octobre 2016 ou sur le lien ici. La version complète de ce chapitre sera ré-intégrée sur le blog après la fin de la campagne.

Mon choix s’était porté sur les aspects financiers, car cet argument ultime des pro-nucléaires se révèle dans les faits également faux.

Mais il reste bien sûr des choses importantes à dire comme par exemple sur les thèmes de la sécurité de l’approvisionnement, la gestion des réseaux, la qualité environnementale du courant consommé, les aspects juridiques, les risques, la fin de cycle d’exploitation, ainsi que les considérations morales. Faisons donc un petit passage en revue.

Fukushima Plant

Sécurité de l’approvisionnement

Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, Leibstadt et Beznau I ne fonctionnent pas à l’instant où j’écris ces lignes. Le manque en terme de volume se situe tout à fait dans le même ordre de grandeur que ce qui devrait être arrêté en 2017 (en arrondi 8500 Leibstadt + 2500 Beznau I ⇒ 11’000 GWh contre 2500 Beznau I + 3000 Beznau II + 3000 Mühleberg ⇒ 8’500 GWh). Et comme vous l’avez certainement remarqué, il n’y a plus d’éclairage la nuit et nous prenons tous des douches à 16°C!! Sans plaisanter, il ne peut y avoir le moindre problème car nous nous trouvons face à une surproduction au niveau européen provoquée par le coût artificiellement bas du charbon. En outre, rien que les projets solaires en attente pour l’obtention de la RPC permettraient de couvrir ce qui doit être arrêté.
En ce qui concerne le futur prévisible, de plus en plus de citoyens européens choisissant de se rendre partiellement ou totalement autonomes sur le plan énergétique, on peut affirmer avec certitude que la surproduction européenne n’ira qu’en se renforçant.

20150807_xl_P1010973_Erneuerbare_Energien_in_Oberstdorf_Photovoltaik-SolaranlagenExemple d’un village en cours de transition, source Molgreen

Gestion des réseaux

Vous l’avez forcément entendu une fois ou l’autre dans les débats sur la question énergétique “et comment garantirez-vous l’approvisionnement la nuit lorsque le soleil ne brille pas?“. Comme j’ai déjà beaucoup écrit sur la question, je vous propose de vous référer à ma publication « Comment démolir tout en faisant semblant de soutenir (ou presque) » où je traite assez profondément la question. Et pour vous donner juste un aperçu : sachez que le nucléaire souffre exactement du même problème mais symétrique. Une centrale atomique produit en continu et n’arrive pas à s’adapter à la demande. Dès lors, la nuit lorsque la vie économique ralentit fortement (les bureaux et les industries restent les plus grands consommateurs), la production devient totalement excessive et pose problème. C’est notamment pour cette raison qu’il existe des heures creuses la nuit et que l’on fait démarrer les chauffe-eaux électriques la nuit. En réalité, un réseau bâti sur une multitude de sources variées présente une bien meilleure résilience qu’un réseau dépendant pour 40% de centrales nucléaires vieillissantes pour rester modéré dans le propos.

Qualité écologique du courant fourni

Tant qu’à mentir, allons-y franchement!! Les promoteurs du nucléaire helvétique nous bassinent avec cette contre-vérité comme quoi le fait d’arrêter les centrales chez nous conduira à ce que nous importions du courant sale français (nucléaire) ou allemand (charbon). Or, ils le savent parfaitement, c’est déjà le cas maintenant, car nos barrages équipés en pompage-turbinage importent du courant bon marché la nuit pour le revendre plus cher en journée. Pour l’exprimer en chiffres, le courant électrique produit en Suisse se situe du bon côté du bilan carbone avec plus ou moins 10 gr de CO2 par kWh, mais par contre le kWh consommé s’élève lui à un très mauvais 100 gr/kWh.
La seule vraie réponse à cette interrogation légitime consiste à développer nos renouvelables indigènes, pas à s’obstiner dans une voie garantie sans issue.

Juridique

On entend souvent dire que, si une date de fermeture leur était imposée, les exploitants des centrales atomiques pourraient se retourner contre l’Etat et demander un dédommagement. Seule une profonde méconnaissance du contexte global peut conduire à croire une telle sottise.

En effet, avant que les propriétaires aient la moindre chance de gagner une procédure judiciaire, ils devraient démontrer avoir parfaitement rempli toutes leurs obligations et n’avoir aucune responsabilité dans la rupture de contrat. Or comme nous le savons au minimum le problème des déchets n’est pas solutionné de manière pérenne et sans même parler des risques manifestement sous-estimés.

Si par un extraordinaire tour de passe-passe juridique, ils arrivaient à réaliser une telle démonstration, il leur resterait à prouver l’existence d’un dommage. Les centrales atomiques suisses produisant actuellement à perte, démontrer un préjudice économique réel relève plus de la mission impossible que de quoi que ce soit d’autre.

Et même, si, contre toute attente, ils venaient à gagner, cela ne changerait paradoxalement rien du tout pour les citoyens qui sont aussi des payeurs dans le cas d’espèce. Comment ? Nous savons maintenant de manière certaine, que les coûts de démantèlement dépassent très largement les montants épargnés prévus pour cette opération oh combien essentielle. Exploiter lesdites centrales nucléaires encore quelques années n’est d’aucun secours pour les propriétaires puisque nous l’avons vu, ils produisent actuellement à perte et la situation ne risque pas vraiment de s’améliorer au vu des frais de maintenance grandissant sur des centrales largement entrées dans leur troisième âge.

Dès lors si un tel cas de figure, excessivement peu probable au demeurant, se présentait malgré tout, nous compenserions l’un contre l’autre et le résultat comptable net restera strictement le même.

Important : le point de dernière minute (voir à la fin du présent post) clôt cette question exactement dans le sens que je défends depuis le début de la campagne!

Risques

Les centrales nucléaires seraient sensées être les objets les plus sûrs que l’humanité n’aie jamais construit. Bon, un petit coup d’œil dans le rétroviseur et que voit-on ? Three Miles Island (USA) où même si au final aucune conséquence grave n’est survenue, on a frôlé une catastrophe majeure, Tchernobyl (Russie/Ukraine) où on n’ose plus compter les “bébés-monstres” qui naissent encore aujourd’hui, Fukushima (Japon) dont les conséquences ne sont pas encore complètement déterminées aujourd’hui mais graves avec certitude, ainsi qu’un nombre impressionnant d’accidents les plus variés dans les centrales elles-mêmes mais également dans toute la filière comme par ex. les usines de traitement de l’uranium ou autres (voir listes accidents nucléaires ici ). Et pour ceux qui seraient tentés de croire “qu’y en a point comme nous” et nos centrales à nous n’auront jamais d’accident, j’aimerais rappeler le cas Lucens qui lui aussi aurait pu tourner bien plus mal et nécessitera une surveillance continue de la radio-activité, entre autres de l’eau de la nappe phréatique, pour des milliers d’années.

Ceci étant rappelé, certaines conséquences ne relèvent pas du risque mais de la réalité glauque bien concrète pour les populations concernées. Les mines d’uranium notamment présentent ici un bilan sanitaire catastrophique. Lorsqu’on étudie par ex. le cas de la mine d’Arlit au Niger, on ressent une immense nausée. Les taux de cancer, notamment de la plèvre pulmonaire vu les contaminations par aérosols, explosent jusqu’à plus de 200 km de la mine et condamnent des milliers d’innocents à des morts lentes atroces. En achetant de l’uranium sur les marchés internationaux, nous devenons complices de ce crime à échelle industrielle, car, même si notre uranium provient d’une autre source (pas très propre non plus d’ailleurs), nous soutenons la demande mondiale qui pousse des groupes industriels sans scrupule à continuer cette exploitation.

Rappelez-vous l’histoire du secret bancaire, nous avons fait mine d’ignorer une réalité trop longtemps et cela a fini par nous exploser à la figure. Vous pouvez en être certain, un jour les descendants des populations victimes de nos agissements finiront par venir nous demander des comptes et l’addition promet d’être salée. Il est de notre intérêt primordial de mettre un stop à notre responsabilité dans ce domaine le plus vite possible.

Fin d’exploitation

Aujourd’hui plus personne ne devrait encore faire semblant d’ignorer que les coûts aussi bien de démantèlement que de gestion des déchets ont été totalement sous-estimés.

La meilleure preuve se trouve du côté de la France, notre grande voisine si fortement pro-nucléaire jusqu’à l’aveuglement. Et voilà que même elle par sa Cour des Comptes vient de reconnaître la sous-dotation des fonds destinés au démantèlement et traitement des déchets.

Rajoutez à cela que chaque année de fonctionnement supplémentaire creuse encore plus le trou financier, rien que cette raison pousse à conclure à la nécessité de stopper le plus vite possible l’hémorragie avant que cela ne devienne tout simplement trop grave.

Et l’éthique dans tout cela

On lit souvent cette magnifique pensée : ” nous n’héritons pas la terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants”. Au vu de l’évolution de l’impact de l’être humain sur son milieu, on devrait peut-être encore compléter l’énoncé avec “et nous la volons à nos petits-enfants“.

Toute la question tourne autour de cet aspect, de quel droit nous permettons-nous de condamner les générations futures pour des milliers d’années à devoir gérer les conséquences de nos actes et ce alors que les alternatives existent ?

Il me semble entendre les voix qui disent “à chaque génération ses problèmes, nos enfants feront ce qu’ils voudront” . Et bien justement pas! Car nous leur imposons un problème lourd aux conséquences potentiellement mortelles, et ce alors même que nous n’avons aucune certitude que le savoir-faire nécessaire sera encore disponible. On l’oublie trop souvent, mais l’histoire de l’humanité est faite d’avancées spectaculaires et de reculs tout autant impressionnants. Les romains connaissaient les bains thermaux, le chauffage au sol, et un système politique assez proche du nôtre. 500 années plus tard, on se retrouve dans le moyen-âge profond avec un recul de civilisation absolument effrayant. Si nous pouvions remonter dans le temps et aller raconter l’histoire à venir aux membres du sénat romain au temps de Jésus-Christ, ils nous riraient au nez voire nous condamneraient pour hérésie. Et pourtant ….

Que feront nos descendants s’ils ne disposent plus de la technologie nécessaire alors que la masse de déchets que nous leur léguerons les condamnera à vivre l’enfer sur terre?

Non, définitivement non, notre attitude n’est moralement pas acceptable! Et l’opportunité unique qui nous est donnée aujourd’hui de changer cela, doit être prise résolument.

L’alternative existe-t-elle?

La liste des possibilités pour réaliser une transition énergétique bénéficiaire à la fois pour notre environnement ainsi que notre économie s’allonge jour après jour. Sans même descendre au niveau des détails, rappelons que nous pouvons gagner en efficience, produire grâce aux énergies solaires, éoliennes, géothermiques, mutualiser nos ressources avec nos voisins européens, …

Nous devons donc prévoir de remplacer à terme 35% de notre production d’énergie électrique. Selon ma publication citée dans la rubrique risque plus haut, nous pouvons facilement trouver 20% avec le photovoltaïque et plus encore à futur. L’éolien peut également nous apporter une contribution du même ordre (20%). Réhausser les barrages contribuerait à hauteur de 10-15%. Une politique volontariste dans l’efficience devrait contribuer à hauteur de 10%. (note : vous trouvez des auteurs bien plus optimistes, mais à mon sens ils ne prennent pas en compte correctement l’effet rebond). En bref, nous disposons d’un volant directement disponible de plus de 50% qui couvre sans la moindre difficulté ces 35%. Et encore, nous ne parlons même pas de l’excédent de production électrique européen qui pourrait lui aussi être mis à contribution.

Tout simplement dit, ma conviction profonde peut se résumer en celui qui ose encore mettre en doute la possibilité de réaliser une transition énergétique prouve en réalité sa mauvaise foi.

Dernière minute – Dernière minute

Selon publication du Sonntagszeitung de ce matin même (repris partiellement par la RTS ici ), un document confidentiel de la commisison de l’énergie du Conseil National montre qu’Alpiq cherche à se débarasser de ses centrales nucléaires à n’importe quelle condition.  On cite en particuliers le Président du Conseil d’Administration M. Jens Halder en ces mots (traduction libre de l’allemand) “J’ai en premier lieu offert nos centrales à EDF gratuitement. Cette offre a été refusée. EDF a elle-même plein de problèmes financiers avec ses propres centrales“. Il a également affirmé qu’Alpiq perdrait de l’argent pour les 10 prochaines années et n’avoir aucune visibilité sur ce qui viendra après.

Copie d’écran du Sonntagszeitung (cliquez sur la miniature et un nouvel onglet s’ouvre avec le texte lisible)

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Ce fait nouveau devrait logiquement conduire à une acceptation massive de la sortie de l’énergie nucléaire, car il prouve à la fois la véracité des affirmations des initiants tout autant que les mensonges des opposants.

Conclusions

En général, pour toute question politique, il convient de réaliser une pesée des intérêts et on constate fréquemment que chaque variante offre des avantages mais aussi des inconvénients, des chances et des risques, des espoirs contre des craintes. Aujourd’hui la sortie structurée du nucléaire proposée à la population appartient aux rares exceptions qui confirment la règle. Continuer dans la voie sans issue de l’énergie atomique n’apporte que des inconvénients, sans espoir à l’horizon, et avec un risque infini à la clef.

Il faut espérer avec force que les mensonges des opposants, soutenus par une puissance de feu économique importante, n’induira pas la population en erreur une nouvelle fois.

Laurent-David JOSPIN

Remerciements : Giovanni, Amanda, Laurent, et Maika pour les précieuses relectures et autres coups de main

Brexit ? Et si on reparlait de Fonds souverain …

Suite au vote surprise du Royaume-Uni, de nombreux experts, tous plus qualifiés les uns que les autres, ont péremptoirement décrit quelles conséquences se précipiteront sur nous comme le ciel sur la tête des Gaulois. Minuscule problème, parfaitement insignifiant au demeurant, les scénarios des uns et des autres ne présentent aucune cohérence!! La règle disant que si vous prenez 2 économistes vous aurez 3 avis dans un cas théorique simple et beaucoup plus dans le monde réel, s’applique sans aucune réserve manifestement.

La réalité demeure, personne n’est réellement en mesure de prévoir ce qu’il adviendra en pratique, car des options clairement ouvertes aujourd’hui peuvent faire varier du tout au tout ces fameuses conséquences.

Par contre, un fait me semble incontestable : nous sommes rentrés dans une période d’instabilité pendant laquelle les cartes seront redistribuées et la “partie” pourrait bien présenter un visage fort différent d’ici quelques courtes années.

Notre pays pourrait se retrouver du côté des gagnants ou des perdants, nul ne le sait vraiment. Une ancienne Conseillère Fédérale nous affirme avec force son optimisme, tandis que les milieux économiques s’affolent en grande majorité.

Bon, et bien, soyons optimiste et imaginons que nous allons y gagner, juste pour voir …

Dans ce cas, notre franc jouera encore plus fort son rôle valeur refuge et la BNS aura de plus en plus de mal à le maintenir dans un tunnel supportable pour notre économie d’exportation. Le grand paradoxe serait que nous soyons gagnant dans le court terme et que cela induise un grave affaiblissement de notre tissu économique orienté exportation, et donc au final un affaiblissement de notre économie. Pour ceux qui l’auraient oublié 1.– sur 2.– de notre PIB est gagné à l’étranger!


Trop fort Mr. Franc Suisse, vraiment beaucoup trop fort!

Si nous sommes perdants, il n’est par contre pas certain que le mécanisme inverse vienne à notre secours, car cela dépend de quelle manière nous nous retrouvons du mauvais côté de la barre. On peut imaginer, parmi d’autres, un schéma dans lequel Londres, pour sauver sa place financière, se résout à accepter une forte dérégulation et qu’ainsi une part substantielle de cette industrie trouve subitement notre petite Helvétie un peu trop contraignante à son goût et nous adresse un certainement amical mais très pénible “so long baby …”. Cette façon de s’appauvrir ne conduirait pas à un rebond mécanique, mais correspondrait à une grave perte de substance durable.

Nos diplomates et autres négociateurs ont toujours prouvé par le passé savoir habilement tirer la couverture dans notre direction. Cela ne sera certainement pas aussi facile que notre ancienne Conseillère Fédérale le laisse entendre, mais nous serons malgré tout sans doute du côté des vainqueurs (j’ai failli écrire profiteurs … hum il faut que je me surveille un peu plus….).

Paradoxalement, un pan de notre économie a du mouron à se faire et précisément le pan qui gagne son argent à l’étranger tout en dépendant de coûts majoritairement helvétiques, soit donc la partie qui nous assure des emplois ici en Suisse tout en allant chercher ses marchés à l’export. On peut citer en vrac l’industrie des machines, l’horlogerie, la chimie, les pharmas, la gestion de fortune, le trading, …. Tout cela réunit pèse lourd, très lourd même.

L’Europe proche n’est pas près de remonter ses taux. On peut plutôt s’attendre à des actions inverses avec un renforcement des mesures dites non conventionnelles. On entendait récemment parler de nouveau d’ “helicopter money” pour que l’argent distribué, créé ab nihilo en réalité, entre effectivement dans l’économie réelle et ne reste pas coincé dans la finance casino.

Cela ne va certainement pas affaiblir notre franc suisse! Vous avez aimé l’Euro à 1.– CHF, vous allez adorer l’Euro à cinquante centimes!!! Certes vous me direz que cela permettra de faire nos courses encore moins cher de l’autre côté de la frontière. Peut-être, mais si l’entreprise qui paye votre salaire fait faillite, vous ne ferez plus de courses du tout!

En juin 2015, je vous parlais du Fonds Souverain à mettre en place dans notre pays (article à trouver ici). Si vous relisez la réflexion en question avec à l’esprit le nouveau contexte créé par le Brexit, vous comprendrez alors forcément que si on peut imaginer tous les risques du monde à créer un Fonds Souverain National, les risques encourus en ne le créant pas sont en réalité d’un ordre de grandeur plus élevé.

Très concrètement, il faut que le citoyen puisse prendre en compte les vrais risques qu’il encourt dans la configuration actuelle afin de se forger une opinion légitime sur cette question.

Les risques les plus graves se trouvent en premier lieu du côté d’une désindustrialisation version économie 4.0 soit pour oser un néologisme une déséconomication ou exprimé autrement un affaiblissement structurel profond et à long terme du tissu économique créateur de richesse et donc de la prospérité de notre pays, et en second lieu d’une explosion en vol de notre système de prévoyance sociale avec des conséquences difficilement imaginables.

On peut rapidement perdre un avantage concurrentiel, le regagner ira toujours moins vite. Si la situation dégénère sérieusement chez nos voisins proches avec par exemple à choix un ou deux autres pays quittant la CE, des troubles sociaux à peine plus grave que l’usuel en France (tout à fait par hasard), une pression populaire trop forte conduisant au reniement de toute saine gestion budgétaire, etc etc nous pourrions effectivement voir une chute extrêmement rapide de l’EUR et l’envol du CHF jouant encore plus le rôle de monnaie refuge.

Je ne me permets pas d’affirmer que ce scénario est imminent ou même simplement probable. Toutefois, sa simple possibilité suffit pour tirer une conclusion : le risque existe et ne pas le prendre en compte pour des questions de politique politicienne relève de l’aveuglement irresponsable.

En ce qui concerne la problématique de notre filet social, il suffit de savoir que l’entier du modèle a été construit sur des prévisions de croissance et donc des taux moyens de rentabilité des capitaux proche de 3.5%. Or, nous entrons manifestement dans une longue période taux bas. Tous les signes nous montrent que nous réalisons un authentique copié-collé des conditions cadres ayant conduit à la fameuse décennie perdue japonaise, qui rappelons-le encore une fois, roule gentiment vers ses 30 ans!

En fait ici, il ne s’agit déjà plus d’un risque mais d’un authentique crash se déroulant devant nos yeux. Comme tout cela arrive à petite vitesse, presque au ralenti, nous nous laissons bercer un peu comme la grenouille que l’on cuit en la chauffant progressivement. Si nous voulons maintenir notre système de prévoyance tel qu’il a été imaginé, nous devons impérativement avoir des taux plus élevés. Si ceux-ci devaient couler notre économie, une solution alternative devrait être mise en place. Et vite d’ailleurs, car chaque année supplémentaire de cotisations encaissées mais insuffisamment rentabilisables nous rapproche soit d’une sous-couverture généralisée soit d’une contrainte de révision à la baisse des prestations en opposition flagrante aux souhaits de la population. Les débats récents sur l’initiative AVS+ ou le projet du Conseil Fédéral Prévoyance Vieillesse 2020 montrent au moins une chose clairement, si par malheur notre filet social venait à être déstabilisé, il sera quasiment impossible de constituer une majorité consensuelle pour réaliser les ajustements nécessaires. En réalité, l’équilibre atteint au fil des années présente une telle complexité, qu’il vaut mieux ne jamais devoir réaliser des corrections en profondeur.

Et puis j’aimerais attirer l’attention de tous sur un risque fondamental qui se commence sérieusement à se profiler l’horizon : la soudaine panique des décideurs qui, bien forcés de constater que nous avançons à marche forcée vers une impasse, se lancent à hue et à dia dans des mesures hystériques à connotation keynésienne et/ou populiste, ne conduisant qu’à des investissements ni durables ni productifs ainsi qu’en miroir un alourdissement de la charge fiscale doublé d’une aggravation de l’endettement public. Il ne faut surtout pas sous-estimer ce risque. L’histoire nous montre dans de multiples domaines que suite aux manifestations d’un problème trop longtemps négligé, la sur-réaction en découlant pour des raisons électoralistes avait eu des conséquences sur le long terme bien pires que celles du problème qu’elle prétendait solutionner. Pensez simplement par exemple à l’invasion de l’Irak!

Ceux qui s’opposent au Fonds Souverain sur la base de positions dogmatiques mal fondées, ou la défense de leur pré carré, seraient bien avisés de réfléchir au risque qu’ils prennent de se trouver subitement face à un bricolage hystérique nous faisant courir des risques plus grands encore. Pour ceux qui auraient encore le moindre doute, je vous propose d’écouter le débat entre François Savary et Samuel Bendahan du mercredi 10 août sur Forum relatif à la question des taux négatifs pour les petits épargnants (disponible ici). Monsieur Savary qui ne peut certainement pas être taxé de gauchiste primaire ne s’oppose pas, voir même affiche un timide soutien, aux propositions de “relance dite fiscale” de S. Bendahan. Je reste persuadé que si le même débat avait eu lieu ne serait-ce qu’une année auparavant, la réaction de F. Savary aurait été tout autre.

Pour faire écho à mon appel de 2015, la mise en place d’un Fonds Souverain présente un risque contrôlable par le cahier des charges qui serait donné en héritage à cette institution à créer. Ne pas créer un Fonds Souverain représente lui un risque quasiment non gérable, car dépendant essentiellement de la situation économique voir politique de nos voisins les plus proches.

Au vu notamment de ce fameux Brexit, mais également du contexte général prévalant en Europe, j’appelle pour le bien de notre économie, mais également de notre système de prévoyance sociale à rapidement prévoir la mise en place d’un Fonds Souverain selon les modalités, ou des modalités proches, décrites dans mon post introduisant le sujet.

Laurent-David Jospin

Sources :
Celles du post “Mauvaise gestion du Franc fort, double peine pour la population” du 28 juin 2015,
Et celles citées dans le texte directement

Remerciements à Giovanni, Laurent-Valentin, Maïka, Amanda & Co pour les précieux conseils, relectures, et autres coup de main.

Conférence de presse du comité neuchâtelois NON au Gothard

La campagne bat son plein et aujourd’hui nous avons tenu une conférence de presse au nom du comité neuchâtelois Non au 2ème tunnel au Gothard. Comme intervenant vous trouviez, par ordre d’apparition Monsieur le Conseiller aux Etats Didier Berberat, votre blogueur préféré (enfin, je l’espère), et Monsieur le Député au Grand Conseil Pierre Hainard.

Vous trouvez ci-dessous le texte de mon intervention  incluant les images projetés lors de ma présentation.

N’oubliez pas d’aller voter !!!

Laurent-David Jospin

Mesdames et Messieurs,

Lorsqu’un ménage ou une entreprise réfléchit à un investissement respectivement une dépense, l’élément déterminant reste de savoir s’il n’y a pas une autre dépense plus importante ou plus urgente à traiter avant.

Dans le cas du deuxième tunnel au Gothard cette réflexion élémentaire n’a clairement pas été faite. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder la liste des points noirs du réseau routier en terme d’accidentalité telle que publié par l’Office Fédéral des Routes (OFROU). Le Gothard n’y apparaît qu’en 33ème positions sur la période 2012-2014, ou n’y apparaît en général pas. Concrètement, cela signifie que des dizaines d’endroits du réseau sont plus dangereux et devraient être améliorés de manière plus urgente.

Si vous vous intéressez plus strictement à la question de la mobilité, vous découvrirez que le Gothard voit passer en moyenne de l’ordre de 17’000 véhicules par jour plaçant clairement ce tronçon parmi les routes secondaires. L’axe Neuchâtel – La Chaux-de-Fonds lui-même en voit passer bien davantage avec 22’000 véhicules selon comptage OFROU de 2012.

Or voilà l’argent qui aura été dépensé au Gothard ne pourra pas l’être ailleurs. Aujourd’hui plusieurs signaux virent clairement au rouge au niveau de nos finances. Des exercices sont annoncés déficitaires. Les discussions sur le fonds FORTA sensé couvrir ces dépenses viennent à peine de commencer et déjà le total des projets proposés représente environ 3 fois l’argent qu’il a été prévu d’y injecter.

Gaspiller 3 milliards au Gothard implique obligatoirement que de l’argent manquera ailleurs. C’est entre autre notre région qui en fera les frais avec le nouveau projet de RUN ainsi que le contournement des villes du Locle et de La Chaux-de-Fonds qui passeront tous à la trappe. Il est complètement illusoire de croire que le fait de voter oui assurerait un retour d’ascenseur. Premièrement comme déjà dit car l’argent manquera, mais également de par le fait que la création de ce 2ème tunnel conduirait à une aggravation des conditions de trafic sur l’ensemble du plateau par l’effet d’appel d’air et partant mobiliserait encore davantage les ressources pour traiter les difficultés nouvellement créées.

L’argent dépensé au Gothard, même s’il eut pu être plus utile ailleurs, est-il au moins investi utilement ? Il nous est permis d’en douter sérieusement.

 

En effet, même si la douteuse promesse de n’ouvrir qu’une seule piste par tube venait à être tenue malgré tout, le simple fait d’avoir 2 tubes séparés permet d’injecter plus de camion au vu des règles du « compte-goutte » filtrant les dits camions.

Or ces camions viendront de l’Europe cela ne fait pas l’ombre d’un doute. L’axe du Brenner est d’une part saturé mais représente également une rallonge en terme de parcours pour l’ensemble des camions provenant d’Allemagne, Hollande ou encore du Danemark. Les autoroutes du plateau suisse sont à la limite de la congestion, rajouter ne serait-ce que 30 % de camion en plus garantit le bouchon quasi permanent sur nos axes les plus essentiels pour notre économie.

Nos concitoyens à qui l’on fait croire de manière sournoise qu’ils éviteront les bouchons lors de leurs départs en vacance sont doublement trompés, car non seulement ils ne gagneront rien à ce niveau mais seront perdants dans leurs déplacements ordinaires au jour le jour.

Et si la fameuse promesse n’est pas tenue, alors c’est bien pire encore. Oubliez les 30 % de camion supplémentaires, pensez simplement à un doublement avec des conséquences dramatiques pour notre mobilité. Doubler la capacité du Gothard conduirait à devoir rajouter une 3ème voie sur la grande majorité de l’axe autoroutier Bâle-Chiasso, ce qui est tout simplement irréalisable.

L’autogoal serait ici de toute première force. En plus des simples citoyens, les milieux économiques seraient particulièrement impactés.

 

La cerise sur le gâteau se situe au niveau des conséquences pour la santé humaine. La question ne prête plus à débat, les particules fines provoquent une série de maladies dont certaines mortelles en commençant par l’asthme chronique et en finissant par le cancer de la plèvre pulmonaire.

On ne peut admettre aujourd’hui que cet aspect ne soit pas pris en compte dans la réflexion globale qui doit être menée sur cet axe de transit important. Il est bon de rappeler que si l’ensemble de la Suisse subissait les conditions de pollution prévalant au Tessin, les primes d’assurance maladie grimperaient de 10 à 15% , soit un coût à la charge de la collectivité s’approchant des 5 milliards par année !!

Tout ceci sans dire que nous parlons ici froidement d’argent, alors qu’il se cache derrière une immense souffrance humaine.

En résumé, l’option proposée par le Conseil Fédéral consiste à dépenser un montant considérable sur un endroit non prioritaire, induisant de facto l’effet contraire recherché en terme de sécurité ou même de mobilité, et générateur de coûts indirects colossaux sur notre système de santé publique déjà fortement sous pression. Nous recommandons à l’ensemble des citoyens suisses et de ce canton de mettre un non résolu dans l’urne pour ce 28 février.

NON AU TUNNEL TUEUR !!

Le débat pour ou contre le 2ème tube au Gothard s’enflamme et les partisans du oui, manifestement acculés dans leurs derniers retranchements, nous assènent un argument ultime et très émotionnel : la sécurité, les accidents, un incendie dans un tunnel, bref une masse de cadavres à éviter.

Et bien permettez-moi de vous annoncer que même ici il s’agit d’un énorme mensonge, car ce fameux 2ème tube présente toutes les caractéristiques d’un tueur en série.

Détaillons tout cela et comparons les gains et les pertes.

Bien évidemment, la séparation des pistes dans deux tubes distincts amène un gain localisé. Mais concrètement de quoi parle-t-on ici. Les statistiques de l’Office Fédéral des Routes nous montrent une économie potentielle de 25 morts (voir note) lors d’accidents routiers depuis la mise en exploitation en 1980 (soit donc 0.7 mort par année en moyenne). Il ne semble pas inutile de rappeler que le maximum de mort a été provoqué par le fameux incendie de 2001. Or ce scénario ne devrait plus se reproduire puisque suite à cette catastrophe le tunnel a profité de nombreuses améliorations dont un système de ventilation incomparablement plus performant ainsi qu’un “compte goutte” espaçant les poids lourds. Plus récemment encore, il a  été équipé de portails détectant toute chaleur excessive de poids lourds et bloquant tout cas dangereux avant son entrée dans le tunnel. Dès lors considérer un gain de sécurité de 0.7 morts par an relève déjà presque d’un abus de langage, puisque les mesures de sécurité prises depuis cet accident de 2001 contribuent déjà à faire baisser ce chiffre.

Soit, me direz-vous mais tout gain aussi faible soit-il reste bon à prendre quand on parle de vies humaines. Et bien pas forcément, car de l’autre côté, il y a aussi des pertes. Si les pertes dépassent les gains, la conclusion s’impose d’elle-même!

En premier lieu, on peut mentionner les morts qui découleront du chantier lui-même. Les partisans du 2ème tube nous diront qu’il s’agit d’un sacrifice nécessaire, qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, que cela n’est pas sûr et qu’au final nous y gagnerons. La suite de cette réflexion montrera le contraire, et on rappellera que la construction du tunnel de base a coûté 9 vies humaines auxquels s’ajoutent 3500 blessés soit une létalité supérieure à 12 ans d’exploitation du tunnel actuel.

Le rapport “Points noirs sur les routes nationales entre 2012 et 2014″ de l’Office Fédéral des Routes (OFROU) le montre, on ne peut plus clairement, le tunnel du Saint-Gothard n’apparaît qu’en 33ème position des points accidentogènes de notre pays; position dont il faut encore préciser qu’elle était particulièrement mauvaise sur cette période. Ceci signifie concrètement qu’il y a au minimum 32 autres tronçons routiers générant plus d’accidents et en général encore davantage. La sagesse populaire le résume simplement, on ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre! Si 3 milliards sont investis, non dépensés, toujours non gaspillé en fait, au Gothard, ils manqueront forcément ailleurs, et donc en toute logique ils manqueront à un endroit tuant plus de gens! Les affirmations de certains politiciens pro-tube à la limite de la malhonnêteté comme quoi il y a assez d’argent pour tout relèvent d’un aveuglement grave. Rappelez-vous la population a refusé sèchement une hausse de la vignette autoroutière pourtant pas si méchante que cela (60.– par année). L’initiative populaire “vache à lait” pourrait encore bouleverser nos si fragiles équilibres dans les transports et conduire à une catastrophe induisant un blocage total du système. En clair et en français les 3 milliards gaspillés au Saint-Gothard conduiraient rien que sur cet aspect à une hausse globale des accidents et partant donc des victimes, si l’on se donne seulement la peine de regarder l’entier du réseau et comment l’argent gaspillé eut pu être mieux utilisé.

L’économie en terme de vie humaine possible grâce à la réaffectation de ces 3 milliards dépendra bien évidemment de quels points noirs bénéficieraient de cette manne comme de la solution retenue. En 2014, 243 personnes ont perdu la vie sur les routes suisses. Ce chiffre peut paraître faible, mais il faut garder à l’esprit que simultanément plus de 21’000 personnes ont été blessées dont 4’000 grièvement. Utilisés de manière judicieuse, les 3 milliards discutés devraient aisément permettre d’éviter une dizaine de morts par année et une centaine de blessés.

On le voit très clairement sur l’image suivante (source : Sonntagszeitung), il y a si peu d’accidents au Gothard en proportion du total (accidents 2011-2014) que l’on doit chercher son emplacement précis !

La réflexion qui précède part de l’idée que “toutes choses resteraient égales par ailleurs”. Or ceci est clairement faux! L’ouverture de ce 2ème tube conduirait inévitablement à un accroissement du trafic et même un très fort accroissement du trafic poids lourds. Plus de véhicules sur les routes et tout spécialement de camions signifie plus d’accidents partout! Le rapport BPA (Bureau de Prévention des Accidents) sur l’opportunité de construire un 2ème tube au Gothard le dit clairement : un faible accroissement du trafic, 3% dans le cas d’espèce, suffit à faire perdre l’avantage sécuritaire gagné par un tube supplémentaire et 6% conduisent déjà à une aggravation claire. Comme les experts les plus prudents s’attendent à une augmentation de l’ordre de 30% des poids lourds transitant à travers notre pays sur l’axe Bâle-Chiasso, nous pouvons garantir que ces 6% seront dépassés et donc le bilan en terme de conséquence humaine présentera des chiffres négatifs ici aussi sans même considérer un meilleur usage possible des fonds.

La cerise pour couronner le gâteau est presque parée de la cape d’invisibilité d’Harry Potter. De la poussière si petite, si insignifiante, qu’elle fût baptisée particules fines. Juste dommage qu’elle vous inflige cancer, maladie cardiovasculaire, et autre joyeusetés sans vous prévenir. L’OFEV le dit dans son rapport “Environnement Suisse 2015 chapitre 10 Air”, la pollution atmosphérique conduit à 3’000 décès prématurés par an et à une charge sur les frais de la santé publique de plus de 4 milliards également par an (à titre de comparaison les primes d’assurance maladie payées par l’ensemble des citoyens se situe un peu en dessus de 30 milliards par année). Certes le trafic n’est pas seul en cause, mais il y contribue de manière décisive notamment pour les particules ultrafines considérées depuis peu comme les plus nocives car pénétrant plus profondément dans l’organisme.

Ne tergiversons pas : mettre en place une structure amenant plus de trafic induira plus de pollution, qui elle-même apportera son lot de morts et de maladies graves. Il ne semble pas inutile de rappeler ici que le Tessin, soit disant bénéficiaire principal de ce deuxième tube, est déjà particulièrement touché par ce problème de pollution aux particules fines. Si l’ensemble de la Suisse subissait les mêmes conditions, nos primes maladies grimperaient de 10 à 15%, et plus grave encore le nombre de morts prématurés doublerait pour atteindre un chiffre avoisinant les 6’000 décès par année. Vouloir imposer une aggravation à la population tessinoise relève plus de la volonté criminelle que de l’erreur politique.

Résumons-nous, ce deuxième tube ne sauvera en réalité personne puisque son faible gain sera plus que perdu par les conséquences de l’accroissement du trafic, nous perdrons quelques vies humaines durant la construction, la meilleure utilisation possible des fonds aurait permis de sauver facilement 10 fois plus de vies humaines ailleurs, et enfin la pollution induite tuera encore de nombreuses personnes tout en fragilisant la santé de beaucoup plus encore.

Bref, j’accuse sans la moindre hésitation les partisans du 2ème tube, qui jouent actuellement la carte émotionnelle à fond en nous présentant à toutes les occasions les images de l’incendie conséquence de l’accident de 2001, soit d’incompétence totale ou alors de mauvaise foi criminelle.
Oui ce 2ème tube représente une menace réelle pour le bilan global de notre sécurité routière. De manière, certes partiellement indirecte mais bien réelle, il tuerait bien plus de vies qu’il n’en sauverait. Je suis prêt à accepter l’argumentaire de la sécurité maximale, mais alors un peu de cohérence s’il vous plaît, et constatez que ce projet brisera des vies, des familles et je m’interroge s’il n’y a pas une confusion sur ce que nous creuserions ici, un tunnel ou une fosse commune ?

Laurent-David Jospin

Note : le chiffre précédemment évoqué ici de 36 morts incluait des morts non routiers (par exemple lors de la construction), qui ne doivent pas être pris en compte pour le calcul de l’économie possible au niveau pure de la circulation.

Sources :
Office Fédéral de l’environnement OFEV, rapport environnement suisse 2015
Bureau de Prévention des  accidents, Tunnel routier du Saint-Gothard, répercussion d’un tunnel bi-tube en terme de sécurité routière
ainsi que les sources de la publication Un 2ème tube synonyme de triple gaspillage

Un 2ème tube synonyme de triple gaspillage

Le 2ème tube imaginé par un parlement visiblement manipulé par un lobby qu’il est inutile de nommer conduirait à un gaspillage de ressources financières plus utiles ailleurs sur le réseau autoroutier, un gaspillage de l’argent investi dans les NLFA, et enfin un gaspillage énergétique conséquent.

Dans ce post, j’aimerais vous montrer que ce troisième gaspillage, même si moins spectaculaire que les deux autres, reste très lourd. On parle ici des camions qui se précipiteraient pour profiter de ce 2ème tube au lieu de passer par la solution ferroutage (transfert des camions par le train) chèrement payée par le peuple suisse, en passant 24 milliards quand même, mais ne soyons pas chiche que diable.

Un camion qui doit faire toute l’ascension pour arriver à l’entrée du tunnel autoroutier consomme une quantité appréciable d’énergie supplémentaire que nous allons un peu détailler ici.

Donc, si nous faisons l’effort de nous rappeler nos cours de physique élémentaire, nous pouvons poser que l’énergie perdue par la montée inutile d’un camion correspond en premier lieu à la différence d’énergie potentielle soit

E=MgH

ou M = le poids du camion considéré, g = 9.81, et H = la différence d’altitude entre le tunnel de base ferroviaire et celle du tunnel routier soit 1150 m – 550 m = 600 m.

Pour le poids du camion entre les courses chargées et celles à vide, nous retiendrons un poids moyens de 30 tonnes soit 30’000 kg.

Bref E = 30’000 * 9.81 * 600 = 176’580’000 Joules.

Oui mais le moteur thermique ayant permis cette ascension présente une efficacité toute sauf idéale. Entre la déperdition en chaleur, les frottements et autres, on considère en général qu’un tel moteur présente un rendement de 30 %.

Ceci signifie que pour obtenir l’élévation d’un seul camion depuis l’altitude du tunnel ferroviaire jusqu’à celle du tunnel routier, il nous faut produire bien 588’600’000 Joules (dont les 30 % nous donneront l’énergie physique calculée avant).

Pour information 588’600’000 Joules correspondent à 163.5 kWh ou grosso modo 16 litres de diesel pour camion.

A noter : nous “oublions” l’énergie nécessaire pour le déplacement horizontal durant cette phase (Oubli 1 = O1) ainsi que l’énergie nécessaire pour les ralentissements suivis d’une ré-accélération (O2) qui peut être très importante selon la fréquence de ces perturbations, jusqu’à multiplier la consommation par un facteur supérieur à 3! (source : selon Mercedes 2 arrêts-re-démarrages par km parcouru suffisent déjà à multiplier par 3 la consommation). A ce sujet des perturbations de trafic, je vous encourage à relire mon post sur les effets catastrophiques d’un 2ème tube pour la fluidité du trafic ici http://www.famillejospin.ch/ouvrirlesyeux/?p=875.

Ensuite notre camion va traverser le tunnel de 17 km avec une consommation de 30 litres au 100 km (pour un camion déjà raisonnablement moderne) soit en arrondissant vers le bas 5 litres de diesel ou 50 kWh (ou 180’000’000 Joules pour les puristes).

A la fin le camion va encore redescendre de la montagne, et dans un but de simplification, nous considérerons que cette dernière consommation + O1 + O2 sont au minimum supérieurs à l’énergie nécessaire à déplacer le train portant le camion calculée au prorata de chaque camion (les trains sont très efficients sur le plan énergétique). A priori cette simplification se réalise au détriment du train qui augmenterait encore un peu son avantage ici.

Sans même dire que nous n’avons pas considéré l’entier du trajet Bâle – Chiasso pour lequel un camion (toujours raisonnablement moderne) consommera environ 120 litres de diesel alors qu’une fraction de cette énergie aurait été utilisée dans une version ferroutage. Ce point fera l’objet d’un autre post, mais vous pouvez déjà être sûr que si nous envoyons le mauvais signal d’un 2ème tube, nous pouvons quasiment passer en perte et profit l’investissement des NLFA y compris le fameux corridor de 4 mètres.

Bref un SEUL camion choisissant de ne pas prendre la solution ferroutage mais de grimper la montagne (et encore, on ne parle pas du col ici!) gaspille au minimum 21 litres de diesel ou 213.5 kWh (le chiffre réel sera bien plus élevé selon les explications et remarques qui précèdent).

Prenez maintenant en compte le trafic annuel de globalement 1’000’000 de camions (chiffre qui grossirait encore pour sûr avec l’ouverture d’un 2ème tube), et vous arrivez à ce total exorbitant de 21’000’000 litres de diesel gaspillé – qui reste toujours sous-estimé -  pour rien en fait puisque dans l’une et l’autre solution les camions se retrouvent au même endroit à la fin.

Si on utilisait la même quantité de diesel dans des couples chaleur-force avec une efficience d’environ 75 %, on obtiendrait une disponibilité nette énergétique de 160 GWh au niveau usager, soit exprimé en terme électrique la consommation privée d’une ville de 160’000 habitants. (considérant 4’000 kWh de consommation annuelle par ménage de 4 personnes, mais en réalité c’est à peine plus compliqué puisque dans la réflexion faite nous aurions simultanément de la chaleur pour x habitants et de l’électricité pour y, mais indépendamment du point de vue la réalité reste bien celle d’un gaspillage d’énergie colossal pour rien de plus ni de mieux).

Petite cerise sur le gâteau, les experts auront remarqué que je n’ai même pas évoqué la question de l’énergie grise qui serait investie dans la construction d’un tel tunnel. Or rien que le béton investi dans un tel projet à raison de 1850 kWh / m³ devrait largement dépasser les 250 GWh. Ne disposant pas de l’ensemble des données techniques (excavation, transport des déblais, équipements techniques, revêtement routier, éclairage, ventilation, entretien, …) je ne peux que faire une estimation grossière, mais je ne serais pas surpris qu’au final l’ensemble de l’énergie grise investie dans un tel projet soit dix fois supérieure à ce premier chiffre de 250 GWh soit pour le rendre palpable de l’ordre de grandeur de la production de la centrale nucléaire de Mühleberg pendant une année entière soit ± 2500 GWh ou encore la consommation annuelle électrique de 2’500’000 personnes.

Un gaspillage insensé qu’on vous dit !

Pour le prochain post sur le sujet, je vous parlerai du gros mensonge sécuritaire lié à ce 2ème tube.

Laurent-David JOSPIN

 

Source(s) :
Merci à Pierre Hainard pour l’idée de base (sans jeu de mot) et à Giovanni Tarantino ainsi que ma famille pour les précieuses relectures et critiques positives
Site web officiel du tunnel de base : https://www.alptransit.ch/fr/home/
Site web de la Confédération Suisse sur le Gothard : http://www.gotthard-strassentunnel.ch/Tunnelanlagen.22.0.html
The world’s most fuel-efficient production-series tractor-trailer: New Mercedes-Benz Actros: CO2 world champion, site web http://media.daimler.com : lien complet ici