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Comment imaginer un système de santé durable ?

Dixième article de la série estivale “politique de santé”

N’espérez pas un coup de baguette magique, car aucune mesure ne pourra seule rétablir une solidité durable d’un système qui emporte avec lui des tares originelles aussi fortement ancrées dans son ADN. La lucidité l’impose : il faut un ensemble de mesures cohérentes adressant l’ensemble des faiblesses reconnues pour offrir la possibilité de reconstruire un système pérenne.

Désespoir factureSi vous ne supportez plus vos factures médicales ….

Le plus libéral des deux auteurs envisage en toute logique que le patient puisse reprendre le contrôle de sa santé selon ce qu’il jugera bon pour lui, mais également que la deuxième face de la médaille de la liberté soit la responsabilité reprenne la juste place qu’il lui revient pour l’ensemble des acteurs impliqués que cela soit le patient, le politicien, la grande industrie pharmas comprises !, ou même le corps médical.

Symétriquement le médecin voit en premier lieu les difficultés concrètes dans sa pratique de tout les jours ou encore les incohérences du système tiraillé entre les contraintes financières, politiques, et ha oui aussi médicales respectivement scientifiques !

Blaise & Laurent :
Historiquement, le médecin représentait l’autorité dont les avis ne se discutent pas de la même façon que Monsieur le Maire ou le Notaire du village. Malheureusement, ce principe initial conduit une grande part de la population à ne s’intéresser à sa santé que lorsqu’elle est déjà tombée malade. Le patient doit reprendre le contrôle de son propre corps et donc sa propre vie autant que possible. Il faut imaginer former dès le plus jeune âge, via des programmes scolaires adaptés et ouverts, à savoir lire et comprendre une notice de médicament, à ce que veut dire concrètement “des effets secondaires”, à la prévention, à comprendre ce que la surmédication apporte comme conséquences négatives jusqu’à de la létalité supplémentaire … bref à regagner une liberté de choix effective car en pleine connaissance des bénéfices et coûts. Pour beaucoup de patients, découvrir que l’opération ou le traitement projeté pour telle pathologie ne signifie pas réellement guérison mais juste vivre avec un problème moins grave représente un choc douloureux.

Laurent :
Une meilleure compréhension des enjeux médicaux permet aussi aux patients une collaboration active au niveau thérapeutique. Sur internet se côtoient le pire et le meilleur. Il faut néanmoins reconnaître que pour certaines pathologies rares, la recherche de cas similaires au plan mondial a permis à des malades ayant pratiquement perdu tout espoir de retrouver le chemin soit d’une guérison ou tout au moins d’une vie meilleure. Donner à notre population les clefs pour trier les charlatanismes des thérapies novatrices et porteuses d’espoirs réels contribuera utilement à une relation apaisée entre patient et médecin. La pression liée aux intérêts économiques des industries, pharmas comprises, s’oppose frontalement à une telle évolution. Toutefois, j’en suis persuadé, il n’y a pas de perspectives durables dans le tout artificiel ou tout chimique.

Blaise & Laurent :
La population a souhaité que le système d’assurance maladie soit obligatoire. Il est dès lors inacceptable de ne pas disposer d’une transparence totale sur les coûts pour les acteurs au bénéfice d’un monopole étatique. On pense bien sûr aux assurances, mais également aux grandes pharmas qui imposent des coûts exorbitants sur certaines nouvelles molécules sans que le bénéfice en terme de santé soit du même ordre de grandeur pour le patient.

Blaise & Laurent :
L’indépendance des organes sensés contrôler les acteurs doit être complètement repensée et renforcée. De fait, aujourd’hui très fréquemment les personnes en charge de ces contrôles proviennent des mêmes cercles que ceux qu’ils sont sensés contrôler ou pire encore dépendent d’eux pour des budgets de recherche.

Blaise & Laurent :
La justification des soins de haut niveau dans les deux extrémités de la vie doit pouvoir être débattue sereinement politiquement. Est-il réellement nécessaire de chercher à faire survivre des « enfants » de moins de 26 semaines de gestation en mettant en jeu des moyens excessivement sophistiqués, et donc excessivement onéreux, tout en sachant que le taux de séquelles est très élevé et que ce risque va devoir être supporté par la société dans son ensemble ? Tandis qu’à l’autre extrême de la vie, on doit s’interroger sur le bien fondé d’engager des traitements lourds, invalidants et onéreux pour des malades dont on sait très bien que l’espérance de vie n’est que de quelques semaines.

Ces questions de société sont douloureuses et ne peuvent être seulement décidées par le corps médical ou l’entourage du patient. Car, rappelons-le dans notre modèle mutualiste des soins, c’est toute la population qui participe aux frais engendrés. Nos élus devraient avoir le courage de trancher ces questions et imposer des limites raisonnables ou autrement dit durables au système.

Blaise :
Le ministre de la santé doit continuer à influencer et au besoin décider unilatéralement de la valeur du point Tarmed ou de la dévalorisation de points techniques lorsque l’on se trouve face à des abus manifestes, en particulier pour des actes très courants et devenus beaucoup plus simples du point de vue technique comme l’opération de la cataracte, ou certains examens radiologiques ou encore le recours systématique à l’endoscopie pour de petites interventions de chirurgie de la main, par exemple, entraînant des frais techniques aberrants.

Blaise :
Le Conseil Fédéral devrait aussi décider unilatéralement, – car un consensus sera impossible!- de l’importance du catalogue des prestations à charge de l’assurance maladie mutuelle, car actuellement on assiste à une dérive de prestations qui relèvent plus du bien-être que de la médecine, et devraient donc être exclus du dit catalogue, par exemple certaines interventions phlébologiques, certaines consultations psychologiques et divers traitements dermatologiques, pour n’en citer que quelques uns.

Blaise & Laurent :
Il faut aussi légiférer sur l’opportunité de valoriser le recours à des infirmiers/ères de premier recours, spécifiquement formés/ées pour prendre en charge les suivis d’affections fréquentes, en particulier le suivi de l’hypertension, du diabète, des troubles nutritionnels, les soins de base traumatiques, etc. , ce qui déchargerait d’autant les consultations des médecins généralistes qui sont surchargées de petits contrôles sans réelle nécessité de la présence d’un médecin.

Blaise :
Il faut chercher par tous les moyens à inverser la tendance au recours systématique à une médecine défensive, qui entraîne une avalanche d’examens et de consiliums, cause en partie du renchérissement des coûts et en particulier des coûts ambulatoires et source de bénéfices importants pour certains laboratoires et prestataires de soins hyperspécialisés. Pour ce faire, la FMH doit avoir une attitude défensive à l’égard de ses membres et systématiquement attaquer le recours trop fréquent à la judiciarisation des actes médicaux que ce soit au niveau des assureurs, des avocats et autres tribunaux. A mon sens, les médecins ne se sentent pas suffisamment soutenus par leur instance faîtière et cherchent donc à se protéger dans toutes leurs décisions.

Blaise :
La FMH et les sociétés de discipline médicale doivent généraliser l’usage des guidelines pour toutes les affections courantes, avec la possibilité de recourir à des sanctions vis à vis de ceux qui s’y opposeraient sans justification, allant de l’avertissement aux amendes et jusqu’à l’exclusion de la société médicale.

Laurent :
Je comprend la logique d’une telle pratique, toutefois, il faut à mon sens la tempérer, car certains consensus médicaux sont sujets à débats. Ex. Pour de nombreux patients le protocole de traitement “helvétique” de la maladie de Lyme se révèle totalement inopérant, alors que la variante préconisée par les médecins américains offre un réel bénéfice thérapeutique.

Blaise :
Le dossier médical du patient, informatisé, doit être généralisé et devenir une obligation tant pour le patient lui-même que pour le prestataire de soins, de façon à éviter les doublons dans les examens et là aussi des sanctions devraient être mises en place à l’égard de ceux qui n’en tiendraient pas compte.

Laurent :
On comprend aisément l’avantage d’une telle mesure, toutefois elle pose aussi un problème potentiel grave d’atteinte aux libertés individuelles. Le corollaire d’une mesure aussi stricte risque bien d’être le droit de s’affranchir complètement du système. Ce point doit également être mis en perspective avec les limites de la mutualité, à partir d’un certain point, il peut devenir parfaitement légitime de vouloir renoncer à l’ensemble et se prendre en charge soit-même. On rappellera en passant qu’environ 50 % des coûts de la santé sont assumés par les impôts ordinaires. Dès lors, même en refusant de cotiser et profiter du système, on reste solidaire via sa fiscalité. Je suis parfaitement conscient que préconiser l’abrogation de l’obligation de s’assurer ne trouvera pas une majorité aujourd’hui devant la population. Toutefois, au début de la LAMAL une infime minorité, de l’ordre de 5 %, de la population adhérait à une telle vision. A l’heure actuelle, nous avons passé les 30 %. Encore 20 à 30 % de hausse (soit ± 6 années au rythme actuel) et nous pouvons être quasiment sûr que cette option ne pourra plus être balayé d’un revers de la main.

Blaise & Laurent :
Une réflexion doit débuter pour envisager les limites du mutualisme avec la possibilité d’introduire, pour les assureurs, des bonus/malus dans les attitudes de vie : tabagisme, inactivité,par exemple. Ce d’autant plus que, comme expliqué ci-dessus, même ainsi le citoyen restera partiellement solidaire via non plus sa prime mais son bordereau d’impôt.

Blaise & Laurent :
Les assureurs doivent favoriser et promouvoir la prévention au niveau du mode de vie, avec là aussi des incitations financières fortes.

Blaise & Laurent :
Chaque patient devrait recevoir en fin d’année, systématiquement, un décompte global des frais qu’il a engendrés de façon à le rendre conscient de l’importance de ceux-ci.( la réaction humaine veut que ce soit toujours le voisin qui coûte le plus cher…)

Blaise & Laurent :
Et bien sûr, puisqu’il y a manifestement un incendie, il faut arrêter d’arroser avec de l’huile. L’OFEV (Office Fédéral de l’Environnement a évalué que la pollution de l’air induisaient des coûts de sur la santé se situant à environ 6 milliards par an, soit 10 % des coûts totaux. Pour la première fois en Suisse, une autorité a officiellement reconnu que nos choix sociétaux, ou plus précisément l’absence d’une politique environnementale suffisante, induisait un coût concret. Si on extrapole ce résultat à la pollution des sols, en rappelant par exemple que même les consommateurs bio présentent des taux de glyphosate, cancérogène supputé, dans leurs urines, ainsi que à la pollution des eaux chargées en résidu de médicaments les plus divers , il ne semble pas complétement absurde d’affirmer que peut-être jusqu’à un tiers de nos problèmes médicaux puisse provenir en fait de la pollution sous toute ses formes.

En agissant sur ces causes externes, on obtiendra un résultat bien plus durable qu’avec milles mesures de gesticulation sur les tarifs de ceci ou cela ou encore de répartition des coûts.

La vie, la vraie pas celles idéalisées des idéologies des uns ou des autres, nous montre son infinie complexité jour après jour. On comprend dès lors aisément que si nous voulons aller en direction d’un système de santé durable nous n’échapperons pas à une réflexion en profondeur incluant tout les facteurs internes et externes, et ceci de préférence très rapidement vu l’urgence manifeste.

Blaise Courvoisier et Laurent-David Jospin

Table des matières de la série : ici

Politique hospitalière neuchâteloise : le projet du Conseil d’État nous mène à une catastrophe financière

En lisant le titre de mon post, une idée s’est déjà imposée à vous : ça y est, Laurent-David nous attire dans le conflit haut-bas. Alors de toute urgence avant que vous ne stoppiez votre lecture, je vous le dis tout net, non, pas du tout et même bien au contraire, c’est la santé économique de l’ensemble du Canton qui m’inquiète grandement.

Si vous vous intéressez à la question hospitalière neuchâteloise, vous aurez certainement lu une ribambelle d’expertises (ou leurs résumés dans les médias) se contredisant toutes les unes les autres. Chaque camp choisit celles qui lui conviennent et la possibilité d’une union sacrée a été enterrée, il y a fort longtemps déjà.

Nous ne parlerons pas ici de l’initiative lancée par les deux villes du haut du canton, car en réalité cela n’a aucune, ou plus précisément n’a plus aucune, incidence sur le point essentiel qui déterminera les conséquences découlant de l’éventuelle acceptation par la population neuchâteloise du projet du Conseil d’État, à savoir le facteur humain.

Le dit projet présente une immense faiblesse, car il se trouve déjà à l’extrême limite inférieure du volume minimal nécessaire pour garantir la viabilité d’un centre hospitalier sensé pouvoir régater avec ceux de Genève, Lausanne, ou encore Berne ! Or, le refus de la population du haut conduit à ce qu’aujourd’hui déjà une part toujours plus importante des patients du haut du canton privilégient l’hôpital de Saint-Imier. Sans hôpital sur le haut, vous pouvez sans risque parier pour au minimum un doublement de cette part et certainement bien davantage en réalité.

 S’il n’y avait que les (mauvaises) raisons de la frustration voir colère, on pourrait jouer le pari risqué d’un apaisement au fil du temps, mais ici l’objectivité force à constater les, cette fois très bonnes, raisons comme la proximité (10 min contre 30), facilité d’accès (parcage aisé notamment), qualité d’accueil et d’autres, qui garantissent l’échec d’une volonté centralisatrice sur le site de Pourtalès (déjà saturé soit rappelé en passant, voir image d’actualité).

grippe pourtalès

 Les défendeurs de la vision centralisatrice inhérente au projet du Conseil d’État seraient bien avisés d’écouter le très haut taux de satisfaction des patients qui ont tenté l’expérience de “s’expatrier” chez nos voisins bernois.

 Si le projet porté à bras le corps par le Conseiller d’État Laurent Kurth et son égérie en la personne de la présidente de HNE Pauline de Vos Bolay, vient à être accepté par la population neuchâteloise, le canton se chargera d’un énorme fardeau financier supplémentaire, alors même que nos finances flirtent déjà avec la double ligne rouge.

 Le phantasme proposé aux citoyens de notre canton ne pourra jamais être rentabilisé. Les quelques 170’000 neuchâtelois ne suffisent déjà pas. Il faudrait plutôt taper dans les 250’000 pour atteindre le seuil inférieur de rentabilité. Si nous devons encore soustraire ne serait-ce que 30 % des habitants du haut, nous pouvons certifier à la fois une augmentation massive des primes d’assurance maladie et de la fiscalité à moyen terme.

 Laurent Kurth a prouvé à de multiples occasions son habileté manipulatrice (j’en connais des camarades du haut qui regrettent de l’avoir soutenu en son temps!!!). Je n’arrive pas à croire qu’il ne soit pas conscient de ce qui précède. En vérité, il flatte l’électorat du bas du canton pour réunir une majorité maintenant, obtenir la médaille qu’il se souhaite pour garnir son blason, et au final sait très bien qu’au moment où la vraie addition de ces errements sera présentée à la population, soit dans 15 ans environ, il coulera une heureuse retraite d’ex-conseiller d’état, payée par les citoyens de ce canton.

 Peu importe que l’initiative pour 2 hôpitaux soit acceptée ou non, l’urgence consiste à refuser ce projet dont la réelle motivation se cache dans l’ego de deux personnes voulant favoriser leurs carrières respectives et se moquant éperdument des difficultés des petites gens à boucler leurs budgets familiaux, tout particulièrement la classe moyenne inférieure trop riche pour être aidée mais quand même pas assez pour ne pas être à la peine mois après mois.

 Laurent-David JOSPIN

Brexit ? Et si on reparlait de Fonds souverain …

Suite au vote surprise du Royaume-Uni, de nombreux experts, tous plus qualifiés les uns que les autres, ont péremptoirement décrit quelles conséquences se précipiteront sur nous comme le ciel sur la tête des Gaulois. Minuscule problème, parfaitement insignifiant au demeurant, les scénarios des uns et des autres ne présentent aucune cohérence!! La règle disant que si vous prenez 2 économistes vous aurez 3 avis dans un cas théorique simple et beaucoup plus dans le monde réel, s’applique sans aucune réserve manifestement.

La réalité demeure, personne n’est réellement en mesure de prévoir ce qu’il adviendra en pratique, car des options clairement ouvertes aujourd’hui peuvent faire varier du tout au tout ces fameuses conséquences.

Par contre, un fait me semble incontestable : nous sommes rentrés dans une période d’instabilité pendant laquelle les cartes seront redistribuées et la “partie” pourrait bien présenter un visage fort différent d’ici quelques courtes années.

Notre pays pourrait se retrouver du côté des gagnants ou des perdants, nul ne le sait vraiment. Une ancienne Conseillère Fédérale nous affirme avec force son optimisme, tandis que les milieux économiques s’affolent en grande majorité.

Bon, et bien, soyons optimiste et imaginons que nous allons y gagner, juste pour voir …

Dans ce cas, notre franc jouera encore plus fort son rôle valeur refuge et la BNS aura de plus en plus de mal à le maintenir dans un tunnel supportable pour notre économie d’exportation. Le grand paradoxe serait que nous soyons gagnant dans le court terme et que cela induise un grave affaiblissement de notre tissu économique orienté exportation, et donc au final un affaiblissement de notre économie. Pour ceux qui l’auraient oublié 1.– sur 2.– de notre PIB est gagné à l’étranger!


Trop fort Mr. Franc Suisse, vraiment beaucoup trop fort!

Si nous sommes perdants, il n’est par contre pas certain que le mécanisme inverse vienne à notre secours, car cela dépend de quelle manière nous nous retrouvons du mauvais côté de la barre. On peut imaginer, parmi d’autres, un schéma dans lequel Londres, pour sauver sa place financière, se résout à accepter une forte dérégulation et qu’ainsi une part substantielle de cette industrie trouve subitement notre petite Helvétie un peu trop contraignante à son goût et nous adresse un certainement amical mais très pénible “so long baby …”. Cette façon de s’appauvrir ne conduirait pas à un rebond mécanique, mais correspondrait à une grave perte de substance durable.

Nos diplomates et autres négociateurs ont toujours prouvé par le passé savoir habilement tirer la couverture dans notre direction. Cela ne sera certainement pas aussi facile que notre ancienne Conseillère Fédérale le laisse entendre, mais nous serons malgré tout sans doute du côté des vainqueurs (j’ai failli écrire profiteurs … hum il faut que je me surveille un peu plus….).

Paradoxalement, un pan de notre économie a du mouron à se faire et précisément le pan qui gagne son argent à l’étranger tout en dépendant de coûts majoritairement helvétiques, soit donc la partie qui nous assure des emplois ici en Suisse tout en allant chercher ses marchés à l’export. On peut citer en vrac l’industrie des machines, l’horlogerie, la chimie, les pharmas, la gestion de fortune, le trading, …. Tout cela réunit pèse lourd, très lourd même.

L’Europe proche n’est pas près de remonter ses taux. On peut plutôt s’attendre à des actions inverses avec un renforcement des mesures dites non conventionnelles. On entendait récemment parler de nouveau d’ “helicopter money” pour que l’argent distribué, créé ab nihilo en réalité, entre effectivement dans l’économie réelle et ne reste pas coincé dans la finance casino.

Cela ne va certainement pas affaiblir notre franc suisse! Vous avez aimé l’Euro à 1.– CHF, vous allez adorer l’Euro à cinquante centimes!!! Certes vous me direz que cela permettra de faire nos courses encore moins cher de l’autre côté de la frontière. Peut-être, mais si l’entreprise qui paye votre salaire fait faillite, vous ne ferez plus de courses du tout!

En juin 2015, je vous parlais du Fonds Souverain à mettre en place dans notre pays (article à trouver ici). Si vous relisez la réflexion en question avec à l’esprit le nouveau contexte créé par le Brexit, vous comprendrez alors forcément que si on peut imaginer tous les risques du monde à créer un Fonds Souverain National, les risques encourus en ne le créant pas sont en réalité d’un ordre de grandeur plus élevé.

Très concrètement, il faut que le citoyen puisse prendre en compte les vrais risques qu’il encourt dans la configuration actuelle afin de se forger une opinion légitime sur cette question.

Les risques les plus graves se trouvent en premier lieu du côté d’une désindustrialisation version économie 4.0 soit pour oser un néologisme une déséconomication ou exprimé autrement un affaiblissement structurel profond et à long terme du tissu économique créateur de richesse et donc de la prospérité de notre pays, et en second lieu d’une explosion en vol de notre système de prévoyance sociale avec des conséquences difficilement imaginables.

On peut rapidement perdre un avantage concurrentiel, le regagner ira toujours moins vite. Si la situation dégénère sérieusement chez nos voisins proches avec par exemple à choix un ou deux autres pays quittant la CE, des troubles sociaux à peine plus grave que l’usuel en France (tout à fait par hasard), une pression populaire trop forte conduisant au reniement de toute saine gestion budgétaire, etc etc nous pourrions effectivement voir une chute extrêmement rapide de l’EUR et l’envol du CHF jouant encore plus le rôle de monnaie refuge.

Je ne me permets pas d’affirmer que ce scénario est imminent ou même simplement probable. Toutefois, sa simple possibilité suffit pour tirer une conclusion : le risque existe et ne pas le prendre en compte pour des questions de politique politicienne relève de l’aveuglement irresponsable.

En ce qui concerne la problématique de notre filet social, il suffit de savoir que l’entier du modèle a été construit sur des prévisions de croissance et donc des taux moyens de rentabilité des capitaux proche de 3.5%. Or, nous entrons manifestement dans une longue période taux bas. Tous les signes nous montrent que nous réalisons un authentique copié-collé des conditions cadres ayant conduit à la fameuse décennie perdue japonaise, qui rappelons-le encore une fois, roule gentiment vers ses 30 ans!

En fait ici, il ne s’agit déjà plus d’un risque mais d’un authentique crash se déroulant devant nos yeux. Comme tout cela arrive à petite vitesse, presque au ralenti, nous nous laissons bercer un peu comme la grenouille que l’on cuit en la chauffant progressivement. Si nous voulons maintenir notre système de prévoyance tel qu’il a été imaginé, nous devons impérativement avoir des taux plus élevés. Si ceux-ci devaient couler notre économie, une solution alternative devrait être mise en place. Et vite d’ailleurs, car chaque année supplémentaire de cotisations encaissées mais insuffisamment rentabilisables nous rapproche soit d’une sous-couverture généralisée soit d’une contrainte de révision à la baisse des prestations en opposition flagrante aux souhaits de la population. Les débats récents sur l’initiative AVS+ ou le projet du Conseil Fédéral Prévoyance Vieillesse 2020 montrent au moins une chose clairement, si par malheur notre filet social venait à être déstabilisé, il sera quasiment impossible de constituer une majorité consensuelle pour réaliser les ajustements nécessaires. En réalité, l’équilibre atteint au fil des années présente une telle complexité, qu’il vaut mieux ne jamais devoir réaliser des corrections en profondeur.

Et puis j’aimerais attirer l’attention de tous sur un risque fondamental qui se commence sérieusement à se profiler l’horizon : la soudaine panique des décideurs qui, bien forcés de constater que nous avançons à marche forcée vers une impasse, se lancent à hue et à dia dans des mesures hystériques à connotation keynésienne et/ou populiste, ne conduisant qu’à des investissements ni durables ni productifs ainsi qu’en miroir un alourdissement de la charge fiscale doublé d’une aggravation de l’endettement public. Il ne faut surtout pas sous-estimer ce risque. L’histoire nous montre dans de multiples domaines que suite aux manifestations d’un problème trop longtemps négligé, la sur-réaction en découlant pour des raisons électoralistes avait eu des conséquences sur le long terme bien pires que celles du problème qu’elle prétendait solutionner. Pensez simplement par exemple à l’invasion de l’Irak!

Ceux qui s’opposent au Fonds Souverain sur la base de positions dogmatiques mal fondées, ou la défense de leur pré carré, seraient bien avisés de réfléchir au risque qu’ils prennent de se trouver subitement face à un bricolage hystérique nous faisant courir des risques plus grands encore. Pour ceux qui auraient encore le moindre doute, je vous propose d’écouter le débat entre François Savary et Samuel Bendahan du mercredi 10 août sur Forum relatif à la question des taux négatifs pour les petits épargnants (disponible ici). Monsieur Savary qui ne peut certainement pas être taxé de gauchiste primaire ne s’oppose pas, voir même affiche un timide soutien, aux propositions de “relance dite fiscale” de S. Bendahan. Je reste persuadé que si le même débat avait eu lieu ne serait-ce qu’une année auparavant, la réaction de F. Savary aurait été tout autre.

Pour faire écho à mon appel de 2015, la mise en place d’un Fonds Souverain présente un risque contrôlable par le cahier des charges qui serait donné en héritage à cette institution à créer. Ne pas créer un Fonds Souverain représente lui un risque quasiment non gérable, car dépendant essentiellement de la situation économique voir politique de nos voisins les plus proches.

Au vu notamment de ce fameux Brexit, mais également du contexte général prévalant en Europe, j’appelle pour le bien de notre économie, mais également de notre système de prévoyance sociale à rapidement prévoir la mise en place d’un Fonds Souverain selon les modalités, ou des modalités proches, décrites dans mon post introduisant le sujet.

Laurent-David Jospin

Sources :
Celles du post “Mauvaise gestion du Franc fort, double peine pour la population” du 28 juin 2015,
Et celles citées dans le texte directement

Remerciements à Giovanni, Laurent-Valentin, Maïka, Amanda & Co pour les précieux conseils, relectures, et autres coup de main.

Conférence de presse du comité neuchâtelois NON au Gothard

La campagne bat son plein et aujourd’hui nous avons tenu une conférence de presse au nom du comité neuchâtelois Non au 2ème tunnel au Gothard. Comme intervenant vous trouviez, par ordre d’apparition Monsieur le Conseiller aux Etats Didier Berberat, votre blogueur préféré (enfin, je l’espère), et Monsieur le Député au Grand Conseil Pierre Hainard.

Vous trouvez ci-dessous le texte de mon intervention  incluant les images projetés lors de ma présentation.

N’oubliez pas d’aller voter !!!

Laurent-David Jospin

Mesdames et Messieurs,

Lorsqu’un ménage ou une entreprise réfléchit à un investissement respectivement une dépense, l’élément déterminant reste de savoir s’il n’y a pas une autre dépense plus importante ou plus urgente à traiter avant.

Dans le cas du deuxième tunnel au Gothard cette réflexion élémentaire n’a clairement pas été faite. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder la liste des points noirs du réseau routier en terme d’accidentalité telle que publié par l’Office Fédéral des Routes (OFROU). Le Gothard n’y apparaît qu’en 33ème positions sur la période 2012-2014, ou n’y apparaît en général pas. Concrètement, cela signifie que des dizaines d’endroits du réseau sont plus dangereux et devraient être améliorés de manière plus urgente.

Si vous vous intéressez plus strictement à la question de la mobilité, vous découvrirez que le Gothard voit passer en moyenne de l’ordre de 17’000 véhicules par jour plaçant clairement ce tronçon parmi les routes secondaires. L’axe Neuchâtel – La Chaux-de-Fonds lui-même en voit passer bien davantage avec 22’000 véhicules selon comptage OFROU de 2012.

Or voilà l’argent qui aura été dépensé au Gothard ne pourra pas l’être ailleurs. Aujourd’hui plusieurs signaux virent clairement au rouge au niveau de nos finances. Des exercices sont annoncés déficitaires. Les discussions sur le fonds FORTA sensé couvrir ces dépenses viennent à peine de commencer et déjà le total des projets proposés représente environ 3 fois l’argent qu’il a été prévu d’y injecter.

Gaspiller 3 milliards au Gothard implique obligatoirement que de l’argent manquera ailleurs. C’est entre autre notre région qui en fera les frais avec le nouveau projet de RUN ainsi que le contournement des villes du Locle et de La Chaux-de-Fonds qui passeront tous à la trappe. Il est complètement illusoire de croire que le fait de voter oui assurerait un retour d’ascenseur. Premièrement comme déjà dit car l’argent manquera, mais également de par le fait que la création de ce 2ème tunnel conduirait à une aggravation des conditions de trafic sur l’ensemble du plateau par l’effet d’appel d’air et partant mobiliserait encore davantage les ressources pour traiter les difficultés nouvellement créées.

L’argent dépensé au Gothard, même s’il eut pu être plus utile ailleurs, est-il au moins investi utilement ? Il nous est permis d’en douter sérieusement.

 

En effet, même si la douteuse promesse de n’ouvrir qu’une seule piste par tube venait à être tenue malgré tout, le simple fait d’avoir 2 tubes séparés permet d’injecter plus de camion au vu des règles du « compte-goutte » filtrant les dits camions.

Or ces camions viendront de l’Europe cela ne fait pas l’ombre d’un doute. L’axe du Brenner est d’une part saturé mais représente également une rallonge en terme de parcours pour l’ensemble des camions provenant d’Allemagne, Hollande ou encore du Danemark. Les autoroutes du plateau suisse sont à la limite de la congestion, rajouter ne serait-ce que 30 % de camion en plus garantit le bouchon quasi permanent sur nos axes les plus essentiels pour notre économie.

Nos concitoyens à qui l’on fait croire de manière sournoise qu’ils éviteront les bouchons lors de leurs départs en vacance sont doublement trompés, car non seulement ils ne gagneront rien à ce niveau mais seront perdants dans leurs déplacements ordinaires au jour le jour.

Et si la fameuse promesse n’est pas tenue, alors c’est bien pire encore. Oubliez les 30 % de camion supplémentaires, pensez simplement à un doublement avec des conséquences dramatiques pour notre mobilité. Doubler la capacité du Gothard conduirait à devoir rajouter une 3ème voie sur la grande majorité de l’axe autoroutier Bâle-Chiasso, ce qui est tout simplement irréalisable.

L’autogoal serait ici de toute première force. En plus des simples citoyens, les milieux économiques seraient particulièrement impactés.

 

La cerise sur le gâteau se situe au niveau des conséquences pour la santé humaine. La question ne prête plus à débat, les particules fines provoquent une série de maladies dont certaines mortelles en commençant par l’asthme chronique et en finissant par le cancer de la plèvre pulmonaire.

On ne peut admettre aujourd’hui que cet aspect ne soit pas pris en compte dans la réflexion globale qui doit être menée sur cet axe de transit important. Il est bon de rappeler que si l’ensemble de la Suisse subissait les conditions de pollution prévalant au Tessin, les primes d’assurance maladie grimperaient de 10 à 15% , soit un coût à la charge de la collectivité s’approchant des 5 milliards par année !!

Tout ceci sans dire que nous parlons ici froidement d’argent, alors qu’il se cache derrière une immense souffrance humaine.

En résumé, l’option proposée par le Conseil Fédéral consiste à dépenser un montant considérable sur un endroit non prioritaire, induisant de facto l’effet contraire recherché en terme de sécurité ou même de mobilité, et générateur de coûts indirects colossaux sur notre système de santé publique déjà fortement sous pression. Nous recommandons à l’ensemble des citoyens suisses et de ce canton de mettre un non résolu dans l’urne pour ce 28 février.

Mauvaise gestion du franc fort, double peine pour la population

Depuis août 2011, et oui le temps passe vite, une idée fixe semble diriger toutes les réflexions et décisions aussi bien de nos élus que de la population : ce fameux franc fort apparemment responsable de tous les maux réels ou imaginaires de notre pays.

Subissant de fortes pressions politiques, montrant ici les limites de son indépendance telle que souhaitée par notre constitution, la Banque Nationale Suisse BNS s’est décidée le 6 septembre 2011 à instaurer un taux plancher de CHF 1.2 pour 1 EUR.

Maintenir ce taux plancher a obligé la BNS à acquérir des quantités toujours plus importantes d’EUR faisant monter le stock d’EUR au bilan à un total comparable au PIB national!! Lorsqu’il est apparu (janvier 2015) que la Banque Centrale Européenne BCE risquait de prendre des mesures extrêmes de rachat de créances étatiques douteuses pour garantir essentiellement une paix sociale minimale, et donc partant d’affaiblir de manière encore plus forte, potentiellement incontrôlée, la monnaie européenne, la BNS a pris peur (à juste titre sans doute) et a découplé le CHF de l’EUR provoquant une envolée de notre monnaie nationale qui s’est approchée de la parité.

Il est d’ailleurs vraisemblable que le taux actuel, aux environ de 1.05 CHF pour 1 EUR ne tient que grâce à une autre mesure non conventionnelle, soit le taux négatif sur les avoirs en compte courant dépassant une somme x, qui lui provoque un autre dommage collatéral auprès de nos caisses de retraite. En clair, ce taux négatif n’est pas assez négatif pour conduire à un taux de change satisfaisant pour l’économie (on entend parler de 1.2 auprès du patronat et carrément de 1.4 auprès de certains syndicats), mais déjà trop pour qu’il ne provoque pas une insuffisance de rendement de notre système de prévoyance vieillesse pouvant potentiellement conduire à un atterrissage brutal de notre politique des 3 piliers.

Alors qu’il y aurait eu bien mieux à faire!

Ne lutte pas contre les courants Petit! Utilise-les plutôt! disait Archimède au futur Prince Arthur. (voir Merlin l’enchanteur en dessin animé pour ceux que cela intéresse)

Il est bon ici de rappeler quelques principes de la création monétaire. La majorité de la population croit encore qu’il y a une couverture ou contre-valeur physique pour justifier l’existence de notre monnaie. On pense par exemple à la fameuse couverture or historique. Dans les faits, cela est majoritairement faux, on parle de monnaie fiduciaire soit une monnaie qui existe essentiellement sur la confiance (fiducie en latin signifie bien confiance). Dès lors, pour le dire de manière simplifiée, un billet de CHF 100.– ou un avoir à la banque du même montant ne représentent essentiellement qu’une reconnaissance de dette. La BNS n’existant que par la volonté populaire d’un instant donné et figée dans notre constitution, les ultimes garants des reconnaissances de dette émises, c’est bien nous les citoyens lambda.

L’argent émis par la BNS appartient au final à la population, et cela ne serait que simple justice que cet argent travaille pour le peuple au lieu de lui créer un fardeau supplémentaire. Par ailleurs, l’argent émis étant une reconnaissance de dette, il est fondamental de s’assurer qu’une contre-valeur productive existe pour couvrir à la fois la nécessité d’honorer un jour la dette et le risque lié. Si vous achetez un bien tangible comme un immeuble, il vous sera (très relativement) facile d’emprunter une somme conséquente auprès d’une banque, alors que si vous demandez le même emprunt sans actif tangible à mettre en garantie, cela deviendra simplement impossible. Cette même logique devrait ici être retournée pour dire que si pour des raisons x ou y, il est impératif d’émettre des francs suisses supplémentaires, la contre-valeur doit être investie en faveur de la population. En bon français, cela s’appelle un Fonds Souverain, Citation article Wikipédia Fonds Monétaire International : ” … leur politique d’investissement vise à atteindre des objectifs macroéconomiques précis … “.

La mesure du taux plancher via l’achat massif d’EUR était une mesure acceptable, peut-être la seule possible pour une première mesure d’urgence, toutefois pour être viable à long terme, elle devait obligatoirement être accompagnée d’une mesure complémentaire permettant de générer un flux financier positif. L’objectif macroéconomique précis de la citation ci-dessus est donc bien de mettre le pays dans une situation où ses exportations restent financièrement viables. Le flux financier positif permet lui de couvrir le risque et qui sait de générer un excédent au bénéfice de tous ??

La vraie question n’est pas de savoir s’il faut ou ne faut pas mettre en place un tel mécanisme, mais plutôt de savoir comment. Dans une vision solide, sous-entendu durable notamment, les clefs tournent autour des points suivants :
- Ne pas se limiter à acquérir une seule monnaie (des EUR ici) mais répartir les achats sur une multitude de monnaies et zones économiques différentes (Yuan chinois, Real brésilien, Yen japonais, $ australien, … sont par exemple tous des candidats valables pour recevoir une partie de la fortune du Fonds)
- privilégier les investissements dans des actifs tangibles correspondant à des besoins essentiels durables (énergie (renouvelable de préférence), infrastructures, agro-alimentaire (penser à profiter de faire passer nos acquisitions sous nos normes environnementales – la planète en profitera), entreprises à hauts standards éthiques, un peu d’immobilier bien sûr, …)
- appliquer les stratégies de la gestion prudentielle voulant qu’un maximum de 1%  (voire moins selon l’importance de la masse sous gestion) de la fortune du Fonds soit investi sur un même actif et risque
- découpler la gestion du Fonds de la politique, le parlement ne devant être ici qu’un organe de surveillance, mais la gestion du Fonds mandatée à une institution indépendante sur un modèle assez similaire de celui la BNS

En bref, la politique du Fonds Souverain norvégien s’approche assez de cet idéal, alors que celle du Fonds Qatari représente le quasi exact opposé. Il transparaît ici le fait que la volonté norvégienne est bien de préserver des revenus pour les générations futures, alors que le Qatar cherche entre autres à exporter sa doctrine religieuse.

Le Fonds norvégien “Government Pension Fund Global” GPFG a atteint en 2014 une performance de 7.58% pour une taille de bilan légèrement supérieure à 700 milliards de US$.

Dans le cas qui nous occupe, le bilan de la BNS présentait à fin avril 2015 une position en monnaie étrangère d’un peu plus de 500 milliards de CHF. Nous savons, par l’expérience vécue, que ce montant ne suffit pas pour atteindre le taux de change souhaité proche de 1.2. Par ailleurs, comme la création d’un Fonds Souverain aurait vraisemblablement tendance à apprécier quelque peu la perception de notre monnaie par les investisseurs mondiaux en mal de sécurité, il ne semble pas du tout hors de proportion d’imaginer de devoir inonder le marché du double de ce chiffre pour obtenir un résultat s’approchant du but désiré.

Calculons un peu, juste pour se donner une idée! Soit un Fonds Souverain Suisse doté d’un capital de 1000 milliards, qui n’ont coûté que la volonté de les créer rappelons-le, devrait un atteindre un rendement net d’au minimum 3%, au vu des résultats du GPFG et du fait que nous affirmons disposer en Suisse des meilleures compétences de gestion de fortune au monde. Et bien 3% de 1000 milliards générerait 30 milliards de revenus au profit de la population. Si on imagine restituer cette somme en 3 tranches au Peuple, cela pourrait donner :
- 10 milliards sur nos primes d’assurances maladies, soit en chiffres ronds une diminution d’un tiers, concrètement une prime mensuelle de CHF 450.– se raboterait jusqu’à CHF 300.–.
-10 milliards en allégement de TVA, conduirait à baisser le taux effectif à quelque chose comme 4.1% au lieu des 8% actuels.
- 10 milliards sur l’AVS résoudrait son problème de financement et lui permettrait de reconstituer des réserves  rapidement, et permettrait sans doute même de pouvoir baisser les prélèvements paritaires.

Ceci n’est qu’un scénario parmi de très nombreuses possibilités. Mais quelle que soit la variante retenue, il y a encore une très belle cerise sur le gâteau à savoir qu’une telle stratégie apporterait encore des effets indirects via le stimulus économique généré par :
- une diminution des primes LAMAL contribuerait certainement à une relance de la consommation intérieure,
- une TVA plus basse permettrait à nos entreprises de sauver de la rentabilité à prix finaux nets égaux pour les consommateurs,
- solutionner le problème de l’AVS, c’est aussi protéger le coût du travail en Suisse évitant de lui faire perdre toute compétitivité internationale
- et enfin affaiblir durablement notre monnaie sur les marchés internationaux rend nos produits d’exportation naturellement plus compétitifs.

On peut bien sûr s’interroger sur les risques éventuels d’une telle démarche. Si nous voulions résumer la question sans trop épiloguer, nous pourrions la comparer  à la situation d’un automobiliste qui, voyant un obstacle imprévu devant lui, envisage de ne pas freiner de peur de sortir de la route préférant s’écraser contre le-dit obstacle! Si nous n’agissons pas contre la sur-évaluation de notre monnaie nationale, une chose demeure certaine à terme : une péjoration de nos conditions économiques avec une hausse sensible du chômage.

Les risques d’un tel projet de Fonds Souverain peuvent être catalogués en deux catégories principales soit premièrement les implications au niveau de la création monétaire, ainsi que les risques liés à la gestion d’un Fonds d’investissement.

On pourrait imaginer dans un premier temps que les liquidités fournies au Fonds Souverain, même si émises progressivement, conduisent à un effondrement plus fort que souhaité de notre monnaie nationale. Le Fonds Souverain apporte lui-même la réponse à cette inquiétude! Puisque les investissements réalisés à partir du CHF mais investis dans des monnaies étrangères verraient leur contre-valeur en CHF augmenter mécaniquement, ils permettraient ainsi de rendre à la BNS la somme non seulement sans perte mais avec un profit proportionnel à la chute imaginée du CHF. Exemple : la BNS fournit 100 milliards à notre Fonds Souverain national. Celui-ci investit cette somme selon les règles décrites ci-plus haut. Le CHF perd la moitié de sa valeur, et donc la revente de la moitié seulement des investissements réalisés permet au Fonds de restituer à la BNS ce montant de 100 milliards pour annulation tout en conservant un profit substantiel au nom et pour le compte de la population helvétique.

On peut aussi bâtir le scénario inverse. Les marchés trouvant à ce point si fantastique notre concept, ils décident de se ruer littéralement sur notre monnaie nationale la propulsant à des hauteurs stratosphériques. Un tel déroulement me semble sortir de toute crédibilité. Toutefois, les marchés pouvant réagir de manière quelque fois si irrationnelle, on peut également répondre à cette interrogation. Si notre bon vieux franc suisse national venait à s’apprécier encore, et bien tout simplement nous pourrions répéter l’opération autant de fois que nécessaire, la fortune de notre Fonds Souverain augmentant de même que les revenus qu’il génère. En poussant le raisonnement jusqu’à l’absurde, on pourrait imaginer que les revenus du Fonds soient devenus tels qu’ils suffisent à assurer la prospérité économique de notre pays. Et si les marchés redevenus subitement sensés sortaient brutalement de notre monnaie la faisant s’effondrer, la réponse resterait celle du paragraphe ci-dessus conduisant simplement à un profit résiduel toujours plus important que les marchés seraient allés dans l’excès.

Enfin au niveau du Fonds lui-même, il resterait le risque d’une mauvaise gestion. La première réponse qui me vient à l’esprit : Nous autres suisses affirmons à la planète entière que nous disposons des meilleurs gestionnaires de fortune du monde. Si cela est vrai, nous devrions donc être capable de faire aussi bien que le GPFG norvégien. Ceci étant rappelé, la proposition apportée dans ces quelques lignes décrit bien une gestion prudentielle dans des classes d’actifs tangibles, et par définition peu spéculatifs, avec une répartition des risques poussée à son maximum. Cette façon de procéder garantit au maximum du possible une sécurité et stabilité de la masse sous gestion investie et la vraie question à se poser reste celle des risques que nous courrons si nous ne le faisons pas.

Au moment où j’ai démarré l’écriture de ces lignes (samedi 20 juin), la situation semblait se décanter sur le problème grec, mais personne n’arrive à en prévoir l’effet réel à prévoir sur la monnaie européenne. Dans un interview sur Forum du dimanche soir du 21 juin 2015, le banquier privé Michel Juvet (http://www.rts.ch/audio/la-1ere/programmes/forum/6863711-les-differents-scenarios-envisageables-pour-l-avenir-de-la-grece-21-06-2015.html) soulignait que quand on s’attendait à une crise grecque se finissant mal, l’EUR se renforçait! On peut penser que les marchés considéraient qu’une Europe sans la Grèce était peut-être plus crédible qu’avec et tant pis pour la casse. Dès lors bien malin qui peut prédire ce qui va réellement se passer et il n’est pas idiot d’envisager qu’un accord minimal dans le cadre de ce problème puisse être mal accepté par les marchés, même si accord il y a. De plus, au moment, où je les termine ces fameuses lignes la situation s’est brutalement empirée avec des risques que l’on arrive mal à estimer. Une zone Euro sans Grèce pourrait certes se révéler plus solide, oui, mais si la sortie se passe mal ???  Bien malin qui pourrait exclure de manière certaine un risque systémique!

Par ailleurs, mes lecteurs seront amusés de découvrir que durant le même dimanche soir, où l’on nous a rabâché les points de vues déjà bien connus des uns et des autres sur le problème grec, on a également parlé de notre BNS et de sa politique d’investissement. (voir : http://www.rts.ch/audio/la-1ere/programmes/forum/6883488-faut-il-des-regles-ethiques-pour-les-investissements-de-la-bns-28-06-2015.html ). Le débat entre MM. Feller et Nordmann montre clairement que
- la BNS réalise déjà des investissements à la manière d’un Fonds souverain, mais sans avoir une mission claire ici,
- que la question de l’indépendance de la BNS soulevé par M. Feller pourrait à terme devenir un vrai problème, alors que l’instauration d’un Fonds souverain national indépendant à la fois de notre BNS et de notre parlement garantirait au mieux que la BNS reste réellement indépendante alors que dans le cas contraire les velléités de prise de contrôle politique total ou partiel risquent de devenir difficiles à contenir,
- que les problèmes d’éthiques et durabilités des investissements réalisés au nom du Peuple Suisse mentionnés par M. Nordmann seraient également au mieux traités par la création d’un Fonds souverain avec une mission (cahier des charges) clairement définie par le législateur.

Et pour élever un peu notre point de vue, j’aimerais attirer l’attention de mes chers lecteurs sur un grand pays agissant de manière similaire bien qu’avec des principes infiniment moins responsables (vertueux!) que ceux proposés ici. Ce grand pays finance son déficit structurel en émettant de la monnaie (de singe?) à tire-larigot depuis des dizaines d’années. Les liquidités ainsi créées ne sont pas investies de manière durable (même si les billets sont verts) mais au contraire dépensée dans une politique mondiale aventureuse et pourtant le système perdure depuis des années sans difficulté majeure. Au contraire, l’affaiblissement de la monnaie nationale est vécu comme une chance permettant de renforcer l’industrie d’exportation. La politique infiniment plus vertueuse proposée ici nous offre des perspectives d’avenir sans comparaison.

Priver notre population de “l’opportunité franc fort”  et des profits que l’on pourrait en tirer, conduit aussi à lui faire subir toute une série de désagréments économiques sévères. La double peine est ici une évidence.

Laurent-David Jospin

Sources:
Government Pension Fund Global : https://www.regjeringen.no/en/topics/the-economy/the-government-pension-fund/government-pension-fund-global-gpfg/fund-performance/id696854/
Banque Nationale Suisse : http://www.snb.ch/ext/stats/balsnb/pdf/defr/A3_1_Waehrungsreserven_der_CH.pdf
Site de la TSR : http://www.rts.ch/info/economie/6880174-l-appreciation-du-franc-est-la-rancon-du-succes-de-la-suisse.html
et celles citées dans le texte directement

Le Grand Méchant Loup est sorti du bois, et il ment!!

Dans le cadre du débat public relatif à notre initiative populaire “pour une fiscalité écologique à la place de la TVA”, nous ne nous attarderons pas sur notre brave Conseil Fédéral pris la main dans le sac d’annoncer des chiffres manifestement totalement erronés (ce qui pourrait bien faire l’objet d’un autre post prochainement), mais sur les promesses de notre Conseillère Fédérale en charge des Finance nous promettant une autre taxe écologique soi-disant tout à fait efficace et beaucoup plus supportable au niveau de la population que celle proposée par les vert’libéraux.

Regardons cela d’un peu plus près! La taxe incitative pour l’essence annoncée se situerait donc à 28 centimes. Rappelons ici qu’il s’agit bien d’une taxe supplémentaire puisqu’à l’inverse de notre solution, aucune autre taxe n’est ni supprimée ou même simplement abaissée.

Évidemment, en première apparence 28 centimes semblent beaucoup moins élevés qu’un francs et quelques (environ 1.10). Mais voilà les apparences sont bien trompeuses, car ces 28 centimes représentent pour une famille modeste avec une voiture pas trop récente réalisant 25’000 km par an dont une part importante en trafic urbain plus de 45.– de charge supplémentaire mensuelle (25’000 km * 8lt/100 * 28 cts / 12 mois), alors que notre initiative “pour une fiscalité écologique à la place de la TVA ne conduit qu’à un supplément de charge de 13.– pour le cas le plus défavorable (voir document détaillant le calcul de l’impact sur les ménages)

Mais il y a beaucoup plus grave! Cette taxe supplémentaire promise par Madame E. W.-S, ne possède aucun effet incitatif réel, car elle se situe à un niveau inférieur aux variations usuelles du prix de l’essence elle-même, dont il est manifeste qu’elles n’ont jamais conduit à des baisses durables (pour être précis, il faut parler du couple essence + diesel, car la consommation d’essence a bel bien baissée mais au profit du diesel). Examinez bien le graphique ci-dessous sur une période d’un peu plus de 10 ans, on voit des variations de prix très élevées, la différence entre le minimum et le maximum s’approchant d’un franc.

Alors que la consommation de carburant reste globalement totalement stable!!! Les deux graphiques qui suivent le démontrent on ne peut plus clairement :

 

Dès lors ces 28 centimes annoncés par notre ministre des finances appartiennent donc sans aucun doute possible à la catégorie des leurres! Ils ne conduiront qu’à une augmentation de la fiscalité et de la bureaucratie, en clair tout le contraire de notre initiative. Et bien sûr, pas de gâteau sans cerise! La solution préconisée par notre ministre conduira également à un retard de notre pays dans les industries d’avenir représentées par les cleantech. Pour ma part, je ressens un fort sentiment de déjà vu, lorsque certaines forces politiques ont cru sensé de s’accrocher à l’intégralité du secret bancaire avec au final une perte totale sans aucune compensation, alors qu’il eut été possible d’en obtenir, et même des intéressantes!, si le processus  avait été initié en temps utile.

Pour évitez un gâchis innommable, le 8 mars votez OUI et faites voter OUI à l’initiative des vert’libéraux visant à supprimer la TVA et à la remplacer par une taxe écologique sur les énergies non renouvelables.

Laurent David JOSPIN

Mort aux à priori, vive l’innovation, vive la fiscalité écologique

En politique la mauvaise foi est de rigueur me dit on. Je n’aime pas cela, je ne souhaite pas jouer ce jeu là, mais apparemment je ne pourrai malheureusement pas changer quoique ce soit à cet aspect de la chose. Par contre, l’obscurantisme lui n’est tout simplement pas tolérable.

Regardez la campagne orchestrée par les opposants à notre initiative TE – TVA. Le discours revient sans cesse: supprimer la TVA? mais vous êtes fou, c’est impossible. Par contre ils sont dans l’incapacité absolue d’aligner 2 arguments qui tiennent la route pour soutenir ce point de vue.

On leur dit que le Fond Monétaire International préconise justement la substitution d’impôts existants et leurs remplacements par une fiscalité écologique : ils disent l’ignorer.

On montre chiffre à l’appui que la charge fiscale variera peu d’un ménage à l’autre. Ils le nient.

On explique que seule une action de grande envergure peut réellement contribuer à sauver le climat, ils nous répondent que d’autres mesures sont possibles mais sans dire lesquelles.

Tiens aujourd’hui, on se sentirait presque proche d’un célèbre personnage historique, comme celui-ci :

Désolé, mais l’obscurantisme ne permettra jamais à notre société d’avancer. Et aujourd’hui nous n’avons plus le temps d’attendre, la situation environnementale exige une action déterminante.

Votez OUI et faites voter OUI à l’initiative pour remplacer la TVA par une taxe sur les énergies fossiles afin de permettre à notre pays d’avancer vers la voie du progrès.

Laurent-David JOSPIN

La justice sociale l’exige, l’économie en profite, supprimons la TVA !!

L’année 2015 débute les chapeaux de roue tout au moins pour votre blogueur pourfendeur des comportements nuisibles à notre futur et plus encore celui de nos enfants.

Je vous avais annoncé une nouvelle importante, et bien la voici : j’ai été nommé coordinateur de la campagne romande pour l’initiative des Vert’libéraux ayant le titre exact “Remplacer la taxe sur la valeur ajoutée par une taxe sur l’énergie” mais que nous présentons “pour une fiscalité écologique à la place de la TVA”. Les deux désignations sont globalement bien exactes puisque le but de cette initiative vise à supprimer la TVA et la remplacer par un impôt  rapportant à la Confédération exactement le même montant total,  et donc coûtant également la même chose aux citoyens, frappant les énergies non renouvelables. En passant, je signale à ceux de mes lecteurs qui n’ont pas trouvé le post “cadeau” mais non notifié introduisant cette question qu’ils peuvent le trouver ici (ouverture dans un nouvel onglet) : http://www.famillejospin.ch/ouvrirlesyeux/?p=632.

Cette initiative vise, en premier lieu, à un progrès réel sur les plans de l’environnement, que cela soit la question climatique ou celle de la pollution, ainsi que celle  de la transition énergétique.  Mais aujourd’hui, étrangement je souhaite vous parler en premier lieu des aspects sociaux et économiques de cette initiative. En effet, pour être acceptable par le Souverain, il est indispensable que toute solution proposée au minimum ne perturbe pas trop les équilibres économiques de notre société et idéalement les améliore sur quelques aspects.

Or notre initiative, en plus de défendre l’environnement comme peut-être jamais aucune solution, tout au moins solution réaliste, ne l’a proposé jusqu’à ce jour,  corrige clairement des défauts important de nature fiscale ou bureaucratique et améliore tout autant clairement des aspects sociaux.

Parlons un peu de cette TVA que notre ministre des finances E. W.-S, a voulu présenter comme si indispensable à notre pays. Elle possède en réalité de nombreux défauts, à un point tel, qu’il y a depuis longtemps des professeurs d’économie qui proposaient de la supprimer purement et simplement.  Le défaut le plus connu, et faisant d’ailleurs l’objet de nombreuses études, tourne de son anti-progressivité : moins vous gagnez, plus vous payez proportionnellement de TVA. En effet, une personne aisée sur le plan financier et donc une certaine capacité d’épargne payera proportionnellement moins qu’une autre restreinte au niveau de ses revenus et devant dépenser jusqu’à son dernier franc pour assurer son minimum vital.

Il ne s’agit pourtant que d’un défaut de peu d’importance, quand on considère l’influence néfaste que cette taxe induit sur le travail. En effet, le principe de la TVA veut que l’on récupère la taxe payée sur les marchandises acquises à des tiers mais rien sur le travail produit en interne de l’entreprise. Dès lors, si vous considérez deux entreprises vendant toutes deux un bien x à un prix de vente de CHF 200.– TTC mais dont l’une importe le bien préfabriqué de l’étranger pour CHF 100.– TTC et l’autre le fabrique pour également CHF 100.– de coût de main d’œuvre interne, celle ayant délocalisé la fabrication paye seulement CHF 8.– de taxe (exemple valable pour la Suisse), alors que l’autre ayant assumé son rôle social CHF 16.– !! Cet exemple, certes très simplifié mais bien réel, démontre clairement l’effet très pernicieux de la TVA. Plus elle est élevée, plus elle pousse à délocaliser dans des pays à faible coût de la main d’œuvre. Globalement, on peut clairement parler d’incitation à l’irresponsabilité sociale.

Sur un plan plus subtil, on peut démontrer que la TVA représente également un frein important à l’innovation. Je ne voudrais pas développer tout le raisonnement ici, mais globalement le principe est le suivant : pour un assujetti X l’investissement dans une amélioration de ses processus ne se justifie que s’il génère un retour sur investissement supérieur au taux de TVA en vigueur. Or l’innovation se développe le plus fréquemment par petits pas apportant chacun un avantage modeste. Si vous découragez la réalisation de ces “petits pas”, c’est tout le chemin de l’innovation que vous barricadez. L’innovation de rupture existe, cela reste vrai, mais elle est rare et la plupart des grandes avancées se bâtissent  très progressivement. Ne croyez pas au hasard, si notre petit pays, avec un taux de  TVA encore modéré (8%), innove proportionnellement infiniment plus que nos grands voisins avec des taux très largement supérieurs (autours de 20%).

La charge administrative générée par les processus d’auto-taxation liés à la TVA ne relève pas du subtil! La grosse majorité des assujettis de type PME le savent bien intuitivement qu’ils perdent leur temps à s’occuper de cette paperasserie au lieu de faire prospérer leurs petites structure. Un rapport établi en 2013 par PWC – Price Waterhouse Cooper - (voir page 10 pt 1.3.2), sur demande la Confédération nous apprend que cette charge administrative coûte 1.8 milliard à l’économie annuellement.  Il s’agit d’un montant réellement considérable pour ne pas dire énorme. Supprimer cette bureaucratie insidieuse équivaudrait à réaliser proportionnellement le plus grand programme de relance économique mondial et ceci sans que cela coûte un seul centime au citoyen. Pour vous donner une simple idée, le programme de relance des USA de 2009 faisant suite à la crise de 2008, considéré par la majorité des auteurs comme le plus grand programme de relance économique de tout les temps, s’élevait à 789 milliards de $ US pour une population d’environ 310 millions d’habitants. Ce programme prévoyait donc un montant de relance par millions d’habitants d’environ 2.5 milliards. L’allégement bureaucratique induit par notre initiative correspond à 0,225 milliards par million d’habitants. Oui, mais voilà cette somme se répète année après année à la différence du programme américain qui était à versement unique. Capitalisé à 5%, cela équivaut à un programme total de relance de 4.5 milliards par millions d’habitant, ceci sans même prendre en compte que les 789 milliards dont on parle sont allé s’ajouter au fardeau de la dette US tandis qu’encore une fois notre solution ne coûte pas un centime de plus aux citoyens!!

On peut enfin rappeler que plus le taux de TVA s’élève plus la part d’économie souterraine grandit. Un économiste me disait “pour chaque point en dessus de 10% jusqu’à 3% de black en plus“. Cela semble assez cohérent avec ce qui est vécu en Italie, Espagne ou sud de la France dont on estime la part de transactions non déclarées à 30% pour des taux de TVA de l’ordre de 20%

En bref, la TVA s’oppose à la justice fiscale en frappant davantage les revenus faibles, affaiblit la cohésion sociale en favorisant ceux qui délocalisent la part de travail, alourdit gravement la bureaucratie de notre pays, et enfin freine sournoisement l’innovation. Le discours comme quoi la TVA serait l’impôt indispensable et idéal ne tient tout simplement pas la route.

On peut maintenant légitimement se poser la question si notre initiative réalise un meilleur score que la TVA sur ces aspects. J’affirme sans la moindre hésitation que tel est bien le cas et d’une manière telle que cela ne souffre aucune discussion.

Sur le plan de la justice fiscale, point de miracle, notre solution frappe également proportionnellement plus les petits revenus puisqu’il s’agit d’une taxe sur la consommation, ciblée sur les énergies fossiles dans le cas d’espèce, mais sur la consommation tout de même. Toutefois, grande différence avec la TVA, le citoyen possède la possibilité de moduler sa taxation en fonction de son comportement, ce qui reste totalement exclus dans le cas de la TVA. Ainsi les études économiques ont montré que la famille type helvétique selon sa classe de revenu payait grosso modo la même chose avec notre solution en lieu et place de la TVA à +/-5%, mais qu’elle possédait un pouvoir de variabilité pouvant monter facilement +/-15% en fonction de ses choix. Concrètement, cela signifie que notre initiative corrige quelque peu l’anti-progressivité d’une taxe sur la consommation en offrant au citoyen-payeur une récompense directe s’il opte pour des comportements durables.

En ce qui concerne la cohésion sociale, on oubliera la photo-finish car faire disparaître une aussi forte incitation à délocaliser, ne peut qu’aller dans le bon sens!

Pour la question de la lourdeur bureaucratique, taxer les énergies fossiles se révèle sans commune mesure plus simple que toute l’incroyable machinerie liée à la TVA. Il suffit en effet de taxer les 4 vecteurs principaux, soit  pétrole et dérivés, gaz, uranium et enfin dans une moindre mesure pour notre pays charbon, lors du passage en douane. Cette opération ne nécessite aucun fonctionnaire supplémentaire puisque l’appareil douanier est déjà en place. La partie essentielle de la réponse a déjà été donnée quelques paragraphes plus haut. Nous trouvons face à une chance unique de revitaliser notre économie sans charger le bateau de la dette. On relèvera les études récentes du SECO s’inquiétant de la faible productivité suisse, ou d’un pays devenu presque mono-produit de la part croissante contributive au PIB des pharmas, ou encore de se préparer à une baisse de notre niveau de vie suite à la diminution prévisible et importante de la place financière helvétique. Ne pas profiter d’une telle opportunité relèverait donc de l’aveuglement le plus total et ceci que l’on soit sympathisant de gauche ou de droite.

En complément de ce qui vient d’être dit, on peut souligner encore que la mise en place d’un tel mécanisme encouragera inévitablement nos PME à innover dans le secteur dit des “cleantech”. Notre pays regorge de compétences et savoir-faire, qui permettront à nos entreprises d’exporter des solutions innovantes et donc de générer des profits sur des secteurs d’avenir.

Si vous avez écouté soigneusement le discours de notre Conseillère Fédérale E. W.-S, elle nous annonce une autre fiscalité écologie avec des taxes en plus,  bien sûr sans suppression d’aucun autre impôt, et avec une redistribution via le principe de l’arrosoir. La conséquence se voit déjà, un alourdissement de la bureaucratie complété par une solution totalement inopérante et demandant donc à être révisé vers le haut plusieurs fois. Il faut le dire clairement, seule la solution des Vert’libéraux permet d’atteindre réellement les buts recherchés au niveau environnemental sans alourdir encore notre appareil bureaucratique ou notre fiscalité.

Mon discours semble très affirmatif, mais voyez-vous, nous ne sommes pas seul à le dire, car le FMI – Fond Monétaire International – dans une étude publiée en juillet 2014 dit exactement cela : la seule et unique solution pour réaliser la nécessaire transition énergétique consiste à supprimer des taxes existantes et à en transférer le montant équivalent sur des aspects environnementaux dont notamment le CO2 (voir réf. ci-dessous).

Le plus souvent, et au minimum dans une optique de court-terme, les besoins de l’économie et ceux de la solidarité sociale s’opposent. Alors pour une fois, une fois exceptionnelle où une solution répondant aux attentes des uns et des autres se présente à nous, disons oui d’une seule voix à l’initiative des Vert’libéraux pour supprimer la TVA et la remplacer par une taxe sur les énergies non renouvelables.

Le 8 mars votons oui à l’investissons “Remplacer la taxe sur la valeur ajoutée par une taxe sur l’énergie“, et corrigeons des injustices fiscales, mettons un frein clair à une bureaucratie galopante, favorisons la compétitivité de nos entreprises, tout en protégeant l’environnement d’une manière incomparable !!

Laurent-David JOSPIN

Sources:
Wikipédia, Plan de relance économique des États-Unis de 2009, http://fr.wikipedia.org/wiki/Plan_de_relance_%C3%A9conomique_des_%C3%89tats-Unis_de_2009
PWC. Messung der Regulierungskosten im Bereich Steuern, 26 Septembre 2013
Fond Monétaire International, Getting Energy Prices Right: From Principles to Practice, Juillet 2014

Lutte contre la pauvreté, et si on retournait la crêpe ….

Alors que nous annonçons avec fierté des résultats apparemment très positifs comme une croissance de x%, ou un revenu moyen ou médiant ayant augmenté de tant, ou une richesse globale dépassant un nouveau seuil, force est de constater que jamais nous n’avons dû dépenser autant pour l’aide sociale. Étrange paradoxe!

La lutte contre la pauvreté, quelque soit sa manifestation chômage pur et simple ou précarité du travail ou statut de working-poor ou encore … , appartient aux thèmes récurrents et centraux des débats politiques aussi bien dans notre petite Helvétie que dans le reste du monde.

Si l’on étudie un peu les solutions proposées par la gauche ou la droite classiques, on constate que d’une manière générale l’accent est mis sur l’idée de hausse des revenus. Mille et une solutions, quelques fois très créatives, sont imaginées pour soit favoriser, stimuler, encourager, voir même forcer une hausse des salaires. On oppose souvent création de richesse (plutôt à droite) contre re-distribution (plutôt à gauche).

Le minuscule problème, que tout le monde semble avoir oublié, reste que cela ne sert strictement à rien si le coût de la vie progresse dans la même proportion ou pire davantage.

Je suis certainement favorable à la création de richesse si elle  ne s’obtient pas au détriment de l’environnement et partant des générations futures, et tout autant favorable à une redistribution équitable et appropriée, tant et aussi longtemps que l’on ne tombe pas dans la spoliation et l’injustice crasse.

Mais peu importe, les faits sont têtus si votre salaire a augmenté de CHF 2’500.– à CHF 3’000.– et que dans le même laps de temps le kg de pain est passé de CHF 2.50 à CHF 3.50 votre situation ne s’est pas améliorée. (bien sûr, il s’agit ici d’une approche très simplifiée, mais seuls les esprits chagrins feront semblants de ne pas me comprendre)

Plus je pédale moins vite, moins j’avance plus fort ?!?!?

Or voilà l’indice des prix à la consommation ne reflète pas la réalité des couches inférieures de la population, ni même peut-être la réalité tout court. Un petit exemple édifiant : dans le mix de biens et services censés représenter le panier de la ménagère, vous trouvez une position couvrant l’électronique courante (ordinateur, téléphone mobile, ….), or le calcul prend en compte que l’ordinateur que vous achetez en 2014 est 2* plus puissant que celui de 2012 et donc à prix strictement égal, le calcul de l’indice se réalisera en prenant en compte une baisse de 50% de la position “informatique”, alors bien que lorsque vous êtes chez votre revendeur IT vous ne pouvez pas “couper” en deux l’ordinateur au prétexte que la moitié de sa puissance vous suffirait. Sans même parler de ce que je vous décrivais dans mon dernier post sur l’obsolescence programmée http://www.famillejospin.ch/ouvrirlesyeux/?p=576.

La douloureuse conclusion de ce qui précède correspond à dire que la classe la moins favorisée de la population peut se trouver dans une situation plus pénible que précédemment tout en se faisant dire que sa situation devrait quand même s’être améliorée puisque les statistiques générales l’affirment. Quelques signaux semblent ici tout de même assez clairs. Il y a d’abords ce bruit de fonds dans la vox populi comme quoi une fois que l’on a payé ses impôts, sa caisse maladie, son loyer, plus quelques autres incontournables il ne reste plus grand chose dans le porte-monnaie. Les médias se sont aussi récemment fait l’écho d’une augmentation importante des charges de l’aide sociale.

On évite de trop parler de cette partie réellement complexe du problème, car peu vendeur sur le plan politique, mais de fait presque personne n’ose nier la réalité de ce phénomène. En conséquence, il y a aujourd’hui une quasi unanimité sur l’échiquier politique sur la nécessité d’avoir de la croissance pour en quelque sorte gagner une certaine paix sociale. Tout notre système économico-politico-social a été conçu dans cette optique. On peut même parler d’enjeu majeur puisqu’à pratiquement chaque décision, ou votation populaire pour nous autres helvètes, on s’inquiète en premier lieu de savoir quel impact cela aura sur la croissance.

Si on “retourne la crêpe”  de notre problème pour voir quelle est l’aspect de l’autre face, on est obligé de constater que nous sommes gentiment en train de la carboniser cette partie  cachée pour que la face visible se présente en apparence au mieux.

Pour que le filet social global mis en place tienne, il nous faut de la croissance, y compris une croissance de la population. Non seulement cette croissance, et tout spécialement de la manière dont nous l’obtenons au jour d’aujourd’hui, endommage gravement notre environnement et donc celui de nos descendants mais en plus une dépendance manifeste et de plus en plus aiguë  rend tout ajustement du système hautement périlleux aussi bien politiquement, qu’économiquement et socialement. Il me semble que parler de fuite en avant n’est pas une exagération.

Si nous désirons sincèrement faire quelque chose de bien pour les défavorisés présents et futurs, il est essentiel de travailler deux aspects de nos équilibres sociétaux :
- soit premièrement réussir à mettre en place une société dans laquelle la croissance est un bonus non indispensable, et
- simultanément maintenir une possibilité de vivre décemment à un niveau de coût correspondant aux salaires planchers de notre population.

Si l’idée de base reste relativement simple, malheureusement sa concrétisation relève, aujourd’hui, un peu de l’utopie. Toutefois, ne pas prendre le chemin qui peut nous mener à un tel résultat serait une erreur majeure. Car, augmenter la pression dans un chaudière sans limite, ne peut conduire qu’à un seul résultat : l’explosion de la dite chaudière.

Des pistes existent et certaines font même déjà l’objet de débats mais en général pour d’autres raisons que celle de lutter contre la pauvreté stricto sensus. Elles possèdent pourtant toutes une qualité évidente dans l’optique de soit ne “pas trop charger le bateau” ou de garantir sa durabilité (ce deuxième aspect correspondant à ne pas trop le charger non plus mais à futur). On pourrait citer par exemple :

  • Repenser notre système de santé publique pour privilégier l’augmentation des années en bonne santé plutôt que l’augmentation tout court.
  • Flexibiliser notre système de prévoyance vieillesse pour permettre, voir inciter, à ceux qui le peuvent ou le souhaitent de conserver une part d’activité plus longtemps qu’actuellement.
  • Bien évidemment basculer notre société de consommation vers une société d’investissement comme l’appelait mon post sur l’obsolescence programmée cité ci-dessus.
  • Révolutionner notre agriculture en lui faisant intégrer les concepts de la permaculture, car épuiser nos sols et nos biotopes équivaut à gravement appauvrir nos enfants et tout ceux qui suivront.
  • D’une manière générale concevoir nos utilisations des ressources naturelles comme des cycles devant être fermés!
  • Réorienter la taxation fiscale pour cibler les impacts sociaux ou environnementaux de la création de richesse plutôt que la création de richesse elle-même.
  • Et bien d’autres encore …

Toutes ces mesures, et parfois contrairement aux apparences, s’attaquent aux causes profondes de la pauvreté plutôt qu’au symptômes. Et la médecine nous a bien appris que lutter contre les symptômes plutôt que les causes ne permettra jamais de guérir vraiment.

Encore une fois, je reste tout à fait conscient que certaines des pistes évoquées relèvent d’un idéal peut-être assez lointain. Mais permettez-moi alors de compléter l’observation et dire qu’il s’agit là d’une raison supplémentaire pour se mettre le plus vite possible en chemin afin d’atteindre le but sans retard. Finalement, la lutte contre la pauvreté relève d’une logique très similaire à la préservation de l’environnement, plus longtemps on cache les problèmes sous le tapis, pire sont les conséquences.

Voilà, j’espère avoir retourné la crêpe une première fois pour vous montrer la face cachée de nos équilibres sociétaux, et ensuite une deuxième fois pour crier que cela n’est pas une fatalité mais qu’un autre chemin existe, différent des pseudos-solutions rabâchées depuis des années qu’elles soient de gauche ou de droite.

Laurent-David Jospin

Plus cher cela coûtera …. conclusion sur l’équation de Kaya

Avec ce post nous terminons notre voyage ayant comme fil rouge l’équation de Kaya.
Vous trouvez l’introduction ici :Une équation prédit l’enfer sur terre, voulez-vous jeter un coup d’oeil? (série à suivre)
La présentation générale de l’équation et sa justification :Une équation prédit l’enfer sur terre, mais que dit-elle au juste?
Le décryptage réalisé par un “climato-convaincu” : une équation prédit l’enfer sur terre? Comment changer?
Et enfin l’analyse à destination du “climato-sceptique” : Une équation prédit l’enfer sur terre? Et si le réchauffement climatique n’existait pas?

Il convient d’être humble même si l’ensemble de ces 4 posts + ce dernier arrive à un total de 8000 mots, cette analyse reste à un niveau global d’ensemble et non de détails. L’équation de Kaya a été la source d’un nombre plus que conséquent de publications. Pour ceux qui le souhaitent, il est possible d’approfondir la réflexion à volonté. Une seule chose demeure, la tendance générale que j’ai essayé de vous transmettre le plus fidèlement possible se confirme dans toutes les analyses!

Cette remarque liminaire posée, rappelons-nous ce que conclut le “climato-convaincu” de l’équation de Kaya. Si nous souhaitons réellement éviter une catastrophe climatique de grande ampleur, dont les conséquences ne seront vraisemblablement pas supportables au sens premier du terme, nous devons organiser un transfert de notre mode de consommation énergétique vers le tout renouvelable à marche forcée pour avoir une économie quasiment décarbonnée aux alentours de 2050.

Le “climato-sceptique” découvre lui avec un faux étonnement que les stocks d’énergie non renouvelable sont par définition finis et qu’il faudra bien, un jour ou l’autre, être en mesure de s’en passer, l’expression “être en mesure” prenant ici un sens particulièrement aigu si l’on souhaite éviter une régression majeure de notre civilisation.

Le naïf écoutant les points de vue de l’un et l’autre ne comprend dès lors pas pourquoi le “climato-sceptique”, tout en gardant sa conviction erronée, personne n’est parfait que diable, n’accepte pas la transition énergétique proposée par le “climato-convaincu”. Car même si elle n’est pas nécessaire climatiquement parlant, elle permet d’éviter le risque de récession économique gigantesque découlant d’un tarissement progressif des sources d’énergies fossiles.

Nous touchons ici au nœud crucial de toute la problématique. Aujourd’hui, lorsque nous consommons de l’énergie fossile ne nous payons pas les coûts induits (pollution, réchauffement, destruction des milieux naturels, …) et indubitablement le fait de disposer abondamment d’une énergie, que l’on pourrait quasiment assimiler à de l’énergie gratuite au vu du rapport entre prix payé et coût effectif, représente le meilleur stimulant de l’économie que l’on puisse imaginer. Vous pouvez toujours essayer de faire tourner la planche à billets, si la population ne dispose pas de plus d’énergie, elle ne peut pas consommer plus!

Il existe plusieurs espèces de “climato-sceptiques”. Point de catalogage ici, celui qui nous intéresse ici affirme haut et fort l’impossibilité de réaliser la transition énergétique, car il ne manque pas de mettre en avant toutes les difficultés, notamment économiques, que nous rencontrerons si subitement nous devons payer le vrai prix de l’énergie.

L’argument massue est toujours le même : si nos entreprises doivent payer leur énergie x fois plus cher, elles perdront toute compétitivité et il en découlera de graves problèmes économiques.

On peut ici rappeler sur la croisée des courbes entre le fossile et les renouvelables. Durant les années 1990 à 2002, le baril de pétrole coûtait environ 22 US$ en prix moyen. Comme un baril permet de générer environ 800 kWh d’électricité (énergie primaire * efficience proche de 50%), le kWh électrique généré depuis une centrale au fioul possédait un coût “matière” d’environ 3 cts. Comme il faut exploiter, entretenir et amortir la centrale elle-même, il ne semble pas déraisonnable d’annoncer un prix total de l’époque par kWh d’environ 8 cts. A cette époque, un kWh d’origine solaire coûtait au-delà  de CHF 1.–! Aujourd’hui en 2013/2014, le baril de pétrole coûte globalement 100 US$, poussant dès lors le coût total du kWh sur base fioul à plus de 15 cts. Allant en sens contraire, l’évolution du solaire permet aujourd’hui de générer des kWh à moins de 20 cts!

Certaines prévisions pour l’horizon 2025 laissent penser que le baril de pétrole devrait se situer vers les 250 US$ (Reuters) conduisant à un coût du kWh comme ci-dessus vers les 35 cts, alors que dans le même temps on espère une baisse du solaire conduisant le kWh solaire vers les 10 cts. Il est exact que d’autres prévisions sont moins pessimistes comme par exemple celle de l’AIE qui envisage un baril à 128 US$ pour la même période. Cette différence de prévision est logique, car les pronostiqueurs sont tout sauf neutres. On le voit de la manière la plus évidente en étudiant les prévisions de l’OPEP elle-même qui ont toujours été dépassées. Au final, cela importe peu car quels que soient les scénarios retenus, la baisse des renouvelables conduit à ce qu’ils deviennent les plus compétitifs dans tous les cas à brève échéance.

L’élément le plus fort et le moins manipulable reste simplement la différence entre la demande et l’offre. En 2035, les prévisions les plus basses annoncent une demande à hauteur de 100 millions de barils par jour. La production escomptée se situe vers les 65 millions de barils par jour. Aujourd’hui, la configuration serait plutôt demande 90 millions contre production 80-85 millions. Le gap qui va donc au minimum être multiplié par 4, ne peut que conduire à une explosion des prix selon la loi de l’offre et la demande.

Dès lors il apparaît clairement que de ne pas réaliser la transition énergétique n’est pas une économie mais un report de charge avec intérêts en sus cela va de soit.

Plus tardivement nous nous attaquerons à ce problème, plus cher cela coûtera. Comprenez-moi bien, plus cher cela coûtera en terme économique bien sûr, mais aussi plus cher cela coûtera en terme de souffrance et de vies humaines. La vraie conclusion de l’équation de Kaya est ici : repousser la transition énergétique ne fait qu’augmenter son coût, et si l’on attend trop les conséquences dépasseront notre capacité de “payement” avec au final un possible effondrement de notre civilisation telle que nous la connaissons.

Et ici il ne s’agit pas de politique mais d’une simple conséquence mathématiquement et froidement inéluctable!

Laurent-David JOSPIN

Sources :
Agence Internationale de l’Energie, “World Energy Outlook 2013
ainsi que celles des posts précédent traitant de l’équation de Kaya

La confiance ne se décrète pas, elle se mérite jour après jour!

Une petite pause dans notre série sur l’équation de Kaya, dictée par l’actualité brûlante, cela va de soi! La conclusion de notre série Kaya est agendée pour le milieu de la semaine prochaine, sauf imprévu.

La grande majorité de nos contemporains n’ont pas eu l’occasion d’étudier la théorie de la création monétaire, et c’est bien dommage.

On oublie en effet trop souvent que nos monnaies actuelles ne sont que fiduciaires et qu’elles ne doivent leur existence que grâce à la confiance que nous plaçons en elles. Le citoyen lambda croit souvent qu’une réserve d’or existe quelque part qui couvre l’argent en circulation. Or, c’est majoritairement faux!

Pour mettre juste un rappel de clarification sur la table, en 2012 l’ensemble des numéraires en circulation avoisinait les 56 milliards et la BNS possède environ 1000 tonnes d’or soit au cours actuel 35 milliards. Si l’on élargit le regard à, non plus seulement les numéraires, mais toutes les formes de monnaie (dépôts, comptes bancaires, emprunts, …), on arrive à un total de 813 milliards pour des actifs de la BNS (Banque Nationale Suisse) à hauteur de globalement 450 milliards. La plus grande partie de ces actifs sont d’ailleurs des réserves de change (euro, US$, …) qui sont elles-mêmes des monnaies fiduciaires donc également basées sur la confiance (et accessoirement nettement moins solides que notre bon vieux franc suisse).

L’ensemble de la construction tient, car nous avons confiance! C’est le principe même de la monnaie fiduciaire. C’est pourquoi le législateur s’est efforcé de créer une entité censée garantir la stabilité de la monnaie et totalement à l’abri de toute influence politique, soit la BNS.

Lorsque certaines autorités cantonales se lamentent de ne pas pouvoir toucher ce qu’elles avaient espéré comme dividende de la dite BNS, indirectement elles exercent une pression qui contrevient à la règle de l’indépendance.

Il serait bon, à mon avis, d’introduire une règle dans les finances cantonales interdisant de budgéter quelques revenus que ce soit provenant de dividende de la BNS premièrement, et deuxièmement obligeant à utiliser tout versement de cette source pour le désendettement dans le cas où le canton présenterait une dette dans son bilan. Ce n’est que libéré de toute dette, que le montant pourrait être utilisé librement.

Une telle solution présenterait comme avantage, en plus de libérer la BNS de toute pression malvenue, de gérer les dividendes de la BNS au bénéfice de plusieurs générations et non pas seulement de celle qui reçoit le versement.

Laurent Jospin

Source : Office Fédéral de la Statistique, “Politique monétaire – Données, indicateurs Masses monétaires M1, M2 et M3 – Valeur annuelle”

une équation prédit l’enfer sur terre? Comment changer?

Ce post est  la suite notre série sur l’équation de Kaya “Une équation prédit l’enfer sur terre, mais que dit-elle au juste?“.

Aujourd’hui, nous cherchons à répondre à la question suivante : Si vous n’appartenez pas à la catégorie des climato-sceptiques et que conséquemment vous souhaitez réduire les émissions carbone de l’humanité, comment allez-vous vous y prendre?

Il convient en premier lieu de déterminer votre objectif en terme quantitatif! En effet, il ne suffit pas de réduire un peu le CO2 pour avoir un effet suffisant. Les dernières prévisions des climatologues peuvent se résumer en deux points principaux. Premièrement, même si l’on stoppe toute émission de CO2, le réchauffement va se poursuivre encore plusieurs centaines d’années avant que l’environnement ait pu re-capturer tout le carbone en excès. Deuxièmement, le réchauffement apparent récent est anormalement faible, toute une série de facteurs se sont conjugués (dont le cycle solaire faible dont je vous parlais dans mon post du 19 juillet J’enlève et il y a plus ???), il est impossible de prédire précisément quand ce freinage va disparaître, mais deux choses demeurent, soit que l’on parle ici de dizaines d’années tout au plus, et qu’une fois le “frein” enlevé, nous devons nous attendre à un véritable emballement.

Donc, si nous voulons rester cohérents, il ne s’agit pas de diminuer quelque peu le côté CO2 de l’équation, mais bien de l’approcher le plus possible de zéro (oui 0=0!). Et pour mettre la formule à zéro qui est une suite de multiplication, il “suffit” de tirer un facteur vers zéro sans qu’un autre facteur diverge vers l’infini.

Dans une approche plus modérée, le consensus des climatologues décrit une nécessité de diminuer d’au minimum un facteur 3 nos émissions d’ici 2050. Il semble utile ici de rappeler que ce consensus date d’avant l’étude de l’EPFZ conjointe avec l’université de Princeton et que régulièrement les prévisions sont révisées vers le pire. La réflexion qui suit sera imaginée sur soit aller franchement vers le zéro ou alternativement diviser par 5 (substitution au facteur 3 ci-avant et déterminé insuffisant) nos émissions totales, ce qui, dans l’état de la technique et de l’économie mondiale, revient pratiquement au même.

Pour une fois, changeons nos habitudes et lisons de droite à gauche l’autre côté de l’équation. Donc si nous voulons faire tendre vers 0 le terme CO2, nous avons comme première possibilité de faire tendre vers 0 également la population mondiale. Je ne sais pas pour vous, mais pour moi cette perspective n’est pas du tout réjouissante, mais alors pas du tout.

Ils sont fous ces humains, aurait dit Obélix!Ils sont fous ces humains, aurait dit Obélix!

En poussant un peu plus la réflexion sur cet aspect précis, nous avons deux sous-options à disposition. On peut envisager d’introduire un contrôle strict des naissances pour réduire la population en quelques générations avec à la clef une conséquence vraisemblablement insupportable sur la pyramide des âges et donc notre système de prévoyance vieillesse, sans même parler des horreurs générées par un tel contrôle politisé des naissances.

L’autre variante consisterait à s’organiser un petit génocide de derrière les fagots pour ridiculiser Hitler, Staline, Pol Pot, et quelques autres abominables que j’oublie, une bonne fois pour toute. Cette solution présenterait un avantage d’efficacité évident, mais encore une fois je ferai tout ce qui est dans la mesure de mes modestes moyens pour éviter l’ouverture des portes de l’enfer. Je sais bien qu’envisager une telle option n’est pas drôle du tout, et je m’excuse auprès des lecteurs choqués, mais vous comprendrez en lisant la réflexion symétrique pour les climato-sceptiques que cela n’est pas anodin du tout.

En clair, il nous faut admettre que la population mondiale ne va pas baisser. Au contraire les prévisions des démographes nous annonçant une population mondiale en croissance jusque vers 10 milliards d’individus environ avant stabilisation doivent être prises en compte dans notre équation. Le corollaire est que comme résultat intermédiaire, nous n’avons pas une baisse du total de la formule et donc du C02,  mais au contraire une hausse d’environ 40% (nouveau CO2 = ancien CO2 divisé par 7 milliard d’habitants mais multiplié par 10 milliards de nouveaux habitants 7 + 40% de 7 ==> 10).

Passons maintenant au terme PIB/POP. Pour mettre ce terme à zéro, le PIB doit tendre vers zéro également. Donc en clair et français, le niveau de vie moyen de la planète devrait s’effondrer pour s’approcher autant que possible du “à peu près rien”. Soyons clairs, personne ne souhaite cela, et même si un “despote éclairé” cherchait à imposer une telle évolution, tout le monde sait que cela générerait des émeutes puis une guerre civile totale.

A l’heure actuelle, les économistes, de gauche comme de droite, affirment tous qu’une croissance est nécessaire pour maintenir nos équilibres sociétaux.  A nouveau, nous n’avons rien réussi à perdre mais sommes de nouveau en train de “gagner”, ce qui pour une fois ne nous arrange pas du tout.

Ensuite, nous pouvons travailler sur la quantité d’énergie nécessaire pour générer chaque unité de PIB. Sur cet aspect précis, il y a matière à gagner quelque chose, cela s’appelle l’efficience énergétique. Malheureusement, il y a une limite à ce qui est possible ici. L’expérience des années passées nous montre qu’il a été possible d’obtenir une réduction d’environ 30% en à peu près 40 ans.

Nous pouvons essayer une prévision très optimiste, mais alors vraiment très optimiste, en disant que nous allons réussir l’exploit de diminuer ce facteur du même ordre de grandeur que l’évolution spécifique du passage des ampoules à filament à celles à basse consommation soit un facteur 5 en ordre de grandeur. Non seulement, cette prévision, transcrite sur l’ensemble de toute la technique, est à ce point si optimiste qu’elle en devient peu crédible, surtout si l’on prend en compte qu’usuellement les premiers gains d’efficacité sont les plus faciles à obtenir, mais quoiqu’il en soit, il se rajoute un méchant effet pervers qui va bien nous embêter.

En effet, plus une technologie devient efficiente plus elle a tendance à se démocratiser. Dès lors chaque unité individuelle consomme effectivement moins voir beaucoup moins, mais comme il y en a de plus en plus, la multiplication de l’un par l’autre ne représente pas une diminution mais une augmentation! On pourrait citer l’exemple des téléphones portables en faisant la comparaison avec la valise de 1990 contre le smartphone de 2013. La consommation doit bien avoir été divisée par un facteur 20 (à l’œil), mais comme de l’autre côté le nombre de téléphones portables a augmenté d’un facteur 1000 (au bas mot) /20 * 1000 représente toujours une consommation supplémentaire d’un facteur 50!!!

Dès lors, il est difficilement contestable que ce facteur Etot/PIB ne nous offrira aucun secours non plus, ou alors si faible qu’il en sera presque négligeable.

Au final, il nous reste donc que le facteur CO2 / Etot pour réussir à tirer l’ensemble de notre équation vers zéro. En première lecture, on ne voit pas d’impossibilité absolue à tirer rapidement en bas ce dernier facteur de notre formule. Simplement, si l’on met en relation l’importance de l’effort à fournir pour réellement limiter au moins les dégâts les plus graves, avec la réalité de l’évolution des ENR (énergies renouvelables) sur le terrain, on se rend très vite compte que nous faisons complètement fausse route à l’heure actuelle.

Si comme imaginé plus haut, nous devrions viser, en ordre de grandeur, de diviser par 5 nos émissions d’ici 50 ans maximum, et de nous approcher de zéro d’ici 2100 pour être crédible dans une démarche visant à sauver le climat de la planète voir la planète tout simplement; et comme au vu des explications données ci-dessus, il faut s’attendre à une péjoration cumulée des autres facteurs d’environ 2*, il faudrait donc, pour obtenir notre diviseur final de 5,  en réalité diminuer notre ratio carbone/kWh d’un facteur 10 d’ici 2050. En clair et français, en partant de la supposition qu’il restera quelques domaines offrant des facteurs de résistance importants pour des raisons techniques ou autres, cela signifie que nous devons planifier de passer au quasiment tout renouvelable d’ici 40 ans au maximum.

La réalité du terrain diverge malheureusement très fortement de cet objectif. Des freins immenses et de toutes natures existent encore aux renouvelables d’un côté,  de l’autre des groupes de pression cherchent, par exemple, à faire passer le gaz de schiste comme une solution pour défendre le climat (si, si !!),

Dès lors, sans une prise de conscience réelle, rapide et de grande ampleur, nous pouvons sans risque de nous tromper annoncer des catastrophes climatiques toujours plus graves avec toujours plus de morts et dévastations à la clef. Selon la banque mondiale les pertes dues aux catastrophes naturelles ont quadruplé en 30 ans, alors bien que les effets du réchauffement actuel ne sont qu’un pâle avant-goût de ce qui nous attend!

Dans notre prochain post, nous poursuivrons la réflexion en posant comme postulat que le réchauffement climatique n’existe pas ou ne représente pas un problème.

Laurent-David JOSPIN

Sources :
Science & Vie, janvier 2014 N° 1156, “on sait quand le climat basculera dans l’inconnu
Science & Vie, Décembre 2013 N° 1155, “Réchauffement, mais où est-il donc passé?
Nature Climate Change, Swiss Federal Institute of Technology Zürich + Princeton University, “continued global warming after CO2 emissions stoppage
ETHZ, 25.11.2013, Fabio Bergamin, “Underestimated future climate change?
Banque Mondiale, Novembre 2013, rapport dans le cadre de la conférence sur le climat à Varsovie.
ainsi qu’un emprunt à Astérix et les jeux olympiques dans le cadre du droit de citation

Une équation prédit l’enfer sur terre, mais que dit-elle au juste?

Ce post est une suite au post Une équation prédit l’enfer sur terre, voulez-vous jeter un coup d’oeil? (série à suivre) du 9 décembre 2013

Ceci étant rappelé, que découvrons-nous dans cette fameuse équation? Que le CO2 émis par l’humanité est égal à une multiplication de facteurs dont :

En premier lieu la quantité de CO2 par quantité d’énergie consommée. Cette valeur dépend notamment du type d’énergie mise en œuvre, le charbon représentant la source la plus émettrice, les renouvelables les sources les moins émettrices (note : le renouvelable généré à partir d’équipements fabriqués sur base d’énergie fossile contient encore du CO2 implicite de par son énergie grise, le renouvelable de deuxième cycle partant d’énergie elle-même déjà renouvelable pour la fabrication des équipements nécessaires n’en contient plus du tout.). On reste dans le très intuitif ici, plus mes sources d’énergies sont émettrices plus je vais en émettre toutes choses restant égales par ailleurs.

Symétriquement, on prend aussi en compte, la quantité d’énergie nécessaire par unité de PIB. On peut assimiler, de manière très simplifiée, le PIB total de la planète au revenu disponible à partager entre tous ses habitants. Une économie très peu efficiente va nécessiter beaucoup d’énergie pour chaque création de richesse, alors qu’à l’inverse une haute efficacité énergétique permettra de limiter ce besoin en énergie pour le même résultat final (on peut prendre comme exemple la comparaison des situations avant et après l’introduction de la redevance poids lourd, à l’initial il était fréquent que des camions réalisent des courses à vide, une fois la RPLP mise en place cette pratique avait complétement disparu alors que la quantité de marchandise transportée n’avait pas baissé).

En toute logique, il faut considérer également le rapport du PIB total à la population totale (soit plus ou moins le revenu disponible pour chaque habitant de la planète), étant donné que, toujours toutes choses restant égales par ailleurs, si le PIB par tête augmente, on obtiendra une augmentation du PIB total et donc une augmentation de la production de CO2. On peut relever ici qu’il s’agit d’une relation éminemment politique objet de tout les débats ou projet de société. Si on descend du niveau planète au niveau pays, on peut observer la très forte corrélation entre cette valeur, qui ne représente ni plus ni moins que le niveau de vie d’un pays, et l’importance des émissions de CO2 (note : la corrélation n’est évidemment pas parfaite car certains pays en phase de rattrapage polluent proportionnellement plus que leurs niveaux de vie réels car ils souffrent d’équipements désuets ou sur-utilisent des sources très polluantes comme le charbon, mais la relation reste globalement vraie et dans tous les cas vraie toutes choses restant …..).

Au final, il reste bien sûr la population totale, car plus nous sommes, plus nous aurons tendance à polluer. A nouveau toutes choses restant égales par ailleurs, plus de population doit représenter une émission totale de CO2 supérieure.

On constatera enfin, que peu ou prou, cette équation met en relation les valeurs les plus fréquemment mentionnées dans les analyses politiques, démographiques, ou encore économiques.

Tout ceci étant posé, nous attaquerons dans notre prochain post l’analyse du point de vue du “climato-convaincu” avec un post “une équation prédit l’enfer sur terre? Comment changer?“.

Laurent-David JOSPIN

Une équation prédit l’enfer sur terre, voulez-vous jeter un coup d’oeil? (série à suivre)

Bien disséquée, j’affirme que cette équation annonce potentiellement un effondrement brutal de la population et donc des milliards de morts, si les décisions nécessaires ne sont pas prises maintenant.

Le but de cette série sera de vous démontrer que peu importe que vous soyez convaincu de l’urgence d’agir contre le réchauffement climatique ou au contraire climato-sceptique, il faut dans les deux cas, de toute urgence, décarbonner notre société.

Pour que l’ensemble soit pertinent, il nous faudra descendre à un niveau de détails conduisant à ce que la longueur du message dépasse nettement ce que la forme de communication par post dans un blog autorise pour rester lisible. Tout tourne autour de notre dépendance à l’énergie, de l’impact de notre sur-consommation sur les équilibres planétaires, ainsi que des conséquences d’une baisse de la disponibilité de cette énergie même de peu d’importance.

Entrée en matière, présentation de cette fameuse équation

Pour ceux qui la connaissent, vous avez reconnu l’équation dite de Kaya, ici présentée dans sa forme simplifiée, Monsieur Yoichi Kaya étant un distingué scientifique japonais étudiant les questions énergétiques.

On peut en premier lieu s’interroger si cette formule est bien correcte mathématiquement. Sans vouloir prétendre créer un cours de mathématique, on constate néanmoins de manière instantanée que les termes suivants se simplifient

Car si je multiplie et divise par le même chiffre, je puis tout aussi bien ne rien faire mathématiquement parlant, toutefois écrire bêtement, après simplification, que

n’apporte pas grand chose mis à part que tout le monde devrait être d’accord sur le fait que la quantité de CO2 totale émise par l’humanité est égale à la quantité de C02 totale émise par l’humanité. Nous en resterons donc à la première égalité présentée, que nous savons maintenant être vraie, car elle nous permet de mettre en évidence différents facteurs clefs  influant  directement la production totale de CO2 par l’humanité et ainsi de les discuter, respectivement de clarifier dans quelle mesure nous pouvons les manipuler pour obtenir ce que nous souhaitons de l’autre coté de l’égalité.

Le fil rouge de notre discussion, au long des posts qui suivront, passera en revue chacun des facteurs constitutifs de l’équation dans une logique “nous voulons lutter contre le réchauffement climatique“, puis réalisera en réflexion miroir la dissection de l’option “le réchauffement climatique ne nous pose pas de problème particulier“. Au final, la réconciliation des deux points de vue conduira à une vraie surprise pour beaucoup.

A suivre dans un prochain post “Une équation prédit l’enfer sur terre, mais que dit-elle au juste?

Laurent-David JOSPIN

Source : Gilbert M. MASTERS & Ela P. WENDELL, Introduction to Environmental Engineering and Science (third Edition), Prentice Hall, pages 531 et ss.

Soyons pervers mes frères!

Non, ce post ne traitera pas de déviance sexuelle, désolé pour ceux qui espéraient se délecter de turpitudes néo-freudiennes. Nous allons naviguer dans un espace bien plus austère, et parlerons donc de la relation entre l’érosion du capital générée par la fiscalité et son rapport à la vertu (respectivement au vice comportemental) du contribuable-investisseur lambda.

Pour que le tout soit le plus frappant possible, nous retiendrons comme cas d’école celui de la France et sa très célèbre Incitation à Sortir de France plus communément appelée ISF. Le comportement cohérent , oups excusez-moi, lâche de la fuite ne nous intéressant pas, nous partirons de l’idée simple que le dit investisseur va chercher en premier lieu à compenser simplement le dit impôt par le rendement.

Ce premier objectif de base ne suffit bien évidemment pas du tout, car il doit également compenser le renchérissement, s’il souhaite que son capital conserve la même valeur réelle et non pas nominale. Il s’ajouterait encore à ceci un montant adéquat pour couvrir les risques en fonction du type d’investissement retenu, aspect négligé dans les chiffres ci-dessous.

C’est tout cette fois? Et bien non, car les revenus nécessaires pour atteindre l’objectif ci-dessus deviennent eux-mêmes objets à fiscaliser et sont donc taxé au taux marginal des divers impôts et taxes sur le revenu. En conséquence, la formule permettant de déterminer le rendement minimal pour atteindre un simple équilibre possède l’aspect suivant :

Rmin = (Tisf + Trench +Crisq) / (1 – Tmarg)

Avec Tisf = Taux de l’impôt sur la fortune, Trench = taux du renchérissement, Crisq = couverture du risque lié à l’investissement, Tmarg = taux marginal de l’impôt sur le revenu s’appliquant sur la tranche considérée, le Rmin ici calculé correspond au point d’équilibre en dessous duquel le capital s’érode et en dessus duquel il y a une croissance réelle du patrimoine.

En langage courant, tout ceci signifie simplement que plus les divers impôts en question sont élevés, plus le rendement en dessous duquel le capital perd de sa valeur au fil du temps est élevé, ou encore que si le taux marginal devient très élevé, le rendement nécessaire se met lui carrément à galoper sans limite aucune (un mathématicien aurait dit que la valeur limite de Rmin si Tmarg s’approche de 100%  diverge vers l’infini). Très concrètement dans le cas de notre grand voisin, on apprend dans la revue capital de juillet 2013 page 81 que, hors niche fiscale, il faudrait atteindre un rendement de 9% pour avoir l’équilibre en terme de pouvoir d’achat. Et encore ceci ne concerne pas un assujetti à une tranche à 75% en cours d’instauration, car sinon Rmin est bien plus élevé encore (diverge vers l’infini, on vient de vous le dire).

Or un rendement net de 9% sur des investissements patrimoniaux ne s’obtient pas juste en claquant des doigts. Vous pouvez essayer les effets de levier (ex. l’immobilier), ou la spéculation sur une valeur attendue en hausse mais alors vous prenez des risques.

Une comparaison de quelques rendements nets possibles dans divers type de placement est éloquente :

Pétrole et produits assimilables : des 30% et plus annuels sont usuels
Transport maritime, location de container : 15% annuel
Exploitation minière : selon le type jusqu’à 100%
Fabrication de pesticides : Monsanto 2013 estimé >16%
Industrie plastique (qui nous crée tant de soucis de micro-polluants) : supérieur à 10%

Tandis que dans le même temps, vous obtiendrez des rendements nets de l’ordre de 4-6% sur la majorité des projets en énergie renouvelable, voir sur le projet d’une connaissance visant à faire de la reforestation dans divers pays du tiers-monde, un rendement initial de 2% pendant une grosse dizaine d’années puis une lente croissance vers un 6-7% au bout de 20 ans. Ce dernier exemple est éloquent. Le concept prévu permet d’intégrer les populations locales en les associant à la démarche ab initio; et à très long terme, la création de valeur, et surtout de valeur durable, est exceptionnelle, car la forêt reconstituée est exploitable pour elle-même, mais elle permet également un renouveau de l’agriculture locale en protégeant les sols. Mais voilà, le rendement initial financier apparent est de 2%!

On s’attendrait dès lors à ce que les gouvernements de pays à fiscalité (trop (beaucoup trop)) élevée s’efforcent de créer des niches fiscales incitant à des comportements vertueux. Dans la pratique, et de ce que je vois, c’est loin d’être le cas, la plupart des niches fiscales étant basées soit sur des aspects sociaux, ou carrément sur du clientélisme électoral. Mais à mon avis, le pire du pire se cache dans l’instabilité du système avec la crainte affichée que le mécanisme mis en place soit remis en question à la législature suivante suite à une alternance politique. Ce manque de confiance conduit naturellement à des calculs à très court terme et donc  une prise en compte à peu près nulle des facteurs environnementaux qui appartiennent tous au long terme.

Vous voulez un exemple concret? Tout simple! La grande majorité des niches fiscales françaises liées à la construction de logement ont été occupées par des programmes “industrialisés” à grande échelle à base notamment d’élément préfabriqués. La plupart de ces constructions ont été réalisées à des coûts imbattables  pour garantir un rendement immédiat optimisé mais au détriment de la durée de vie ou même parfois de la performance énergétique immédiate. Il suffit de penser aux très nombreux HLM construit à la fin des années 60 que l’on rase déjà à partir des années 90 / 2000! On pourrait quasiment parler d’obsolescence programmée, si l’on considère qu’un immeuble bien construit d’avant 1900 peut espérer rester debout et en exploitation largement plus de 200 ans dès lors qu’un entretien normal est appliqué!

Sur ces questions de voracité fiscale et insécurité du droit, notre grand voisin peut certainement prétendre à une place sur le podium, et vous me direz que la situation n’est pas si grave chez nous. Pas faux! Mais attention une glissade incontrôlée survient rapidement et sans crier gare, remonter la pente est alors nettement plus long et douloureux. Et puis un principe reste un principe, peu importe qu’il soit utilisé à outrance ou modérément. Dans le deuxième cas, les conséquences mettent juste plus de temps à être visibles. La situation de notre beau canton de Neuchâtel est emblématique à ce sujet.

On peut aisément tirer une  conclusion simple de ce post, pour préserver notre capital soyons pervers ou irresponsables ou tout ce que vous voudrez pour autant que le rendement à  court-terme dépasse ce seuil minimal en dessous duquel le capital s’érode de lui-même.

Nous pouvons bien sûr  aussi proposer d’autres conclusions comme

  • révisons notre fiscalité de façon à la rendre incitative de comportements durables plutôt que l’inverse, il est notamment essentiel de faire payer les coûts externes du pillage des ressources non renouvelables ou de la pollution à ceux qui les génèrent
  • maintenons une fiscalité raisonnable voir douce, car plus l’état est gourmand plus il incite à des comportements “courts-termistes” et donc très fréquemment avec des dommages à la clef sur le long terme
  • ne mettons pas en péril la confiance dans l’état de droit en créant une incertitude juridique elle-aussi mère de la “courte vue”
  • il est fortement vraisemblable qu’une bonne part de l’explication du comportement général plus vertueux sur le plan environnemental des pays du nord avec une fiscalité habituellement plus douce puise aussi sa source dans cette question (OK, c’est pas la seule explication, OK il y a un contre-exemple, mais dans l’ensemble c’est quand même très  frappant)
  • si la fiscalité est lourde, l’état devra mettre en place de savants et complexes montages pour conduire à de meilleurs comportements, ces montages étant par essence lourds et coûteux, ils auto-entretiennent la charge étatique et donc la fiscalité punitive

Voilà deux chemins de conclusions possibles pour la même constatation de base, et vous, vous choisissez quoi?

Laurent-David JOSPIN

Une rencontre rafraîchissante

Aujourd’hui vendredi, j’étais sur Zürich pour rencontrer une personne s’étant déclarée potentiellement intéressée à financer notre projet d’autoroute solaire.

Cela fait depuis environ une année que je suis actif sur cette recherche, soit à peu près depuis la deuxième version du projet présentée à l’Office Fédéral des Routes. J’ai rencontré pas loin d’une centaine de financiers ou investisseurs potentiels. Et bien, aujourd’hui, pour la première fois, un ami m’a présenté quelqu’un qui comprend à la fois le monde de l’énergie, le monde de la finance, l’interconnexion entre les deux, et surtout les implications planétaires environnementales liées à ces domaines.

Deux petites heures d’entretien, deux heures d’échanges tout simplement géniales, deux magnifiques heures de mise en perspective, deux heures de vrai bonheur!

En toute franchise, je ne sais pas si c’est lui qui financera notre projet, car d’autres sont plus avancés dans l’étude, mais ma rencontre d’aujourd’hui restera marquée d’une pierre blanche. Elle a tout simplement effacé, comme d’un coup de baguette magique, une montagne d’incompréhension, de doutes, et frustrations.

Du pur bonheur, je vous dis!

Laurent Jospin