Category Archives: Santé Publique

Santé : une catastrophe programmée?

Deuxième article de la série estivale “politique de santé”

La dernière augmentation des primes d’assurance maladie en 2016, doublée d’une annonce de hausses potentielles encore plus lourdes en 2017, nous oblige à certaines réflexions. En effet, depuis l’introduction de la LAMAL en 1992, les primes ont été multipliées par un facteur de l’ordre de 4 à 5 alors que le renchérissement selon l’OFS (Office Fédéral de la Statistique) durant la même période n’indique qu’une hausse de 1.17. Ce dernier facteur, presque insignifiant par rapport celui de la LAMAL seule, intègre paradoxalement également celui-ci pour une part. On en conclut facilement que la hausse LAMAL est réellement en train de capter une part toujours plus importante du revenu des ménages.

Au niveau global, les coûts totaux ont récemment dépassé les 70 milliards par année dont schématiquement 50% sont couverts par les primes et le solde par l’État au travers de l’impôt, et par les patients eux-mêmes avec leurs payements de franchise et de quote-part.

Il semble que pour la première fois nous sommes entrés dans une zone douloureuse car des sondages ont montré que jusqu’à 30% des citoyens exprimaient à présent le désir que la LAMAL cesse d’être obligatoire, alors que jusqu’à récemment encore cette fraction de la population restait parfaitement négligeable.

prob croiss primes

Cette nouveauté ne puise sans doute pas seulement son explication dans le montant des primes, mais également dans le fait qu’un nouveau discours s’est fait jour. En effet, depuis l’introduction de la LAMAL, ses promoteurs ont toujours affirmé haut et fort que celle-ci allait permettre de juguler “bientôt” la hausse des coûts de la santé. Or, de promesses non tenues en dépassements massifs répétitifs, il a bien fallu l’admettre : l’évolution des coûts ne va pas vers une stabilisation, mais au contraire vers une aggravation des hausses annuelles. Entre le moment où nous avons commencé la rédaction de ce texte et celui de sa parution, soit quelques petites semaines, de nombreux événements publiques sont survenus et montrent que l’enjeu principal se situe maintenant à ce niveau du coût supportable par les ménages. On citera l’annonce de la prochaine hausse des primes prévisible pour 2018 par SantéSuisse de vendredi dernier, ou encore celle de la prochaine initiative du PDC pour tenter de juguler quelque peu la dite hausse.

Le monde politique se borne le plus souvent à expliquer cet état de fait par le vieillissement inexorable de la population ainsi que par les excessives prétentions salariales des prestataires de soins. Ainsi, les principales mesures politiques ont-elles tout simplement cherché à baisser le revenu des médecins : depuis son introduction, en 2002, la valeur du point Tarmed n’a pas augmenté, au contraire, elle a baissé dans plusieurs cantons alors que dans le même temps l’IPC croissait, lui, de 4,7%. Cela ne suffisant bien entendu pas, l’attaque suivante a ciblé le laboratoire de ce même praticien dont le prix du point a été laminé, puis ce fut la marge bénéficiaire des pharmaciens, la valeur à la baisse du point des physiothérapeutes, sans oublier l’introduction des forfaits hospitaliers par cas qui n’ont abouti qu’à une augmentation considérable de la part des soins effectuée en ambulatoire, soins qui sont payés eux, faut-il le rappeler, uniquement par les assurances maladie et les patients eux-mêmes… Ces mesures de « rationalisation » n’ont eu jusqu’à présent aucune efficacité sur la spirale inflationniste des coûts helvétiques de la santé. Il convient donc de chercher d’autres causes, dans des domaines beaucoup plus incorrects politiquement parlant : tant sociologiques que philosophiques.

Dans cette réflexion, nous voulons parcourir dès lors des thèmes aussi sensibles que la peur de la mort, les raisons profondes des scandales médicaux à répétition, les conflits d’intérêts existant entre l’industrie et ceux sensés la contrôler, les motivations à court terme des carriéristes politiques les conduisant à privilégier des mesures cosmétiques, et enfin le rôle trouble des caisses maladie.

A l’heure actuelle, notre pays mobilise plus de 11% de son PIB annuel pour la santé. Au vu de son caractère obligatoire, on peut comparer ce coût à un supplément de fiscalité, or on sait par l’expérience qu’à partir d’un certain seuil de prélèvement, les rouages de l’économie se grippent. Nous ne pourrons dès lors pas faire l’impasse d’une remise en cause de certains aspects qui nous semblent pourtant aujourd’hui non négociables. Ce sujet appartenant simultanément aux plus clivants du paysage politique ainsi qu’à la sphère intime de chacun, le débat est régulièrement pollué par des positions dogmatiques, sans même parler de l’influence toujours grandissante des acteurs économiques de la santé.

Par ailleurs, la question ne se limite pas aux seuls aspects économiques. En effet, on l’oublie trop souvent mais quand on parle du rapport coût – bénéfice d’une thérapie, on ne pense pas prioritairement argent dépensé et/ou investi, mais bien effets secondaires et qualité de vie versus amélioration recherchée de l’état du patient.

Les réactions épidermiques à certaines études récentes (comme par ex. l’évaluation critique du rapport coût-bénéfice du dosage PSA systématique – cancer de la prostate – ou en parallèle chez la femme celui d’une politique de mammographie intensive dès un certain âge – cancer du sein -) prouvent que certains thèmes relèvent du tabou absolu, alors qu’une analyse non partisane des éléments démontrés par ces études permettrait de corriger le tir maintenant plutôt que devoir « jeter le bébé avec l’eau du bain » plus tard.

Aujourd’hui, nous aimerions établir que seule une analyse en profondeur des responsabilités propres à chacun des divers acteurs impliqués peut permettre une avancée réelle à même d’éviter une arrivée dans une impasse économique, médicale, politique, ainsi que philosophique.

Blaise Courvoisier et Laurent-David Jospin

Table des matières de la série : ici
Prochain article : Il a bon dos le vieillissement de la population!

En préambule un petit mot d’explication

Premier article de la série estivale “politique de santé”

On attaque en douceur en vous présentant nos motivations profondes et leurs justifications ou tout au moins origines.

Blaise :

Médecin confronté depuis de nombreuses années à la difficile politique de santé de notre pays,- avec toute la charge émotionnelle et les implications éthiques que cela représente-, j’ai eu grand plaisir à échanger des points de vue à ce propos avec Laurent ; au début lors de débats contradictoires de nos campagnes politiques respectives, puis lors de réunions informelles et amicales. Qu’il soit ici remercié de son ouverture d’esprit et félicité de sa curiosité scientifique insatiable.

Certes nous ne sommes pas toujours sur le même diapason dans divers domaines, mais nous avons en commun une forte volonté de rechercher, sans aucun tabou et avec même une réelle jubilation iconoclaste, des pistes pour tenter d’affronter les « tempêtes sanitaires » qui sont très prochainement programmées dans notre pays.

Laurent :

Si mes lecteurs habituels pourront être un peu surpris de me découvrir en train de m’aventurer dans le domaine de la santé, ceux qui me connaissent plus personnellement savent que cette thématique m’intéresse fortement. Elle touche en effet des questions éthiques, morales, scientifiques, ou encore économiques, toutes essentielles pour elles-mêmes, mais qui, plus encore, réunies conduisent à une réflexion sur la durabilité de nos sociétés.

Cela fait longtemps que j’échange avec des médecins qui me présentent un tableau bien différent de l’image bisounours présentée par les médias, mais qui refusent de s’investir dans une vraie remise en question du système préférant privilégier leurs carrières personnelles. Lorsque j’ai rencontré l’invité de ce thème, Blaise Courvoisier, nous étions adversaires dans une campagne pour les élections fédérales. Blaise, et même si nous assumons nos différences voire peut-être divergences, m’a montré son ouverture d’esprit, sa capacité de dialogue et sa volonté de réfléchir à un problème qui peut paraître encore un peu lointain, mais qui va s’approcher rapidement. Dans tout les cas, je le remercie ici chaleureusement pour sa participation.

On ne peut exclure que sur certaines questions nous ne puissions trouver un consensus mais devions proposer des points-de-vues alternatifs. Cela ne doit pas être considéré comme un échec, car dans un domaine habité par d’aussi forts champs de tension que la médecine ou santé, seul celui qui reste au niveau des banalités les plus grisâtres ne choquera jamais personne.

thermometre malade

Ensemble :

Notre but n’est pas de choquer pour choquer. Ne pensez pas que nous sommes sans cœur lorsque par ex. nous posons la question de savoir si certains soins ne vont pas trop loin. Un traitement médical apporte des bénéfices, mais il induit souvent aussi des souffrances post-opératoires ou des effets secondaires à long terme. Oser questionner le résultat global au lieu de pratiquer une politique interventionniste sans discernement montre certainement plus de compassion humaine que le contraire.

L’ensemble des articles à paraître forme un tout cohérent. Nous ne pensons pas qu’un acteur plutôt qu’un autre porte l’entier de la responsabilité de la dérive du système. Actuellement, les assureurs rendent les patients consommateurs responsables, les médecins le politique, les politiques le vieillissement, les patients les assureurs, et ainsi de suite. Et si une fois, on se décidait à observer l’ensemble du tableau plutôt que juste le dernier coup de pinceau ?

Bio express

Blaise Courvoisier est né le 13 juin 1955. Après une formation en chirurgie générale, il a travaillé en cabit de groupe chirurgical et est aussi devenu le Président du Conseil d’Administration de la Clinique de la Tour à La Chaux-de-Fonds durant de nombreuses années. Cette activité ayant pris fin en 2013, il apporte ses compétences de soignant à temps partiel au bénéfice de la KFOR (OTAN).

Laurent-David Jospin, né le 25 février 1967, a participé à la création du parti Vert’Libéral Neuchâtelois en 2012 en tant que membre-fondateur. Il défend sa vision d’un monde plus durable et plus libre au travers de son blog www.ouvrirlesyeux.ch depuis 2013.

Blaise Courvoisier et Laurent-David Jospin

Table des matières : ici
Prochain article : Santé : une catastrophe programmée ?

Et quand c’est la politique de santé qui est malade, on fait quoi au juste ???

Pour accompagner mes lecteurs durant leurs vacances estivales, nous vous avons concocté non pas un article ni même deux ou encore trois, mais bien toute une série sur le thème de la santé à comprendre comme la politique de santé au sens le plus large possible.

Un invité m’accompagne durant ces quelques semaines, à savoir Blaise Courvoisier chirurgien très apprécié à La Chaux-de-Fonds notamment. Sa présence permettra d’élargir le débat en incluant une vision complémentaire à la mienne.

Et pour rentrer dans le vif du sujet, voici à quoi vous attendre sous la forme d’une mini-table des matières :

En préambule un petit mot d’explication

Publication réalisée  le 10.7.2017

Santé : une catastrophe programmée ?

Publication réalisée le 21.7.2017

Il a bon dos le vieillissement de la population !

Publication attendue pour le 30.7.2017

Des “patients” impatients aux attentes irréalistes ?

Publication attendue pour le 10.8.2017

Des politiques otages de leur propre créature ?

Publication attendue pour le 20.8.2017

Le personnel soignant peut-il encore jouer son vrai rôle ?

Publication attendue pour le 30.8.2017

Les caisses d’assurance prises dans un conflit d’intérêt patent ?

Publication attendue pour le 10.9.2017

L’industrie lancée dans une fuite en avant sans fin ?

Publication attendue pour le 20.9.2017

Les pharmas nous veulent-elles vraiment du bien ?

Publication attendue pour le 30.9.2017

Comment imaginer un système de santé durable ?

Publication attendue pour le 10.10.2017

Cette table des matières sera mise à jour à chaque publication d’un post  avec le lien direct et vous permettra donc de tout retrouver rapidement.

En espérant avoir éveillé votre intérêt …

Blaise Courvoisier et Laurent-David Jospin

Politique hospitalière neuchâteloise : le projet du Conseil d’État nous mène à une catastrophe financière

En lisant le titre de mon post, une idée s’est déjà imposée à vous : ça y est, Laurent-David nous attire dans le conflit haut-bas. Alors de toute urgence avant que vous ne stoppiez votre lecture, je vous le dis tout net, non, pas du tout et même bien au contraire, c’est la santé économique de l’ensemble du Canton qui m’inquiète grandement.

Si vous vous intéressez à la question hospitalière neuchâteloise, vous aurez certainement lu une ribambelle d’expertises (ou leurs résumés dans les médias) se contredisant toutes les unes les autres. Chaque camp choisit celles qui lui conviennent et la possibilité d’une union sacrée a été enterrée, il y a fort longtemps déjà.

Nous ne parlerons pas ici de l’initiative lancée par les deux villes du haut du canton, car en réalité cela n’a aucune, ou plus précisément n’a plus aucune, incidence sur le point essentiel qui déterminera les conséquences découlant de l’éventuelle acceptation par la population neuchâteloise du projet du Conseil d’État, à savoir le facteur humain.

Le dit projet présente une immense faiblesse, car il se trouve déjà à l’extrême limite inférieure du volume minimal nécessaire pour garantir la viabilité d’un centre hospitalier sensé pouvoir régater avec ceux de Genève, Lausanne, ou encore Berne ! Or, le refus de la population du haut conduit à ce qu’aujourd’hui déjà une part toujours plus importante des patients du haut du canton privilégient l’hôpital de Saint-Imier. Sans hôpital sur le haut, vous pouvez sans risque parier pour au minimum un doublement de cette part et certainement bien davantage en réalité.

 S’il n’y avait que les (mauvaises) raisons de la frustration voir colère, on pourrait jouer le pari risqué d’un apaisement au fil du temps, mais ici l’objectivité force à constater les, cette fois très bonnes, raisons comme la proximité (10 min contre 30), facilité d’accès (parcage aisé notamment), qualité d’accueil et d’autres, qui garantissent l’échec d’une volonté centralisatrice sur le site de Pourtalès (déjà saturé soit rappelé en passant, voir image d’actualité).

grippe pourtalès

 Les défendeurs de la vision centralisatrice inhérente au projet du Conseil d’État seraient bien avisés d’écouter le très haut taux de satisfaction des patients qui ont tenté l’expérience de “s’expatrier” chez nos voisins bernois.

 Si le projet porté à bras le corps par le Conseiller d’État Laurent Kurth et son égérie en la personne de la présidente de HNE Pauline de Vos Bolay, vient à être accepté par la population neuchâteloise, le canton se chargera d’un énorme fardeau financier supplémentaire, alors même que nos finances flirtent déjà avec la double ligne rouge.

 Le phantasme proposé aux citoyens de notre canton ne pourra jamais être rentabilisé. Les quelques 170’000 neuchâtelois ne suffisent déjà pas. Il faudrait plutôt taper dans les 250’000 pour atteindre le seuil inférieur de rentabilité. Si nous devons encore soustraire ne serait-ce que 30 % des habitants du haut, nous pouvons certifier à la fois une augmentation massive des primes d’assurance maladie et de la fiscalité à moyen terme.

 Laurent Kurth a prouvé à de multiples occasions son habileté manipulatrice (j’en connais des camarades du haut qui regrettent de l’avoir soutenu en son temps!!!). Je n’arrive pas à croire qu’il ne soit pas conscient de ce qui précède. En vérité, il flatte l’électorat du bas du canton pour réunir une majorité maintenant, obtenir la médaille qu’il se souhaite pour garnir son blason, et au final sait très bien qu’au moment où la vraie addition de ces errements sera présentée à la population, soit dans 15 ans environ, il coulera une heureuse retraite d’ex-conseiller d’état, payée par les citoyens de ce canton.

 Peu importe que l’initiative pour 2 hôpitaux soit acceptée ou non, l’urgence consiste à refuser ce projet dont la réelle motivation se cache dans l’ego de deux personnes voulant favoriser leurs carrières respectives et se moquant éperdument des difficultés des petites gens à boucler leurs budgets familiaux, tout particulièrement la classe moyenne inférieure trop riche pour être aidée mais quand même pas assez pour ne pas être à la peine mois après mois.

 Laurent-David JOSPIN

NON AU TUNNEL TUEUR !!

Le débat pour ou contre le 2ème tube au Gothard s’enflamme et les partisans du oui, manifestement acculés dans leurs derniers retranchements, nous assènent un argument ultime et très émotionnel : la sécurité, les accidents, un incendie dans un tunnel, bref une masse de cadavres à éviter.

Et bien permettez-moi de vous annoncer que même ici il s’agit d’un énorme mensonge, car ce fameux 2ème tube présente toutes les caractéristiques d’un tueur en série.

Détaillons tout cela et comparons les gains et les pertes.

Bien évidemment, la séparation des pistes dans deux tubes distincts amène un gain localisé. Mais concrètement de quoi parle-t-on ici. Les statistiques de l’Office Fédéral des Routes nous montrent une économie potentielle de 25 morts (voir note) lors d’accidents routiers depuis la mise en exploitation en 1980 (soit donc 0.7 mort par année en moyenne). Il ne semble pas inutile de rappeler que le maximum de mort a été provoqué par le fameux incendie de 2001. Or ce scénario ne devrait plus se reproduire puisque suite à cette catastrophe le tunnel a profité de nombreuses améliorations dont un système de ventilation incomparablement plus performant ainsi qu’un “compte goutte” espaçant les poids lourds. Plus récemment encore, il a  été équipé de portails détectant toute chaleur excessive de poids lourds et bloquant tout cas dangereux avant son entrée dans le tunnel. Dès lors considérer un gain de sécurité de 0.7 morts par an relève déjà presque d’un abus de langage, puisque les mesures de sécurité prises depuis cet accident de 2001 contribuent déjà à faire baisser ce chiffre.

Soit, me direz-vous mais tout gain aussi faible soit-il reste bon à prendre quand on parle de vies humaines. Et bien pas forcément, car de l’autre côté, il y a aussi des pertes. Si les pertes dépassent les gains, la conclusion s’impose d’elle-même!

En premier lieu, on peut mentionner les morts qui découleront du chantier lui-même. Les partisans du 2ème tube nous diront qu’il s’agit d’un sacrifice nécessaire, qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, que cela n’est pas sûr et qu’au final nous y gagnerons. La suite de cette réflexion montrera le contraire, et on rappellera que la construction du tunnel de base a coûté 9 vies humaines auxquels s’ajoutent 3500 blessés soit une létalité supérieure à 12 ans d’exploitation du tunnel actuel.

Le rapport “Points noirs sur les routes nationales entre 2012 et 2014″ de l’Office Fédéral des Routes (OFROU) le montre, on ne peut plus clairement, le tunnel du Saint-Gothard n’apparaît qu’en 33ème position des points accidentogènes de notre pays; position dont il faut encore préciser qu’elle était particulièrement mauvaise sur cette période. Ceci signifie concrètement qu’il y a au minimum 32 autres tronçons routiers générant plus d’accidents et en général encore davantage. La sagesse populaire le résume simplement, on ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre! Si 3 milliards sont investis, non dépensés, toujours non gaspillé en fait, au Gothard, ils manqueront forcément ailleurs, et donc en toute logique ils manqueront à un endroit tuant plus de gens! Les affirmations de certains politiciens pro-tube à la limite de la malhonnêteté comme quoi il y a assez d’argent pour tout relèvent d’un aveuglement grave. Rappelez-vous la population a refusé sèchement une hausse de la vignette autoroutière pourtant pas si méchante que cela (60.– par année). L’initiative populaire “vache à lait” pourrait encore bouleverser nos si fragiles équilibres dans les transports et conduire à une catastrophe induisant un blocage total du système. En clair et en français les 3 milliards gaspillés au Saint-Gothard conduiraient rien que sur cet aspect à une hausse globale des accidents et partant donc des victimes, si l’on se donne seulement la peine de regarder l’entier du réseau et comment l’argent gaspillé eut pu être mieux utilisé.

L’économie en terme de vie humaine possible grâce à la réaffectation de ces 3 milliards dépendra bien évidemment de quels points noirs bénéficieraient de cette manne comme de la solution retenue. En 2014, 243 personnes ont perdu la vie sur les routes suisses. Ce chiffre peut paraître faible, mais il faut garder à l’esprit que simultanément plus de 21’000 personnes ont été blessées dont 4’000 grièvement. Utilisés de manière judicieuse, les 3 milliards discutés devraient aisément permettre d’éviter une dizaine de morts par année et une centaine de blessés.

On le voit très clairement sur l’image suivante (source : Sonntagszeitung), il y a si peu d’accidents au Gothard en proportion du total (accidents 2011-2014) que l’on doit chercher son emplacement précis !

La réflexion qui précède part de l’idée que “toutes choses resteraient égales par ailleurs”. Or ceci est clairement faux! L’ouverture de ce 2ème tube conduirait inévitablement à un accroissement du trafic et même un très fort accroissement du trafic poids lourds. Plus de véhicules sur les routes et tout spécialement de camions signifie plus d’accidents partout! Le rapport BPA (Bureau de Prévention des Accidents) sur l’opportunité de construire un 2ème tube au Gothard le dit clairement : un faible accroissement du trafic, 3% dans le cas d’espèce, suffit à faire perdre l’avantage sécuritaire gagné par un tube supplémentaire et 6% conduisent déjà à une aggravation claire. Comme les experts les plus prudents s’attendent à une augmentation de l’ordre de 30% des poids lourds transitant à travers notre pays sur l’axe Bâle-Chiasso, nous pouvons garantir que ces 6% seront dépassés et donc le bilan en terme de conséquence humaine présentera des chiffres négatifs ici aussi sans même considérer un meilleur usage possible des fonds.

La cerise pour couronner le gâteau est presque parée de la cape d’invisibilité d’Harry Potter. De la poussière si petite, si insignifiante, qu’elle fût baptisée particules fines. Juste dommage qu’elle vous inflige cancer, maladie cardiovasculaire, et autre joyeusetés sans vous prévenir. L’OFEV le dit dans son rapport “Environnement Suisse 2015 chapitre 10 Air”, la pollution atmosphérique conduit à 3’000 décès prématurés par an et à une charge sur les frais de la santé publique de plus de 4 milliards également par an (à titre de comparaison les primes d’assurance maladie payées par l’ensemble des citoyens se situe un peu en dessus de 30 milliards par année). Certes le trafic n’est pas seul en cause, mais il y contribue de manière décisive notamment pour les particules ultrafines considérées depuis peu comme les plus nocives car pénétrant plus profondément dans l’organisme.

Ne tergiversons pas : mettre en place une structure amenant plus de trafic induira plus de pollution, qui elle-même apportera son lot de morts et de maladies graves. Il ne semble pas inutile de rappeler ici que le Tessin, soit disant bénéficiaire principal de ce deuxième tube, est déjà particulièrement touché par ce problème de pollution aux particules fines. Si l’ensemble de la Suisse subissait les mêmes conditions, nos primes maladies grimperaient de 10 à 15%, et plus grave encore le nombre de morts prématurés doublerait pour atteindre un chiffre avoisinant les 6’000 décès par année. Vouloir imposer une aggravation à la population tessinoise relève plus de la volonté criminelle que de l’erreur politique.

Résumons-nous, ce deuxième tube ne sauvera en réalité personne puisque son faible gain sera plus que perdu par les conséquences de l’accroissement du trafic, nous perdrons quelques vies humaines durant la construction, la meilleure utilisation possible des fonds aurait permis de sauver facilement 10 fois plus de vies humaines ailleurs, et enfin la pollution induite tuera encore de nombreuses personnes tout en fragilisant la santé de beaucoup plus encore.

Bref, j’accuse sans la moindre hésitation les partisans du 2ème tube, qui jouent actuellement la carte émotionnelle à fond en nous présentant à toutes les occasions les images de l’incendie conséquence de l’accident de 2001, soit d’incompétence totale ou alors de mauvaise foi criminelle.
Oui ce 2ème tube représente une menace réelle pour le bilan global de notre sécurité routière. De manière, certes partiellement indirecte mais bien réelle, il tuerait bien plus de vies qu’il n’en sauverait. Je suis prêt à accepter l’argumentaire de la sécurité maximale, mais alors un peu de cohérence s’il vous plaît, et constatez que ce projet brisera des vies, des familles et je m’interroge s’il n’y a pas une confusion sur ce que nous creuserions ici, un tunnel ou une fosse commune ?

Laurent-David Jospin

Note : le chiffre précédemment évoqué ici de 36 morts incluait des morts non routiers (par exemple lors de la construction), qui ne doivent pas être pris en compte pour le calcul de l’économie possible au niveau pure de la circulation.

Sources :
Office Fédéral de l’environnement OFEV, rapport environnement suisse 2015
Bureau de Prévention des  accidents, Tunnel routier du Saint-Gothard, répercussion d’un tunnel bi-tube en terme de sécurité routière
ainsi que les sources de la publication Un 2ème tube synonyme de triple gaspillage

Vert ou Libéral ? Quand c’est Monsanto qui tranche la question …

Essayons de brosser un peu le tableau, je me trouve à Genève entre deux rendez-vous professionnels et prends une petite pause dans un café tout proche de la gare et voici ma première surprise de la journée : “ Bonjour, excusez-moi vous ne seriez pas par hasard Laurent Jospin“. Un rapide coup d’œil sur mon passeport me permet de confirmer à l’inconnu que le hasard faisant parfois bien les choses, il apparaît que je serais bien un certain Laurent Jospin. Bon très honnêtement, j’avoue que la seconde d’après je n’avais pas l’air trop malin, car tout à fait par hasard toujours, la personne en question était un ami d’enfance de la lointaine époque où j’avais encore le temps de jouer aux échecs, et qui, lui à l’inverse, m’avait bien reconnu. Oups, on essayera de faire mieux la prochaine fois.

Pour essayer de me trouver des circonstances atténuantes, je signalerai tout de même qu’il avait eu l’occasion de me voir sur Canal9 lors de mon débat avec le conseiller national Jean-René Germanier et qu’ensuite il m’avait, l’outrecuidant, proprement googlisé sans même penser à me transmettre l’annonce préalable par recommandé avec accusé de réception que la décence minimale impose.
Bref, tout ça pour dire que nous avons passé un sacré bon moment à repasser des anecdotes de notre jeunesse, lorsque nous sommes arrivé à ZE QUESTION, “mais Laurent comment peux-tu être à la fois vert et libéral, n’est-ce pas contradictoire?“. La transparence m’oblige à vous dire que l’ami en question vote très à droite considérant que l’économie prime puisqu’elle est la source des financements nécessaires aux prestations étatiques. L’accusation suprême se dressait devant moi, tu fais semblant d’être libéral pour faire passer tes idées vertes. Vous noterez en passant qu’il s’agit ici d’une jolie première puisqu’on avait surtout, jusqu’à ce jour, accusé les vert’libéraux d’être des faux verts pour faire passer des idées libérales. Baste, soyons philosophe et consolons-nous en pensant qu’un coup à gauche suivi d’un coup à droite font une moyenne assez centrée.

Bien évidemment, le sujet ne représente vraiment plus aucun problème depuis le temps que l’on me la pose cette fameuse question, mais là j’ai eu envie de quitter le niveau théorique ou philosophique et aller dans le très concret.

Antoine, as-tu regardé l’émission de Temps Présent la semaine passée “Des OGM dans nos assiettes, de gré ou de force”?“. Non, Antoine ne l’avait pas regardée, alors profitant de la technologie moderne, je lui ai montré quelques passages choisis depuis mon smart-machin-truc, accompagnés d’explications complémentaires sur les perspectives à moyen terme. L’avantage d’avoir à la maison une épouse biologiste et un fils très prochainement ingénieur en sciences de l’environnement fait ici toute la différence.

Une Maman qui n’espère plus que la mort pour délivrer son enfant !!

Si vous vous trouvez sur mes pages, vous devriez logiquement être disposés à me croire, alors n’hésitez pas et croyez-moi sur parole et apprenez que quand j’estime qu’il y a à matraquer alors je matraque franchement et dans la bonne humeur.  Pauvre Antoine, il aura eu droit à toute la panoplie des conséquences actuelles et prévisibles. Antoine possède une formation universitaire de haut niveau et s’il n’a jamais pris le temps de s’intéresser à la biologie, il comprend vite et bien les tenants et aboutissants. Comme le pire est certain, et le pire du pire probable, son visage se défaisait au fur et à mesure que nous évoquions les conséquences sur la santé humaine, l’environnement, la capacité à nourrir les populations et donc les famines à prévoir, les guerres aussi, ….

Pour ce message, je n’aimerais pas trop détailler le glauque du glauque, mais on peut citer sommairement :
- augmentation des fausses couches et des naissances de bébé lourdement handicapés
- explosion du nombre des cancers
- augmentation des maladies dégénératives et auto-immunes comme l’alzheimer
- spirale inflationniste pour l’usage de produit de plus en plus toxique
- dans certaines régions du monde, l’usage des OGM conduit déjà à des vagues de suicide auprès des paysans
- destruction du substrat vivant des sols jusqu’à l’irréversible
- nous avons aussi évoqué le Vietman où comme mentionné sommairement dans l’émission les populations souffrent encore de l’usage de l’agent orange
- …

C’est à ce moment que nous avons repassé la séquence durant laquelle on voit la Maman de Diana chercher ses mots douloureusement pour essayer de dire qu’elle n’espérait plus que la mort pour son enfant. Prendre conscience qu’il ne s’agit que d’un prélude individuel à une tragédie s’annonçant collective devient simplement insupportable pour quiconque possède ne serait-ce qu’un embryon de cœur.

On parlait de concret au début de ce post. Concrete en anglais signifie béton, et bien à la fin de nos échanges  mon ami était à peu près aussi pâle que s’il avait frappé violemment sa tête contre un mur en béton. “Vois-tu, Antoine pour que le libéralisme fonctionne, il doit impérativement aller de pair avec une responsabilisation pleine et entière. Plus je suis libre, plus je dois assumer les conséquences de mes actes et choix“. Le nœud du problème est là, Monsanto exige, voire vole, une liberté sans limite pour elle, mais nie, voire s’arrange pour se soustraire à, devoir assumer les conséquences en découlant.

Le libéralisme réclamé par l’industrie agro-alimentaire notamment au travers de ces fameux accords TAFTA et autres similaires occultes n’est simplement pas du libéralisme. Vous pouvez le qualifier comme il vous plaira, il ne s’agira jamais de libéralisme mais bien d’une dictature, susceptible d’ailleurs de dépasser sur la durée en horreur globale les pires régimes sanguinaires que la Terre ait connu.

En réalité, un vrai libéral ayant compris la portée pleine et entière du mot libéral devrait adhérer à la vision verte, car il ne s’agit en fin de compte que de simple bon sens : ne jamais mettre en péril ce que je ne pourrais pas réparer.

Laurent David Jospin

Note 1 : pour une raison que j’ignore l’émission n’est plus visible sur le site de la TSR, toutefois vous pouvez la trouver sous http://www.dailymotion.com/video/x2mn4d4_des-ogm-dans-nos-assiettes-de-gre-ou-de-force-temps-present_news et si jamais elle disparaissait encore, il y a encore un autre moyen de la trouver, me demander le cas échéant.
Note 2 : Antoine n’est pas Antoine, il s’agit d’un prénom d’emprunt à la demande de l’intéressé qui, vu la fonction qu’il occupe, ne souhaite en aucun cas pouvoir être reconnu.

Je déteste que l’on change les règles au cours du jeu mais …

… Pour cette fois exceptionnellement, ma conviction me pousse à dire haut et fort que cela était justifié. La Suisse vient de se faire condamner à Strasbourg devant la CEDH (Cours Européenne des Droits de l’Homme) pour une triste histoire liée à l’amiante.

Bien évidemment, le fait que mon pays se fasse condamner ne m’enchante guère, mais néanmoins la décision des Juges de Strasbourg est manifestement emprise d’un sens la vraie justice.

En droit, il existe une notion de prescription pour permettre à un éventuel auteur d’une infraction d’échapper à toute sanction s’il n’est pas poursuivi dans un délai donné propre à chaque infraction. Il ne s’agit pas ici d’un “cadeau” que l’on fait au criminel mais d’un mécanisme mis en place pour permettre à notre société de fonctionner le mieux, ou le moins mal possible selon votre ressenti, et ne pas être perturbée en permanence par des histoires surgissant d’un trop lointain passé.

L’idée sous-jacente de ne pas poursuivre des actes n’ayant plus aucune incidence sur la vie actuelle détermine directement la durée de la prescription. Un crime d’une portée sans limite au regard de la durée d’une vie humaine devient donc logiquement imprescriptible, On pense ici tout de suite aux génocides et autres crimes contre l’humanité.

Dans le cas de l’amiante, la durée de la prescription en droit suisse est, pour l’instant, de 10 ans. Or voilà l’intervalle de temps entre l’atteinte à la personne (crime) et l’apparition des symptômes ne relève d’aucune logique simple mais peut atteindre des délais de plusieurs dizaines d’années.

Dans le cas qui nous occupe, la personne a déclaré un cancer de la plèvre globalement 30 ans après l’exposition à l’amiante. Sur cette base, le Tribunal Fédéral a eu une lecture du sens de la prescription étroite et a refusé le droit à un procès en dédommagement pour la famille lésée en argumentant que la démarche dépassait très largement le délai prévu par la loi de 10 ans.

L’analyse de la  CEDH se base-elle sur l’impossibilité pratique des victimes à obtenir réparation puisque la plupart des cancers générés par une exposition à l’amiante se déclarent bien au-delà de ces fameux 10 ans.

Cette évolution du droit mérite d’être relevée. Ne serait-ce que 10 ans plutôt un tel jugement restait du domaine des pures illusions.

Sur ce, il semblerait que le Parlement envisage une modification de la loi dans le sens d’un démarrage de la prescription au moment de l’apparition des symptômes et non plus de l’exposition à l’amiante.

Une telle évolution de la loi me semble être de la plus élémentaire justice! Et on doit aussi en tirer un parallèle en toute cohérence avec les industries générant des pollutions environnementales dont les conséquences se font attendre sur le long voir très long terme (chimie, gaz de schiste, nucléaire, … ) .

Si aujourd’hui, nous passons une loi disant que la responsabilité économique des industries polluantes ne s’éteint qu’après que les conséquences aient pleinement déployées leurs effets d’une part et que d’autre part les ayants-droits (actionnaires et assimilés) de l’industrie concernée se substituent obligatoirement en cas d’insolvabilité du pollueur (faillite ou assimilé), dès demain plus aucune caisse de pension n’investira dans des business irrespectueux de l’environnement, ni aucune banque ne leur prêtera d’argent, et la grande majorité de leur sous-traitants hésiteront fortement à continuer toute relation d’affaires.

Oui, en une seule loi nous pouvons changer radicalement les comportements courts-termistes  de l’industrie et de la finance! Ma conviction est que même sans la mise en place d’une loi comme évoquée, le mécanisme vécu dans le cas de l’amiante se répétera à futur, car scientifiquement parlant aujourd’hui plus personne ne peut dire “nous ne savions pas“. Simplement, si nous voulons induire un changement et éviter toutes les conséquences qu’il est encore possible d’éviter, nous ne pouvons faire l’économie d’inclure dans notre ordre juridique dès aujourd’hui un mécanisme responsabilisant les auteurs des grandes pollutions dont les conséquences se développent quelques fois bien au-delà de la vie des entreprises concernées.

Et puis passer cette loi, appelée de mes vœux, présenterait un avantage évident : dans 20 ans nous n’aurons pas besoin de changer une fois de plus les règles du jeu au cours de la partie …

Laurent David Jospin

Source : site web Radio Télévision Suisse Romande “http://www.rts.ch/info/suisse/5680225-la-famille-d-une-victime-de-l-amiante-obtient-gain-de-cause-a-strasbourg.html

Il y en a qui ne manque pas de … … de gaz schiste

Monsieur Rex Tillerson que voilà une personnalité qui mérite d’être connue, et je m’en vais m’empresser de vous la faire découvrir!

Ce brave Rex, portant si bien son nom, roi du gaz de schiste aux USA car CEO d’EXXON, est assurément un saint, car il n’hésite pas à payer de sa personne, critiquant le gouvernement américain à la moindre tentative de limiter la liberté fondamentale des majors de l’énergie de détruire sous-sol et santé des habitants sans devoir en assumer les conséquences.

Un sain? Que dis-je le missionnaire du coup de force par forage horizontal, l’évangéliste des pétroles non-conventionnels, l’apôtre du tout tout de suite et tant pis pour les générations futures, le prophète du fracking et des pollutions à long terme.

Ce phare dans un monde perdu dans ses errements n’a pas hésité à affirmer haut et fort que le gouvernement américain devenait un problème en souhaitant, même si peu, réguler l’industrie du gaz de schiste sur le plan environnemental. Les larmes m’en viennent aux yeux d’une telle preuve de courage et lucidité en faveur de l’avenir de nos enfants.

D’ailleurs voyez-vous, il n’a pas manqué de prouver son infinie cohérence en attaquant un permis de construire pour un réservoir destiné à de la fracturation hydraulique un peu trop près de sa magnifique propriété. Car enfin, c’est bien évident on va exploiter le gaz de schiste chez les pauvres pour les aider, il n’y a donc surtout aucun besoin de le faire chez les riches…. soyons logiques, enfin quoi!

Très cher Rex Tillerson nous t’aimons tellement. Puisses-tu ne jamais disparaître comme ton illustre cousin Rex Tyranosaurus!

Laurent David Jospin

Sources :
The Wall Street Journal, Daniel Gilbert, 20 février 2014, “Exxon CEO Joins Suit Citing Fracking Concerns
Blog Dallas Observer,  “http://blogs.dallasobserver.com/unfairpark/2014/02/wsj_exxon_ceo_lawsuit_fracking.php

Réalité des coûts? Oui! mais comment faire la transition?

Le nœud du triple problème géo-politique, énergétique, mais surtout environnemental est résumé dans ces trois petits mots “réalité des coûts”.

Dans les faits, les énergies fossiles, nucléaire compris, ou une chimie outrancière, ou encore une agriculture intensive, …  n’ont un avantage concurrentiel apparent contre le durable, que grâce au fait qu’elles n’assument pas les coûts induits (pollution, déchets persistants, problèmes de santé publique, épuisement des sols, ….) . Aujourd’hui, presque plus personne de sérieux ne nie cette réalité de base.

Ainsi des taxes ciblant spécifiquement cet aspect semblent être la panacée, surtout, si bien pensées, le produit des dites taxes est affecté autant que possible à la “réparation” du coût induit visé et non pas versé à un pot général. Malheureusement, les tentatives d’instaurer de telles solutions font faces à des résistances si fortes qu’il est illusoire d’espérer pouvoir avancer suffisamment vite pour sauver notre planète, car, est-il nécessaire de le rappeler, nous faisons face à une urgence extrême. Les manifestations de ce samedi 26 octobre en Bretagne contre une taxe ciblant les poids lourds avec à la clef un blessé grave sont une preuve parmi d’autres de ce déplorable état de fait.

Mais alors pourquoi, puisque “tout” le monde reconnait l’importance et l’urgence d’agir???

Tout simplement, car nos États occidentaux sont devenus dépendants à la dépense publique et lorsqu’une telle taxe est introduite, il n’y a la plupart du temps aucun dégrèvement ailleurs. Dès lors, et c’est ma foi compréhensible, la population se révolte et s’oppose frontalement au nouveau prélèvement.

La façon dont l’opposition se manifeste peut prendre des formes les plus variées et inattendues. Ma meilleure moitié aime beaucoup jardiner, et espérait beaucoup pouvoir trouver du terreau auprès du centre ad hoc de la Commune. Elle a renoncé, comme d’autres que nous connaissons, tant il était (est?) bourré de déchets plastiques et autres. Visiblement, certaines personnes n’ont pas accepté pleinement notre taxe au sac poubelle et font du sabotage en utilisant les bennes de compostage comme substitut de poubelle.

J’aime bien rappeler que lorsque notre ville a introduit la taxe déchet (ancêtre de la taxe au sac), elle aurait dû baisser les impôts en proportion puisque cette tâche sortait du budget communal. A l’époque, il nous a été sorti l’argument que normalement la Commune aurait du augmenter les impôts vu sa situation financière et que donc ne pas les augmenter correspondait en réalité à une baisse. Brillant, vraiment! Malheureusement, avec ce genre d’argument à la noix, on “fabrique” à la pelle des climato-sceptiques et autres défenseurs d’une consommation débridée et irresponsable.

Oui les faits sont têtus, pour pouvoir amener la création d’un monde durable nous devrons baisser les impôts courants pour pouvoir transférer la charge fiscale vers un ensemble de taxes ne visant plus en priorité la création de richesse mais bien plus la façon dont elles ont été obtenues vis-à-vis de l’environnement.

Laurent Jospin

Réf. : site de la Radio Télévision Suisse Romande 27.10.2013 “http://www.rts.ch/info/monde/5325727-une-taxe-controversee-cause-de-violents-heurts-en-bretagne.html
Revue Flash de l’EPFL, éd. 17.04.13, interview Raymond Bradley “Même si l’heure est sombre, il reste des possibilités d’agir