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Sortie du nucléaire ? Oubliez la photo-finish !

Mes chers lecteurs devaient bien s’en douter : il semblait inimaginable que je ne prépare pas un petit “quelque chose” pour la campagne sur l’initiative des Verts pour une sortie programmée de l’énergie nucléaire. Tel était bien le cas et nous nous approchions de la publication quand Le Temps m’a sollicité pour leur proposer un texte pour lancer la campagne. Étant dans l’impossibilité temporelle de recréer quelque chose de complètement différent, j’ai choisi d’extraire le chapitre économique/financier que vous pouvez donc trouver soit dans la parution papier du Temps du samedi 22 octobre 2016 ou sur le lien ici. La version complète de ce chapitre sera ré-intégrée sur le blog après la fin de la campagne.

Mon choix s’était porté sur les aspects financiers, car cet argument ultime des pro-nucléaires se révèle dans les faits également faux.

Mais il reste bien sûr des choses importantes à dire comme par exemple sur les thèmes de la sécurité de l’approvisionnement, la gestion des réseaux, la qualité environnementale du courant consommé, les aspects juridiques, les risques, la fin de cycle d’exploitation, ainsi que les considérations morales. Faisons donc un petit passage en revue.

Fukushima Plant

Sécurité de l’approvisionnement

Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, Leibstadt et Beznau I ne fonctionnent pas à l’instant où j’écris ces lignes. Le manque en terme de volume se situe tout à fait dans le même ordre de grandeur que ce qui devrait être arrêté en 2017 (en arrondi 8500 Leibstadt + 2500 Beznau I ⇒ 11’000 GWh contre 2500 Beznau I + 3000 Beznau II + 3000 Mühleberg ⇒ 8’500 GWh). Et comme vous l’avez certainement remarqué, il n’y a plus d’éclairage la nuit et nous prenons tous des douches à 16°C!! Sans plaisanter, il ne peut y avoir le moindre problème car nous nous trouvons face à une surproduction au niveau européen provoquée par le coût artificiellement bas du charbon. En outre, rien que les projets solaires en attente pour l’obtention de la RPC permettraient de couvrir ce qui doit être arrêté.
En ce qui concerne le futur prévisible, de plus en plus de citoyens européens choisissant de se rendre partiellement ou totalement autonomes sur le plan énergétique, on peut affirmer avec certitude que la surproduction européenne n’ira qu’en se renforçant.

20150807_xl_P1010973_Erneuerbare_Energien_in_Oberstdorf_Photovoltaik-SolaranlagenExemple d’un village en cours de transition, source Molgreen

Gestion des réseaux

Vous l’avez forcément entendu une fois ou l’autre dans les débats sur la question énergétique “et comment garantirez-vous l’approvisionnement la nuit lorsque le soleil ne brille pas?“. Comme j’ai déjà beaucoup écrit sur la question, je vous propose de vous référer à ma publication « Comment démolir tout en faisant semblant de soutenir (ou presque) » où je traite assez profondément la question. Et pour vous donner juste un aperçu : sachez que le nucléaire souffre exactement du même problème mais symétrique. Une centrale atomique produit en continu et n’arrive pas à s’adapter à la demande. Dès lors, la nuit lorsque la vie économique ralentit fortement (les bureaux et les industries restent les plus grands consommateurs), la production devient totalement excessive et pose problème. C’est notamment pour cette raison qu’il existe des heures creuses la nuit et que l’on fait démarrer les chauffe-eaux électriques la nuit. En réalité, un réseau bâti sur une multitude de sources variées présente une bien meilleure résilience qu’un réseau dépendant pour 40% de centrales nucléaires vieillissantes pour rester modéré dans le propos.

Qualité écologique du courant fourni

Tant qu’à mentir, allons-y franchement!! Les promoteurs du nucléaire helvétique nous bassinent avec cette contre-vérité comme quoi le fait d’arrêter les centrales chez nous conduira à ce que nous importions du courant sale français (nucléaire) ou allemand (charbon). Or, ils le savent parfaitement, c’est déjà le cas maintenant, car nos barrages équipés en pompage-turbinage importent du courant bon marché la nuit pour le revendre plus cher en journée. Pour l’exprimer en chiffres, le courant électrique produit en Suisse se situe du bon côté du bilan carbone avec plus ou moins 10 gr de CO2 par kWh, mais par contre le kWh consommé s’élève lui à un très mauvais 100 gr/kWh.
La seule vraie réponse à cette interrogation légitime consiste à développer nos renouvelables indigènes, pas à s’obstiner dans une voie garantie sans issue.

Juridique

On entend souvent dire que, si une date de fermeture leur était imposée, les exploitants des centrales atomiques pourraient se retourner contre l’Etat et demander un dédommagement. Seule une profonde méconnaissance du contexte global peut conduire à croire une telle sottise.

En effet, avant que les propriétaires aient la moindre chance de gagner une procédure judiciaire, ils devraient démontrer avoir parfaitement rempli toutes leurs obligations et n’avoir aucune responsabilité dans la rupture de contrat. Or comme nous le savons au minimum le problème des déchets n’est pas solutionné de manière pérenne et sans même parler des risques manifestement sous-estimés.

Si par un extraordinaire tour de passe-passe juridique, ils arrivaient à réaliser une telle démonstration, il leur resterait à prouver l’existence d’un dommage. Les centrales atomiques suisses produisant actuellement à perte, démontrer un préjudice économique réel relève plus de la mission impossible que de quoi que ce soit d’autre.

Et même, si, contre toute attente, ils venaient à gagner, cela ne changerait paradoxalement rien du tout pour les citoyens qui sont aussi des payeurs dans le cas d’espèce. Comment ? Nous savons maintenant de manière certaine, que les coûts de démantèlement dépassent très largement les montants épargnés prévus pour cette opération oh combien essentielle. Exploiter lesdites centrales nucléaires encore quelques années n’est d’aucun secours pour les propriétaires puisque nous l’avons vu, ils produisent actuellement à perte et la situation ne risque pas vraiment de s’améliorer au vu des frais de maintenance grandissant sur des centrales largement entrées dans leur troisième âge.

Dès lors si un tel cas de figure, excessivement peu probable au demeurant, se présentait malgré tout, nous compenserions l’un contre l’autre et le résultat comptable net restera strictement le même.

Important : le point de dernière minute (voir à la fin du présent post) clôt cette question exactement dans le sens que je défends depuis le début de la campagne!

Risques

Les centrales nucléaires seraient sensées être les objets les plus sûrs que l’humanité n’aie jamais construit. Bon, un petit coup d’œil dans le rétroviseur et que voit-on ? Three Miles Island (USA) où même si au final aucune conséquence grave n’est survenue, on a frôlé une catastrophe majeure, Tchernobyl (Russie/Ukraine) où on n’ose plus compter les “bébés-monstres” qui naissent encore aujourd’hui, Fukushima (Japon) dont les conséquences ne sont pas encore complètement déterminées aujourd’hui mais graves avec certitude, ainsi qu’un nombre impressionnant d’accidents les plus variés dans les centrales elles-mêmes mais également dans toute la filière comme par ex. les usines de traitement de l’uranium ou autres (voir listes accidents nucléaires ici ). Et pour ceux qui seraient tentés de croire “qu’y en a point comme nous” et nos centrales à nous n’auront jamais d’accident, j’aimerais rappeler le cas Lucens qui lui aussi aurait pu tourner bien plus mal et nécessitera une surveillance continue de la radio-activité, entre autres de l’eau de la nappe phréatique, pour des milliers d’années.

Ceci étant rappelé, certaines conséquences ne relèvent pas du risque mais de la réalité glauque bien concrète pour les populations concernées. Les mines d’uranium notamment présentent ici un bilan sanitaire catastrophique. Lorsqu’on étudie par ex. le cas de la mine d’Arlit au Niger, on ressent une immense nausée. Les taux de cancer, notamment de la plèvre pulmonaire vu les contaminations par aérosols, explosent jusqu’à plus de 200 km de la mine et condamnent des milliers d’innocents à des morts lentes atroces. En achetant de l’uranium sur les marchés internationaux, nous devenons complices de ce crime à échelle industrielle, car, même si notre uranium provient d’une autre source (pas très propre non plus d’ailleurs), nous soutenons la demande mondiale qui pousse des groupes industriels sans scrupule à continuer cette exploitation.

Rappelez-vous l’histoire du secret bancaire, nous avons fait mine d’ignorer une réalité trop longtemps et cela a fini par nous exploser à la figure. Vous pouvez en être certain, un jour les descendants des populations victimes de nos agissements finiront par venir nous demander des comptes et l’addition promet d’être salée. Il est de notre intérêt primordial de mettre un stop à notre responsabilité dans ce domaine le plus vite possible.

Fin d’exploitation

Aujourd’hui plus personne ne devrait encore faire semblant d’ignorer que les coûts aussi bien de démantèlement que de gestion des déchets ont été totalement sous-estimés.

La meilleure preuve se trouve du côté de la France, notre grande voisine si fortement pro-nucléaire jusqu’à l’aveuglement. Et voilà que même elle par sa Cour des Comptes vient de reconnaître la sous-dotation des fonds destinés au démantèlement et traitement des déchets.

Rajoutez à cela que chaque année de fonctionnement supplémentaire creuse encore plus le trou financier, rien que cette raison pousse à conclure à la nécessité de stopper le plus vite possible l’hémorragie avant que cela ne devienne tout simplement trop grave.

Et l’éthique dans tout cela

On lit souvent cette magnifique pensée : ” nous n’héritons pas la terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants”. Au vu de l’évolution de l’impact de l’être humain sur son milieu, on devrait peut-être encore compléter l’énoncé avec “et nous la volons à nos petits-enfants“.

Toute la question tourne autour de cet aspect, de quel droit nous permettons-nous de condamner les générations futures pour des milliers d’années à devoir gérer les conséquences de nos actes et ce alors que les alternatives existent ?

Il me semble entendre les voix qui disent “à chaque génération ses problèmes, nos enfants feront ce qu’ils voudront” . Et bien justement pas! Car nous leur imposons un problème lourd aux conséquences potentiellement mortelles, et ce alors même que nous n’avons aucune certitude que le savoir-faire nécessaire sera encore disponible. On l’oublie trop souvent, mais l’histoire de l’humanité est faite d’avancées spectaculaires et de reculs tout autant impressionnants. Les romains connaissaient les bains thermaux, le chauffage au sol, et un système politique assez proche du nôtre. 500 années plus tard, on se retrouve dans le moyen-âge profond avec un recul de civilisation absolument effrayant. Si nous pouvions remonter dans le temps et aller raconter l’histoire à venir aux membres du sénat romain au temps de Jésus-Christ, ils nous riraient au nez voire nous condamneraient pour hérésie. Et pourtant ….

Que feront nos descendants s’ils ne disposent plus de la technologie nécessaire alors que la masse de déchets que nous leur léguerons les condamnera à vivre l’enfer sur terre?

Non, définitivement non, notre attitude n’est moralement pas acceptable! Et l’opportunité unique qui nous est donnée aujourd’hui de changer cela, doit être prise résolument.

L’alternative existe-t-elle?

La liste des possibilités pour réaliser une transition énergétique bénéficiaire à la fois pour notre environnement ainsi que notre économie s’allonge jour après jour. Sans même descendre au niveau des détails, rappelons que nous pouvons gagner en efficience, produire grâce aux énergies solaires, éoliennes, géothermiques, mutualiser nos ressources avec nos voisins européens, …

Nous devons donc prévoir de remplacer à terme 35% de notre production d’énergie électrique. Selon ma publication citée dans la rubrique risque plus haut, nous pouvons facilement trouver 20% avec le photovoltaïque et plus encore à futur. L’éolien peut également nous apporter une contribution du même ordre (20%). Réhausser les barrages contribuerait à hauteur de 10-15%. Une politique volontariste dans l’efficience devrait contribuer à hauteur de 10%. (note : vous trouvez des auteurs bien plus optimistes, mais à mon sens ils ne prennent pas en compte correctement l’effet rebond). En bref, nous disposons d’un volant directement disponible de plus de 50% qui couvre sans la moindre difficulté ces 35%. Et encore, nous ne parlons même pas de l’excédent de production électrique européen qui pourrait lui aussi être mis à contribution.

Tout simplement dit, ma conviction profonde peut se résumer en celui qui ose encore mettre en doute la possibilité de réaliser une transition énergétique prouve en réalité sa mauvaise foi.

Dernière minute – Dernière minute

Selon publication du Sonntagszeitung de ce matin même (repris partiellement par la RTS ici ), un document confidentiel de la commisison de l’énergie du Conseil National montre qu’Alpiq cherche à se débarasser de ses centrales nucléaires à n’importe quelle condition.  On cite en particuliers le Président du Conseil d’Administration M. Jens Halder en ces mots (traduction libre de l’allemand) “J’ai en premier lieu offert nos centrales à EDF gratuitement. Cette offre a été refusée. EDF a elle-même plein de problèmes financiers avec ses propres centrales“. Il a également affirmé qu’Alpiq perdrait de l’argent pour les 10 prochaines années et n’avoir aucune visibilité sur ce qui viendra après.

Copie d’écran du Sonntagszeitung (cliquez sur la miniature et un nouvel onglet s’ouvre avec le texte lisible)

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Ce fait nouveau devrait logiquement conduire à une acceptation massive de la sortie de l’énergie nucléaire, car il prouve à la fois la véracité des affirmations des initiants tout autant que les mensonges des opposants.

Conclusions

En général, pour toute question politique, il convient de réaliser une pesée des intérêts et on constate fréquemment que chaque variante offre des avantages mais aussi des inconvénients, des chances et des risques, des espoirs contre des craintes. Aujourd’hui la sortie structurée du nucléaire proposée à la population appartient aux rares exceptions qui confirment la règle. Continuer dans la voie sans issue de l’énergie atomique n’apporte que des inconvénients, sans espoir à l’horizon, et avec un risque infini à la clef.

Il faut espérer avec force que les mensonges des opposants, soutenus par une puissance de feu économique importante, n’induira pas la population en erreur une nouvelle fois.

Laurent-David JOSPIN

Remerciements : Giovanni, Amanda, Laurent, et Maika pour les précieuses relectures et autres coups de main

Brexit ? Et si on reparlait de Fonds souverain …

Suite au vote surprise du Royaume-Uni, de nombreux experts, tous plus qualifiés les uns que les autres, ont péremptoirement décrit quelles conséquences se précipiteront sur nous comme le ciel sur la tête des Gaulois. Minuscule problème, parfaitement insignifiant au demeurant, les scénarios des uns et des autres ne présentent aucune cohérence!! La règle disant que si vous prenez 2 économistes vous aurez 3 avis dans un cas théorique simple et beaucoup plus dans le monde réel, s’applique sans aucune réserve manifestement.

La réalité demeure, personne n’est réellement en mesure de prévoir ce qu’il adviendra en pratique, car des options clairement ouvertes aujourd’hui peuvent faire varier du tout au tout ces fameuses conséquences.

Par contre, un fait me semble incontestable : nous sommes rentrés dans une période d’instabilité pendant laquelle les cartes seront redistribuées et la “partie” pourrait bien présenter un visage fort différent d’ici quelques courtes années.

Notre pays pourrait se retrouver du côté des gagnants ou des perdants, nul ne le sait vraiment. Une ancienne Conseillère Fédérale nous affirme avec force son optimisme, tandis que les milieux économiques s’affolent en grande majorité.

Bon, et bien, soyons optimiste et imaginons que nous allons y gagner, juste pour voir …

Dans ce cas, notre franc jouera encore plus fort son rôle valeur refuge et la BNS aura de plus en plus de mal à le maintenir dans un tunnel supportable pour notre économie d’exportation. Le grand paradoxe serait que nous soyons gagnant dans le court terme et que cela induise un grave affaiblissement de notre tissu économique orienté exportation, et donc au final un affaiblissement de notre économie. Pour ceux qui l’auraient oublié 1.– sur 2.– de notre PIB est gagné à l’étranger!


Trop fort Mr. Franc Suisse, vraiment beaucoup trop fort!

Si nous sommes perdants, il n’est par contre pas certain que le mécanisme inverse vienne à notre secours, car cela dépend de quelle manière nous nous retrouvons du mauvais côté de la barre. On peut imaginer, parmi d’autres, un schéma dans lequel Londres, pour sauver sa place financière, se résout à accepter une forte dérégulation et qu’ainsi une part substantielle de cette industrie trouve subitement notre petite Helvétie un peu trop contraignante à son goût et nous adresse un certainement amical mais très pénible “so long baby …”. Cette façon de s’appauvrir ne conduirait pas à un rebond mécanique, mais correspondrait à une grave perte de substance durable.

Nos diplomates et autres négociateurs ont toujours prouvé par le passé savoir habilement tirer la couverture dans notre direction. Cela ne sera certainement pas aussi facile que notre ancienne Conseillère Fédérale le laisse entendre, mais nous serons malgré tout sans doute du côté des vainqueurs (j’ai failli écrire profiteurs … hum il faut que je me surveille un peu plus….).

Paradoxalement, un pan de notre économie a du mouron à se faire et précisément le pan qui gagne son argent à l’étranger tout en dépendant de coûts majoritairement helvétiques, soit donc la partie qui nous assure des emplois ici en Suisse tout en allant chercher ses marchés à l’export. On peut citer en vrac l’industrie des machines, l’horlogerie, la chimie, les pharmas, la gestion de fortune, le trading, …. Tout cela réunit pèse lourd, très lourd même.

L’Europe proche n’est pas près de remonter ses taux. On peut plutôt s’attendre à des actions inverses avec un renforcement des mesures dites non conventionnelles. On entendait récemment parler de nouveau d’ “helicopter money” pour que l’argent distribué, créé ab nihilo en réalité, entre effectivement dans l’économie réelle et ne reste pas coincé dans la finance casino.

Cela ne va certainement pas affaiblir notre franc suisse! Vous avez aimé l’Euro à 1.– CHF, vous allez adorer l’Euro à cinquante centimes!!! Certes vous me direz que cela permettra de faire nos courses encore moins cher de l’autre côté de la frontière. Peut-être, mais si l’entreprise qui paye votre salaire fait faillite, vous ne ferez plus de courses du tout!

En juin 2015, je vous parlais du Fonds Souverain à mettre en place dans notre pays (article à trouver ici). Si vous relisez la réflexion en question avec à l’esprit le nouveau contexte créé par le Brexit, vous comprendrez alors forcément que si on peut imaginer tous les risques du monde à créer un Fonds Souverain National, les risques encourus en ne le créant pas sont en réalité d’un ordre de grandeur plus élevé.

Très concrètement, il faut que le citoyen puisse prendre en compte les vrais risques qu’il encourt dans la configuration actuelle afin de se forger une opinion légitime sur cette question.

Les risques les plus graves se trouvent en premier lieu du côté d’une désindustrialisation version économie 4.0 soit pour oser un néologisme une déséconomication ou exprimé autrement un affaiblissement structurel profond et à long terme du tissu économique créateur de richesse et donc de la prospérité de notre pays, et en second lieu d’une explosion en vol de notre système de prévoyance sociale avec des conséquences difficilement imaginables.

On peut rapidement perdre un avantage concurrentiel, le regagner ira toujours moins vite. Si la situation dégénère sérieusement chez nos voisins proches avec par exemple à choix un ou deux autres pays quittant la CE, des troubles sociaux à peine plus grave que l’usuel en France (tout à fait par hasard), une pression populaire trop forte conduisant au reniement de toute saine gestion budgétaire, etc etc nous pourrions effectivement voir une chute extrêmement rapide de l’EUR et l’envol du CHF jouant encore plus le rôle de monnaie refuge.

Je ne me permets pas d’affirmer que ce scénario est imminent ou même simplement probable. Toutefois, sa simple possibilité suffit pour tirer une conclusion : le risque existe et ne pas le prendre en compte pour des questions de politique politicienne relève de l’aveuglement irresponsable.

En ce qui concerne la problématique de notre filet social, il suffit de savoir que l’entier du modèle a été construit sur des prévisions de croissance et donc des taux moyens de rentabilité des capitaux proche de 3.5%. Or, nous entrons manifestement dans une longue période taux bas. Tous les signes nous montrent que nous réalisons un authentique copié-collé des conditions cadres ayant conduit à la fameuse décennie perdue japonaise, qui rappelons-le encore une fois, roule gentiment vers ses 30 ans!

En fait ici, il ne s’agit déjà plus d’un risque mais d’un authentique crash se déroulant devant nos yeux. Comme tout cela arrive à petite vitesse, presque au ralenti, nous nous laissons bercer un peu comme la grenouille que l’on cuit en la chauffant progressivement. Si nous voulons maintenir notre système de prévoyance tel qu’il a été imaginé, nous devons impérativement avoir des taux plus élevés. Si ceux-ci devaient couler notre économie, une solution alternative devrait être mise en place. Et vite d’ailleurs, car chaque année supplémentaire de cotisations encaissées mais insuffisamment rentabilisables nous rapproche soit d’une sous-couverture généralisée soit d’une contrainte de révision à la baisse des prestations en opposition flagrante aux souhaits de la population. Les débats récents sur l’initiative AVS+ ou le projet du Conseil Fédéral Prévoyance Vieillesse 2020 montrent au moins une chose clairement, si par malheur notre filet social venait à être déstabilisé, il sera quasiment impossible de constituer une majorité consensuelle pour réaliser les ajustements nécessaires. En réalité, l’équilibre atteint au fil des années présente une telle complexité, qu’il vaut mieux ne jamais devoir réaliser des corrections en profondeur.

Et puis j’aimerais attirer l’attention de tous sur un risque fondamental qui se commence sérieusement à se profiler l’horizon : la soudaine panique des décideurs qui, bien forcés de constater que nous avançons à marche forcée vers une impasse, se lancent à hue et à dia dans des mesures hystériques à connotation keynésienne et/ou populiste, ne conduisant qu’à des investissements ni durables ni productifs ainsi qu’en miroir un alourdissement de la charge fiscale doublé d’une aggravation de l’endettement public. Il ne faut surtout pas sous-estimer ce risque. L’histoire nous montre dans de multiples domaines que suite aux manifestations d’un problème trop longtemps négligé, la sur-réaction en découlant pour des raisons électoralistes avait eu des conséquences sur le long terme bien pires que celles du problème qu’elle prétendait solutionner. Pensez simplement par exemple à l’invasion de l’Irak!

Ceux qui s’opposent au Fonds Souverain sur la base de positions dogmatiques mal fondées, ou la défense de leur pré carré, seraient bien avisés de réfléchir au risque qu’ils prennent de se trouver subitement face à un bricolage hystérique nous faisant courir des risques plus grands encore. Pour ceux qui auraient encore le moindre doute, je vous propose d’écouter le débat entre François Savary et Samuel Bendahan du mercredi 10 août sur Forum relatif à la question des taux négatifs pour les petits épargnants (disponible ici). Monsieur Savary qui ne peut certainement pas être taxé de gauchiste primaire ne s’oppose pas, voir même affiche un timide soutien, aux propositions de “relance dite fiscale” de S. Bendahan. Je reste persuadé que si le même débat avait eu lieu ne serait-ce qu’une année auparavant, la réaction de F. Savary aurait été tout autre.

Pour faire écho à mon appel de 2015, la mise en place d’un Fonds Souverain présente un risque contrôlable par le cahier des charges qui serait donné en héritage à cette institution à créer. Ne pas créer un Fonds Souverain représente lui un risque quasiment non gérable, car dépendant essentiellement de la situation économique voir politique de nos voisins les plus proches.

Au vu notamment de ce fameux Brexit, mais également du contexte général prévalant en Europe, j’appelle pour le bien de notre économie, mais également de notre système de prévoyance sociale à rapidement prévoir la mise en place d’un Fonds Souverain selon les modalités, ou des modalités proches, décrites dans mon post introduisant le sujet.

Laurent-David Jospin

Sources :
Celles du post “Mauvaise gestion du Franc fort, double peine pour la population” du 28 juin 2015,
Et celles citées dans le texte directement

Remerciements à Giovanni, Laurent-Valentin, Maïka, Amanda & Co pour les précieux conseils, relectures, et autres coup de main.

Conférence de presse du comité neuchâtelois NON au Gothard

La campagne bat son plein et aujourd’hui nous avons tenu une conférence de presse au nom du comité neuchâtelois Non au 2ème tunnel au Gothard. Comme intervenant vous trouviez, par ordre d’apparition Monsieur le Conseiller aux Etats Didier Berberat, votre blogueur préféré (enfin, je l’espère), et Monsieur le Député au Grand Conseil Pierre Hainard.

Vous trouvez ci-dessous le texte de mon intervention  incluant les images projetés lors de ma présentation.

N’oubliez pas d’aller voter !!!

Laurent-David Jospin

Mesdames et Messieurs,

Lorsqu’un ménage ou une entreprise réfléchit à un investissement respectivement une dépense, l’élément déterminant reste de savoir s’il n’y a pas une autre dépense plus importante ou plus urgente à traiter avant.

Dans le cas du deuxième tunnel au Gothard cette réflexion élémentaire n’a clairement pas été faite. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder la liste des points noirs du réseau routier en terme d’accidentalité telle que publié par l’Office Fédéral des Routes (OFROU). Le Gothard n’y apparaît qu’en 33ème positions sur la période 2012-2014, ou n’y apparaît en général pas. Concrètement, cela signifie que des dizaines d’endroits du réseau sont plus dangereux et devraient être améliorés de manière plus urgente.

Si vous vous intéressez plus strictement à la question de la mobilité, vous découvrirez que le Gothard voit passer en moyenne de l’ordre de 17’000 véhicules par jour plaçant clairement ce tronçon parmi les routes secondaires. L’axe Neuchâtel – La Chaux-de-Fonds lui-même en voit passer bien davantage avec 22’000 véhicules selon comptage OFROU de 2012.

Or voilà l’argent qui aura été dépensé au Gothard ne pourra pas l’être ailleurs. Aujourd’hui plusieurs signaux virent clairement au rouge au niveau de nos finances. Des exercices sont annoncés déficitaires. Les discussions sur le fonds FORTA sensé couvrir ces dépenses viennent à peine de commencer et déjà le total des projets proposés représente environ 3 fois l’argent qu’il a été prévu d’y injecter.

Gaspiller 3 milliards au Gothard implique obligatoirement que de l’argent manquera ailleurs. C’est entre autre notre région qui en fera les frais avec le nouveau projet de RUN ainsi que le contournement des villes du Locle et de La Chaux-de-Fonds qui passeront tous à la trappe. Il est complètement illusoire de croire que le fait de voter oui assurerait un retour d’ascenseur. Premièrement comme déjà dit car l’argent manquera, mais également de par le fait que la création de ce 2ème tunnel conduirait à une aggravation des conditions de trafic sur l’ensemble du plateau par l’effet d’appel d’air et partant mobiliserait encore davantage les ressources pour traiter les difficultés nouvellement créées.

L’argent dépensé au Gothard, même s’il eut pu être plus utile ailleurs, est-il au moins investi utilement ? Il nous est permis d’en douter sérieusement.

 

En effet, même si la douteuse promesse de n’ouvrir qu’une seule piste par tube venait à être tenue malgré tout, le simple fait d’avoir 2 tubes séparés permet d’injecter plus de camion au vu des règles du « compte-goutte » filtrant les dits camions.

Or ces camions viendront de l’Europe cela ne fait pas l’ombre d’un doute. L’axe du Brenner est d’une part saturé mais représente également une rallonge en terme de parcours pour l’ensemble des camions provenant d’Allemagne, Hollande ou encore du Danemark. Les autoroutes du plateau suisse sont à la limite de la congestion, rajouter ne serait-ce que 30 % de camion en plus garantit le bouchon quasi permanent sur nos axes les plus essentiels pour notre économie.

Nos concitoyens à qui l’on fait croire de manière sournoise qu’ils éviteront les bouchons lors de leurs départs en vacance sont doublement trompés, car non seulement ils ne gagneront rien à ce niveau mais seront perdants dans leurs déplacements ordinaires au jour le jour.

Et si la fameuse promesse n’est pas tenue, alors c’est bien pire encore. Oubliez les 30 % de camion supplémentaires, pensez simplement à un doublement avec des conséquences dramatiques pour notre mobilité. Doubler la capacité du Gothard conduirait à devoir rajouter une 3ème voie sur la grande majorité de l’axe autoroutier Bâle-Chiasso, ce qui est tout simplement irréalisable.

L’autogoal serait ici de toute première force. En plus des simples citoyens, les milieux économiques seraient particulièrement impactés.

 

La cerise sur le gâteau se situe au niveau des conséquences pour la santé humaine. La question ne prête plus à débat, les particules fines provoquent une série de maladies dont certaines mortelles en commençant par l’asthme chronique et en finissant par le cancer de la plèvre pulmonaire.

On ne peut admettre aujourd’hui que cet aspect ne soit pas pris en compte dans la réflexion globale qui doit être menée sur cet axe de transit important. Il est bon de rappeler que si l’ensemble de la Suisse subissait les conditions de pollution prévalant au Tessin, les primes d’assurance maladie grimperaient de 10 à 15% , soit un coût à la charge de la collectivité s’approchant des 5 milliards par année !!

Tout ceci sans dire que nous parlons ici froidement d’argent, alors qu’il se cache derrière une immense souffrance humaine.

En résumé, l’option proposée par le Conseil Fédéral consiste à dépenser un montant considérable sur un endroit non prioritaire, induisant de facto l’effet contraire recherché en terme de sécurité ou même de mobilité, et générateur de coûts indirects colossaux sur notre système de santé publique déjà fortement sous pression. Nous recommandons à l’ensemble des citoyens suisses et de ce canton de mettre un non résolu dans l’urne pour ce 28 février.

NON AU TUNNEL TUEUR !!

Le débat pour ou contre le 2ème tube au Gothard s’enflamme et les partisans du oui, manifestement acculés dans leurs derniers retranchements, nous assènent un argument ultime et très émotionnel : la sécurité, les accidents, un incendie dans un tunnel, bref une masse de cadavres à éviter.

Et bien permettez-moi de vous annoncer que même ici il s’agit d’un énorme mensonge, car ce fameux 2ème tube présente toutes les caractéristiques d’un tueur en série.

Détaillons tout cela et comparons les gains et les pertes.

Bien évidemment, la séparation des pistes dans deux tubes distincts amène un gain localisé. Mais concrètement de quoi parle-t-on ici. Les statistiques de l’Office Fédéral des Routes nous montrent une économie potentielle de 25 morts (voir note) lors d’accidents routiers depuis la mise en exploitation en 1980 (soit donc 0.7 mort par année en moyenne). Il ne semble pas inutile de rappeler que le maximum de mort a été provoqué par le fameux incendie de 2001. Or ce scénario ne devrait plus se reproduire puisque suite à cette catastrophe le tunnel a profité de nombreuses améliorations dont un système de ventilation incomparablement plus performant ainsi qu’un “compte goutte” espaçant les poids lourds. Plus récemment encore, il a  été équipé de portails détectant toute chaleur excessive de poids lourds et bloquant tout cas dangereux avant son entrée dans le tunnel. Dès lors considérer un gain de sécurité de 0.7 morts par an relève déjà presque d’un abus de langage, puisque les mesures de sécurité prises depuis cet accident de 2001 contribuent déjà à faire baisser ce chiffre.

Soit, me direz-vous mais tout gain aussi faible soit-il reste bon à prendre quand on parle de vies humaines. Et bien pas forcément, car de l’autre côté, il y a aussi des pertes. Si les pertes dépassent les gains, la conclusion s’impose d’elle-même!

En premier lieu, on peut mentionner les morts qui découleront du chantier lui-même. Les partisans du 2ème tube nous diront qu’il s’agit d’un sacrifice nécessaire, qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, que cela n’est pas sûr et qu’au final nous y gagnerons. La suite de cette réflexion montrera le contraire, et on rappellera que la construction du tunnel de base a coûté 9 vies humaines auxquels s’ajoutent 3500 blessés soit une létalité supérieure à 12 ans d’exploitation du tunnel actuel.

Le rapport “Points noirs sur les routes nationales entre 2012 et 2014” de l’Office Fédéral des Routes (OFROU) le montre, on ne peut plus clairement, le tunnel du Saint-Gothard n’apparaît qu’en 33ème position des points accidentogènes de notre pays; position dont il faut encore préciser qu’elle était particulièrement mauvaise sur cette période. Ceci signifie concrètement qu’il y a au minimum 32 autres tronçons routiers générant plus d’accidents et en général encore davantage. La sagesse populaire le résume simplement, on ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre! Si 3 milliards sont investis, non dépensés, toujours non gaspillé en fait, au Gothard, ils manqueront forcément ailleurs, et donc en toute logique ils manqueront à un endroit tuant plus de gens! Les affirmations de certains politiciens pro-tube à la limite de la malhonnêteté comme quoi il y a assez d’argent pour tout relèvent d’un aveuglement grave. Rappelez-vous la population a refusé sèchement une hausse de la vignette autoroutière pourtant pas si méchante que cela (60.– par année). L’initiative populaire “vache à lait” pourrait encore bouleverser nos si fragiles équilibres dans les transports et conduire à une catastrophe induisant un blocage total du système. En clair et en français les 3 milliards gaspillés au Saint-Gothard conduiraient rien que sur cet aspect à une hausse globale des accidents et partant donc des victimes, si l’on se donne seulement la peine de regarder l’entier du réseau et comment l’argent gaspillé eut pu être mieux utilisé.

L’économie en terme de vie humaine possible grâce à la réaffectation de ces 3 milliards dépendra bien évidemment de quels points noirs bénéficieraient de cette manne comme de la solution retenue. En 2014, 243 personnes ont perdu la vie sur les routes suisses. Ce chiffre peut paraître faible, mais il faut garder à l’esprit que simultanément plus de 21’000 personnes ont été blessées dont 4’000 grièvement. Utilisés de manière judicieuse, les 3 milliards discutés devraient aisément permettre d’éviter une dizaine de morts par année et une centaine de blessés.

On le voit très clairement sur l’image suivante (source : Sonntagszeitung), il y a si peu d’accidents au Gothard en proportion du total (accidents 2011-2014) que l’on doit chercher son emplacement précis !

La réflexion qui précède part de l’idée que “toutes choses resteraient égales par ailleurs”. Or ceci est clairement faux! L’ouverture de ce 2ème tube conduirait inévitablement à un accroissement du trafic et même un très fort accroissement du trafic poids lourds. Plus de véhicules sur les routes et tout spécialement de camions signifie plus d’accidents partout! Le rapport BPA (Bureau de Prévention des Accidents) sur l’opportunité de construire un 2ème tube au Gothard le dit clairement : un faible accroissement du trafic, 3% dans le cas d’espèce, suffit à faire perdre l’avantage sécuritaire gagné par un tube supplémentaire et 6% conduisent déjà à une aggravation claire. Comme les experts les plus prudents s’attendent à une augmentation de l’ordre de 30% des poids lourds transitant à travers notre pays sur l’axe Bâle-Chiasso, nous pouvons garantir que ces 6% seront dépassés et donc le bilan en terme de conséquence humaine présentera des chiffres négatifs ici aussi sans même considérer un meilleur usage possible des fonds.

La cerise pour couronner le gâteau est presque parée de la cape d’invisibilité d’Harry Potter. De la poussière si petite, si insignifiante, qu’elle fût baptisée particules fines. Juste dommage qu’elle vous inflige cancer, maladie cardiovasculaire, et autre joyeusetés sans vous prévenir. L’OFEV le dit dans son rapport “Environnement Suisse 2015 chapitre 10 Air”, la pollution atmosphérique conduit à 3’000 décès prématurés par an et à une charge sur les frais de la santé publique de plus de 4 milliards également par an (à titre de comparaison les primes d’assurance maladie payées par l’ensemble des citoyens se situe un peu en dessus de 30 milliards par année). Certes le trafic n’est pas seul en cause, mais il y contribue de manière décisive notamment pour les particules ultrafines considérées depuis peu comme les plus nocives car pénétrant plus profondément dans l’organisme.

Ne tergiversons pas : mettre en place une structure amenant plus de trafic induira plus de pollution, qui elle-même apportera son lot de morts et de maladies graves. Il ne semble pas inutile de rappeler ici que le Tessin, soit disant bénéficiaire principal de ce deuxième tube, est déjà particulièrement touché par ce problème de pollution aux particules fines. Si l’ensemble de la Suisse subissait les mêmes conditions, nos primes maladies grimperaient de 10 à 15%, et plus grave encore le nombre de morts prématurés doublerait pour atteindre un chiffre avoisinant les 6’000 décès par année. Vouloir imposer une aggravation à la population tessinoise relève plus de la volonté criminelle que de l’erreur politique.

Résumons-nous, ce deuxième tube ne sauvera en réalité personne puisque son faible gain sera plus que perdu par les conséquences de l’accroissement du trafic, nous perdrons quelques vies humaines durant la construction, la meilleure utilisation possible des fonds aurait permis de sauver facilement 10 fois plus de vies humaines ailleurs, et enfin la pollution induite tuera encore de nombreuses personnes tout en fragilisant la santé de beaucoup plus encore.

Bref, j’accuse sans la moindre hésitation les partisans du 2ème tube, qui jouent actuellement la carte émotionnelle à fond en nous présentant à toutes les occasions les images de l’incendie conséquence de l’accident de 2001, soit d’incompétence totale ou alors de mauvaise foi criminelle.
Oui ce 2ème tube représente une menace réelle pour le bilan global de notre sécurité routière. De manière, certes partiellement indirecte mais bien réelle, il tuerait bien plus de vies qu’il n’en sauverait. Je suis prêt à accepter l’argumentaire de la sécurité maximale, mais alors un peu de cohérence s’il vous plaît, et constatez que ce projet brisera des vies, des familles et je m’interroge s’il n’y a pas une confusion sur ce que nous creuserions ici, un tunnel ou une fosse commune ?

Laurent-David Jospin

Note : le chiffre précédemment évoqué ici de 36 morts incluait des morts non routiers (par exemple lors de la construction), qui ne doivent pas être pris en compte pour le calcul de l’économie possible au niveau pure de la circulation.

Sources :
Office Fédéral de l’environnement OFEV, rapport environnement suisse 2015
Bureau de Prévention des  accidents, Tunnel routier du Saint-Gothard, répercussion d’un tunnel bi-tube en terme de sécurité routière
ainsi que les sources de la publication Un 2ème tube synonyme de triple gaspillage

Un 2ème tube synonyme de triple gaspillage

Le 2ème tube imaginé par un parlement visiblement manipulé par un lobby qu’il est inutile de nommer conduirait à un gaspillage de ressources financières plus utiles ailleurs sur le réseau autoroutier, un gaspillage de l’argent investi dans les NLFA, et enfin un gaspillage énergétique conséquent.

Dans ce post, j’aimerais vous montrer que ce troisième gaspillage, même si moins spectaculaire que les deux autres, reste très lourd. On parle ici des camions qui se précipiteraient pour profiter de ce 2ème tube au lieu de passer par la solution ferroutage (transfert des camions par le train) chèrement payée par le peuple suisse, en passant 24 milliards quand même, mais ne soyons pas chiche que diable.

Un camion qui doit faire toute l’ascension pour arriver à l’entrée du tunnel autoroutier consomme une quantité appréciable d’énergie supplémentaire que nous allons un peu détailler ici.

Donc, si nous faisons l’effort de nous rappeler nos cours de physique élémentaire, nous pouvons poser que l’énergie perdue par la montée inutile d’un camion correspond en premier lieu à la différence d’énergie potentielle soit

E=MgH

ou M = le poids du camion considéré, g = 9.81, et H = la différence d’altitude entre le tunnel de base ferroviaire et celle du tunnel routier soit 1150 m – 550 m = 600 m.

Pour le poids du camion entre les courses chargées et celles à vide, nous retiendrons un poids moyens de 30 tonnes soit 30’000 kg.

Bref E = 30’000 * 9.81 * 600 = 176’580’000 Joules.

Oui mais le moteur thermique ayant permis cette ascension présente une efficacité toute sauf idéale. Entre la déperdition en chaleur, les frottements et autres, on considère en général qu’un tel moteur présente un rendement de 30 %.

Ceci signifie que pour obtenir l’élévation d’un seul camion depuis l’altitude du tunnel ferroviaire jusqu’à celle du tunnel routier, il nous faut produire bien 588’600’000 Joules (dont les 30 % nous donneront l’énergie physique calculée avant).

Pour information 588’600’000 Joules correspondent à 163.5 kWh ou grosso modo 16 litres de diesel pour camion.

A noter : nous “oublions” l’énergie nécessaire pour le déplacement horizontal durant cette phase (Oubli 1 = O1) ainsi que l’énergie nécessaire pour les ralentissements suivis d’une ré-accélération (O2) qui peut être très importante selon la fréquence de ces perturbations, jusqu’à multiplier la consommation par un facteur supérieur à 3! (source : selon Mercedes 2 arrêts-re-démarrages par km parcouru suffisent déjà à multiplier par 3 la consommation). A ce sujet des perturbations de trafic, je vous encourage à relire mon post sur les effets catastrophiques d’un 2ème tube pour la fluidité du trafic ici http://www.famillejospin.ch/ouvrirlesyeux/?p=875.

Ensuite notre camion va traverser le tunnel de 17 km avec une consommation de 30 litres au 100 km (pour un camion déjà raisonnablement moderne) soit en arrondissant vers le bas 5 litres de diesel ou 50 kWh (ou 180’000’000 Joules pour les puristes).

A la fin le camion va encore redescendre de la montagne, et dans un but de simplification, nous considérerons que cette dernière consommation + O1 + O2 sont au minimum supérieurs à l’énergie nécessaire à déplacer le train portant le camion calculée au prorata de chaque camion (les trains sont très efficients sur le plan énergétique). A priori cette simplification se réalise au détriment du train qui augmenterait encore un peu son avantage ici.

Sans même dire que nous n’avons pas considéré l’entier du trajet Bâle – Chiasso pour lequel un camion (toujours raisonnablement moderne) consommera environ 120 litres de diesel alors qu’une fraction de cette énergie aurait été utilisée dans une version ferroutage. Ce point fera l’objet d’un autre post, mais vous pouvez déjà être sûr que si nous envoyons le mauvais signal d’un 2ème tube, nous pouvons quasiment passer en perte et profit l’investissement des NLFA y compris le fameux corridor de 4 mètres.

Bref un SEUL camion choisissant de ne pas prendre la solution ferroutage mais de grimper la montagne (et encore, on ne parle pas du col ici!) gaspille au minimum 21 litres de diesel ou 213.5 kWh (le chiffre réel sera bien plus élevé selon les explications et remarques qui précèdent).

Prenez maintenant en compte le trafic annuel de globalement 1’000’000 de camions (chiffre qui grossirait encore pour sûr avec l’ouverture d’un 2ème tube), et vous arrivez à ce total exorbitant de 21’000’000 litres de diesel gaspillé – qui reste toujours sous-estimé –  pour rien en fait puisque dans l’une et l’autre solution les camions se retrouvent au même endroit à la fin.

Si on utilisait la même quantité de diesel dans des couples chaleur-force avec une efficience d’environ 75 %, on obtiendrait une disponibilité nette énergétique de 160 GWh au niveau usager, soit exprimé en terme électrique la consommation privée d’une ville de 160’000 habitants. (considérant 4’000 kWh de consommation annuelle par ménage de 4 personnes, mais en réalité c’est à peine plus compliqué puisque dans la réflexion faite nous aurions simultanément de la chaleur pour x habitants et de l’électricité pour y, mais indépendamment du point de vue la réalité reste bien celle d’un gaspillage d’énergie colossal pour rien de plus ni de mieux).

Petite cerise sur le gâteau, les experts auront remarqué que je n’ai même pas évoqué la question de l’énergie grise qui serait investie dans la construction d’un tel tunnel. Or rien que le béton investi dans un tel projet à raison de 1850 kWh / m³ devrait largement dépasser les 250 GWh. Ne disposant pas de l’ensemble des données techniques (excavation, transport des déblais, équipements techniques, revêtement routier, éclairage, ventilation, entretien, …) je ne peux que faire une estimation grossière, mais je ne serais pas surpris qu’au final l’ensemble de l’énergie grise investie dans un tel projet soit dix fois supérieure à ce premier chiffre de 250 GWh soit pour le rendre palpable de l’ordre de grandeur de la production de la centrale nucléaire de Mühleberg pendant une année entière soit ± 2500 GWh ou encore la consommation annuelle électrique de 2’500’000 personnes.

Un gaspillage insensé qu’on vous dit !

Pour le prochain post sur le sujet, je vous parlerai du gros mensonge sécuritaire lié à ce 2ème tube.

Laurent-David JOSPIN

 

Source(s) :
Merci à Pierre Hainard pour l’idée de base (sans jeu de mot) et à Giovanni Tarantino ainsi que ma famille pour les précieuses relectures et critiques positives
Site web officiel du tunnel de base : https://www.alptransit.ch/fr/home/
Site web de la Confédération Suisse sur le Gothard : http://www.gotthard-strassentunnel.ch/Tunnelanlagen.22.0.html
The world’s most fuel-efficient production-series tractor-trailer: New Mercedes-Benz Actros: CO2 world champion, site web http://media.daimler.com : lien complet ici

TOP21 ou FLOP21 telle est la question …

La fameuse COP21 vient à peine de s’achever et déjà les chroniqueurs et analystes de tous bords s’en donnent à cœur-joie. Comme vous devez forcément l’imaginer, votre blogueur impénitent pourfendeur des hérésies environnementales n’échappe pas à la règle (voir dans la partie “sources” pour le texte complet).

Pour faire court, l’abominable côtoie le sublime. Et pour faire un peu plus long, essayons de démêler l’écheveau.

Un regard strictement pessimiste nous force à constater plusieurs faits indiscutables :
– l’accord est soi-disant contraignant, mais il ne comporte aucun mécanisme de sanction ni même de contrôle réel. Dès lors, on peut légitimement s’interroger sur le concept de contraignant.
– les promesses ou annonces volontaires de réduction carbone transmises par l’ensemble des pays concernés ne permettent d’espérer qu’au mieux de tenir une hausse de 3°C des températures mondiales, et encore seulement si nous n’avons pas mis en route un phénomène auto-enclencheur  comme par ex. des relargages massifs de méthane de l’arctique ou de la toundra après fontes des glaces polaires ou respectivement du pergélisol.
– on pourrait même parler de schizophrénie assumée quand le préambule de l’accord inclut une référence à un taux de 1.5°C qu’il vaudrait mieux ne pas dépasser, que le texte de l’accord lui-même se réfère à un objectif de 2°C, mais que l’état des lieux constate en langage diplomatique – j’allais écrire en langue de bois – qu’il existe un écart significatif entre les annonces cumulées de réductions carbone et l’objectif climatique minimum.

Bref, une analyse du passif de cet accord nous pousse tout droit vers une neurasthénie aiguë.

Néanmoins, tout n’est peut-être pas si noir, car pour ma part, j’ai bien vu une belle lumière au bout du tunnel. Pour mieux me faire comprendre, je vous propose de relire mon post de juin 2013 http://www.famillejospin.ch/ouvrirlesyeux/?p=76 dans lequel je vous annonçais des mises en responsabilité et autres poursuites à l’encontre des gros pollueurs ou même financeurs des pollueurs. A l’époque, la sincérité m’obligeait à vous dire que les mécanismes de mise en responsabilité décrits ne surviendraient peut-être pas si vite que cela. En réalité, très bonne surprise, nous venons de vivre tout récemment le démarrage des, vraisemblablement, deux premières procédures pour crime climatique contre notamment une société aussi importante qu’Exxon. La procédure en question se fonde essentiellement sur le fait qu’Exxon savait et a choisi d’ignorer les avertissements de ses propres scientifiques. Or voilà, depuis ce samedi 12 décembre 2015, suite à la ratification unanime par 195 pays d’un document indiquant de manière non équivoque que l’activité humaine est la source primaire du problème de réchauffement climatique de la planète, et que celui-ci génère des conséquences hautement dommageables sur les plans environnementaux, sociaux, et économiques, plus aucune entreprise ne pourra se défendre en disant “nous savions pas, nous n’étions pas sûrs, ….“.

Si ce fait nouveau tombait du ciel sans aucun signe précurseur, on pourrait imaginer qu’il reste sans lendemain. Toutefois tel n’est pas le cas. On peut bien sûr penser à la procédure mentionnée ci-dessus. Toutefois, même si le cas Exxon présente clairement un aspect spectaculaire, plein de petits signes restés jusqu’à présent relativement confidentiels dans les milieux de la gestion ou finance démontrent l’existence d’une lame de fond beaucoup plus fondamentale. Récemment encore, mais avant le résultat de la COP21, l’Office Fédéral de l’Environnement (OFEV) présentait les résultats d’une analyse sur les risques carbone encourus par les fonds en actions ainsi que les caisses de pension.

J’ai été très surpris de ne pas voir de commentaires ou analyses sur ce point précis, car, croyez-moi, il change TOUT. Dans les mois à venir, les départements risk compliance des majors de l’énergie, de la chimie, du transport, etc etc vont émettre des notices de risque à provisionner. Ces notices vont circuler premièrement au niveau des conseils d’administrations. qui dans un premier temps se dépêcheront de ne pas en faire état. En bref, ils agiront selon toute vraisemblance exactement de la manière qui a valu à Exxon son procès!.

Mais en parallèle, les gros investisseurs institutionnels comme les caisses de pension réaliseront des analyses très similaires globales sur leurs portefeuilles, et conséquemment commenceront à faire pression pour avoir connaissance des analyses liées au risque carbone des entreprises dans lesquelles elles auront investis. Et si elles ne le font pas, les régulateurs se chargeront de leur expliquer! Lorsque les responsables de la FINMA (organe de contrôle des marchés suisse) auront lu le rapport de leur collègue de l’OFEV, le mécanisme se mettra en œuvre, lentement sans doute, mais inexorablement. Dans un premier temps, nous verrons sans doute une simple exigence minimale d’une mention globale de la politique liée au risque carbone, puis progressivement le contexte se durcira avec une contrainte de transparence toujours plus élevée, sans doute l’obligation d’un “rapport carbone” pour chaque investissement. Au final, le couperet tombera en premier pour les caisses de pensions qui devront intégrer une obligation de couverture totale du risque carbone, et conséquemment se détourneront en masse des investissements présentant un profil défavorable sur ce plan.

Typiquement une caisse de pension doit s’assurer qu’elle touchera de manière fiable à très long terme des revenus destinés à couvrir les retraites promises. La sécurité des versements futurs, ne peut être garantie que si la sécurité juridique des entreprises investies est elle-même garantie. Or voilà suite à ce fameux accord décembre 2015, un risque nouveau vient de se créer, dont on pourrait même imaginer, que comme dans le cas de l’amiante, les fauteurs de trouble ne puissent pas se libérer en invoquant une quelconque prescription juridique.

Le timide mouvement de reflux des capitaux des industries à forte connotation carbone constaté récemment montre les prémices d’une fuite panique dans un horizon de temps plus court que certain souhaitent l’imaginer! Dès aujourd’hui, un investissement dans le fossile ou se basant indirectement sur des sources d’énergie fossile est devenu un placement spéculatif de court terme et potentiellement très risqué.

La froide réalité du réchauffement climatique se résume en un jeu de mots et autrement peu de mots : à Paris les Etats ont échoué à mettre en place un mécanisme public réel nous faisant sortir de cette spirale infernale, mais, peut-être sans même s’en rendre compte, ils ont rendu l’économie privée indéfiniment responsable des conséquences à venir à partir de ce 12 décembre. Au final, lorsque la dite économie aura pleinement compris et intégré ce fait, vous verrez des transformations peu imaginables aujourd’hui.

En bref et pour descendre à un niveau très terre à terre, l’accord du 12 décembre, ni TOP21 ni FLOP21, ne sera que ce que nous les citoyens en ferons! Si aujourd’hui en tant que salarié d’une entreprise X vous écrivez un gentil courrier recommandé expliquant à l’organe de surveillance de votre caisse votre inquiétude au vu du nouveau contexte “risque carbone”, vous mettez (ou contribuez à mettre) une pression qui conduira à terme à des désinvestissements massifs dans les sociétés sources de ce problème majeur.

Et tout cela a aussi été rendu possible par cette fameuse marche citoyenne du climat dont je vous ai parlé dans les derniers posts!

Je profite de la transition pour vous dire que la pétition est envoyée ce jour, et personnellement je me permettrai d’espérer que l’un ou l’autre député du Grand Conseil prenne le temps de lire ces quelques lignes, car si notre canton ne modifie pas du tout au tout sa politique face aux énergies renouvelables, le virage technico-économique aura été définitivement perdu pour notre région, et nous aurons alors seulement les charges à assumer sans pouvoir profiter des aspects positifs. Bref, évitons de ressembler par trop à Exxon &Co et tournons-nous vers l’avenir!

Laurent-David JOSPIN

Post-scriptum : lors du démarrage de la rédaction du présent post il y a une semaine précisément, comme mentionné dans le texte je n’avais trouvé aucune analyse similaire ou parallèle. Toutefois, un ami vient de m’indiquer un article paru ce dimanche matin même sur le site de la NZZ complètement dans la cible de ma réflexion. Pour ceux qui apprécient la langue de Goethe, je vous le recommande (ici), il mérite votre attention.

Sources :
Risque carbone : première étude concernant la place financière suisse, OFEV, 29 septembre 2015, https://www.admin.ch/gov/fr/accueil/documentation/communiques.msg-id-59285.html
EXXON : The Road Not Taken, Exxon’s Own Research Confirmed Fossil Fuels’ Role in Global Warming Decades Ago, Inside climate news, 16 septembre 2015, http://insideclimatenews.org/content/Exxon-The-Road-Not-Taken
Convention-cadre sur les changements climatiques, Adoption de l’Accord de Paris, Nations-Unies, 12 décembre 2015, lien
Courrier d’accompagnement de la pétition envoyé aux autorités neuchâteloises, texte ici

Votre mission si vous l’acceptez …

…  convaincre un parterre d’automobilistes qu’un tube de plus, objet de leurs désirs inavoués de vacanciers frustrés, n’apporte aucun avantage mais bien des désavantages!! C’est plus fort que moi, je dois aimer me lancer des défis absurdes et pourtant …..

Pour l’entrée en matière, on expliquera que les élections fédérales de cet automne ne représentent pas la fin de tout mais que la vie, politique notamment, continuera après.

Si vous avez manqué le dernier épisode, on vous remet vite dans le bain. En bref, les chambres fédérales ont décidé d’essayer le coup de force et d’imposer un 2ème tube au Gothard. Cette décision n’est pas anodine, car elle viole de manière évidente la volonté populaire exprimée lors de la votation sur l’initiative des alpes en 1994. Et puis voilà, la (méchante) population a décidé de ne pas faire confiance aux (braves) parlementaires mais d’imposer une votation. Bizarrement, le maximum de signatures en faveur du référendum ont été collectées dans les cantons censés profiter de ce 2ème tube comme le Tessin par exemple … Il doit certainement s’agir d’un malentendu!

Voilà si j’avais voulu me faciliter la vie, j’aurais pu développer n’importe quel argument vu le nombre à disposition, mais voilà j’avais vraiment envie d’ébranler ces impénitents fanatiques du bitume. Et comment atteindre le cœur de l’automobiliste endurci ???

Et bien à part l’augmentation du prix de l’essence, je ne vois que la menace de bouchons, plus de bouchons, des bouchons partout, bref nos pétillantes autoroutes subitement inbuvables car souffrant d’un affreux goût de BOUCHON!!
Honnêtement à ce moment de la présentation, vous voyez surtout des sourires en coin. Mais bon, ne désespérons pas! Sous ces carapaces de tôle aux reflets métallisés (triple couche, garanti contre la corrosion 6 ans ou 100’000 km …), il reste peut-être un peu d’humanité.

Remettons un peu notre public en face de la dure, très dure, réalité! Les bouchons, on connaît! Certains axes sont largement saturés et on ne prévoit pas vraiment que cela s’améliore. On pourrait à ce moment glisser subrepticement dans la conversation que finalement ces 3 milliards seraient mieux investis ailleurs, mais vade retro satana, nous voulons montrer que ce 2ème tube ne va pas résoudre des bouchons mais en générer, un point c’est tout!
On notera tout de même qu’une grande part du réseau sature bien davantage que le Gothard, comme ça à tout hasard.

Il est amusant de constater que plus ou moins les mêmes milieux qui nous rabâchent à longueur de campagne politique que la Suisse n’est pas une île, que nous dépendons de l’Europe, que que et encore que  …. semblent subitement l’oublier ici!
En effet, la Suisse n’est pas une île et nos voisins subissent actuellement une énorme tension suite à ces problèmes de surcharge de trafic marchandise. Des riverains se plaignent un peu partout, et oh scandale, on voit même ici ou là des actions de blocage, au Mont-Blanc par exemple … ach diese Franzosen so unseriös …

Il me semble que j’entends encore résonner dans mes oreilles les paroles d’un Conseiller Fédéral “Le secret bancaire n’est pas négociable!”. Notez qu’il avait raison finalement, il n’y a rien eu à négocier, on a simplement tout donné quand on nous l’a demandé!
Nous n’avons aucune inquiétude à nous faire! De brillants orateurs nous expliqueront que non ce n’est pas nous qui avons cédé face à l’Europe, mais qu’au contraire nous avons réussi à imposer la pleine utilisation des 2 tubes si chèrement payés (avec tout les dépassements cachés déjà prévus mais qui n’existent pas bien sûr officiellement). Car enfin c’est sûr notre but caché et sournois restait de réussir à vendre plus de vignettes autoroutières à nos voisins venant profiter de nos autoroutes. Il faut bien que nos imprimeurs vivent que diable.
Essayer de faire croire que l’utilisation partielle des tubes pourrait réellement s’imposer sans être remise en cause ne relève plus du mensonge mais franchement de l’escroquerie. Décidément, je n’ose me faire à l’idée que l’on nous prenne pour des …., mais je devrais peut-être.
Bref, si vous voulez vraiment le savoir en cas d’ouverture d’un 2ème tube, préparez-vous à un doublement du trafic poids lourds passant à travers notre pays, sans rien lui apporter réellement, mis à part quelques particules fines cancérigènes cela va de soit.

Faisons une petite pause et rappelons-nous ce que nous avons appris à l’école. La vox populi et les statistiques ne s’opposent pas : Trop et trop peu gâtent tous les jeux! Mathématiquement parlant, on évoque une courbe en forme de cloche dite courbe de Gauss.
Prenez le cas d’un agriculteur qui découvrirait les engrais. Il en met un peu, son rendement augmente un peu. Il en rajoute, la production continue à augmenter. Et voilà subitement, s’il continue sur cette tendance à un moment donné, la production tombe à zéro, car l’excès a brûlé les champs.
Il en va de même pour le débit sur les routes qui suit la croissance du trafic jusqu’au moment où le seuil de saturation est atteint ou pire dépassé. Dès cet instant le “rendement” soit le nombre de voitures pouvant passer à l’heure diminue voir s’effondre lorsqu’on atteint le seuil du bouchon!

Or voilà  notre réseau étant proche  du seuil de saturation à de trop nombreux endroits, le supplément de poids lourds annoncé conduira à une explosion des bouchons majoritairement sur l’axe Bâle – Chiasso, mais également un peu partout, car le jeu des dominos autoroutiers conduit à ce qu’une difficulté récurrente localisée induit des effets jusqu’à 100 km de distance. (pas de cours de dynamique des flux ici, on verra cela une autre fois)
Et oui, définitivement oui, ce deuxième tube ne permettra en réalité à personne de gagner quoique ce soit en terme de confort de conduite, mais nous serons bien tous perdants! Et nous ne parlons toujours pas de l’argent qui manquera pour des projets bien plus justifiés.
Prenons un exemple bien concret : la ville du Locle souffre d’un trafic pendulaire de frontalier qui la congestionne tout les matins et fin d’après-midi. L’ouverture d’un 2ème tube au Gothard conduira même ici à augmenter le trafic de camions provenant de la Franche Comté proche  et régions directement avoisinantes cherchant à rejoindre l’Italie.
Bref et pour le dire courtement : un magnifique autogoal.

Même les automobilistes, dont j’avoue faire partie comme la majorité de la population, ont un intérêt réel à dire NON à ce projet erroné et ne servant que les intérêts des constructeurs de bitume.

Petite touche d’encouragement : j’ai eu déjà deux fois l’occasion de faire ma présentation à des publics bien différents. Que les défenseurs de l’environnement se rassurent, lorsqu’on leur explique clairement les choses, nos concitoyens font le bon choix!

Laurent-David JOSPIN

PS : il s’agit d’une présentation courte pensée pour une petite dizaine de minutes de conférence centrée sur un seul argument. Je reste bien volontiers à disposition pour faire des présentations plus larges et plus fouillées, voir participer à des débats sur le sujet (qui me tient à cœur vous l’aurez peut-être remarqué autant comme automobiliste que comme défenseur de l’environnement).

Quand la Mère Patrie trahit ses enfants

Nous recevons si souvent des nouvelles comme quoi les personnes à l’étranger ont de la difficulté à ouvrir ou même simplement conserver un compte bancaire qu’une de plus ou de moins n’y change plus grand chose. Récemment encore, nous avons eu droit à une nouveauté : plus de carte de crédit pour les personnes à l’étranger auprès de Postfinance, y compris, et c’est là que cela se corse, pour nos compatriotes à l’étranger.

Et pourtant ces dites personnes à l’étranger appartiennent pour la grande majorité à la catégorie des honnêtes citoyens suisses respectueux des lois, qui aimeraient bien pouvoir vivre comme tout un chacun!

Peut-on considérer comme acceptable qu’un suisse de l’étranger ne puisse plus avoir de carte de crédit auprès de Postfinance, qui soit-dit en passant bénéficie d’un soutien étatique certes indirect mais bien réel de part les missions de service public attribuées à la Poste?

Image d’illustration du communiqué de la TSR

Dans cette discussion, on oppose souvent l’aspect moral (malheureusement oui, c’est pas juste!) aux cotés pratiques et financiers (mais c’est nécessaire pour nos banques et notre économie).

Et bien je me permettrai de penser que ce calcul est profondément faux et risque bien de nous coûter très cher à moyen terme! Les Suisses de l’étranger représentent notre première force de représentation face au concert des nations  d’une manière générale. Mais plus précisément encore, un nombre important d’entre-eux appartiennent à la catégorie des expatriés pour raisons professionnelles. En clair et en français, ils défendent les intérêts de nos entreprises à l’étranger et leur travail garantit nos places de travail orientées exportation ici en Suisse.

La trahison que nous leur faisons vivre en les empêchant d’avoir d’accès à des services de base nécessaires voir parfois indispensables pour garantir leur lien avec le pays laissera inévitablement des traces. Et comme l’élastique que l’on tend  et tend encore, lorsque le point de rupture est dépassé, il apparaît subitement un dommage dont tout le monde fait semblant d’être surpris. Maman mon élastique est tout cassééééé! Tu aurais dû être plus soigneux! Il est bon pour la poubelle mon chéri!

Aujourd’hui nous sacrifions l’important au profit de l’urgent. Nous favorisons le court terme au détriment du long terme. La prospérité dont nous bénéficions à l’instant ne s’est pas bâtie sur ce genre de valeur. Bien au contraire, notre histoire regorge de précurseurs voir carrément d’aventuriers qui ont pris des risques pour permettre à la collectivité d’avancer.

Si les règles mises en place dans le domaine financier ne permettent plus à, encore une fois, des honnêtes citoyens de garder un lien économique normal avec leur propre pays, alors ces règles sont mauvaises, et ils est d’urgent de réfléchir à les corriger voir les abolir le cas échéant. Blaise Pascal affirmait “qui fait l’ange fait la bête“, il ne semble pas usurpé du tout de continuer “qui fait le paradis, fait l’enfer”!

Le problème que nous avons avec nos expatriés n’en est qu’une manifestation parmi d’autre, mais si nous continuons à nous crisper sur une position générale ultra défensive, nous préparons une longue glissade qui s’annonce bien douloureuse et surtout difficilement arrêtable une fois entamée.

Les vicissitudes que nous faisons vivre à nos concitoyens expatriés appartiennent clairement à la catégorie des injustices, mais c’est aussi en premier lieu un affaiblissement de notre pays.

La Mère Patrie trahissant ses enfants ne devra pas s’étonner lorsqu’ils s’éloigneront d’elle!

Laurent Jospin

Référence :
Article web TSR :   http://www.rts.ch/info/economie/6949634-postfinance-abolit-les-cartes-de-credit-pour-ses-clients-a-l-etranger.html

Mauvaise gestion du franc fort, double peine pour la population

Depuis août 2011, et oui le temps passe vite, une idée fixe semble diriger toutes les réflexions et décisions aussi bien de nos élus que de la population : ce fameux franc fort apparemment responsable de tous les maux réels ou imaginaires de notre pays.

Subissant de fortes pressions politiques, montrant ici les limites de son indépendance telle que souhaitée par notre constitution, la Banque Nationale Suisse BNS s’est décidée le 6 septembre 2011 à instaurer un taux plancher de CHF 1.2 pour 1 EUR.

Maintenir ce taux plancher a obligé la BNS à acquérir des quantités toujours plus importantes d’EUR faisant monter le stock d’EUR au bilan à un total comparable au PIB national!! Lorsqu’il est apparu (janvier 2015) que la Banque Centrale Européenne BCE risquait de prendre des mesures extrêmes de rachat de créances étatiques douteuses pour garantir essentiellement une paix sociale minimale, et donc partant d’affaiblir de manière encore plus forte, potentiellement incontrôlée, la monnaie européenne, la BNS a pris peur (à juste titre sans doute) et a découplé le CHF de l’EUR provoquant une envolée de notre monnaie nationale qui s’est approchée de la parité.

Il est d’ailleurs vraisemblable que le taux actuel, aux environ de 1.05 CHF pour 1 EUR ne tient que grâce à une autre mesure non conventionnelle, soit le taux négatif sur les avoirs en compte courant dépassant une somme x, qui lui provoque un autre dommage collatéral auprès de nos caisses de retraite. En clair, ce taux négatif n’est pas assez négatif pour conduire à un taux de change satisfaisant pour l’économie (on entend parler de 1.2 auprès du patronat et carrément de 1.4 auprès de certains syndicats), mais déjà trop pour qu’il ne provoque pas une insuffisance de rendement de notre système de prévoyance vieillesse pouvant potentiellement conduire à un atterrissage brutal de notre politique des 3 piliers.

Alors qu’il y aurait eu bien mieux à faire!

Ne lutte pas contre les courants Petit! Utilise-les plutôt! disait Archimède au futur Prince Arthur. (voir Merlin l’enchanteur en dessin animé pour ceux que cela intéresse)

Il est bon ici de rappeler quelques principes de la création monétaire. La majorité de la population croit encore qu’il y a une couverture ou contre-valeur physique pour justifier l’existence de notre monnaie. On pense par exemple à la fameuse couverture or historique. Dans les faits, cela est majoritairement faux, on parle de monnaie fiduciaire soit une monnaie qui existe essentiellement sur la confiance (fiducie en latin signifie bien confiance). Dès lors, pour le dire de manière simplifiée, un billet de CHF 100.– ou un avoir à la banque du même montant ne représentent essentiellement qu’une reconnaissance de dette. La BNS n’existant que par la volonté populaire d’un instant donné et figée dans notre constitution, les ultimes garants des reconnaissances de dette émises, c’est bien nous les citoyens lambda.

L’argent émis par la BNS appartient au final à la population, et cela ne serait que simple justice que cet argent travaille pour le peuple au lieu de lui créer un fardeau supplémentaire. Par ailleurs, l’argent émis étant une reconnaissance de dette, il est fondamental de s’assurer qu’une contre-valeur productive existe pour couvrir à la fois la nécessité d’honorer un jour la dette et le risque lié. Si vous achetez un bien tangible comme un immeuble, il vous sera (très relativement) facile d’emprunter une somme conséquente auprès d’une banque, alors que si vous demandez le même emprunt sans actif tangible à mettre en garantie, cela deviendra simplement impossible. Cette même logique devrait ici être retournée pour dire que si pour des raisons x ou y, il est impératif d’émettre des francs suisses supplémentaires, la contre-valeur doit être investie en faveur de la population. En bon français, cela s’appelle un Fonds Souverain, Citation article Wikipédia Fonds Monétaire International : ” … leur politique d’investissement vise à atteindre des objectifs macroéconomiques précis … “.

La mesure du taux plancher via l’achat massif d’EUR était une mesure acceptable, peut-être la seule possible pour une première mesure d’urgence, toutefois pour être viable à long terme, elle devait obligatoirement être accompagnée d’une mesure complémentaire permettant de générer un flux financier positif. L’objectif macroéconomique précis de la citation ci-dessus est donc bien de mettre le pays dans une situation où ses exportations restent financièrement viables. Le flux financier positif permet lui de couvrir le risque et qui sait de générer un excédent au bénéfice de tous ??

La vraie question n’est pas de savoir s’il faut ou ne faut pas mettre en place un tel mécanisme, mais plutôt de savoir comment. Dans une vision solide, sous-entendu durable notamment, les clefs tournent autour des points suivants :
– Ne pas se limiter à acquérir une seule monnaie (des EUR ici) mais répartir les achats sur une multitude de monnaies et zones économiques différentes (Yuan chinois, Real brésilien, Yen japonais, $ australien, … sont par exemple tous des candidats valables pour recevoir une partie de la fortune du Fonds)
– privilégier les investissements dans des actifs tangibles correspondant à des besoins essentiels durables (énergie (renouvelable de préférence), infrastructures, agro-alimentaire (penser à profiter de faire passer nos acquisitions sous nos normes environnementales – la planète en profitera), entreprises à hauts standards éthiques, un peu d’immobilier bien sûr, …)
– appliquer les stratégies de la gestion prudentielle voulant qu’un maximum de 1%  (voire moins selon l’importance de la masse sous gestion) de la fortune du Fonds soit investi sur un même actif et risque
– découpler la gestion du Fonds de la politique, le parlement ne devant être ici qu’un organe de surveillance, mais la gestion du Fonds mandatée à une institution indépendante sur un modèle assez similaire de celui la BNS

En bref, la politique du Fonds Souverain norvégien s’approche assez de cet idéal, alors que celle du Fonds Qatari représente le quasi exact opposé. Il transparaît ici le fait que la volonté norvégienne est bien de préserver des revenus pour les générations futures, alors que le Qatar cherche entre autres à exporter sa doctrine religieuse.

Le Fonds norvégien “Government Pension Fund Global” GPFG a atteint en 2014 une performance de 7.58% pour une taille de bilan légèrement supérieure à 700 milliards de US$.

Dans le cas qui nous occupe, le bilan de la BNS présentait à fin avril 2015 une position en monnaie étrangère d’un peu plus de 500 milliards de CHF. Nous savons, par l’expérience vécue, que ce montant ne suffit pas pour atteindre le taux de change souhaité proche de 1.2. Par ailleurs, comme la création d’un Fonds Souverain aurait vraisemblablement tendance à apprécier quelque peu la perception de notre monnaie par les investisseurs mondiaux en mal de sécurité, il ne semble pas du tout hors de proportion d’imaginer de devoir inonder le marché du double de ce chiffre pour obtenir un résultat s’approchant du but désiré.

Calculons un peu, juste pour se donner une idée! Soit un Fonds Souverain Suisse doté d’un capital de 1000 milliards, qui n’ont coûté que la volonté de les créer rappelons-le, devrait un atteindre un rendement net d’au minimum 3%, au vu des résultats du GPFG et du fait que nous affirmons disposer en Suisse des meilleures compétences de gestion de fortune au monde. Et bien 3% de 1000 milliards générerait 30 milliards de revenus au profit de la population. Si on imagine restituer cette somme en 3 tranches au Peuple, cela pourrait donner :
– 10 milliards sur nos primes d’assurances maladies, soit en chiffres ronds une diminution d’un tiers, concrètement une prime mensuelle de CHF 450.– se raboterait jusqu’à CHF 300.–.
-10 milliards en allégement de TVA, conduirait à baisser le taux effectif à quelque chose comme 4.1% au lieu des 8% actuels.
– 10 milliards sur l’AVS résoudrait son problème de financement et lui permettrait de reconstituer des réserves  rapidement, et permettrait sans doute même de pouvoir baisser les prélèvements paritaires.

Ceci n’est qu’un scénario parmi de très nombreuses possibilités. Mais quelle que soit la variante retenue, il y a encore une très belle cerise sur le gâteau à savoir qu’une telle stratégie apporterait encore des effets indirects via le stimulus économique généré par :
– une diminution des primes LAMAL contribuerait certainement à une relance de la consommation intérieure,
– une TVA plus basse permettrait à nos entreprises de sauver de la rentabilité à prix finaux nets égaux pour les consommateurs,
– solutionner le problème de l’AVS, c’est aussi protéger le coût du travail en Suisse évitant de lui faire perdre toute compétitivité internationale
– et enfin affaiblir durablement notre monnaie sur les marchés internationaux rend nos produits d’exportation naturellement plus compétitifs.

On peut bien sûr s’interroger sur les risques éventuels d’une telle démarche. Si nous voulions résumer la question sans trop épiloguer, nous pourrions la comparer  à la situation d’un automobiliste qui, voyant un obstacle imprévu devant lui, envisage de ne pas freiner de peur de sortir de la route préférant s’écraser contre le-dit obstacle! Si nous n’agissons pas contre la sur-évaluation de notre monnaie nationale, une chose demeure certaine à terme : une péjoration de nos conditions économiques avec une hausse sensible du chômage.

Les risques d’un tel projet de Fonds Souverain peuvent être catalogués en deux catégories principales soit premièrement les implications au niveau de la création monétaire, ainsi que les risques liés à la gestion d’un Fonds d’investissement.

On pourrait imaginer dans un premier temps que les liquidités fournies au Fonds Souverain, même si émises progressivement, conduisent à un effondrement plus fort que souhaité de notre monnaie nationale. Le Fonds Souverain apporte lui-même la réponse à cette inquiétude! Puisque les investissements réalisés à partir du CHF mais investis dans des monnaies étrangères verraient leur contre-valeur en CHF augmenter mécaniquement, ils permettraient ainsi de rendre à la BNS la somme non seulement sans perte mais avec un profit proportionnel à la chute imaginée du CHF. Exemple : la BNS fournit 100 milliards à notre Fonds Souverain national. Celui-ci investit cette somme selon les règles décrites ci-plus haut. Le CHF perd la moitié de sa valeur, et donc la revente de la moitié seulement des investissements réalisés permet au Fonds de restituer à la BNS ce montant de 100 milliards pour annulation tout en conservant un profit substantiel au nom et pour le compte de la population helvétique.

On peut aussi bâtir le scénario inverse. Les marchés trouvant à ce point si fantastique notre concept, ils décident de se ruer littéralement sur notre monnaie nationale la propulsant à des hauteurs stratosphériques. Un tel déroulement me semble sortir de toute crédibilité. Toutefois, les marchés pouvant réagir de manière quelque fois si irrationnelle, on peut également répondre à cette interrogation. Si notre bon vieux franc suisse national venait à s’apprécier encore, et bien tout simplement nous pourrions répéter l’opération autant de fois que nécessaire, la fortune de notre Fonds Souverain augmentant de même que les revenus qu’il génère. En poussant le raisonnement jusqu’à l’absurde, on pourrait imaginer que les revenus du Fonds soient devenus tels qu’ils suffisent à assurer la prospérité économique de notre pays. Et si les marchés redevenus subitement sensés sortaient brutalement de notre monnaie la faisant s’effondrer, la réponse resterait celle du paragraphe ci-dessus conduisant simplement à un profit résiduel toujours plus important que les marchés seraient allés dans l’excès.

Enfin au niveau du Fonds lui-même, il resterait le risque d’une mauvaise gestion. La première réponse qui me vient à l’esprit : Nous autres suisses affirmons à la planète entière que nous disposons des meilleurs gestionnaires de fortune du monde. Si cela est vrai, nous devrions donc être capable de faire aussi bien que le GPFG norvégien. Ceci étant rappelé, la proposition apportée dans ces quelques lignes décrit bien une gestion prudentielle dans des classes d’actifs tangibles, et par définition peu spéculatifs, avec une répartition des risques poussée à son maximum. Cette façon de procéder garantit au maximum du possible une sécurité et stabilité de la masse sous gestion investie et la vraie question à se poser reste celle des risques que nous courrons si nous ne le faisons pas.

Au moment où j’ai démarré l’écriture de ces lignes (samedi 20 juin), la situation semblait se décanter sur le problème grec, mais personne n’arrive à en prévoir l’effet réel à prévoir sur la monnaie européenne. Dans un interview sur Forum du dimanche soir du 21 juin 2015, le banquier privé Michel Juvet (http://www.rts.ch/audio/la-1ere/programmes/forum/6863711-les-differents-scenarios-envisageables-pour-l-avenir-de-la-grece-21-06-2015.html) soulignait que quand on s’attendait à une crise grecque se finissant mal, l’EUR se renforçait! On peut penser que les marchés considéraient qu’une Europe sans la Grèce était peut-être plus crédible qu’avec et tant pis pour la casse. Dès lors bien malin qui peut prédire ce qui va réellement se passer et il n’est pas idiot d’envisager qu’un accord minimal dans le cadre de ce problème puisse être mal accepté par les marchés, même si accord il y a. De plus, au moment, où je les termine ces fameuses lignes la situation s’est brutalement empirée avec des risques que l’on arrive mal à estimer. Une zone Euro sans Grèce pourrait certes se révéler plus solide, oui, mais si la sortie se passe mal ???  Bien malin qui pourrait exclure de manière certaine un risque systémique!

Par ailleurs, mes lecteurs seront amusés de découvrir que durant le même dimanche soir, où l’on nous a rabâché les points de vues déjà bien connus des uns et des autres sur le problème grec, on a également parlé de notre BNS et de sa politique d’investissement. (voir : http://www.rts.ch/audio/la-1ere/programmes/forum/6883488-faut-il-des-regles-ethiques-pour-les-investissements-de-la-bns-28-06-2015.html ). Le débat entre MM. Feller et Nordmann montre clairement que
– la BNS réalise déjà des investissements à la manière d’un Fonds souverain, mais sans avoir une mission claire ici,
– que la question de l’indépendance de la BNS soulevé par M. Feller pourrait à terme devenir un vrai problème, alors que l’instauration d’un Fonds souverain national indépendant à la fois de notre BNS et de notre parlement garantirait au mieux que la BNS reste réellement indépendante alors que dans le cas contraire les velléités de prise de contrôle politique total ou partiel risquent de devenir difficiles à contenir,
– que les problèmes d’éthiques et durabilités des investissements réalisés au nom du Peuple Suisse mentionnés par M. Nordmann seraient également au mieux traités par la création d’un Fonds souverain avec une mission (cahier des charges) clairement définie par le législateur.

Et pour élever un peu notre point de vue, j’aimerais attirer l’attention de mes chers lecteurs sur un grand pays agissant de manière similaire bien qu’avec des principes infiniment moins responsables (vertueux!) que ceux proposés ici. Ce grand pays finance son déficit structurel en émettant de la monnaie (de singe?) à tire-larigot depuis des dizaines d’années. Les liquidités ainsi créées ne sont pas investies de manière durable (même si les billets sont verts) mais au contraire dépensée dans une politique mondiale aventureuse et pourtant le système perdure depuis des années sans difficulté majeure. Au contraire, l’affaiblissement de la monnaie nationale est vécu comme une chance permettant de renforcer l’industrie d’exportation. La politique infiniment plus vertueuse proposée ici nous offre des perspectives d’avenir sans comparaison.

Priver notre population de “l’opportunité franc fort”  et des profits que l’on pourrait en tirer, conduit aussi à lui faire subir toute une série de désagréments économiques sévères. La double peine est ici une évidence.

Laurent-David Jospin

Sources:
Government Pension Fund Global : https://www.regjeringen.no/en/topics/the-economy/the-government-pension-fund/government-pension-fund-global-gpfg/fund-performance/id696854/
Banque Nationale Suisse : http://www.snb.ch/ext/stats/balsnb/pdf/defr/A3_1_Waehrungsreserven_der_CH.pdf
Site de la TSR : http://www.rts.ch/info/economie/6880174-l-appreciation-du-franc-est-la-rancon-du-succes-de-la-suisse.html
et celles citées dans le texte directement

Si je devais n’en signer qu’une, cela serait celle-là!

Voilà très exceptionnellement sur ce blog, je vais me permettre de vous demander de signer une pétition. Bon me direz-vous quel peut-être ce sujet si important qu’une des règles non dites de ce blog soit violée?

Allons droit au but, si la société xyz vous annonçait qu’elle vient de déposer un brevet sur un mélange composé d’oxygène, d’azote, un peu de CO2 (trop! beaucoup trop!!), et quelques autres gaz rares, qu’à partir de maintenant cela portera le nom d’air ambiant, et que le fait de respirer ce produit tout à fait révolutionnaire vous rend redevable de royalties auprès de xyz, vous hurleriez, avec raison d’ailleurs, au spoliateur, voir à l’assassin, toujours avec raison puisque celui qui ne peut payer doit cesser de respirer!

Et bien, même si l’exemple ci-dessus vous semble tiré par les cheveux, c’est exactement de cela dont il s’agit, car breveter le vivant ne relève pas d’une autre logique. Toutes les explications alambiquées que l’on vous produira pour justifier une soi-disant plus value ne servent qu’à noyer le poisson et ne possèdent aucune justification réelle. En physique lorsqu’un système mécanique devient trop complexe pour pouvoir être résolu avec les équations simple ou de bas niveau comme F=MA, on élève notre point d’observation et on considère l’énergie globalement du système.

Et bien, on peut faire la même chose ici : personne ne devrait être assez naïf pour croire que nos vendeurs d’ OGM et autres velléitaires de la captation du vivant à leur seul profit ont pour but l’enrichissement de l’humanité! Non, ils veulent s’enrichir eux, et si possible nous mettre dans une situation de dépendance totale.

Si vous avez encore le moindre doute à ce sujet, je vous encourage à regarder un extrait d’une ancienne émission sur le coton OGM, à trouver ici : http://www.rts.ch/play/tv/mise-au-point/video/mauvais-coton?id=4477031

C’est pas long et vraiment très instructif! Et alors vous vous accorderez avec moi pour dire que le terme d’assassin n’est pas usurpé.

Vraiment, j’aimerais vous convaincre de prendre la petite minute nécessaire à signer cette pétition demandant aux autorités européennes de renoncer à toute législation qui permettrait de breveter le vivant et en particuliers de ne pas accorder à Monsanto une nouvelle série de brevets allant dans cette direction : https://no-patents-on-seeds.org/fr/activites-recentes/signez-maintenant

Les générations futures nous en seront reconnaissantes.

Laurent-David JOSPIN

Réponse à Jacques Bourgeois: arrêtez de propager des mensonges!

Si on croit les opposants à TE-TVA, l’introduction de notre solution conduirait à une catastrophe économique majeure. Je le dis et le redis, cela ne peut être qu’une absurdité puisque la somme prélevée auprès de la population reste la même et qu’au surplus un allégement bureaucratique important permettra une stimulation importante de l’économie.

La réponse entendue est toujours la même : pour les autres peut-être, mais MON entreprise va souffrir ou mourir selon la virulence de l’intervenant.

Sous  http://www.famillejospin.ch/ouvrirlesyeux/?p=738  vous trouvez une réponse claire et confirmée maintenant par plusieurs spécialistes de la branche pour les restaurateurs. Cela se passe de commentaires supplémentaires! Mais alors qu’en-est il des paysans suisses?

Lors de mon débat sur Radio Fribourg avec le Conseiller National Jacques Bourgeois, il a assez clairement insinué que notre initiative représentait quasiment la mort de notre petite agriculture. Je lui ai répondu qu’au contraire il s’agissait d’une opportunité exceptionnelle, et que nous publierions au courant de la semaine prochaine des chiffres clairs le démontrant. Son “j’aimerais bien voir cela” assez sarcastique trouve son juste écho ici! Car voyez-vous, je le confirme avec force pour notre paysannerie suisse, TE-TVA n’est rien de moins qu’un cadeau du ciel permettant d’alléger la souffrance réelle vécue par cette corporation (voir l’émission de Temps Présent “Paysan, une espèce en voie d’extinction” sur la RTS parlant des taux de suicides effarants frappant nos paysans).

En passant, ce post répond également au Conseiller National Jean-René Germanier qui annonçait une catastrophe pour les producteurs de fruits valaisans lors de notre débat sur canal9.

Nous avons collecté passablement de données comptables diverses sur la paysannerie de notre pays. Il en résulte que, du point de vue de notre initiative, on peut ranger ces exploitations en deux catégories différentes soit celles assujetties à la TVA et celles non-assujetties. Le cas le plus défavorable pour notre initiative concerne forcément celles non assujetties, car le volant de compensation de la TE se limite aux dépenses sans inclure la valeur ajoutée. Dans un souci de transparence maximale, nous n’examinerons bien évidemment que cette catégorie.

Si vous allez sur le site de Office Fédéral de la Statistique, vous trouvez un document intitulé “Résultats comptables des exploitations agricoles” qui couvre notamment les années 2003 à 2013. Dans la copie ci-dessous, vous trouvez quelques chiffres qui nous permettront d’y voir beaucoup plus clair, extrait pour 2013 :

Une exploitation agricole, c’est un travail harassant pour son propriétaire, levé très tôt, couché très tard, mais c’est aussi, en proportion du chiffre d’affaire, beaucoup, mais alors vraiment beaucoup d’achats divers. Et donc autant de TVA implicite à récupérer, ou pour être plus précis à ne pas payer puisque celle-ci ne sera plus en vigueur!
Dans l’exemple ci-dessus, nous constatons que cette exploitation moyenne doit acquérir pour son fonctionnement des biens ou prestations externes pour CHF 214’518.–/an. Cette somme inclut de la TVA, que cela soit explicitement ou implicitement, qui ne sera donc plus facturée ou intégrée dans les prix après l’acceptation de notre initiative. 8% de 214’518.– apporterait donc jusqu’à 17’161.– d’allégement pour compenser la nouvelle TE. Toutefois, nous allons admettre que certains prestataires ou certaines marchandises incluent une part de la TE introduite, et nous ne retiendrons que 80% de cette somme.  Il faut relever que cette façon de calculer défavorise clairement notre initiative, car la réalité se situera bien plus vers 90% qu’autre chose, mais soyons irréprochables jusqu’au bout, et donc retenons seulement CHF 13’729.–.

La famille exploitant le domaine récupère également de la TVA sur sa consommation personnelle. Un calcul exact ici relève de la gageure puisqu’il faudrait connaître ce que cette famille acquiert encore comme nourriture auprès des circuits usuels et donc frappés d’une TVA réduite, alors que d’autres aspects incluront eux une TVA à 8%. On voit dans l’exemple ci-dessus que la part du bénéfice dédié à la consommation de la famille s’élève à quelques CHF 80’600.–. Nous proposerons de dire, toujours dans une optique très conservatrice, que la dite famille ne récupère ici que 4% (moyenne entre le taux réduit à 2.5%, le taux normal de 8%, soit 5.25% de nouveau réduit d’un peu de plus de 20%) soit au final CHF 3’224.– à récupérer encore.

En conclusion, notre famille dispose d’un volant de compensation de presque CHF 17’000.–. Lors de notre débat avec le CN Jacques Bourgeois, j’ai effectivement accepté son affirmation de dire que la TE coûterait environ 15’000.– à une exploitation agricole donnée. Seule petite divergence pour ma part, les calculs concernaient alors une exploitation sensiblement plus grosse … Néanmoins, même si on en restait à cette affirmation, on constate déjà que l’agriculture ne peut pas être mise en danger par TE-TVA puisque nous voyons ici déjà un gain de CHF 2’000.–/an.

Toutefois, j’aimerais quand même soutenir ici jusqu’au bout mon affirmation initiale, à savoir qu’il s’agit d’une opportunité unique pour nos paysans d’améliorer leur condition.

Un ami ex-paysan, Laurent D., m’a indiqué que sur une moyenne de 10 ans, il avait consommé 85 litres de diesel/Ha, soit grosso modo CHF 140.– au cours actuel, mais il estimait que ce chiffre était sans doute en dessous de la moyenne et il n’incluait peut-être pas d’autres sources d’énergie. Selon les données de l’OFS la réalité se présente comme ceci :

Si on prend les chiffres globaux ci-dessus on constate un poste total au niveau Suisse de CHF 500’000’000.– (moyenne arrondie, vers le haut encore une fois, années 2013 et 2014) pour énergie et lubrifiants, rapporté aux 45’000 exploitations en activité avec une moyenne de donc 23.6 Ha, cela nous conduit à un montant total pour cette position de CHF 471.– /Ha (500’000’000.–/45’000/23.6). En admettant qu’une part d’énergie ne soit pas comprise ici dans les statistiques de l’OFS (ce qui ne devrait néanmoins pas être le cas!), et en transformant tout en kWh à 15 cts le kWh (énergie + transport énergie), nous arrivons dans le cas de notre famille type à globalement 74’104 kWh que nous arrondirons donc à 80’000 kWh. Multiplié par le taux de 13 cts/kWh, cela nous donne donc comme résultat final une TE de CHF 10’400.– très largement inférieure aux CHF 17’000.– calculés avant.

Toutefois, il ne s’agit toujours pas de la vérité essentielle, car, rappelons-le si nous l’avions oublié, les paysans possèdent ce privilège incroyable de pouvoir devenir des producteurs d’énergie verte de première importance, énergie qui, suite à l’acceptation de TE-TVA deviendra automatiquement compétitive et ce sans un lourd système bureaucratique de taxe + subvention.

Une exploitation agricole peut produire de l’énergie solaire (toiture des bâtiments), du biogaz (à relire le post sur la relation entre la méthanisation et la bio-diversité), et enfin de l’éolien petit ou grand selon les cas. Ce gisement peut représenter en valeur nette plus que le bénéfice de la production agricole elle-même si tout est mis en œuvre. Au minimum, il permet une diversification hautement profitable à nos paysans et ceci sans charger leurs horaires déjà à la limite du possible.

A titre personnel, je ne suis membre d’aucune organisation paysanne, mais j’ai plusieurs amis paysans et notre famille réalise une part de plus en plus importante d’achat direct auprès de producteurs locaux (70% de notre viande et 50% de nos légumes). Pour ceux de mes lecteurs présents depuis le début sur ce blog, vous savez bien l’importance que j’attache à une agriculture saine, durable, et autant que possible de proximité.

Tout ceci me force à m’interroger : comment se fait-il que les élites sensées défendre les intérêts de la paysannerie suisse soient à ce point dans l’erreur?  En tout cas, une chose demeure certaine : mes amis paysans défendent avec conviction TE-TVA!!

Laurent David Jospin

Fiscalité écologique : réponse à un inquiet vraiment très mal informé

Si vous parcourez la page facebook défendant l’initiative TE-TVA vous découvrirez le message d’un Monsieur Yves Métrailler, restaurateur de son état,  manifestement très inquiet des conséquences de  l’acceptation de TE-TVA sur son activité professionnelle. Ses divers messages se terminent par un direct et franc …droit dans le mur
Et bien, j’espère que les quelques lignes qui suivent lui parviendront d’une manière ou d’une autre, car voyez-vous Cher Monsieur vous vous tirez littéralement une balle dans  le pied et une grosse!

Reprenons tout cela bien tranquillement, en peu de mots Monsieur Métrailler a peur que la surcharge sur son essence, le gaz de son “piano” (cuisinière pour les pros), le mazout de son chauffage, et enfin l’électricité de tout le reste ne lui provoque une telle perte financière qu’il doive mettre la clef sous le paillasson.

Monsieur Métrailler fait peut-être 40’000 km par année (chiffre sensiblement plus élevé que la moyenne), en imaginant qu’il consomme 8 litres au 100 km, cela nous donne 3200 litres multipliés par la surcharge réelle attendue de 1.15/ltr CFH 3’680.–, que nous arrondirons à CHF 4’000.– dans un but de simplification.

Nous allons imaginer que le restaurant de Monsieur Métrailler marche assez fort et qu’il doive utiliser son “piano” jusqu’à 10h par jour à une puissance moyenne 5000W (c’est vraiment mettre la barre assez haut!) 6 jours sur 7 pendant 44 semaines par année, Il en découle une surcharge sur ce poste 10h * 5 kW * 6 j * 44 sem * 13 cts soit 1716.– que nous arrondirons à nouveau à CHF 2’000.–.

Nous ne connaissons pas le restaurant de Monsieur Métrailler mais en imaginant qu’il soit relativement important en taille et pas très bien isolé, nous pourrions imaginer qu’il consomme environ 10’000 litres de mazout par année et ainsi nous aurions une surcharge sur cette position de CHF 10’000.– en arrondi (1.–/lit de mazout).

Puis enfin, Monsieur Métrailler consomme de l’électricité pour son éclairage, un peu de musique d’ambiance, la machine à laver et autres. Nous retiendrons 20’000 kWh/an pour une surcharge de CHF 2’600.– sur cette position.

Bref tout compté et en arrondissant  encore une fois vers le haut, Monsieur Métrailler payera environ CHF 20’000.– de TE.

Oui mais il économisera sa TVA ! Et de quoi parle-t-on ici ?

Les chiffres qui suivent ont été contrôlés par un ami restaurateur et sont considérés comme cohérents avec ceux qui précèdent :

Monsieur Métrailler n’est peut-être pas sur le segment du luxe. Nous imaginerons que le prix moyen du couvert servi se situe à CHF 30.– (tout inclus boissons, café, entré, dessert, c’est plutôt modeste).

Il travaille donc 44 semaines de 6 jours avec sans doute 3 services pour un total de 150 couverts / jours (modeste au vu des consommations imaginées ci-avant). Le total des ventes s’élève donc à 150 couverts * 30 CHF * 6 jours * 44 semaines soit CHF 1’188’000.–. On estime que le coût d’achat des marchandises dans la restauration compte pour environ 30 %, ceci signifie que la valeur ajoutée créée par le restaurant de Monsieur Métrailler est de 70 % * 1’188’000 soit CHF 831’600.–.

Or la TVA sur CHF 831’600.– représente CHF 66’528.–, une économie très largement supérieure aux CHF 20’000.– de coût engendré par la TE!!!!!

Monsieur Métrailler, j’ai une bonne nouvelle pour vous : si l’initiative des vert’libéraux pour une taxe sur les énergies non renouvelables à la place de la TVA est acceptée, vous pourrez baisser vos prix de 4% au minimum tout en conservant intégralement votre marge bénéficiaire!! Et encore, j’ai été réellement très prudent dans les estimations (à la hausse quand cela était défavorable à l’initiative et à l’inverse à la baisse quand cela lui était favorable!)

Il me semble que votre corporation réclame à cor et à cri deux choses. Vous souhaitez un taux de TVA unique dans la restauration, et entre nous je vous comprend très bien, or TE-TVA vous apporte la solution en bonus gratuit! Vous estimez également que l’État doit soutenir les branches liées au tourisme pour les rendre plus compétitives face à l’étranger. A nouveau, vous obtenez cela gratuitement de notre initiative.

Gratuit? J’ai dit gratuit? Comme c’est gratuit de dire cela! Car, avec notre initiative, nous vous libérons en sus de l’obligation de remplir vos décomptes TVA, du risque de faire une erreur, et enfin de la lourdeur du contrôle tout les 5 ans !

Monsieur Métrailler, si votre commentaire sur notre page Facebook était sincère et pas une intoxication de politique-politicienne, je pense que vous devriez pouvoir vous engager à nos cotés pour gagner cette votation, n’est-ce-pas ?

Laurent David Jospin

La fiscalité écologique un combat qui en rappelle d’autres

Surprise, l’article sur lequel j’aimerais attirer votre attention n’est pas ici! Le blog Politeia a bien voulu publier ma réflexion sur le parallèle entre la dégringolade vécue dans le cadre du secret bancaire et la lutte pour l’introduction d’une fiscalité écologique.

Vous trouvez l’article en question ici : http://politeia.ch/2015/02/03/les-avantages-dune-taxe-sur-lenergie/

L’enjeu est d’importance, car pour la prospérité de notre pays introduire le concept maintenant de la fiscalité écologique, plutôt que plus tard ou trop tard,  fera toute la différence.

En vous souhaitant une bonne lecture, et pour ceux de mes lecteurs qui se sentent appelés à s’engager dans cette bataille, diffusez, relayez, reprenez, inspirez-vous …..

Laurent-David Jospin

Le Grand Méchant Loup est sorti du bois, et il ment!!

Dans le cadre du débat public relatif à notre initiative populaire “pour une fiscalité écologique à la place de la TVA”, nous ne nous attarderons pas sur notre brave Conseil Fédéral pris la main dans le sac d’annoncer des chiffres manifestement totalement erronés (ce qui pourrait bien faire l’objet d’un autre post prochainement), mais sur les promesses de notre Conseillère Fédérale en charge des Finance nous promettant une autre taxe écologique soi-disant tout à fait efficace et beaucoup plus supportable au niveau de la population que celle proposée par les vert’libéraux.

Regardons cela d’un peu plus près! La taxe incitative pour l’essence annoncée se situerait donc à 28 centimes. Rappelons ici qu’il s’agit bien d’une taxe supplémentaire puisqu’à l’inverse de notre solution, aucune autre taxe n’est ni supprimée ou même simplement abaissée.

Évidemment, en première apparence 28 centimes semblent beaucoup moins élevés qu’un francs et quelques (environ 1.10). Mais voilà les apparences sont bien trompeuses, car ces 28 centimes représentent pour une famille modeste avec une voiture pas trop récente réalisant 25’000 km par an dont une part importante en trafic urbain plus de 45.– de charge supplémentaire mensuelle (25’000 km * 8lt/100 * 28 cts / 12 mois), alors que notre initiative “pour une fiscalité écologique à la place de la TVA ne conduit qu’à un supplément de charge de 13.– pour le cas le plus défavorable (voir document détaillant le calcul de l’impact sur les ménages)

Mais il y a beaucoup plus grave! Cette taxe supplémentaire promise par Madame E. W.-S, ne possède aucun effet incitatif réel, car elle se situe à un niveau inférieur aux variations usuelles du prix de l’essence elle-même, dont il est manifeste qu’elles n’ont jamais conduit à des baisses durables (pour être précis, il faut parler du couple essence + diesel, car la consommation d’essence a bel bien baissée mais au profit du diesel). Examinez bien le graphique ci-dessous sur une période d’un peu plus de 10 ans, on voit des variations de prix très élevées, la différence entre le minimum et le maximum s’approchant d’un franc.

Alors que la consommation de carburant reste globalement totalement stable!!! Les deux graphiques qui suivent le démontrent on ne peut plus clairement :

 

Dès lors ces 28 centimes annoncés par notre ministre des finances appartiennent donc sans aucun doute possible à la catégorie des leurres! Ils ne conduiront qu’à une augmentation de la fiscalité et de la bureaucratie, en clair tout le contraire de notre initiative. Et bien sûr, pas de gâteau sans cerise! La solution préconisée par notre ministre conduira également à un retard de notre pays dans les industries d’avenir représentées par les cleantech. Pour ma part, je ressens un fort sentiment de déjà vu, lorsque certaines forces politiques ont cru sensé de s’accrocher à l’intégralité du secret bancaire avec au final une perte totale sans aucune compensation, alors qu’il eut été possible d’en obtenir, et même des intéressantes!, si le processus  avait été initié en temps utile.

Pour évitez un gâchis innommable, le 8 mars votez OUI et faites voter OUI à l’initiative des vert’libéraux visant à supprimer la TVA et à la remplacer par une taxe écologique sur les énergies non renouvelables.

Laurent David JOSPIN

Mort aux à priori, vive l’innovation, vive la fiscalité écologique

En politique la mauvaise foi est de rigueur me dit on. Je n’aime pas cela, je ne souhaite pas jouer ce jeu là, mais apparemment je ne pourrai malheureusement pas changer quoique ce soit à cet aspect de la chose. Par contre, l’obscurantisme lui n’est tout simplement pas tolérable.

Regardez la campagne orchestrée par les opposants à notre initiative TE – TVA. Le discours revient sans cesse: supprimer la TVA? mais vous êtes fou, c’est impossible. Par contre ils sont dans l’incapacité absolue d’aligner 2 arguments qui tiennent la route pour soutenir ce point de vue.

On leur dit que le Fond Monétaire International préconise justement la substitution d’impôts existants et leurs remplacements par une fiscalité écologique : ils disent l’ignorer.

On montre chiffre à l’appui que la charge fiscale variera peu d’un ménage à l’autre. Ils le nient.

On explique que seule une action de grande envergure peut réellement contribuer à sauver le climat, ils nous répondent que d’autres mesures sont possibles mais sans dire lesquelles.

Tiens aujourd’hui, on se sentirait presque proche d’un célèbre personnage historique, comme celui-ci :

Désolé, mais l’obscurantisme ne permettra jamais à notre société d’avancer. Et aujourd’hui nous n’avons plus le temps d’attendre, la situation environnementale exige une action déterminante.

Votez OUI et faites voter OUI à l’initiative pour remplacer la TVA par une taxe sur les énergies fossiles afin de permettre à notre pays d’avancer vers la voie du progrès.

Laurent-David JOSPIN

La justice sociale l’exige, l’économie en profite, supprimons la TVA !!

L’année 2015 débute les chapeaux de roue tout au moins pour votre blogueur pourfendeur des comportements nuisibles à notre futur et plus encore celui de nos enfants.

Je vous avais annoncé une nouvelle importante, et bien la voici : j’ai été nommé coordinateur de la campagne romande pour l’initiative des Vert’libéraux ayant le titre exact “Remplacer la taxe sur la valeur ajoutée par une taxe sur l’énergie” mais que nous présentons “pour une fiscalité écologique à la place de la TVA”. Les deux désignations sont globalement bien exactes puisque le but de cette initiative vise à supprimer la TVA et la remplacer par un impôt  rapportant à la Confédération exactement le même montant total,  et donc coûtant également la même chose aux citoyens, frappant les énergies non renouvelables. En passant, je signale à ceux de mes lecteurs qui n’ont pas trouvé le post “cadeau” mais non notifié introduisant cette question qu’ils peuvent le trouver ici (ouverture dans un nouvel onglet) : http://www.famillejospin.ch/ouvrirlesyeux/?p=632.

Cette initiative vise, en premier lieu, à un progrès réel sur les plans de l’environnement, que cela soit la question climatique ou celle de la pollution, ainsi que celle  de la transition énergétique.  Mais aujourd’hui, étrangement je souhaite vous parler en premier lieu des aspects sociaux et économiques de cette initiative. En effet, pour être acceptable par le Souverain, il est indispensable que toute solution proposée au minimum ne perturbe pas trop les équilibres économiques de notre société et idéalement les améliore sur quelques aspects.

Or notre initiative, en plus de défendre l’environnement comme peut-être jamais aucune solution, tout au moins solution réaliste, ne l’a proposé jusqu’à ce jour,  corrige clairement des défauts important de nature fiscale ou bureaucratique et améliore tout autant clairement des aspects sociaux.

Parlons un peu de cette TVA que notre ministre des finances E. W.-S, a voulu présenter comme si indispensable à notre pays. Elle possède en réalité de nombreux défauts, à un point tel, qu’il y a depuis longtemps des professeurs d’économie qui proposaient de la supprimer purement et simplement.  Le défaut le plus connu, et faisant d’ailleurs l’objet de nombreuses études, tourne de son anti-progressivité : moins vous gagnez, plus vous payez proportionnellement de TVA. En effet, une personne aisée sur le plan financier et donc une certaine capacité d’épargne payera proportionnellement moins qu’une autre restreinte au niveau de ses revenus et devant dépenser jusqu’à son dernier franc pour assurer son minimum vital.

Il ne s’agit pourtant que d’un défaut de peu d’importance, quand on considère l’influence néfaste que cette taxe induit sur le travail. En effet, le principe de la TVA veut que l’on récupère la taxe payée sur les marchandises acquises à des tiers mais rien sur le travail produit en interne de l’entreprise. Dès lors, si vous considérez deux entreprises vendant toutes deux un bien x à un prix de vente de CHF 200.– TTC mais dont l’une importe le bien préfabriqué de l’étranger pour CHF 100.– TTC et l’autre le fabrique pour également CHF 100.– de coût de main d’œuvre interne, celle ayant délocalisé la fabrication paye seulement CHF 8.– de taxe (exemple valable pour la Suisse), alors que l’autre ayant assumé son rôle social CHF 16.– !! Cet exemple, certes très simplifié mais bien réel, démontre clairement l’effet très pernicieux de la TVA. Plus elle est élevée, plus elle pousse à délocaliser dans des pays à faible coût de la main d’œuvre. Globalement, on peut clairement parler d’incitation à l’irresponsabilité sociale.

Sur un plan plus subtil, on peut démontrer que la TVA représente également un frein important à l’innovation. Je ne voudrais pas développer tout le raisonnement ici, mais globalement le principe est le suivant : pour un assujetti X l’investissement dans une amélioration de ses processus ne se justifie que s’il génère un retour sur investissement supérieur au taux de TVA en vigueur. Or l’innovation se développe le plus fréquemment par petits pas apportant chacun un avantage modeste. Si vous découragez la réalisation de ces “petits pas”, c’est tout le chemin de l’innovation que vous barricadez. L’innovation de rupture existe, cela reste vrai, mais elle est rare et la plupart des grandes avancées se bâtissent  très progressivement. Ne croyez pas au hasard, si notre petit pays, avec un taux de  TVA encore modéré (8%), innove proportionnellement infiniment plus que nos grands voisins avec des taux très largement supérieurs (autours de 20%).

La charge administrative générée par les processus d’auto-taxation liés à la TVA ne relève pas du subtil! La grosse majorité des assujettis de type PME le savent bien intuitivement qu’ils perdent leur temps à s’occuper de cette paperasserie au lieu de faire prospérer leurs petites structure. Un rapport établi en 2013 par PWC – Price Waterhouse Cooper – (voir page 10 pt 1.3.2), sur demande la Confédération nous apprend que cette charge administrative coûte 1.8 milliard à l’économie annuellement.  Il s’agit d’un montant réellement considérable pour ne pas dire énorme. Supprimer cette bureaucratie insidieuse équivaudrait à réaliser proportionnellement le plus grand programme de relance économique mondial et ceci sans que cela coûte un seul centime au citoyen. Pour vous donner une simple idée, le programme de relance des USA de 2009 faisant suite à la crise de 2008, considéré par la majorité des auteurs comme le plus grand programme de relance économique de tout les temps, s’élevait à 789 milliards de $ US pour une population d’environ 310 millions d’habitants. Ce programme prévoyait donc un montant de relance par millions d’habitants d’environ 2.5 milliards. L’allégement bureaucratique induit par notre initiative correspond à 0,225 milliards par million d’habitants. Oui, mais voilà cette somme se répète année après année à la différence du programme américain qui était à versement unique. Capitalisé à 5%, cela équivaut à un programme total de relance de 4.5 milliards par millions d’habitant, ceci sans même prendre en compte que les 789 milliards dont on parle sont allé s’ajouter au fardeau de la dette US tandis qu’encore une fois notre solution ne coûte pas un centime de plus aux citoyens!!

On peut enfin rappeler que plus le taux de TVA s’élève plus la part d’économie souterraine grandit. Un économiste me disait “pour chaque point en dessus de 10% jusqu’à 3% de black en plus“. Cela semble assez cohérent avec ce qui est vécu en Italie, Espagne ou sud de la France dont on estime la part de transactions non déclarées à 30% pour des taux de TVA de l’ordre de 20%

En bref, la TVA s’oppose à la justice fiscale en frappant davantage les revenus faibles, affaiblit la cohésion sociale en favorisant ceux qui délocalisent la part de travail, alourdit gravement la bureaucratie de notre pays, et enfin freine sournoisement l’innovation. Le discours comme quoi la TVA serait l’impôt indispensable et idéal ne tient tout simplement pas la route.

On peut maintenant légitimement se poser la question si notre initiative réalise un meilleur score que la TVA sur ces aspects. J’affirme sans la moindre hésitation que tel est bien le cas et d’une manière telle que cela ne souffre aucune discussion.

Sur le plan de la justice fiscale, point de miracle, notre solution frappe également proportionnellement plus les petits revenus puisqu’il s’agit d’une taxe sur la consommation, ciblée sur les énergies fossiles dans le cas d’espèce, mais sur la consommation tout de même. Toutefois, grande différence avec la TVA, le citoyen possède la possibilité de moduler sa taxation en fonction de son comportement, ce qui reste totalement exclus dans le cas de la TVA. Ainsi les études économiques ont montré que la famille type helvétique selon sa classe de revenu payait grosso modo la même chose avec notre solution en lieu et place de la TVA à +/-5%, mais qu’elle possédait un pouvoir de variabilité pouvant monter facilement +/-15% en fonction de ses choix. Concrètement, cela signifie que notre initiative corrige quelque peu l’anti-progressivité d’une taxe sur la consommation en offrant au citoyen-payeur une récompense directe s’il opte pour des comportements durables.

En ce qui concerne la cohésion sociale, on oubliera la photo-finish car faire disparaître une aussi forte incitation à délocaliser, ne peut qu’aller dans le bon sens!

Pour la question de la lourdeur bureaucratique, taxer les énergies fossiles se révèle sans commune mesure plus simple que toute l’incroyable machinerie liée à la TVA. Il suffit en effet de taxer les 4 vecteurs principaux, soit  pétrole et dérivés, gaz, uranium et enfin dans une moindre mesure pour notre pays charbon, lors du passage en douane. Cette opération ne nécessite aucun fonctionnaire supplémentaire puisque l’appareil douanier est déjà en place. La partie essentielle de la réponse a déjà été donnée quelques paragraphes plus haut. Nous trouvons face à une chance unique de revitaliser notre économie sans charger le bateau de la dette. On relèvera les études récentes du SECO s’inquiétant de la faible productivité suisse, ou d’un pays devenu presque mono-produit de la part croissante contributive au PIB des pharmas, ou encore de se préparer à une baisse de notre niveau de vie suite à la diminution prévisible et importante de la place financière helvétique. Ne pas profiter d’une telle opportunité relèverait donc de l’aveuglement le plus total et ceci que l’on soit sympathisant de gauche ou de droite.

En complément de ce qui vient d’être dit, on peut souligner encore que la mise en place d’un tel mécanisme encouragera inévitablement nos PME à innover dans le secteur dit des “cleantech”. Notre pays regorge de compétences et savoir-faire, qui permettront à nos entreprises d’exporter des solutions innovantes et donc de générer des profits sur des secteurs d’avenir.

Si vous avez écouté soigneusement le discours de notre Conseillère Fédérale E. W.-S, elle nous annonce une autre fiscalité écologie avec des taxes en plus,  bien sûr sans suppression d’aucun autre impôt, et avec une redistribution via le principe de l’arrosoir. La conséquence se voit déjà, un alourdissement de la bureaucratie complété par une solution totalement inopérante et demandant donc à être révisé vers le haut plusieurs fois. Il faut le dire clairement, seule la solution des Vert’libéraux permet d’atteindre réellement les buts recherchés au niveau environnemental sans alourdir encore notre appareil bureaucratique ou notre fiscalité.

Mon discours semble très affirmatif, mais voyez-vous, nous ne sommes pas seul à le dire, car le FMI – Fond Monétaire International – dans une étude publiée en juillet 2014 dit exactement cela : la seule et unique solution pour réaliser la nécessaire transition énergétique consiste à supprimer des taxes existantes et à en transférer le montant équivalent sur des aspects environnementaux dont notamment le CO2 (voir réf. ci-dessous).

Le plus souvent, et au minimum dans une optique de court-terme, les besoins de l’économie et ceux de la solidarité sociale s’opposent. Alors pour une fois, une fois exceptionnelle où une solution répondant aux attentes des uns et des autres se présente à nous, disons oui d’une seule voix à l’initiative des Vert’libéraux pour supprimer la TVA et la remplacer par une taxe sur les énergies non renouvelables.

Le 8 mars votons oui à l’investissons “Remplacer la taxe sur la valeur ajoutée par une taxe sur l’énergie“, et corrigeons des injustices fiscales, mettons un frein clair à une bureaucratie galopante, favorisons la compétitivité de nos entreprises, tout en protégeant l’environnement d’une manière incomparable !!

Laurent-David JOSPIN

Sources:
Wikipédia, Plan de relance économique des États-Unis de 2009, http://fr.wikipedia.org/wiki/Plan_de_relance_%C3%A9conomique_des_%C3%89tats-Unis_de_2009
PWC. Messung der Regulierungskosten im Bereich Steuern, 26 Septembre 2013
Fond Monétaire International, Getting Energy Prices Right: From Principles to Practice, Juillet 2014

La bonne réponse à la chute des prix du pétrole : ne plus en dépendre!

Il peut sembler très contradictoire de constater la baisse de prix d’une ressource, quelle qu’elle soit au demeurant, et que l’on conclue à ce qu’il serait préférable, justement du fait de cette baisse, d’en s’en passer le plus vite possible. Et pourtant, j’espère par ces quelques lignes pouvoir vous en convaincre. Nous allons rapidement constater le peu de crédibilité d’une action de la main du hasard, passer en revue quelques unes des cibles potentielles et enfin voir les risques encourus pour notre pays. Bien évidemment, je ne résisterai pas au plaisir de vous proposer une solution, d’ailleurs la seule crédible à ce jour.

Ces derniers mois, nous avons vécu une authentique dégringolade des prix du baril  du brut, presque divisés par deux, durant une chute apparemment totalement imprévisible. Tous ces événements, très rapides, se sont déroulés sans que l’on puisse les expliquer par un élément rationnel de manière certaine, même à posteriori. Les explications les plus sérieuses côtoient les plus audacieuses, et rien n’y fait, le paysage reste brumeux à souhait.

La simple explication de l’abondance de la ressource combiné aux lois du marché ne tient absolument pas la route. En effet, la “denrée” pétrole se produit et se consomme en flux quasi tendus, hors réserves stratégiques cela va de soi. Elle n’est certes pas inapte au stockage. Simplement, le coût d’un tel stockage conduit à une dévalorisation constante de la marchandise au fil du temps. Dès lors, une sur- ou sous-production de seulement quelques petits pour-cents peut conduire à des sauts de prix gigantesques.

Pour vous donner rapidement une idée de l’importance de l’effet de levier entre le différentiel production versus consommation et l’effet effectif sur les prix, vous pouvez prendre connaissance de l”explication donnée par le Dr. Thomas Chaize (lien : http://www.dani2989.com/matiere1/marginalcostoil0212fr.html), qui démontre qu’une infime variation de la demande peut conduire à une multiplication par 4 des prix. Dans le monde actuel, la demande ne se régule quasiment pas, ou seulement lors d’événements extraordinaires (embargo, quota, …). On peut par contre très facilement jouer sur l’offre, surtout s’il ne s’agit que de micros adaptation à la baisse.

A l’instant où j’écris ces lignes, le consensus table sur une consommation journalière mondiale de 92 millions de barils. La production cumulée OPEP + non OPEP s’afficherait à 94.5 millions de barils-jours. Le surplus réel se situe vraisemblablement un peu en dessous de la différence strictement mathématique peut-être à 2 millions de barils-jours.

En clair et en français, les producteurs se mettraient d’accord pour une petite baisse de peut-être 3-4% et ils toucheraient grosso mode le double d’argent, tout en préservant leurs réserves pour les ventes futures. Pour ma part, je n’arrive pas à croire qu’une mésentente puisse conduire à un tel non sens, absurde me semblerait bien faible comme qualificatif. Même les pires ennemis, lorsque leurs intérêts convergent, trouvent une solution, ce d’autant plus si les enjeux s’approchent ou dépassent la taille d’un budget national! A mon avis, il peut être considéré comme certain que la situation prévalant actuellement est intentionnelle et qu’un enjeu, vraisemblablement très important, se cache quelque part. Pour conclure sur cette question, on peut enfin rappeler que si le coût actuel du baril conduit à ce que certaines filières d’extraction ne soient plus rentables, c’est surtout toute une série de pays producteurs, dont des acteurs majeurs, qui ne sont, aux conditions actuelles, plus capables de boucler leurs budgets nationaux.

Je ne résiste pas au plaisir de citer la réflexion proposée par Monsieur Laurent Horvath sur son blog 2000watts.org, car appartenant aux plus solidement bâties et mieux étayées que l’on puisse trouver dans les cercles sensibles aux questions énergétiques, même si je sentais bien que quelque chose ne tournait pas rond  : pour faire court, LH développe le point de vue que l’Arabie Saoudite a pris subitement ombrage du rôle de plus en plus important comme producteur de pétrole des USA et qu’elle aurait donc décidé d’exécuter toute la filière des pétroles de schiste nord-américaine via une baisse de prix temporaire. L’idée étant que le prix de vente artificiellement abaissé à un niveau juste inférieur au prix de revient des pétroles de schiste devait rapidement tuer les entreprises s’étant engagées sur ce créneau, et que par la suite les prix pourraient remonter à un niveau normal. LH s’est trouvé renforcé dans son raisonnement initial, lorsque subitement l’Arabie saoudite a officiellement déclaré que sa cible était bel et bien les producteurs de gaz et pétrole de schiste.

Vraiment?  Et bien, permettez-moi d’en douter et pour de très bonnes raisons. (En passant et hors sujet, j’apprécie toujours beaucoup de lire le blog de M. Horvath car riche en informations et réflexions de qualité, donc merci de ne pas me prêter des mauvaises intentions ici).

En premier lieu, il est utile de rappeler ce qu’est vraiment l’Arabie saoudite, un colosse regorgeant de pétro-dollars certes, mais dont les pieds posent sur le sable au propre comme au figuré. Un peu plus de 90% des rentrées de devises du pays proviennent directement (85%) ou indirectement de la production pétrolière. Or cette manne pétrolière profite presque totalement à un cercle restreint d’élus : la famille princière comprise dans un sens très large. L’ensemble des bénéficiaires présente une belle unité apparente, mais il ne s’agit que de façade. Les équilibres du pouvoir restent précaires et une baisse durable des “royalties”  (au sens propre!) perçues ici pourrait conduire à une instabilité violente dans les plus hautes sphères.

L’autosuffisance alimentaire bien que présentée comme un but essentiel à moyen terme, reste manifestement du pur domaine des fantasmes, la compréhension locale de l’islam conduisant à ce que la quasi totalité de la population refuse les tâches considérées comme serviles ou impures, ce qui en cascade rend l’implantation d’une agriculture digne de ce nom totalement illusoire. Le pays est contraint d’importer quasiment le 100% de son approvisionnement alimentaire et pratiquement toute sa consommation au sens large. Toujours lié à cette considération sur les tâches serviles, la population est constituée de 30% d’émigrés qui réalisent en pratique 90% du travail effectif produit.

De l’autre coté, la population, majoritairement jeune, avec une part supérieure à 70% de moins de 30 ans, croît à un rythme de 3% l’an, et au minimum pour l’instant, avec infiniment peu d’espoir de grimper dans l’échelle sociale. Cette population subit un authentique lavage de cerveau en subissant un islam sectaire et indéfendable aux yeux de la très large majorité des musulmans actuels. Il plane un risque clair, que ce conditionnement se retourne contre ses auteurs, il suffirait qu’un leader charismatique émerge et canalise la frustration existentielle créée artificiellement dans l’esprit  de la population. L’image que j’aime à en donner est celle d’un baril de poudre placé en plein soleil. Il suffit d’arrêter l’arrosage à peine trop longtemps et boum, vous aurez le plaisir d’admirer une belle explosion (de loin de préférence!).

En bref, l’Arabie saoudite est à peu près autant dépendante de la manne pétrolière que nos démocraties occidentales de son pétrole. Si l’occident acquière sa paix sociale via une politique de redistribution soutenue par une croissance sans limite prévisible, le royaume wahhabite fait tourner la pompe à pétro-dollar pour obtenir le même résultat. La question de savoir laquelle des deux politiques percutera le mur en premier est loin d’être triviale et pourrait avoir des répercussions majeures sur le visage du monde de demain.

Et voilà que sur ce tableau déjà peu réjouissant en lui-même plane l’ombre du peak oil! Officiellement, le gouvernement saoudien nie toute fin prévisible à court terme. Mais voilà, d’anciens officiels du régime, comme le très respecté Cheik Yamani, lorsqu’ils peuvent récupérer leur liberté de parole, décrivent une situation bien moins rose. L’affirmation circule depuis quelques années déjà, que l’Arabie saoudite n’arrive à maintenir la production de son champ phare Ghawar (60% de la production du pays à lui seul), que grâce à des injections massives d’eau de mer pour augmenter la pression et ainsi soutirer les derniers barils récupérables. Les récentes fuites de câbles diplomatiques (wikileaks) laissaient même penser que d’ici 20 à 30 ans maximum la production pétrolière du royaume wahhabite débuterait un déclin marqué, si ce n’est son effondrement.

La baisse des prix actuels, grosso modo de 100 à 60US$  le baril, représente une perte sèche pour l’économie saoudienne de 400 millions de US$ par jour! Oui, vos yeux ne vous mentent pas, 40US$ de moins multiplié par une production journalière de 10 millions de barils (en arrondi) donnent bien ce chiffre exorbitant, qui devient presque surréaliste si considéré sur une année entière soit une perte de 146 milliards de US$.

Ceci étant rappelé, réfléchissons quelques instant si une manœuvre visant à ruiner la filière des pétroles de schiste aurait la moindre chance d’aboutir. Les mécanismes de l’économie de marché comprise dans un sens très libéral prévalent, en principe, aux USA. En principe seulement, car bien évidemment lorsque le gouvernement, à mes yeux largement pas autant démocratique qu’il le prétend, considère que x ou y activité relève de la sécurité nationale, il n’hésitera pas un seul instant à piétiner, avec un enthousiasme mal dissimulé, les mêmes principes considérés comme sacro-saints l’instant d’avant.

Le scénario, écrit d’avance, se déroulera grosso modo comme suit. Les acteurs les plus faibles feront effectivement faillite. Ils seront racheté pour 1 cent symbolique et la nouvelle entité pourra continuer à produire sans avoir à amortir les investissements initiaux. En terme économique, on dit qu’elle produira au coût marginal. Donc pour réellement impacter durablement la filière, il faudrait descendre les prix mondiaux en dessous du coût marginal de la filière pendant une durée suffisante pour mettre tout le monde à terre, y compris des majors disposant d’une activité globale sur la planète entière leur permettant ainsi de jouer entre les marchés. Si vraiment, l’Arabie saoudite souhaite obtenir ce résultat, elle doit donc inonder le marché durant une période de temps difficilement déterminable à l’avance, mais dont on sait avec certitude qu’elle sera longue. Le simple espoir que les prix puissent remonter dans un futur proche peut d’ailleurs suffire à maintenir la filière en vie dans un état de semi-coma mais avec un réveil toujours possible. Et puis, n’en doutez pas, Oncle Sam le “bienveillant” veille au grain. Il sait mieux que quiconque que dépendre de l’étranger pour une ressource aussi stratégique que l’énergie ne peut que vous mettre dans une situation de faiblesse et si vraiment cela devient nécessaire, il agira. La filière pourra donner l’impression de mourir, mais il ne s’agira que d’un sommeil trompeur, et tel le Phénix, elle renaîtra de ses cendres au moment précis où elle fera toute la différence entre un pays dépendant ou une nation autonome et partant libre de ses actions. (note hors sujet : je reste personnellement totalement opposé à l’exploitation aussi bien du gaz de schiste que du pétrole de schiste, mais l’analyse de ce post tourne autours des réflexions court-termistes politiques actuelles et non pas celles d’une vision durable et responsable pour les générations futures).

Permettez-moi dès lors de douter que les responsables saoudiens se lancent à corps perdu dans une telle quête vouée à l’échec, alors qu’elle signifie pour eux la quasi certitude d’une explosion sociale gravissime à la manière de celles d’autres pays proches comme la Libye ou Syrie.

Bon, poursuivons un peu la réflexion et si les pétroles de schiste ne sont pas dans le viseur, qui serait visé alors?

On pourrait penser bien sûr à l’Iran, qui suite à l’embargo le frappant, doit vendre avec des grosses difficultés son pétrole aux chinois et donc une perte financière significative à la clef. Les saoudiens (wahhabites soit une secte du sunnisme) et les perses (chiites) se haïssent notoirement pour des raisons à la fois culturelles et religieuses. Un Iran nucléaire serait effectivement complétement inacceptable aux yeux des Princes saoudiens. Le rapprochement entre les USA et le grand voisin perse a fortement déplu.

Toutefois, les stratèges saoudiens le savent, depuis des dizaines  d’années de sanction, l’Iran a développé une faculté de résilience très élevée. On pourrait même dire que le pays des mollahs fonctionne à l’extrême opposée du royaume wahhabite. L’Iran a appris à pratiquement tout produire par elle-même et vouloir faire plier ce pays  sans avoir un soutien réellement convergent du reste de la communauté internationale semble peu crédible. Dire que les princes de Ryad souhaitent diminuer l’influence de Téhéran sur le Golfe persique relève du pléonasme. Mais la cible semble néanmoins trop évidente et trop élevée également. Je ne puis exclure cette possibilité, mais comme la douleur infligée à l’émetteur dépassera largement les conséquences réelles chez le receveur, il me semble sincèrement que nous pouvons mettre cette piste quelque peu de coté.

On peut également penser à la Russie comme cible potentielle. Le conflit ukrainien a conduit à une politique de sanctions visant (ou plus exactement souhaitant viser) la garde rapprochée de Vladimir Poutine et donc l’industrie pétrolière du pays. Les USA notamment pourraient trouver un intérêt fort à ce que les prix du brut s’effondrent pendant quelques temps pour mettre à genou le Tsar sauvage. Par contre, je vois mal quel intérêt l’Arabie saoudite pourrait y trouver pour son compte à elle? Si réellement, cette option venait à être la bonne, nous pouvons tous être certains que les USA ont promis une compensation à la hauteur des sacrifices complétée par un juteux bénéfice à Ryad. Pour ma part, je ne vois qu’une seule chose qui, dans l’ordre de grandeur, pourrait remplir un tel rôle : l’attribution d’un morceau de territoire laissant entrevoir des perspectives importantes en terme de ressources exploitables, ce qui ne serait pas illogique, puisque nous pouvons légitimement soupçonner la fin de la domination pétrolière de l’Arabie Saoudite selon les explications données plus tôt. On rentre ici, bien évidemment, dans le machiavélisme pur, puisque les USA ne sont propriétaires de rien dans la région du Golfe et qu’ils ont/auraient forcément fait une telle promesse à l’insu du légitime propriétaire. Ne souriez pas, ils ne se sont pas gênés de le faire par le passé et je crains qu’ils le refassent à futur. Les victimes potentielles pourraient se trouver du coté de l’Irak après un éclatement provoqué, voire de la Syrie, ou une combinaison plus complexe impliquant ces pays et d’autres. Les faucons de l’administration Bush avaient re-dessiné un nouveau moyen-orient à l’insu des personnes concernées, il y a déjà quelques années de cela. Une tentation de cette nature expliquerait bien des choses. Les USA aiment à jouer aux apprentis-sorciers et semblent n’être jamais capables d’en tirer des leçons salutaires après moult tragédies pour les populations locales et échec global de leur politique.

La première de ces cartes représente la réalité actuelle, la deuxième la vision idéalisée par l’armée américaine en 2006. La tentation de forcer la création d’un tel nouveau paysage a été à ce point présente que la nouvelle carte a même été enseignée dans les écoles d’officiers de l’OTAN sous supervision américaine.

Daech ou autrement dit l’Etat Islamique pourrait également être une cible de choix. Et paradoxalement, cela donnerait une bonne explication à l’affirmation faite par les saoudiens eux-mêmes qu’ils viseraient la filière “schiste &co”. Il faut savoir que Daech a été financé, au minimum initialement, par des princes wahhabites divers (qatari ou saoudien), et qu’une part importante de ces mêmes princes adhèrent sans le moindre problème au projet de société prôné par Daech, même si pour des raisons de respectabilité extérieure ils font semblant de s’en distancier (note : ce sont les mêmes princes qui avaient financé Al-Qaida). On pourrait imaginer ici que les intérêts américains et saoudiens aient subitement convergé. Les américains ne trouvent pas en Daech la marionnette malléable et obéissante qu’ils auraient souhaitée (tiens vous vous rappelez, Ben Laden travaillait initialement POUR la CIA!), tandis que Ryad a subitement pris peur que ce Frankenstein à la sauce islamique ne se retourne contre son créateur. Mais voilà jamais au grand jamais, les saoudiens ne pourront publiquement annoncer à leur population qu’ils sont entrés en guerre totale contre Daech, car la sympathie générée par ce mouvement dans la population, jeune et sans espoir pour rappel, saoudienne pourrait induire directement une guerre civile. Au contraire, laisser croire que l’on s’attaque au Grand Satan américain ne peut que générer une adhésion du public. Je n’oserai pas affirmer de manière péremptoire que ce scénario est la vérité sans aucun doute possible, mais si je devais parier cent sous sur la question, je les placerais en priorité sur ce cheval plutôt qu’un autre.

D’autres scénarios peuvent être envisagés et même étayés. Une seule chose demeure, les misérables populations liées à cette gigantesque partie d’échec planétaire ne sont pas prêtes d’arrêter de souffrir! Il est indubitable que les marchés des ressources fossiles sont devenus un immense champ de bataille avec des enjeux dépassant de très loin l’influence d’un seul pays, même plutôt économiquement fort comme notre bonne Helvétie.

En ce qui concerne notre pays, nous courons des risques divers dont à signaler plus particulièrement :
– de prendre des décisions majeures ou réaliser des investissements stratégiques inappropriés suite à des conditions artificielles temporaires,
– de subir des perturbations économiques graves dues à des fluctuations imprévisibles et de grande ampleur des coûts de l’énergie,
– être impliqués à notre corps défendant dans des conflits géo-stratégiques mondiaux sur lesquels nous n’avons en réalité aucun intérêt ni influence,
– devoir accepter des accords internationaux contre nos désirs réels de par notre dépendance de l’étranger.

Assurer l’indépendance énergétique de notre patrie correspond à assurer son indépendance et sa sécurité tout court, peut-être bien autant qu’avoir une armée apte à défendre le territoire national.

Aujourd’hui la transition énergétique, souhaitée pour d’autres raisons, reste du domaine des vœux pieux. Les mesurettes proposées, nous le savons déjà, ne conduiront qu’à une augmentation de quelques pour-cents des énergies renouvelables, qui sont ici en premier lieu des énergies indigènes!

Le 8 mars prochain, le souverain helvétique votera sur l’initiative des Vert’libéraux connue sous le nom de TE-TVA ou par son titre récrit récemment “une fiscalité écologique à la place de la TVA”. En disant OUI à cette initiative, vous agirez pour
* la protection du climat
* une diminution de la pollution de l’air
* simplifier la bureaucratie de notre pays
* une sortie effective et raisonnablement proche du nucléaire
* mais aussi pour assurer l’indépendance de notre patrie !!

Ce sujet va passablement m’occuper sur le premier trimestre 2015, et il ne se passera pas longtemps avant que je vous en reparle.

Laurent-David JOSPIN

Sources :
Al Huffington Post Maghreb, Et si le Moyen-Orient ressemblait à ça? La carte du Moyen-Orient idéal pour l’armée américaine en 2006, 25/10/2013, http://www.huffpostmaghreb.com/2013/10/25/moyen-orient-armee-americ_n_4157849.html
Express be, “L’OPEP ne réduira pas sa production de pétrole, même si les cours tombent à 20 dollars le baril“, 24 décembre 2014
Ken Farsalas, The Oberweis Report, “No speculation on Oil Reality“, 29.07.2008
The Guardian, “Wikileaks cables: Saudi Arabia cannot pump enough oil to keep a lid on prices“, February 8 2011
L’observatoire de la liberté religieuse, “http://www.liberte-religieuse.org/arabie-saoudite/

ECOPOP ou la tentation de la fausse bonne solution

Récemment, j’ai eu l’occasion de participer comme orateur à des débats sur l’initiative connue sous le nom Ecopop, dont le titre complet réel est “Halte à la surpopulation – oui à la préservation durable des ressources naturelles“.

La dernière présentation dans le cadre du parti vert’libéral neuchâtelois était particulière à plus d’un titre. En premier lieu, car si je défendais la position de notre comité directeur national, pour cette fois exceptionnellement la responsabilité de présenter les arguments des initiants m’incombait également. Et d’une manière générale, même si je n’adhère pas du tout à la solution préconisée, il n’en reste que sur le constat de base posé par les initiants, je ne puis qu’admettre la pertinence des craintes soulevées.

L’exercice de vous faire revivre dans un post écrit une conférence pensée oralement accompagnée d’une présentation constituée essentiellement d’animation relève clairement de la gageure. Toutefois, en simplifiant la présentation et en restant à un niveau relativement superficiel du discours, j’espère pouvoir vous donner un aperçu satisfaisant. Donc, en clair vous ne voyez ici pas toutes les diapos, ni n’avez le discours complet, mais juste une sélection espérée la plus pertinente possible. Le texte lié à chaque image se trouve en dessous.

Sans exagérer dans l’auto-encensement , il me semblait pertinent de relever que j’ai une bonne légitimité à traiter ce sujet. Ma responsabilité de  co-dirigeant du groupe de travail sur la thématique “croissance économique infinie dans un monde fini”, ainsi que la très longue séance d’échanges à Zürich avec Monsieur Benno Büeler membre influent du comité d’initiative ont notamment contribué à me faire étudier le sujet comme très peu l’ont fait.

Voici l’image choc utilisée par ECOPOP pour soutenir leur argumentation, une pauvre petite planète écrasée par une empreinte environnementale humaine (footprint en anglais) visiblement très, voir trop, lourde.

Ce strip résume un des credo de l’association Ecopop : parler de contrôle de la population humaine est tabou et n’entre donc pas en ligne de compte. On peut d’ailleurs relever que le nom même de l’association ne dit pas autre chose, puisqu’il s’agit de la contraction d’écologie et population.

Voilà ce fameux texte d’initiative. Lors de la présentation orale,  je ne me gêne pas pour souligner ma déception de voir les initiants attaqués par des faux arguments. Je sais bien qu’en politique la forme l’emporte souvent sur le fond, mais c’est un jeu à double tranchant, car si la population s’en rend compte, alors l’entier de votre message est entièrement décrédibilisé. On pense ici essentiellement à la polémique liée à la partie de l’initiative voulant mettre à disposition des solutions de planning familial à ceux qui sont demandeurs et ne disposent pas d’un accès satisfaisant à de telles solutions.

Voici les arguments les plus volontiers mis en avant par le comité d’initiative. Il s’agit manifestement d’arguments vendeurs et qui vont toucher Madame et Monsieur tout le monde lorsqu’il n’y a plus de place assise dans le train, ou que l’on trouve pas de logement satisfaisant, ou qu’il n’y a plus de place dans les crèches, …. On peut relever que certains de ces arguments ont un caractère légèrement subjectif comme par ex. au sujet de la croissance de la population mondiale : est-il vraiment intrinsèquement mal que la population mondiale ait augmenté et ne devrait-on pas plutôt se réjouir de la baisse de la mortalité infantile et la prolongation de l’espérance de vie …

Cette série d’arguments, beaucoup plus pertinents de mon point de vue, apparaissent moins dans la propagande d’Ecopop. Scientifiquement parlant, on peut presque parler d’arguments “coup de poing”, mais manifestement ils restent moins accessibles au public. En conférence, je les détaille et explique un peu plus en fonction du type d’audience. Certains points pourraient faire l’objet d’un post spécifique à futur dans ce blog.  Mon affirmation comme quoi le constat posé me convainc se rapporte clairement à ce volet de la réflexion scientifique qui se cache derrière l’initiative Ecopop.

Pour introduire, la réflexion nous occupant principalement revenons-en à la base de la problématique. L’initiative rentre clairement en tension avec un concept omniprésent dans les paysages politiques et économiques de notre temps, soit cette fameuse croissance objet de tout les phantasmes et autres désirs inavouables. Il me semble difficile de trouver un exemplaire quotidien d’un grand média national dans lequel le concept n’est pas utilisé plus qu’une fois dans un article ou l’autre.

Oui, quand on parle de croissance, on parle en fait directement de nos équilibres sociétaux ou autrement dit de notre filet social, car tel qu’il est conçu actuellement, il ne peut être assumé que grâce à une croissance, et même une croissance relativement forte.

Autrement exprimé, on peut considérer que croissance signifie paix sociale. Le vrai problème tourne autours de notre dépendance à cette croissance. En pratique, une absence de croissance ou même une croissance modeste conduisent directement à une hausse du chômage et autres problèmes sociaux. Si l’on compare notre société au sens large à une PME quelconque, presque personne ne contestera que si celle-ci dépend impérativement d’une hausse continue de son chiffre d’affaire pour éviter de faire faillite, il s’agit manifestement d’une fuite en avant.

Partant de là, je vous  propose de nous intéresser à la réflexion mathématique sous-jacente à la vision de l’association Ecopop. Lorsque nous avions rencontré M. Benno Büeler avec notre groupe de travail Croissance, il avait bâti la majeure partie de sa réflexion sur la fameuse formule I=PAT connue depuis les années 70.  Cette formule décrit en terme généraux l’impact de l’humanité I sur l’environnement égal à un multiplication de 3 facteurs dont P pour la population, A affluence en langue anglaise soit plus ou moins le niveau de vie ou de consommation, et enfin T pour la technologie soit le niveau d’extraction ou sollicitation des ressources primaires par unité de richesse. Cette équation n’est pas contestable en elle-même, mais dis crûment on peut considérer qu’elle ne sert à rien car beaucoup trop synthétique pour générer des résultats exploitables.
L’équation présentée sous la ligne inférieure a déjà été traitée dans ce blog, il s’agit de la fameuse équation de M. Yoishi Kaya (voir Une équation prédit l’enfer sur terre, voulez-vous jeter un coup d’oeil? (série à suivre)). Paradoxalement, on peut admettre que celle-ci est un cas particulier de I=PAT. Dans I=PAT, le I est tellement vaste et recouvre des notions tellement complexes d’une part, et le facteur T tellement abstrait qu’il se révèle impossible de bâtir un raisonnement permettant de manière claire savoir simplement quoi faire avec des deux paramètres.  Et forcément dès lors, on arrive à une conclusion biaisée énonçant que la seule possibilité nous restant consiste à travailler sur la quantité de population.

Si l’on reprend le message d’Ecopop un peu plus en détail dans le cas concret examiné soit les émissions de CO2 et donc le réchauffement climatique, on découvre que les initiants posent le constat suivant dans l’optique d’une recherche de solution à ce problème existentiel :
– le passage aux renouvelables est un échec car il y a trop de freins variés,
– l’efficience énergétique est un leurre car la combinaison de l’accroissement du niveau + population conduit à ce que les maigres gains d’efficience sont plus que perdus au final,
– enfin il est observé que vouloir réduire le niveau de vie moyen est illusoire, et qu’au contraire on peut s’attendre à une hausse généralisée, car des populations entières de la planète n’aspirent qu’à une seule chose, soit nous rattraper sur ce plan également.

L’analyse d’Ecopop est partiellement correcte sur les facteurs Etot/PIB et PIB/POP, mais complètement fausse sur la considération du facteur POP. En effet, il est maintenant clair que si nous voulons sauver le climat de la planète, une réduction même importante des émissions de CO2 ne suffira pas. Un seul objectif s’impose maintenant à nous, soit le zéro émission! (à noter : le dernier rapport du GIEC paru le dimanche 2.11.2014 ne dit pas autre chose!) Dès lors imaginer pouvoir travailler avec le facteur POP signifierait en pratique la disparition de la race humaine, perspective peu réjouissante s’il en est!

Non, la solution se cache dans le facteur CO2/Etot et notre véritable objectif est bien de passer au 100% renouvelable le plus vite qu’il sera possible. On relèvera que les vert’libéraux sont le seul parti proposant une solution concrète et réaliste à ce  challenge au travers de notre initiative TE-TVA.

En trois diapos, j’aimerais rendre cette question la plus visuelle possible. Aujourd’hui notre économie fonctionne, majoritairement, sur le mode “je puise dans une ressource (le seau dans l’image) pour consommer respectivement faire fonctionner l’économie et je jette”. Quelques fois, une subtilité se glisse dans le raisonnement, comme par exemple lorsqu’on réutilise les cornets plastiques jetables des grandes surfaces pour alimenter des chauffages à distance. Il n’en reste que cela ne change rien au final, une ressource est consommée et définitivement perdue au bout de la chaine.

Il n’y pas besoin d’être grand druide aurait dit Astérix, pour comprendre que, tôt ou tard, la ressource aura tari. En conférence, je me permet quelques commentaires sur la signification de la présence des mouches au-dessus du seau, mais là je laisse tout cela à votre imagination.

Visuellement, quelque soit la ressource considérée, nous devons organiser le fonctionnement de notre société pour atteindre un mode circulaire dans laquelle la ressource retourne au stock initial. Dans le cas du CO2, cela signifie simplement passer au tout renouvelable. Le même raison peut et doit être posé pour toutes les ressources considérées.

Un peu contraint et forcé, je résume, à l’attention des assemblées, m’ayant sollicité quelques arguments clefs de nature nettement plus politique. Ces arguments ne sont certes pas faux en soit, mais je ne puis m’empêcher de les trouver un peu courts, quand sur l’autre plateau de la balance on considère un risque environnemental majeur pour la planète entière.

Toutefois, je ne me prive pas d’insister sur l’importance de réellement et rapidement mettre en place un mode de fonctionnement permettant d’adresser les problèmes soulevés par les initiants.

La situation montrée par les initiants, et manifestement gravement obérée, met en danger nos sociétés voir peut-être pire encore. Toutefois, la solution proposée se révèle illusoire car toute baisse de la population serait premièrement insuffisante pour obtenir le moindre résultat positif, mais aussi automatiquement compensée par une hausse de la consommation un peu à la manière de l’effet rebond que je décrivais mes posts sur l’équation de Kaya.
Le mécanisme sous-jacent à TE-TVA représente la vraie lumière au bout du tunnel. Ce mécanisme peut et doit s’imposer progressivement pour toutes les ressources non renouvelables que nous souhaitons exploiter, que cela soit le climat, les stocks de poissons dans les océans, la pureté de l’air que nous respirons, …

En espérant vous avoir apporté une contribution utile, et bien évidemment en restant très volontiers à votre disposition pour poursuivre le débat.

Arrivé à la fin de cette rédaction, en la faisant relire par des proches n’ayant assisté à aucune de mes prestations “live”, je suis rendu compte de la difficulté de trouver le niveau de détail juste pour une version écrite. Face à une assemblée, le conférencier voit les visages interrogatifs, souriants, dubitatifs, s’endormant, passionnés … On peut facilement s’adapter, rentrer dans des explications plus détaillées pour éclairer un point ou l’autre, ou au contraire accélérer si tout semble trop facile pour l’auditoire. Ici le statique impose sa loi, alors surtout n’hésitez pas à prendre contact pour débattre de tout aspect le méritant.

Laurent-David Jospin

Lutte contre la pauvreté, et si on retournait la crêpe ….

Alors que nous annonçons avec fierté des résultats apparemment très positifs comme une croissance de x%, ou un revenu moyen ou médiant ayant augmenté de tant, ou une richesse globale dépassant un nouveau seuil, force est de constater que jamais nous n’avons dû dépenser autant pour l’aide sociale. Étrange paradoxe!

La lutte contre la pauvreté, quelque soit sa manifestation chômage pur et simple ou précarité du travail ou statut de working-poor ou encore … , appartient aux thèmes récurrents et centraux des débats politiques aussi bien dans notre petite Helvétie que dans le reste du monde.

Si l’on étudie un peu les solutions proposées par la gauche ou la droite classiques, on constate que d’une manière générale l’accent est mis sur l’idée de hausse des revenus. Mille et une solutions, quelques fois très créatives, sont imaginées pour soit favoriser, stimuler, encourager, voir même forcer une hausse des salaires. On oppose souvent création de richesse (plutôt à droite) contre re-distribution (plutôt à gauche).

Le minuscule problème, que tout le monde semble avoir oublié, reste que cela ne sert strictement à rien si le coût de la vie progresse dans la même proportion ou pire davantage.

Je suis certainement favorable à la création de richesse si elle  ne s’obtient pas au détriment de l’environnement et partant des générations futures, et tout autant favorable à une redistribution équitable et appropriée, tant et aussi longtemps que l’on ne tombe pas dans la spoliation et l’injustice crasse.

Mais peu importe, les faits sont têtus si votre salaire a augmenté de CHF 2’500.– à CHF 3’000.– et que dans le même laps de temps le kg de pain est passé de CHF 2.50 à CHF 3.50 votre situation ne s’est pas améliorée. (bien sûr, il s’agit ici d’une approche très simplifiée, mais seuls les esprits chagrins feront semblants de ne pas me comprendre)

Plus je pédale moins vite, moins j’avance plus fort ?!?!?

Or voilà l’indice des prix à la consommation ne reflète pas la réalité des couches inférieures de la population, ni même peut-être la réalité tout court. Un petit exemple édifiant : dans le mix de biens et services censés représenter le panier de la ménagère, vous trouvez une position couvrant l’électronique courante (ordinateur, téléphone mobile, ….), or le calcul prend en compte que l’ordinateur que vous achetez en 2014 est 2* plus puissant que celui de 2012 et donc à prix strictement égal, le calcul de l’indice se réalisera en prenant en compte une baisse de 50% de la position “informatique”, alors bien que lorsque vous êtes chez votre revendeur IT vous ne pouvez pas “couper” en deux l’ordinateur au prétexte que la moitié de sa puissance vous suffirait. Sans même parler de ce que je vous décrivais dans mon dernier post sur l’obsolescence programmée http://www.famillejospin.ch/ouvrirlesyeux/?p=576.

La douloureuse conclusion de ce qui précède correspond à dire que la classe la moins favorisée de la population peut se trouver dans une situation plus pénible que précédemment tout en se faisant dire que sa situation devrait quand même s’être améliorée puisque les statistiques générales l’affirment. Quelques signaux semblent ici tout de même assez clairs. Il y a d’abords ce bruit de fonds dans la vox populi comme quoi une fois que l’on a payé ses impôts, sa caisse maladie, son loyer, plus quelques autres incontournables il ne reste plus grand chose dans le porte-monnaie. Les médias se sont aussi récemment fait l’écho d’une augmentation importante des charges de l’aide sociale.

On évite de trop parler de cette partie réellement complexe du problème, car peu vendeur sur le plan politique, mais de fait presque personne n’ose nier la réalité de ce phénomène. En conséquence, il y a aujourd’hui une quasi unanimité sur l’échiquier politique sur la nécessité d’avoir de la croissance pour en quelque sorte gagner une certaine paix sociale. Tout notre système économico-politico-social a été conçu dans cette optique. On peut même parler d’enjeu majeur puisqu’à pratiquement chaque décision, ou votation populaire pour nous autres helvètes, on s’inquiète en premier lieu de savoir quel impact cela aura sur la croissance.

Si on “retourne la crêpe”  de notre problème pour voir quelle est l’aspect de l’autre face, on est obligé de constater que nous sommes gentiment en train de la carboniser cette partie  cachée pour que la face visible se présente en apparence au mieux.

Pour que le filet social global mis en place tienne, il nous faut de la croissance, y compris une croissance de la population. Non seulement cette croissance, et tout spécialement de la manière dont nous l’obtenons au jour d’aujourd’hui, endommage gravement notre environnement et donc celui de nos descendants mais en plus une dépendance manifeste et de plus en plus aiguë  rend tout ajustement du système hautement périlleux aussi bien politiquement, qu’économiquement et socialement. Il me semble que parler de fuite en avant n’est pas une exagération.

Si nous désirons sincèrement faire quelque chose de bien pour les défavorisés présents et futurs, il est essentiel de travailler deux aspects de nos équilibres sociétaux :
– soit premièrement réussir à mettre en place une société dans laquelle la croissance est un bonus non indispensable, et
– simultanément maintenir une possibilité de vivre décemment à un niveau de coût correspondant aux salaires planchers de notre population.

Si l’idée de base reste relativement simple, malheureusement sa concrétisation relève, aujourd’hui, un peu de l’utopie. Toutefois, ne pas prendre le chemin qui peut nous mener à un tel résultat serait une erreur majeure. Car, augmenter la pression dans un chaudière sans limite, ne peut conduire qu’à un seul résultat : l’explosion de la dite chaudière.

Des pistes existent et certaines font même déjà l’objet de débats mais en général pour d’autres raisons que celle de lutter contre la pauvreté stricto sensus. Elles possèdent pourtant toutes une qualité évidente dans l’optique de soit ne “pas trop charger le bateau” ou de garantir sa durabilité (ce deuxième aspect correspondant à ne pas trop le charger non plus mais à futur). On pourrait citer par exemple :

  • Repenser notre système de santé publique pour privilégier l’augmentation des années en bonne santé plutôt que l’augmentation tout court.
  • Flexibiliser notre système de prévoyance vieillesse pour permettre, voir inciter, à ceux qui le peuvent ou le souhaitent de conserver une part d’activité plus longtemps qu’actuellement.
  • Bien évidemment basculer notre société de consommation vers une société d’investissement comme l’appelait mon post sur l’obsolescence programmée cité ci-dessus.
  • Révolutionner notre agriculture en lui faisant intégrer les concepts de la permaculture, car épuiser nos sols et nos biotopes équivaut à gravement appauvrir nos enfants et tout ceux qui suivront.
  • D’une manière générale concevoir nos utilisations des ressources naturelles comme des cycles devant être fermés!
  • Réorienter la taxation fiscale pour cibler les impacts sociaux ou environnementaux de la création de richesse plutôt que la création de richesse elle-même.
  • Et bien d’autres encore …

Toutes ces mesures, et parfois contrairement aux apparences, s’attaquent aux causes profondes de la pauvreté plutôt qu’au symptômes. Et la médecine nous a bien appris que lutter contre les symptômes plutôt que les causes ne permettra jamais de guérir vraiment.

Encore une fois, je reste tout à fait conscient que certaines des pistes évoquées relèvent d’un idéal peut-être assez lointain. Mais permettez-moi alors de compléter l’observation et dire qu’il s’agit là d’une raison supplémentaire pour se mettre le plus vite possible en chemin afin d’atteindre le but sans retard. Finalement, la lutte contre la pauvreté relève d’une logique très similaire à la préservation de l’environnement, plus longtemps on cache les problèmes sous le tapis, pire sont les conséquences.

Voilà, j’espère avoir retourné la crêpe une première fois pour vous montrer la face cachée de nos équilibres sociétaux, et ensuite une deuxième fois pour crier que cela n’est pas une fatalité mais qu’un autre chemin existe, différent des pseudos-solutions rabâchées depuis des années qu’elles soient de gauche ou de droite.

Laurent-David Jospin

Une pensée pour notre Fête Nationale

Vous l’avez peut-être remarqué Oskar Freysinger a lancé une pétition ayant pour but de défendre la neutralité helvétique.

Pour ma part, je suis aussi très fortement attaché à notre neutralité mais peut-être pas exactement celle de Monsieur Freysinger.

Une neutralité synonyme de lâcheté et d’abandon de nos responsabilités me dérangerait profondément. Si le but est de se retrouver dans la posture des célèbres 3 petits singes “pas vu, pas entendu, je dis rien” alors non vous ne me trouverez pas parmi les défenseurs d’une telle neutralité, pratiquement d’un tel égoïsme.

Ces 3 petits singes portent en réalité le nom des 3 singes de la sagesse. Selon la maxime asiatique liée à cette représentation, il n’arriverait que du bien à celle ou celui qui l’appliquerait dans sa vie. Et bien non, je n’arrive pas y croire! A court terme peut-être, mais pas à long terme, car ce qui a été négligé, nié, ou encore caché sous le tapis finit toujours par ressortir et faire plus mal encore. Que vous considériez des problèmes de gestion dans une entreprise, des secrets de famille, des différents politiques internationaux, ou encore les problèmes environnementaux de notre planète, il en va toujours de même.

L’image que je vous propose ici pour illustrer notre réflexion me semble vraiment parlante. Regardez les bien ces trois si belles femmes, en voulant fuir leurs responsabilités elles se transforment en pierre morte. Seule la petite fleur en bas à gauche, qui choisit de s’exposer, avec sa corolle face au spectateur, apporte une touche d’espérance au tableau.

Si notre pays veut rester vivant, au sens figuré et qui sait peut-être un jour au sens propre, il serait bien avisé de s’exposer encore bien davantage comme médiateur, et de faire resplendir cette neutralité comme un outil mis à disposition de l’ensemble des Nations. Si vous ne savez plus comment vous parler, venez nous parler et nous parlerons pour vous!

Je suis prêt à soutenir une position dans laquelle notre pays refusera de s’associer aux sanctions visant la Russie dans le cadre du drame ukrainien pour préserver notre capacité à parler aux deux bords. Mais en toute cohérence, nous devons faire plus, beaucoup plus, pour amener les forces opposées à dialoguer et apporter une vraie contribution à la résolution du conflit.

En fin de compte, je ne sais pas encore si je signerai votre pétition, Monsieur Freysinger, car mes craintes ne se dissipent pas. Votre conception de la neutralité m’effraye. En vérité je vous le dis : la fuite ne mène à rien, rien de bon en tout cas. Ayez le courage d’une neutralité active au service de tous, et non celle d’un égoïsme nombrilistique, et alors seulement je vous soutiendrai.

Excellente Fête Nationale à tous!

Laurent-David Jospin